‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 16 sur 97 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

faire de la science amusaate, comme de la morale facile et de la littérature agréable. Leur but est de plaire. Ce sont des gens du monde qui recherchent la faveur de Topinion et le crédit, plus que la vérité. Ils instruisent les Grands, conseillent le Pouvoir. Ils ne sont point farouches. On n'attrape point les mouches avec du vinaigre, d'après un vieux proverbe. Le père Noël n'a garde de manquer au précepte. <( Monseigneur, dit-il dans sa dédicace au prince de Gontî, la nature est aujourd'hui accusée de vide, et j'entreprends de la justifier en présence de Votre Altesse. Elle en avoit bien été auparavant soupçonnée, mais personne n'avoit encore eu la hardiesse de mettre des soupçons en fait et de lui confronter les sens et l'expérience. Je fais voir ici son intégrité et montre la fausseté des faits dont elle est chargée et les impostures des témoins qu'on lui oppose. Si elle étoit connue de chacun comme elle est de Votre Altesse, à qui elle a découvert tous ses secrets, elle n'auroit été accusée de personne et on se seroit bien gardé de lui faire un procès sur de fausses définitions et des expériences mal reconnues et encore plus mal avérées. Elle espère, Monseigneur, que vous lui ferez justice sur toutes ces calomnies. » Le prince de Gonti constitué juge de la Nature, c'était une plaisante bouffonnerie. Elle rappelle celle du baron Thénard disant au duc d'Angoulôme qui assiste à une expérience dans son laboratoire de la Sorbonne : « Monseigneur, ces deux gaz vont avoir l'honneur de s'amalgamer devant Votre Altesse royale. » La bouffonnerie était inoffensive au surplus. Le vilain rôle du père Noël consiste en ceci, qu'il attaque un homme qui est malade, qu'il a prié de ne point se fatiguer, qu'il accuse sottement d'imposture, là où il n'y aurait au pis aller qu'une erreur commise, et il n'y en avait point, comme l'événement ne devait pas tarder à le démontrer. Pascal n'avait pas prévu le cas; il était à ce qu'il semble hors d'état provisoirement de se défendre. Etienne Pascal fut indigné du procédé du père Noël. Il lui écrit de sa bonne encre : « Le véritable sujet de

LA VIE ET LES ŒUVRES DE PASCAL, xxxiii

la plainte que mon fils fait de votre procédé consiste, mon père, en ce que par le titre de votre livret, par la lettre dédicatoire à Son Altesse, vous avez usé d'une façon d'écrire tellement injurieuse qu'il n'y a que vos seuls ennemis capables de l'approuver. » Le père Noël fera bien de se pourvoir d'un autre style, sinon il s'expose à des représailles. Quel motif raisonnable peut-il avoir de s'en prendre ainsi bénévolement à un jeune homme « qui, se voyant provoqué sans aucun sujet, je dis sans aucun sujet, appuie Etienne Pascal, pouvoit, par l'amertume de Tinjure et par la témérité de son âge, se porter à repousser vos invectives, de soi très mal établies, en termes capables de vous causer un éternel repentir » ? Le père Noël n'a pas de motif. 11 a voulu rire, être lu dans quelques salons à la mode. C'est une fantaisie qui tout à l'heure coûtera cher à son Ordre. En attendant, Pascal répondit lui-môme aux thèses soutenues contre lui par les Jésuites de Montferrand. 11 y a là quelque petit mystère qui vaudrait peut-être la peine d'être débrouillé. L'acharnement des Jésuites contre lui doit avoir quelque mobile. Ne serait-ce pas que la première conversion de Pascal avait eu lieu, qu'elle avait été occasionnée par la lecture des livres de Saint-Cyran, qu'il avait contracté des liaisons avec les Jansénistes et que la guerre étant dès lors engagée entre les disciples de Saint-Cyran et la Compagnie, les Jésuites poursuivaient en lui un adversaire religieux? Le terrain choisi par eux était naturellement celui des sciences physiques qu'il cultivait.

Jacqueline Pascal avait tourné à la dévotion vers la fin de Tannée 1646. Ce n'était pas à la dévotion facile préconisée par les Jésuites ; c'était à la dévotion rigide. Elle avait entraîné sa famille, ou plutôt celle-ci avait été entraînée par son frère. Durant le séjour qu'elle fit à Paris avec Biaise en 1647, ils s'étaient mis en relation avec Port-Royal. M. Singlin était devenu le directeur de Jacqueline, qui correspondait avec Arnauld et la mère Angélique. Quand elle prenait une réso-

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