‹ Lettres écrites a un provincial (volume 4)Chapitre 29 sur 47 · HÉ F 11 T AT ION · texte numérisé non relu

HÉ F 11 T AT ION

DF. I A RFI’OXSF DFS JÉSt)ITF,.S A I..A DOCZIEMF, LETTnE.

MoXSIEL'n ,

Qui que vous soyez qui avez entrepris de défendre lesjésuilescüiitre les lettres qui découvrent si clairement le dérèglement de leur morale, ilparoit, par le .soin que vous prenez de les secourir , que vous uve^ien connu leur foiblesse, et en cela on ne peut blâmer votre ju{;ement. Mais si vous aviez pensé de |»ouvoirlesjustifier en effet, vous ne seriez pas excusable. Aussi j’ai meilleure opinion de vous , et je m’assure que votre dessein est seulement de détourner l’auteur des Lettres par cette diversion artiScieuse. Vous n’y avez pourtant pas réussi ; et j’ai bien de la joie de ce que la treizième vient de paroltre, sans qu’il ait reparti à ce que vous avez fuit sur la onzième et sur la douzième , et sans at'oir seulement pensé à vous. Cela me fait espérer qu’il négligera de nicme les autres. Vous ne devez pas douter, monsieur, qu’il ne lui eût été bien facile de vous pousser. Vous voyez comment il mène la Société entière : qu’eùt-ce donc été , s’il vous eut entrepris en particulier? Jugez-eu par la manière dont je vas vous répondre sur ce que vous avez écrit contre sa douzième lettre.

DK VASQUEZ SUR U’AUMONE. ajy

Je vous luisserai , monsieur, toutes vos injures. L’autour des lettres a promis d'y sati.sfairc , et je crois qu’il le fera de telle sorte, qu’il ne vous restera ([ue la honte et le repentir. Il ne lui sera pas difficile de couvrir de confusion de simples particuliers comme vous et vos jésuites, qui, par un attentat criminel , usurpent l’autorité de l’Église pour traiter d’hérétiques ceux qu’il leur plaît, lorsqu’ils se voient dans l’impuissance de se défendre contre les justes reproches qu’on leur fait de leurs méchantes maximes. Mais , pour moi , je me resserrerai dans la réfutation des nouvelles impostures que vous employez pour la justification de ces casuistes. Commençons par le grand Vasquez.

Vous ne répondez rien à tout ce que l’auteur des lettres a rapporté pour faire voir sa mauvaise doctrine touchant l’aumoue; et vous l’accusez seulement eu l’air de quatre faussetés , dont la jiremière est qu’il a supprimé du passage de Vasquez, cité dans la sixième lettre , ces paroles, Statumquem licile /mssunt acquirere; et ([u’il a dissimulé le reproche qu’on lui en fait.

Je vois bien, monsieur, que vous avez cru, sur la foi des jésuites, vos chers amis, que ces parolc.s-là soutdans le passage qu’a cité fauteur des lettres; car si vous eussiez su qu’elles n’y .sont pas, vous eussiez blâmé ces pères de lui avoir fait ce repioche, plutôt que de vous étonner de ce qu’il n’avoit jias daigne répondre à une objection si vaine. Mais ne vous fiez [>as tant à eux, vous y seriez souvent attrapé. Consi-

258 RÉPONSE A LA 1X)ÜZ1ÈME LETFRE.

dcrez vous-même dans Vasquez le passage que l’auteur en a rapporté. Vous le trouverez de Eleem. ch. IV, n. 1 4 ; mais vous n’y verrez aucune de ces paroles qu’on dit qu’il en a supprimées , et vous serez bien étonné de ne les trouver que quinze pages auparavant. Je ne doute point qu’après cela vous ne vous plaigniez de ces bons pères, et que vous ne jugiez bien que , pour accuser cet auteur d’avoir supprimé ces paroles de ce passage, il faudroit l’obliger de rapporter des passages de quinze pages in-Jblio dans une lettre de huit pages in-4'’,où il a accoutumé d’en rapporter trente ou fjuarante , ce qui ne seroit pas raisonnable.

Ces paroles ne peuvent donc servir qu’à vous convaincre vous-méme d’imposture, et elles ne servent pas aussi davantage pour justifier Vasquez. On a accusé ce jésuite d’avoir ruiné ce précepte de Jésus- Christ qui oblige les riches de faire l’aumône de leur superflu, en soutenant « que ce que les riches gar- « dent pour relever leur condition, ou celle de leurs « parents, n’est pas superflu; ctqu’ainsi à peine en Il trouvera-t-on dans les gens du monde, et non pas n même dans les rois. » C’est cette conséquence , « qu’il n’y a presque jamais de superflu dans les gens « du monde, » qui ruine l’obligation de donner l’aumône, puisqu'on en conclut, par nécessité, que, n’ayant point de superflu, ils ne sont pas obligés de le donner. Si c’étoit l’auteur des lettres qui l’eût tirée, vous auriez quelque sujet de prétendre qu’elle n’est pas entermée dans ce [irincipe, « quece queles riches

DE VASQUEZ SUR L AUMONE. aSg « <;ardent ])Our relever leur coiuUtion, ou celle de « leurs parents, n’est pas appelé superflu. » Mais il l’a trouvée toute tirée dans V’astpiez. Il y a lu ces paroles, si éloignées de l'esprit de l Évangile et de la modération chrétienne : « (^u’à peine trouvera-t-on «du superflu dans les gens du inonde, et non pas « meme dans les rois. » Il y a lu encore cette dernière conclusion rapportée dans la douzième lettre ; « A O peine est-oii obligé de donner l’aumône quand on « n’est obligé à la donner que de son siqterflu; » et ce qui est remarquable, c’est qu’elle se voit au mémo lieu que ces paroles , Statum (juem licite poxsunt acquirere, jiar lesquelles vous prétendez l’éluder. Vous chicanez donc inutilement sur le principe, lors(|ue vous êtes obligé de vous taire sur les conséquences qui sont formellement dans Vasquez , et qui suffisent pour anéantir le précepte <le Jésus-Christ, comme on l’a accusé de l’avoir fait. Si Vasquez les avoit mal tirées de son principe, il auroit joint une faute de jugement avec une erreur dans la morale; et il n’en seroit pas plus innocent, ni le précepte de Jésus-Christ moins anéanti. Mais il [taroUra, par la réfutation de la seconde fausseté, que vous reprochez à l’auteur deslettres, que ces mauvaises conséquences sontbien tirées du mauvais principe que Vasquez établit au même lieu ; et que ce jésuite n’a pas péché contre les régies du raisonnement, mais contre celles de l Évangile.

Cette seconde fausseté que vous dites qu’il a dissimulée après en avoir été convaincu , et qu’il a omis

îfio RÉPÜNSK A LA DOUZIÈME LETTRE.

ce.s paroles par un dessein outraj^eux, pour corrompre la pensée de ce père , et en tirer cette conclusion scandaleuse: «Qu’il ne faut, selon Vasquez, qu’a- « voir beaucoup d’ambition pour n’avoir point de su- « perflu. » Sur cela, monsieur, je vous pourrois dire, en un mot, qu’il n’y eut jamais d'accusation moins raisonnable que celle-là. Les jésuites ne se sont jamais plaints do cette conséquence. Et cependant vous reprochez à l’auteur des lettres de n’avoir pas répondu à une objection qu’on ne lui avoit pas encore faite. Mais si vous croyez avoir été en cela plus clairvoyant que toute cette compagnie, il sera aisé de vous guérir de cette vanité, qui seroit injurieuse à ce grand corps. Car comment pouvez-vous nier que de ce principe de Vasquez , • ce que l’on {jarde pour re- « lever .sa condition, ou celle de ses |>areuts, n’est « pas appelé superflu , » on ne conclue nécessairement (|u’il ne faut qu'avoir beaucoup d’ambition pour n'avoir point de superflu.^ .le vous permets de bon co'ur d’y ajouter encore la condition qu’il exprime en un autre endroit, qui est que l’on ne veuille relever son état que p;ir des voies lé{;itimes ; Statuin <juem licite possunt acquirere. Cela n’empéchera pas la vérité de la conséquence que vous accusez île fausseté.

Il est vrai, monsieur, qu’il y a quelques riches qui peuvent relever leur condition par des votes légitimes. L'utilité publique en peut quelquefois justifier le désir, pourvu qu’ils ne considèrent pas tant leur propre honneur et leur propre intérêt que l’honneur de Dieu et l’intérêt du public; mais il est très rare

DK VAÜQIJEZ Si:i{ 1;aI :M(jNK. a<ii

(|iic l’esprit de Jcsiis-Christ, sans lequel il n’y a point d’intentions pures, inspire ces sortes de désirs aux riches du monde : il les porte bien plutôt à diminuer ce poids inutile qui les empêche de s’élever vers le ciel, et à craindre ces paroles de son Évanjjile, f/ur celui qui s’élève sera abaissé. Ainsi ces désirs que l’on voit dans la plupart des hommes du siècle, de monter toujours à une condition plus haute, et d’y faire monter leurs parents , quoique par des voies légitimes, ne sont pour l’ordinaire que des effets d’une cupidité terrestre et d’une véritable ambition. Car c’est, monsieur, une erreur grossière de croire qu’il n’y ait point d’ambition à desirer do relever sa condition que lorsqu’on se veut servir de moyens injustes ; et c’est cette erreur que saint Augustin condamne dans le livre De la Patience, ch. ni, lorsqu’il dit: « L’amour « de l’argent et le désir de la gloire sont des folies n que le monde croit permises; et on s’imagine que n l’avarice, l’ambition, le luxe, les divertissements n des spectacles sont innocents, lorsqu’ils ne nous » font point tomber dans quelque crime ou quelque B désordre que les lois défendent. » L’arobition consiste à désirer l’élèveraent pour l'élévement, et l’honneur pour l’honneur, comme l’avarice à aimer h-s richesses pour les riches.ses. Si votis y joignez les moyens injustes , vous la rendez plus criminelle ; mais, en substituant des moyens légitimes, vous ne la rendez pas innocente. Or Vasqiiez ne parle pas <lc ces occasions dans lesquelles quelques gens de bien désirent de changer de condition, et sont dans fal-

■i62 HÉFÜ^SE A LA 1X)1;ZIKMR LETTRi;.

lente pivbable de le faire, comme dit le cardinal Cajetan. S’il en parloit, il auroit été ridicule d’en conclure, comme il a fait, que l’on ne trouve presque jamais de superflu dans les gens du monde; puisque (les occasions très rares, qui ne peuvent arriver qu’une ou deux fois dans la vie, et qui ne se rencontrent que dans un très petit nombre de riches, à qui Dieu fait connoltre qu’ils ne se nuiront pas à euxméines en s’élevant pour servir les autres, ne peuvent j)as empêcher que la plupart des riches n’aient beaucoup de superflu. Mais il parle d’un désir vague et indéterminé de s’agrandir , il parle d’un désir de s’élever sans aucunes bornes ; puisque , s’il étoit borné, les riches commenceroient d’avoir du superflu lorsqu’ils y seroient arrivés.

Et enfin il croit que ce désir est si généralement permis qu’il empêche tous les riches d’avoir presque jamais du superflu.

C’est, monsieur, afin que vous l’entendiez, cette ])rétcntion de s’agrandir et de s’élever toujours dans le siècle à une condition plus haute, quoique par des moyens légitimes. Ad statumçuem licite possunt acrjiiirere, que fauteur des lettres a appelée du nom d’ambition; parccqtie c’est le nom que les pères lui donnent, et qu’on lui donne même dans le monde. Il n’a pas été obligé d'imiter une des plus ordinaires adresses de ces mauvais casuistes, qui est de bannir les noms des vices, et de retenir les vices mêmes sous d’autres noms. Quand donc ces paroles, Statum (jucm licite possunt acifuirere , auroient été dans le

DE VASQUEZ SUR L’AUMONE. 2Ü?, passage qu'il a cité , il n’auroit pas eu besoin de les letiancher pour le rendre criminel. C’est en les y joignant qu’il a droit d’accuser Vasquez, que, selon lui , il ne faut qu’avoir de l’ambition pour n’avoir point de superflu. Il n’est pas le premier qui a tire cette conséquence de cette doctrine. M. Du Val l’avoit fait avant lui en termes formels , en combattant cette mauvaise maxime, tome II, q. 8, p. 5^6. « 11 « s’ensuivroit, dit-il, que celui qui desireroit une « plus haute dignité, c’est-à-dire qui auroit une plus « grande ambition , n’auroit point de superflu , quoi- « qu'il eût beaucoup plus qu’il ne lui faut selon sa « condition présente : Sequeretur euiii qui hanc dUjni- « latem cuperet, seu qui majori ambitione duceretur, » habendo pturima supra decentiam sui status, non ha- « hiturum superjlua. »

Vous avez donc fort mal réussi , monsieur , dans les deux premières faussetés que vous reprochez à l’auteur des lettres. Voyons si vous serez mieux fondé dans les deux autres que vous l’accusez d’avoir faites en SC défendant. La première est qu’il assure que Vasquez n’oblige point les riches de donner de ce qui est nécessaire à leur condition. 11 est bien aisé de vous répondre sur ce point : car il n’y a qu’à vous dire nettement que cela est faux, et qu’il a dit tout le contraire. Il n’eu faut point d'autre preuve que le passage même que vous produisez trois lignes après , où il rapporte que Vasquez « oblige les riches de • donner du nécessaire en certaines occasions. »

Votre dernière plainte n’est pas moins déraison-

■jA\^ réponse a la douzième lettre.

imbie. En voici le sujet. L'auteur des leltre.s a rejiris deux décisions dans la doctrine de Vasquez : l’une ,

■1 (|ue les riches ne .sont point oiilif'és, ni par justice,

« ni par charité, de donner de leur superflu, et en- « core moins du nécessaire dans tous les besoins or- « diiiaircs des pauvres. » L’autre, «qu’ils ne sont « obligés de donner du nécessaire qu’en des rencon- « très si rares qu'elles n'arrivent presque jamais. » Vous n’aviez rien à répondre sur la première de ces décisions , qui est la plus méchante. Que faites-vous là-d(!ssus? Vous les joignez ensemble, et, apportant cpiciquc mauvaise défaite sur la dernière, vous voulez faire croire que vous avez répondu sur toutes les deux. Ainsi , pour démêler ce que vous voulez embarrasser à dessein , je vous demande à vous-méine s'il n’est pas vrai que Vasquez enseigne que les riches ne sont jamais obligés de donner ni du superflu, ni du nécessaire, ni par charité, ni par justice, dans les nécessités ordinaires des pauvres. L’auteur des lettres ne l’a-t-il pas prouvé par ce jtassage formel de Vasquez ; » Corduba enseigne que lorsqu’on a du su- « perflu on est obligé d’en donner à ceux qui sont Il dans une nécessité ordinaire, au moins une partie, « afin d'accomplir le préce|>te en quelque chose? « ( Remarquez tju’il ne s’agit point en cet endroit si on y est obligé par justice ou j)ar charité, mais si on y est obligé absolument. ) Voyons donc quelle sera la décision de votre Vasquez. « Mais cela ne me plaît « pas, SEK HOC NON i’i..sctT; car nous avons montré Il le contraire contre Uajetaii et Navarre. » Voilà à

DE VASQUEZ SUll E'AMMONE. a65 quoi vous ne répondez point, laissant ainsi vos jésuites convaincus d’une erreur si contraire à l’iîvan- (jile.

Et quant à la seconde décision de Vasquez , qui est que les riches ne sont obligés de donner du nécessaire à leur condition qu’en des rencontres si rares qu’elles n’arrivent presque jamais, l’auteur des lettres ne l’a pas moins clairement prouvé par l’assemblage des conditions que ce jésuite demande pour former cette obligation : savoir, « que l’on sache que 1 le pauvre qui est dans la nécessité urgente ne sera « assisté de personne que de nous; et que cette néces- « site le menace de quelque accident mortel , ou de « perdre sa réputation. » Il a demandé sur cela si ces rencontres étoient fort ordinaires dans Paris; et enfin il a pressé les jésuites par cet argument : Que Vasquez permettant aux jiauvres de voler les riches dans les mêmes circonstances où il oblige les riches d’assister les pauvres , il faut qu’il ait cru , ou que ces occasions étoient fort rares , ou qu’il étoit ordinairement permis de voler. ( ju’avez-vous ré[)ondu à cela , monsieur? Vous avez dissimulé toutes ces preuves, et vous vous êtes contenté de rapporter trois passages de Vasquez, où il dit dans les deux premiers que les riches sont obligés d’assister les pauvres dans les nécessités urgentes , ce que l’auteur des lettres reconnoit expressément; mais vous vous êtes bien ganlé d’ajouter qu’il y apporte des restrictions , qui font t|ue ces nécessités urgentes n’obligent presque jamais à donner l’aumône , qui est ce dont il .s’agit.

■iG6 RKWJNSK A LA LXJLZIÉME LLTTRE.

Le troisième de vos passages dit simplement que ies riches ne sont pas obliges de donner seulement l’aumone dans les nécessités extrêmes , c’est-à-dire <|iiand un homme est près de mourir, parcequ’elle.s sont trop rares ; d’où vous concluez qu’il est faux que les occasions où Vasquez oblige à donner l’aumône soient fort rares. Mais vous vous moquez, monsieur; vous n’en pouvez conclure autre chose, sinon que Vasquez ôte le nom de tris rares aux occasions de donner l’aumône , qu’il rend très rares en effet par les co.nditions qu’il y apporte. En quoi il n’a fait que suivre la conduite de sa compagnie. Ce jésuite avoit à satisfaire tout ensemble les riches, qui veulent qu'on ne les oblige que très rarement à donner l’aumône, et nîglise, qui yoblige très souvent ceux qui ont du superflu. Il a donc voulu contenter tout le monde, selon la méthode de sa société , et il y a fort bien réussi. Car il exige, d’une part, des conditions si rares en elfet, que les plus avares en doivent être .satisfaits; et il leurôte, de l’autre, le nom de rares, pour satisfaire l’Église en apparence. Il n’est donc pas question de savoir si Vasquez a donne le nom de rares aux rencontres où il oblige de donner l’aumône. On ne l’a jamais accusé de les avoir appelées rares. Il étoit trop habile jésuite pour appeler ainsi les mauvai.ses choses par leur nom. Mais il est question do savoir si elles sont rares en effet , par les restrictions qu’il y apporte; et c’est ce que l’auteur des lettres a si bien montré, qu’il ne vous est resté sur cela que cette ré-

DE VASQUEZ SUR L’AUMONE. 367 |K)nse générale, f]ui ne voii.s man(|uc jamais , qui est lu dissimulation et le silence.

Tout ce que vous a joutez ensuite de la subtilité de l’esprit de Vasquez dans les divers sens qu'il donne aux mots de nécessaire et de superjhie.&l une pure illu- ■sion. Il ne les a jamais pris qu’en deux sens , aussi bien que tons lesautres théologiens. (I y a, selon lui, noces* « sairc à la nature, et nécessaire à la conilition : su- « perflu à la nature, superflu à la condition. » ^iais, afin qu’une chose soit superflue à la condition, il veut qu’elle le soit non seulement à l’égard de la condition présente, mais aussi à l’égard de celle que les riches peuvent acquérirou poureux , ou pourleurs parents , par des moyens légitimes. Ainsi , selon Va.squez, tout ce que l’on garde pour relever sa condition est appelé simplement nécessaire à la condition, et superflu seulement à la nature; et on n’est obligé d’en faire l'aumône que dans les occasions que l’auteur des lettres a fait voir être si rares, tju’elles n’arrivent presque jamais.

(I n’est pas besoin de rien ajouter, touchant la comparaison de Vasquez et de Cajetan , à ce que l’auteur des lettres en a dit. Je vous avertirai seulement, en passant, que vous imposez à ce cardinal , aussi bien que Vasquez, lorsque vous soutenez « que, contre ce « qu’il avoit dit dans le traité de l’aumône, il ensei- « gne, en celui des indulgences, que l’obligation de s donner le superflu ne passe point le péché véniel.» Lisez-le, monsieur, et ne vous fiez pas tant aux jésuites, ni morts , ni vivants. Vous trouverez que Cajetan y enseigne formellement lerx)ntraire;ct qu’après

oM RÉPONSi: A LA DOlIZlLMI', r.KTTRE.

avoir dit qu’il n’y a que les nécessités extrêmes , sous lesquelles il comprend aussi la plupai'tde celles que Vasquezappelle urgentes, <jui obligentà péché mortel , il V ajoute cette exception, « si ce n’est (pi’on n’ait des « biens superflus: sf.cujsa süpeiifluitatf, bonorum.»

Je passe donc avec vous à la doctrine de la simonie. I/auteiir des lettres n’a eu autre dessein que de montrer que la société tient cette maxime : Que ce n’est pas une simonie en conscience de donner un bien spirituel pour un temporel , pourvu que le temporel n’en soit que le motif meme principal , et non pas le prix; et, pour le prouver, il a rapporté le passage de Valentia tout au long dans le douzième , qui le dit si clairement, que vous n’avez rien à y répondre, non plus que sur E.scobar, Érade Bille, et les autres, qui disent tous la même chose. 11 suffit que tous ces auteurs soient de cette opinion pour montrer que, .selon toute la compagnie qui tient la doctrine de la probabilité, elle est sûre en conscience, après tant d’auteurs graves qui l’ont soutenue, et tant de provinciaux graves qui l’ont approuvée. Confessez donc qu’en laissant subsister, comme vous faites, le sentiment de tous ces autres jésuites , et vous arrêtant au seul Tanneras, vous ne laites rien contre le dessein de l’auteur des lettres que vous attaquez, ni pour la justification de la société que vous défendez.

Alais, afin de vous donner une entière satisfaction sur ce sujet, je vous soutiens que vous avez tort aussi bien surTannerusquesur les autres. Premièrement, vous ne pouvez nier qu’il ne dise généralement « qu’il

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