PASCAL
11 y a peu d'écrivains dont on puisse avoir Pintelligence complète, si I'od n'en connaît d'abord la vie. Les Okoralistes sont plus sujets que d'autres à cette condition. Saint-Simon qui n'aurait pas été duc et pair, qui n'aurait pas eu de rang à la cour, ne serait pas l'auteur des Mémoires. Sa furieuse éloquence est en dehors de son rang. Mais sans le rang qu'il a eu dans le monde, il l'aurait employée à autre chose, ou il l'aurait laissé dormir. Au siècle précédent, l'amertume répandue dans les Maximes de La Rochefoucauld est commentée par son rôle d'homme public. On n'en a pas la clef sans la connaissance de ce rôle. L'âpreté morose de La Bruyère serait un mystère si l'on ignorait qu'il est né dans la chicane, qu'il a eu une jeunesse difficile et processive, une situation dépendante à l'hôtel de Gondé, des hauteurs à subir de la part des Grands dont il n'était pas et dont il se venge. La condition de Pascal et son état de santé ont également laissé leur empreinte sur sa physionomie. On y distingue à première vue des influences variées, étrangères à elle-même. Le génie la domine, la revêt dune couleur spédale; il ne parvient pas à se dérober à cette influence.