‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 15 sur 97 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

disputa longtemps sur beaucoup de choses qui appartiennent autant à la théologie qu*à la physique; et cependant il n'en eut point d'autre mal que de suer beaucoup la nuit et de fort peu dormir; mais il n'en eut point les maux de tète que j'attendois après cet effort. M"*® Habert se porte bien à cette heure; je crois qu'elle est hors de danger; elle revomissoit tout ce qu'elle prenoit, jusqu'aux bouillons...

(( Dis à M. Ausoult que, selon sa lettre, mon frère écrivit au père Mersène l'autre jour pour sçavoir de lui quelles raisons M. Descartes apportoit contre la colonne d'air, lequel fît réponse assez mal écrite, à cause qu'il a eu l'artère du bras droit coupée en le saignant, dont il sera peut-être estropié. Je lus pourtant que ce n'étoit pas M, Descartes (car au conraire, il la croit fort, mais par une raison que mon frère n'approuve pas), mais M. de Roberval qui étoit contre; et aussi, il lui témoignoit l'envie que M. Descartes avoit de le voir et l'instrument aussi. Mais nous prenions tout cela pour civilité...

(( Dis à M.Duménil, si tu le vois, qu! une personne quin^est plus mathématicien, et d'autres qui ne l'ont jamais été, baisent les mains à un qui l'est tout de nouveau. M. Ausoult t'expliquera tout cela; je n'ai ni le temps ni la patience. Adieu, je suis, ma chère sœurette*, etc. »

Dans la lettre précédente, Jacqueline annonce à sa sœur que Pascal n'est plus mathématicien. On verra bientôt pourquoi il avait résolu de quitter les sciences naturelles. Mais il était engagé dans une polémique qui lui interdisait d'y renoncer provisoirement tout à fait. Les Jésuites de Montferrand avaient contesté ses expériences sur le Vide. La querelle

1. Une copie de cette lettre se trouve dans^le recueil manuscrit de la Bibliothèque nationale contenant les mémoires de Marguerite Périer ; une autre copie dans un manuscrit de la môme bibliothèque, fonds de l'Oratoire, no 160. Victor Cousin a consulté les deux copies et la publie comme inédite. Elle avait été auparavant publiée par Libri dans le Journal des savants (septembre 1839).

LA VIE ET LES OEUVRES DE PASCAL, xxxi

n'était pas près de unir. L'affaire était tombée dans le domaine public. On discutait, on écrivait des livres. Les Jésuites avaient pris parti contre le Vide. Non seulement à leur instigation, on accuse Pascal de s'attribuer les travaux des savants italiens et en particulier de Torricelli, mais c'est un des leurs, le père Noël, qui mène la campagne contre le Vide, proclame le plein du Vide à grand renfort de lettres et de traités. Pascal ne l'oubliera pas. Il a de l'amour-propre. Pourquoi n'en aurait-il pas? Il n'en aura pas toujours. Durant ses expériences sur la pesanteur de l'air, il a celui de l'inventeur qu'on essaye de dépouiller injustement de sa découverte. 11 a en outre à se plaindre de la duplicité de ses adversaires. 11 répond une première fois aux objections du père Noël. Celui-ci riposte. Mais que Pascal se tienne tranquille; il est souffrant, cela pourrait le fatiguer. Pascal acquiesce à la proposition de se taire. Or elle n'était pas faite de bonne foi. Pendant qu'il se tait, on ruine les raisons qu'il invoque. « J'avoue, écrit-il à M. Le Pailleur à propos du conseil de ne point se fatiguer parce qu'il est souffrant, que si cette proposition me fût venue d'une autre part que de celle de certains pères, elle m'auroit été suspecte et j'eusse craint que celui qui me l'eût faite n'eût voulu se prévaloir d'un silence où il m'auroit engagé par une prière captieuse. Mais je doutai si peu de leur sincérité que je leur promis tout sans réserve et sans crainte, avec un soin très particulier; c'est de là que plusieurs personnes, et même de ces pères qui n'étoient pas bien informés de l'intention du père Noël, ont pris sujet de dire qu'ayant trouvé dans sa lettre la ruine de mes sentiments, j'en ai dissimulé les beautés de peur de découvrir ma bonté et que ma seule foiblesse m'a empôcbé de lui repartir. » La vérité est que le père Noël, rassuré par les précautions qu'il avait prises, va de Tavant et s'en donne à cœur-joie. Son traité le Plein du Vide est de 1648. Il est dédié au prince de Conti, ami des Jésuites à cette époque. Les Jésuites, selon Qoe tradition déjà accréditée dans leur Institut , aiment à

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