T. IV, tr. Tn, rect. 12 de TédiUon de
de Vasquez ; mais que répondroit-on , si l'on objectoil qu'afin de faire son salut, il seroit donc aussi sûr, selon Vasquez, de ne point donner l'Aumône, pourvu qu'on ait assez d'ambition pour n'avoir point de Superflu, qu'il est sûr, selon rÉvangile, de n'avoir point d'ambition, afin d'avoir du Superflu pour en pouvoir donner l'Aumône*? Il faudroit répondre, me dit-il, que toutes ces deux voies sont sûres selon le même Évangile; l'une selon l'Évangile dans le sens le plus littéral et le plus facile à trouver; l'autre, selon Iç même Évangile, interprété par Vasquez. Vous voyez par là l'utilité des interprétations.
Mais quand les termes sont si clairs qu'ils n'en souffrent aucune, alors nous nous servons de la remarque des circonstances favorables, comme vous verrez par cet exemple. Les Papes ont excommunié les Religieux qui quittent leur habit, et nos vingt-quatre vieillards ne laissent pas de parler en cette sorte, Tr. 6, ex. 7, n. 103 : «En quelles occasions un Religieux peut-il quitter son habit sans encourir l'excommunication?» Il en rapporte plusieurs, et entre autres celles-ci : « S'il le quitte pour une cause honteuse, comme pour aller filouter, ou pour aller incognito en des lieux de débauche, le devant bientôt reprendre. » Aussi il** est visible que les Bulles ne parlent point de ces cas-là.
J'avois peine à croire cela, et je priai le père de me le montrer dans l'Original ; je vis que le Chapitre où sont ces paroles est intitulé : « Pratique selon l'école de la Société de Jésus ; Praxis ex Societatis Jesu schola » ; et j'y vis
> T«xtes in-4« et in-lS : « Mais qu« répondroit-on si on m'objeetoit, qn'afin de faire son salut il seroit donc aussi sûr, selon Vasquez, d'avoir assez d'ambition pour n'avoir point de superflu, qu'il est sûr, selon rBrangUe, de n'aToir point d'ambitiœi pour donner l'aumône de son superflu. »
*> Texte in-40 : f est-il i au lieu de : il est.
ces mots : Si habitum dimittat ut furetur occulte, vel fomicetur. Et il me montra la même chose dans Diana, en ces termes : Ut eut incognitus ad lupanar. Et d'où vient, mon père, qu ils les ont déchargés de Texcommunication en cette rencontre ? Ne le comprenez-vous pas ? me dit-il. Ne voyez-vous pas quel scandale ce seroit de surprendre un Religieux en cet état avec son habit de Religion? Et n'avez-vous point ouï parler, continua-t-il, comment on répondit à la première Bulle, Contra sollicitantes? et de quelle sorte nos vingt-quatre, dans un Chapitre aussi de la Pratique de V école de notre Société, expliquent la Bulle de Pie V, Contra clericos^ etc.? Je ne sais ce que c'est que tout cela, lui dis-je. Vous ne lisez donc guère Escobar? me dit-il. Je ne Tai que d'hier, mon père, et même j'eus de la peine à le trouver. Je ne sais ce qui est arrivé depuis peu, qui fait que tout le monde le cherche*. Ce que je vous disois, repartit le père, est au tr. 1, ex. 8, n. 102. Voyez-le en votre particulier ; vous y trouverez un bel exemple de la manière d'interpréter favorablement les RuUes. Je le vis en effet dès le soir même; mais je n'ose vous le rapporter, car c'est une chose effroyable*.
Le bon père continua donc ainsi : Vous entendez bien maintenant comment on se sert des circonstances favorables? mais il y en a quelquefois de si précises, qu'on ne peut accorder par là les contradictions : de sorte que ce seroit bien alors que vous croiriez qu'il y en auroit. Par exemple, trois Papes ont décidé que les Religieux qui sont obligés par un vœu particulier à la vie quadragésimale
1 . On le cherche afin do confronter les citations de Pascal. U en est très flatté.
2. Il 8*agit de la bulle de Pie V Contra clericos sodomitas et des peines qu'elle édicté contre eux.
n'en sont pas dispensés, encore qu'ils soient faits Évêques; et cependant Diana dit « que, nonobstant leur décision, ils en sont dispensés » . Et comment accorde-t-il cela? lui dis-je. C'est, répliqua le père, par la plus subtile de toutes les nouvelles méthodes, et par le plus fin de la Probabilité. Je vas vous l'expliquer. C'est que, comme vous le vîtes l'autre jour, l'affirmative et la négative de la plupart des opinions ont chacune quelque probabilité, au jugement de nos Docteurs, et assez pour être suivies avec sûreté de conscience. Ce n'est pas que le pour et le contre soient ensemble véritables dans le même sens, cela est impossible; mais c'est seulement qu'ils sont ensemble' probables, et sûrs par conséquent.
Sur ce principe, Diana, notre bon ami, parle ainsi eo la part. 5, tr. 13, r. 39 : a Je réponds à la décision de ces trois papes, qui est^ contraire à mon opinion, qu'ils ont parlé de la sorte en s' attachant à l'afiirmatîve, laquelle en effet est probable, à mon jugement même; mais il ne s'ensuit pas de là que la négative n'ait aussi sa probabilité.» Et dans le même Traité, r. 65, sur un autre sujet, dans lequel il est encore d'un avis contraire à un Pape, il parle ainsi : « Que le Pape Tait dit conune chef de l'Église, je le veux ; mais il ne l'a fait que dans l'étendue de la sphère de probabilités de son sentiment. » Or vous voyez bien que ce n'est pas là blesser les sentiments des Papes : on ne le souflriroit pas à Rome, où Diana est en si grand "= crédit, car il ne dit pas que ce que les Papes ont décidé ne soit pas probable; mais en laissant leur opinion dans toute la sphère de Probabilité, il ne laisse pas de dire que le con-
• Ensemble est la leçon du texte in-S» ; elle manque dans les textes in-4« et io-l^ b Qui est est la leçon in-S^; elle manque aussi dans les textes in-4» et io-li. « Leçon in-S» ; les textes in-4o et in-12 donnent « est en tin si haut crédit » aa. lieu de « en si grand crédita.
traire est aussi probable. Gela est très respectueux, lui dis-je. Et cela est plus subtil, ajouta-t-il, que la réponse que fit le père Bauny quand on eut censuré ses livres à Rome; car il lui échappa d'écrire contre M. Hallier, qui le persécuta alors furieusement : « Qu'a de commun la Censure de Rome avec celle de France * ? » Vous voyez assez par là que, soit par l'interprétation des termes, soit par la remarque des circonstances favorables, soit enfin par la double probabilité du pour et du contre, on accorde toujours ces contradictions prétendues, qui vous étonnoient auparavant, sans jamais blesser les décisions de l'Écriture» des Conciles ou des Papes, comme vous le voyez. Mon révérend père, lui dis-je, que le monde est heureux de vous avoir pour maîtres" 1 Que ces probabilités sont utiles! Je ne savois pourquoi vous aviez pris tant de soin d'établir qu'un seul docteur, s il est grave ^ peut rendre une opinion probable ; que le contraire peut l'être aussi ; et qu'alors on peut choisir du pour et du contre celui qui agrée le plus, encoi'o qu'on ne le croie pas véritable, et avec tant de sûreté de conscience, qu'un confesseur qui refuseroit de donner l'absolution sur la foi de ces Casuistes seroit en état de damnation : d'où je comprends qu'un seul casuiste peut à son gi*é faire de nouvelles règles de Morale, et disposer, selon sa fantaisie, de tout ce qui re-
* c Que le monde est heureux de tous avoir pour maîtres I > est la leçon in-8<* ; la leçon iD-40 et in-12 était moins agressive : c que l'Église est heureuse de vous avoir pour dtfeiiseursl » Le texte in^o porte en outre : « Vous voyez assez par là que, soit par l'interprétation des termes, soit par la remarque des circonstances favorables» soit enfin par la double probabilité du pour et du contre, on accorde toujours ces contradictions prétendues qui vous étonnoient auparavant, sans jamais blesser les décisions de l'Écriture, des Conciles et des Papes, comme vous le voyez, mon révérend père, lui dis-je, que TÉglise est heureuse de vous avoir pour défenseurs l « On a coupé la phrase en deux; le sens est plus clair, mais il n'est plus le même.
!• Les décisions de la congrégation de V Index n'ont pas de valeur en France. C'éUit, sous l'Ancien Régime, une des Libertés de VÊglise gallicane.
Mi LETTRES A UN PROVINCIAL.
garde la conduite des mœurs*. Il faut, me dit le père, apporter quelque tempérament à ce que vous dites. Apprenez bien ceci. Voici notre méthode, où vous verrez le progrès d'une opinion nouvelle, depuis sa naissance jusqu'à sa maturité.
D'abord le docteur grave qui l'a inventée l'expose au monde, et la jette comme une semence pom* prendre racine. Elle est encore foible en cet état ; mais il faut que le temps la mûrisse peu à peu * ; et c'est pourquoi Diana, qui en a introduit plusieurs, dit en un endroit : « J'avance cette opinion ; mais parce qu'elle est nouvelle, je la laisse mûrir au temps, relinquo tempori maturandatn. » Ainsi, en peu d'années, on la voit insensiblement s'affermir ; et, après un temps considérable, elle se trouve autorisée par la tacite approbation de l'Église, selon cette grande maxime du père Bauny : « Qu'une opinion étant avancée par quelques casuistes, et l'Église ne s'y étant point opposée, c'est un témoignage qu'elle l'approuve*. » Et c'est en effet par ce principe qu'il autorise un de ses sentiments dans son Traité vi, p. 312. Eh quoi, lui dis-je, mon père, l'Église, à ce compte-là, approuveroit donc tous les abus qu'elle souffre, et toutes les erreurs des livres qu'elle ne censure point? Disputez, me dit-il, contre le père Bauny. Je vous fais un récit, et vous contestez contre moi. Il ne faut ja-
■ Textes in-4« et in-12 : f la conduit*» de l'Eglise ».
1. Eh bien! oui, elle deviendra une coutume. Dans les Pensées^ Pascal enseigne que la Coutume est le moyen ordinaire par lequel on crée le Droit et la Justice. La Coutume est la Loi qui consacre la légitimité de U Conscience.
2. Cette dernière proposition du père Bauny, qui diffère beaucoup d'ailleurs de la précédente, a été condamnée dans le décret d'Alexandre VJI (où elle a le n® 27), contre la Morale relâchée des Casuistes et par l'Assemblée générale du Clergé de France tenue en 1700 (où elle a le n° 121).
mais disputer sur un» fait. Je vous disois donc que, quand le temps a ainsi mûri une opinion, alors elle est tout à fait probable et sûre**. Et de là vient que le docte GaramueP, tians la lettre où il adresse à Diana sa Théologie fondamentale, dit que ce grand a Diana a rendu plusieurs opinions probables qui ne Tétoient pas auparavant, quœ antea non erant : et qu'ainsi on ne pèche plus en les suivant, au lieu ^u'on péclioit auparavant : jam non perçant, licet ante peccaverint » .
En vérité, mon père, lui dis-je, il y a bien à profiter auprès de vos docteurs. Quoi ! de deux personnes qui font les mêmes choses, celui qui ne sait pas leur doctrine pèche , celui qui la sait ne pèche pas ? Est-elle donc tout ensemble instructive et justifiante? La loi de Dieu faisoit des prévaricateurs, selon saint Paul^; celle-ci fait qu'il n'y a presque que des innocents. Je vous supplie, mon père, de m'en bien informer ; je ne vous quitterai point que vous ne m'ayez dit les principales maximes que vos Casuistes ont établies.
Hélas 1 me dit le père, notre principal but auroit été
> Texte in-40 : « sur le fait » au lieu de : f sur un fait >. ^ Textes in-40 et in- 12 : f alors elle est probable tout à fait et sûre f. « c Et >. dans les toxtefl in-4o et in-12; l'in-â» ea le sapprimant l'a remplacé par un « ; > et ainsi coupé la phrase en deux.
i. Caramuel (Jean), Dé à Madrid en 1606, mort évèque de Vignevano en 1682. Moine deCiteaux, théologien, orientaliste, coadjuteur de Tarchevôque de Mayence, diplomate, ingénieur, général en chef, que la paix de Westphalie rendit à ses travaux théologiques, Caramuel est une des figures les plus originales du xvii* siècle. H n*a pas écrit moins de soixante-dix-sept volumes, dont une trentaine de format in-folio. Il était riche; il avait monté une imprimerie dans laquelle il éditait ses œuvres. Cétait plutôt un ambitieux et un homme d^action qu'un Théologien ou un Écrivain. Si Escobar n'avait pas été là, Caramuel l'aurait remplacé, on ne peqtpas dire avec honneur, mais avec retentissement. Ce n'est pas un Casuiste, imais un aventurier politique.
de n'établir point d'autres maximes que celles de l'Évangile dans toute leur sévérité; et l'on voit assez par le règlement de nos mœurs que, si nous soufirons quelque relâchement dans les autres, c'est plutôt par condescendance que par dessein. Nous y sommes forcés. Les hommes sont aujourd'hui tellement corrompus, que, ne pouvant les faire venir à nous, il faut bien que nous allions à eux : autrement ils nous quitteroient; ils feroient pis, ils s'abandonneroient entièrement. Et c'est pour les retenir que nos Casuistes ont considéré les vices auxquels on est le plus porté dans toutes les conditions, afin d'établir des maximes si douces, sans toutefois blesser la vérité, qu'on seroit de difficile composition si Ton n'en étoit content ; car le dessein capital que notre Société a pris pour le bien de la Religion est de ne rebuter qui que ce soit, pour ne pas désespérer le monde*.
1. Â part le ton de persiflage par lequel Pascal témoigne de son mépris, la Doctrine qu'il prête à la Compagnie de Jésus est vraiment celle qa*elle pratiquait, et il n'y a pas à lui en savoir mauvais gré. L'Église catholique, que les Jésuites ont représentée avec grandeur durant plusieurs siècles, n'est pas seulement une Société religieuse, elle est en même temps une Société politique. Elle est obligée de vivre en communication constante avec les mœurs et avec l'opinion, « d'être toute à tous », comme les pouvoirs politiques proprement dits. Elle suit les fluctuations des Mœurs et de rOpinion. Les hommes d'État, qui ont un empire à gouverner et sont à la hauteur de leur mission, ne font pas autrement. Les Jésuites étaient à leur manière des hommes d'Etat, s'accommodant aux nécessités de chaque époque et de chaque pays. C'était la condition du rôle qu'ils ont joué dans le monde. l\ n'est pas étonnant au xvii^ siècle et en France que Louis XIY soit avec eux contre les Jansénistes. Us étaient dans l'Ordre social ce qu'ils étaient dans POrdre des croyances ; ils collaboraient avec lui, l'aidaient à gouverner. Au contraire, les Jansénistes tendaient au renversement do son État. Ils avaient un idéal différent de celui des Jésuites. Ceux-ci servaient la Raison d'État; les Jansénistes étaient hostiles à la Raison d'État: ils servaient la raison individuelle, rinviolabilité de la conscience. Les deux duissances, car c'étaient deux puissances, répondaient à deux courants opposés dans la Société. Les Jésuites étaient dans le courant de la centralisation, les Jansénistes dans le courant de l'opposition à la Raison d^État, à
Nous avons donc des maximes pour toutes sortes de personnes, pour les Bénéficiers, pour les Prêtres, pour les Religieux, pour les Gentilshommes, pour les Domestiques, pour les riches, pour ceux qui sont dans le commerce, pour ceux qui sont mal dans leurs affaires, pour ceux qui sont dans l'indigence, pour les femmes dévotes, pour celles qui ne le sont pas, pour les gens mariés, pour les gens déréglés : enfin rien n'a échappé à leur prévoyance. C'est-à-dû'e, lui dis-je, qu'il y en a pour le Clergé, la Noblesse et le Tiers-État : me voici bien disposé à les entendre.
Commençons, dit le père, paroles Bénéficiers. Vous savez quel trafic on fait aujourd'hui des Bénéfices, et que s'il falloit s'en rapporter à ce que saint Thomas et les Anciens en ont écrit, il y auroit bien des Siraoniaques dans l'Église". C'est pourquoi il a été fort nécessaire que nos Pères aient tempéré les choses par leur prudence, comme ces paroles de Valentia, qui est l'un des quatre animaux d'Escobar, vous l'apprendront. C'est la conclusion d'un long discours, où il en donne plusieurs expédients, dont voici le meilleur à mon avis; c'est en la page 2042 du tome III. « Si l'on donne un bien temporel pour un bien spirituel, c'est^-dire de l'argent pour un Bénéfice, et qu'on donne l'argent comme le prix du Bénéfice, c'est une Simonie visible ; mais si on le donne comme le motif
• Dans le texte in-8« on a coupé la phrase en deux comme en beaucoup d'autres endroits et supprimé la conjonction et qui liait la précédente avec c*eit pourquoi.
rintérêt commun, dans le courant libérait comme on dirait maintenant. Ils n^ét&ient que quelques-uns, Jaloux de rester dans la voie étroite, tandis que les Jésuites ne quittaient point la voie large, celle du pouvoir et des concessions nécessaires à sa durée; Pascal le sait à merveille. La façon pénétrante dont il démôle leur conduite en est un sûr garant.
qui porte la volonté du collateur * à le conférer'', ce n'est point Simonie, encore que celui qui le confères considère et attende l'argent comme la fin principale. » Tannerus*, qui est encore de notre Société, dit la même chose dans son tome III, p. 1519, quoiqu'il avoue que a saint Thomas y est contraire, en ce qu'il enseigne absolument que c'est toujours Simonie de donner un bien spirituel pour un temporel, si le temporel en est la fin ». Par ce moyen, nous empêchons une infinité de Simonies ; car qui seroit assez méchant pour refuser, en donnant de l'argent pour un Bénéfice, de porter son intention à le (ionner comme un motif qui porte le Bénéficier à le résigner, au lieu de le donner comme le prix du Bénéfice? Personne n'est assez abandonné de Dieu pour cela. Je demeure d'accord, lui dis-je, que tout le monde a des grâces suffisantes pour faire un tel marché. Cela est assuré, repartit le père.
Voilà comment nous avons adouci les choses à l'égard des Bénéficiers*. Quant aux Prêtres, nous avons plusieurs maximes qui leur sont assez favorables. Par exemple.
• Texte io-4» : t du Bénéficier ».
b Le texte in-4o porte au lieu de : c à le conférer » une leçon diflêrenle suivie d'une citation latine qu'il conviendrait peut-être de rétablir. Il y a c à le retigner» non tanquam pretium beneficii sed tanquam motivum ad resigoandum •. La réimpression in-12 de 1657 substitue au texte latin précédent, après avoir corrigé résigner par conférer, le suivant : tanquam motivum conferendi spirituale.
c Texte in-40 : « qui résigne 1 au lieu de : c qui le confère ».
1. Taoner (Aaam), jésuite allemand, auteur d^une Théologie scolastique en quatre volumes in-folio, né à Inspruck (Tyrol) en 1572, mort en 1632.
2. Les Bénéfices et la Simonie étaient jadis une part considérable du Droit canon. Comme les Bénéfices ont disparu avec les Biens ecclésiastiques d*à peu près partout, ce n^est plus que de l'archéologie spéciale.
Concernant la collation des Bénéfices, TAumône et les restitutions, Pascal avait préparé des extraits de Diana, dont il n'a pas fait usage dans la sixième Provinciale, mais qu'on trouva dans le manutcrit autographe
celle-ci de nos vingt-quatre, Tr. 1, ex. 11, n. 96. : « Un prêtre qui a reçu de l'argent pour dire une messe peut-il recevoir de nouvel argent sur la même messe? Oui, dit
des Pensées (voir dans l'édition de Faugère des Pensées, t. P', p. 303- 304-305).
a DIANA »
« Cela nous est fort utile. » (Barré.)
« Il est permis de ne point donner les Bénéfices qui n*ont pas charge d'âmes aux plus dignes. Le concile de Trente semble dire le contraire^ mais voici comme il le pt^uve : car si cela étoit, tous les prélats seroient en état de damnation; car ils en usent tous de la sorte.
Le Roi et le Pape ne sont pas obligés de choisir les plus dignes. Si cela était, le Roi et le Pape auraient une terrible charge.
Et ailleurs : Si cette opinion n'étoit pas vraie, les pénitents et les confesseurs auraient bien des affaires, et c'est pourqxioi j'estime qu'il faut la suivre dans la pratique.
Et en un autre endroit où il met les conditions nécessaires pour qu*un péché soit mortel, il y met tant de circonstances, qu'à peine pèche-t-on mortellement; et, après l'avoir établi, il s*écrie : Oque le joug du Seigneur est doux et léger !
Et ailleurs : L'om n'est pas obligé de donner VAumône de son superflu dans les communes nécessités des pauryres : si le contraire était vrai, il faudrait condamner la plupart des riches et leurs confesseurs.
Ces raisons-là m*impatientoient, lorsque Je dis au père : Mais qui empêche de dire qu'ils le sont? C'est ce qu'il a prévu aussi en ce lieu, me rôpondit-il, où après avoir dit : Si cela était vrai, les plus riches seraient damnés; il ajoute : à cela, Arragonius nous répand quHls le sont aussi, et Bannez * ajoute de plus que leurs confesseurs le sont de même ; mais je réponds avec Valentia, autre jésuite, et d'autres atiteurs, quHl y a plusieurs raisons pour excuser ces riches et leurs confesseurs.
J'étois ravi de ce raisonnement, quand il en finit par celui-ci :
Si cette opinion était vraie pour les restitutions, ô que de restitutions à faire !
O mon père, lui dis-jo, la bonne raison I Oh ! me dit le père, que voilà un homme commode ! — Oh I mon père, répondis-Je, sans vos Casuistes, qu'il y auroit de monde damné ! Oh î que vous rendez large la voie qui mène au ciel ! Oh ! qu'il y a de gens qui la trouvent * ! »
1. Bannez, ou mieux BanDès et Bagnes (Dominique), casuiste domiaicain, né à Mondragon, dans le Guipuzcoa, en 1527, mort en 1604 à Médina del Campo. On a de lui cinq ou six volumes in-folio sur la Somme de saint Thomas, plus des commentaires sur divers traités d'Aristote. Bannez a été le confesseur do buinte Thôrèso et enseigna durant quarante ans la Théologie à Alcala, à Yalladolid et à Salamanque.
2. c Treuvent • pour < trouven « es un archaïsme très rare dans Pascal.
Filiutius, en appliquant la partie du sacrifice qui lui appartient comme prêtre à celui qui le paie de nouveau, pourvu qu'il n'en reçoive pas autant que pour une messe entière, mais seulement pour une partie, comme pour un tiers de messe. »
Certes, mon père, voici une de ces rencontres où le pour et le contre sont bien probables ; car ce que vous me dites ne peut manquer de l'être, après l'autorité de Filiutius et d'Escobar. Mais, en le laissant dans sa^ sphère de Probabilité, on pourroit bien, ce me semble, dire aussi le contraire, et l'appuyer par ces raisons. Lorsque l'Église permet aux Prêtres qui sont pauvres de recevoir de l'argent pour leurs messes, parce qu'il est bien juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel, elle n'entend pas pour cela qu'ils échangent le sacrifice pour de l'argent et encore moins qu'ils se privent eux-mêmes de toutes les grâces qu'ils eu doivent tirer les premiers. Et je dirois encore « que les Prêtres, selon saint Paul, sont obligés d'offrir le sacrifice, premièrement pour eux-mêmes, et puis pour le Peuple»; et qu'ainsi il leur est bien permis d'en associer d'autres au fruit du sacrifice, mais non pas de renoncer eux-mêmes volontairement à tout le fruit du sacrifice, et de le donner à un autre pour un tiers de messe, c'est-à-dire pour quatre ou cinq sous. En vérité, mon père, pour peu que je fusse grave ^]e rendrois cette opinion probable. Vous n'y auriez pas grande peine, me dit-il ; elle l'est visiblement ; la difficulté étoit de trouver de la Probabilité dans le contraire des opinions qui sont manifestement bonnes \; et c'est ce qui n'appartient qu'aux grands hommesS Le père Bauny
" Textes in-40 et iD-12 : « la > au lieu de f sa ».
^ « Des opinions qui sont manifestement bonnes » est une leçon ajoutée dans te toxie ia-80.
c Le texte in-S" substitue « grands personnages > à « grands hommss ».
y excelle. Il y a du plaisir de voir ce savant casuiste pénétrer dans le pour et le contre d'une même question qui regarde encore les Prêtres, et trouver raison partout, tant il est ingénieux et subtil.
Il dit en un endroit, c est dans le Traité x, quest. x, part. 1, p. 474 : « On ne peut pas faire une loi qui obligeât les Curés à dire la messe tous les jours, parce qu'une telle loi les exposeroit indubitablement, haud dubic, au péril de la dire en péché mortel. » Et néanmoins dans le même Traité x, p. 441, il dit quelquefois « que les Prêtres qui ont reçu de l'argent pour dire la messe tous les jours ne peuvent pas s'excuser sur ce qu'ils ne sont pas toujours assez bien préparés pour la dire, parce qu'on peut toujours faire l'acte de contrition; et que s'ils y manquent, c'est leur faute et non pas celle de celui qui leur fait dire la messe ». Et pour lever les plus grandes difficultés qui pourroient les en empêcher, il résout ainsi cette question dans le môme Traité, q. 33, page 457 : « Un Prêtre peutil dire la messe le même jour qu'il a commis un péché mortel, et des plus criminels, en se confessant auparavant? Non, dit Villalobos, à cause de son impureté. Mais Sancius* dit que oui, et sans péché ; je tiens son opinion sûre, et qu'elle doit être suivie dans la pratique : et tuta et sequendii in praxi. »
1. Sancius, en espagnol Sanches de Arevalo (Rodrigucz), prélat et homme politique espagnol, né en 1404 à Santa-Maria de Nieva (province de Ségovie), mort à Home on 1470. L'ouvrage qui l'a fait ranger parmi les Casuistes et fait goûter par eux, est le Spéculum vitœ humanœ libri dtw, Rornsd, 1468, un volume grand in-folio. C'est un tableau des avantages et des inconvénients de toutes les conditions humaines. On l'a réimprimé une douzaine de fois dans le cours du xv' siècle, et souvent depuis. La dernière réimpression est de Francfort (1683, in-S»). On en connaît deux traductions françaises, Pu ne par le moine augustin Julien Macho (Lyon, 1477,. in-folio), et l'autre par Pierre Farget, également moine augustin (Lyon, 1482, in-folio).
Quoi ! mon père, lui dis-je, on doit suivre cette opinion dans la pratique ? Un Prêtre qui seroit tombé dans un tel désordre oseroit-il s'approcher le même jour de l'autel, sur la parole du père Bauny? et ne devroit-il pas» déférer aux anciennes lois de l'Église, qui excluoient pour jamais du sacrifice, ou au moins pour un long temps^, les Prêtres qui avoient commis des péchés de cette sorte, plutôt que de s'arrêter aux nouvelles'^ opinions des Casuistes, qui les y admettent le jour même qu'ils y sont tombés? Vous n'avez point de mémoire, dit le père; ne vous appris-je pas l'autre fois que, selon nos pères Cellot et Reginaldus **, «on ne doit pas suivre, dans la Morale, les Anciens Pères, mais les Nouveaux Casuistes »? Je m'en souviens bien, lui répondis-je ; mais il y a plus ici, car il y a les lois de l'Église. Vous avez raison, me dit-il; mais c'est que vous ne savez pas encore cette belle. maxime de nos Pères : «que les lois de l'Église perdent leur force quand on ne les observe plus, cum jam desueludine nbierunt^ », comme dit Filiutius, T. 11, tr. 25, n. 33. .Nous voyons mieux que les Anciens les nécessités présentes de l'Église. Si on étoit si sévère à exclure les Prêtres de l'autel, vous comprenez bien qu'il n'y auroit pas un si grand nombre de messes. Or la pluralité des messes apporte tant de gloire à Dieu, et d'utilité aux âmes, que
• Textes in-4« et in-12 : c no devroit-il pas plutôt ».
*> c Ou du moins pour an long temps •, leçon nouvelle ajoutée dans le texte in>8*.
0 Textes in-4o et in-lS : c que les nouvelles » après « de cotte sorte •, ce qui était incorrect.
^ « Selon nos pères Cellot et Roginaldus t suit la citation dans les textes in-1* et in-12.
i. Cum jam desuetudine abierunt: quand elles sont tombées en désuétude. Elles 8ont sujettes à la prescription comme les Lois Civiles. C'est un lieu commun de Jurisprudence. Cette pre«*cription est naturelle et nécessaire. Elles sont Toeuvre des circonstances ; elles tombent avec les circonstances qui en ont provoqué l'établissement.
j'oseroîs dire, avec notre père Gellot, dans son livre de la Hiérarchie, p. 611 de Timpression de Rouen*, qu'il n'y auroit pas trop de prêtres, « quand non seulement tous les hommes et les femmes, si cela se pouvoit, mais que les corps insensibles, et les bêtes brutes même, bruta animalia^ seroient changés en Prêti'es pour célébrer la messe )).
Je fus si surpris de la bizarrerie* de cette imagination, que je ne pus rien dire, de sorte qu'il continua ainsi : Mais en voilà assez pour les Prêtres ; je serois trop long ; venons aux Religieux. Comme leur plus grande difficulté est en l'obéissance qu'ils doivent à leurs supérieurs, écoutez l'adoucissement qu'y apportent nos Pères. C'est Castrus Palatis*, de notre Société, Op. mor.y p. 1, disp. 2, p. 6 : « 11 est hors de dispute, non est roniroversia. que le Religieux qui a pour soi une opinion probable n'est point tenu d'obéir à son Supérieur, quoique l'opinion du Supérieur soit la plus probable ; car alors il est permis au Religieux d'embrasser celle qui lui est la plus agréable, quœ sibi gratior fuerit^ comme le dit Sanchez. Et encore que le commandement du Supérieur soit juste, cela ne vous oblige pas de lui obéir; car il n'est pas juste de tous points et en toute manière, non undeqiiaque juste prœcipity mais seulement probablement, et ainsi vous n'êtes engagé que probablement à lui obéir, et vous en êtes probable-
> Le texte io-4<> a « impression de Rouen i au lieu de c rimpression de Rouen > qui est la leçon du texte in-8<>.
1. « Pascal aurait dû commencer par là. Cette imagination est en effet bizarre; mais qu'en conclure?» Noie de Vahbé Maynard.
Eh bien! que le père Gellot est un imbécile; et c'est probablement cela que Pascal voulait conclure de la citation quMl en fait.
2. Castro Palao (Ferdinand de), jésuite et casuiste espagnol, né à Léon «n 1581, mort en 1633. II a laissé sept volumes in-folio d'œuvres.
ment dégagé ; probabiliter obligatus et probabiliter deobligatus^.n Certes, mon père, lui dis-je, on ne sauroit trop estimer un si beau fruit de la double Probabilité. Elle est de grand usage, me. dit-il ; mais abrégeons. Je ne vous dirai plus que ce trait de notre célèbre Molina, en faveur des Religieux qui sont chassés de leurs couvents pour leurs désordres. Notre père Escobar le rapporte, Tr. 6, ex. 7, n. 111, en ces termes : « Molina assui-e qu'un Religieux chassé de son monastère n'est point obligé de se corriger pour y retourner, et qu'il n'est plus lié par son vœu d'obéissance. »
Voilà, mon père, lui dis-je, les Ecclésiastiques bien à leur aise. Je vois bien que vos Casuistes les ont traités favorablement. Ils y ont agi comme pour eux-mêmes. J'ai bien peur que les gens des autres conditions ne soient pas si bien traités. II falloit que chacun fît pour soi. Us n'auroient pas mieux fait eux-mêmes, me repartit le père. On a agi pour tous avec une pareille charité, depuis les plus grands jusques aux moindres ; et vous m'engagez, pour vous le montrer, à vous dire nos maximes touchant les Valets.
Nous avons considéré, à leur égard, la peine qu'ils ont, quand ils sont gens de conscience, à servir des Maîtres débauchés ; car s'ils ne font tous les messages où ils les emploient, ils perdent leur fortune ; et s'ils leur obéissent, ils en ont du scrupules C'est pour les en soulager que nos Vingt-quatre Pères, Tr. 7, ex, 4, n. 223, ont marqué les sen ices qu'ils peuvent rendre en sûreté de conscience.
" Textes in-4« et in- 12 : < Et c'est pour les en soulager ».
1. Castro Palao parle d'un Inférieur vis-i-vis de son Supérieur, ce qui n*cst pas applicable à un Moine qui a fait vœu d^obéissance.
LETTRE VI. 4o5
En voici quelques-uns : « Porter des lettres et des présents ; ouvrir les portes et les fenêtres ; aider leur Maître à monter à la fenêtre, tenir réchelle pendant qu'il y monte : tout cela est permis et indifférent. Il est vrai que pour tenir l'échelle il faut qu'ils soient menacés plus qu'à l'ordinaire, s'ils y manquoient; car c'est faire injure au Maître d'une maison d'y entrer par la fenêtre. »
Voyez-vous combien cela est judicieux? Je n'attendois rien moins, lui dis-je, d'un livre tiré de Vingt-quatre Jésuites. Mais, ajouta le père, notre père Bauny a encore bien appris aux Valets à rendre tous ces devoirs-là innocemment à leurs Maîtres, en faisant qu'ils portent leur intention non pas aux péchés dont ils sont les entremetteurs, mais seulement au gain qui leur en revient. C'est ce qu'il a bien expliqué dans sa Somme des péchés, en la page 710 de la première impression : « Que les Confesseurs, dit-il, remarquent bien qu'on ne peut absoudre les Valets qui font des messages déshonnêtes, s'ils consentent aux péchés de leurs Maîtres ; mais il faut dire le contraire, s'ils le font pour leur commodité temporelle. » Et cela est bien facile à faire, cai* pourquoi s'obstineroient-ils à consentir à des péchés dont ils n'ont que la peine ?
Et le même père Bauny a encore établi cette grande maxime en faveur de ceux qui ne sont pas contents de leurs gages ; c'est dans sa Somme, pages 213 et 214 de la sixième édition : « Les Valets qui se plaignent de leurs gages peuvent- ils d'eux-mêmes les croître en se garnissant les mains d'autant de bien appartenant à leurs Maîtres, comme ils s'imaginent en être nécessaire pour égaler lesdits gages à leur peine ? Ils le peuvent en quelques rencontres, comme lorsqu'ils sont si pauvres en cherchant condition, qu'ils ont été obligés d'accepter l'offre qu'on leur
156 LETTRES A UN PROYINCIAL.
a faite, et que les autres Yalets de leur sorte gagnent davantage ailleurs ^ »
Voilà justement, mon père, lui dis-je, le passage de Jean d'Alba. Quel Jean d'Alba? dit le père ; que voulez-vous dire? Quoi! mon père, ne vous souvenez-vous plus de ce qui se passa en cette ville» Tannée 1647? et où étiez-vous donc alors? J'enseignois, dit-il, les cas de conscience dans** un de nos collèges assez éloigné de Paris. Je vois donc bien, mon père, que vous ne savez pas cette histoire; il faut que je vous la die*. G'étoit une personne d'honneur
■ f En cette ville > est ajouté dans le texte in-8o. b Textes in-4« et in-1% : c en » au lieu de « dans >.
1. Cette proposition de Bauny avait été censurée par les deux facultés théologiques de Paris et de Louvain. La Censure do la Faculté de Paris est de 1641. « Proposition de Bauny: — Si les Valets qui se plaignent de leurs gages les peuvent d^eux-mémes croître en se garnissant les mains d^autant de bien appartenant à leurs maîtres, comme ils s*imaginent en être nécessaire pour égaler lesdits gages à leurs peines? Ils le peuvent en quelques rencontres, etc. Censure: Cette doctrine est périlleuse, en y ajoutant môme des restrictions, et ouvre la porte aux larcins domestiques.» La faculté de Louvain no nomme pas Bauny; mais, après avoir rapporté sa proposition, elle déclare : « Cette proposition est fausse, poussant au larcin les hommes qui, d'eux-mêmes, sont naturellement portés au mai, n'étant propre qu'à troubler la paix des familles, particulièrement en ce qu'elle laisse aux Serviteurs et aux Servantes la liberté de juger de la récompense qui ieur est due. m
Les Jésuites avaient répondu en invoquant divers passages de TÉcriture sainte, par exemple celui où les Hébreux, en quittant rÉg}'pte, emportent le bien de leurs Maîtres, celui où Técrivain sacré montre Jacob, emme^ nant les troupeaux de Laban qui Pavait retenu injustement à son service. Nicole leur répond que leur justification ne vaut rien. U ne veut pas, au surplus, discuter longuement là-dessus: « Il vaut mieux, dit-il, renvoyer les Jésuites au Parlement de Paris, que de se fatiguer à disputer d'une chose très certaine. » Les théories d'Escobar et de Bauny sur le vol domestique ont été condamnées de nouveau par Innocent XI (1679) et l'Assemblée générale du Clergé de France en 1700.
- 2. Die pour dise, quoique vieux, n'était pas hors d*u6age. Pascal 8*en moque à Toccasion comme dans la réponse du Provincial à ses deux premières lettres (peu s'en faut que je ne die], mais il remploie le plus rare-
LETTRE VI. 1o7
qui la contoit l'autre jour en un lieu où j'élois. Il nous disoit que ce Jean d'Alba, servant* vos Pères du collège de Glermont de la rue Saint-Jacques, et n'étant pas satisfait de ses gages, déroba quelque chose pour se récompenser; que vos Pères s'en étant aperçus le firent mettre** en prison, l'accusant de vol domestique; et que le procès en fut rapporté au Châtelet le sixième jour d'avril 1647, si j'ai bonne mémoire; car il nous marqua toutes ces particularités-là, sans quoi à peine l'auroit-on cru. Ce malheureux, étant interrogé, avoua qu'il avoit pris quelques plats d'étain à vos Pères; mais il soutint*' qu'il ne les avoit pas volés pour cela, rapportant pour sa justification cette doctrine du père Bauny, qu'il présenta aux juges avec un écrit** d'un de vos Pères, sous lequel il avoit étudié les cas de conscience, qui lui avoit appris la même chose. Sur quoi M. de Montrouge% l'un^ des plus considérés de cette compagnie, dit en» opinant « qu'il n'étoit pas d'avis que, sur des écrits de ces Pères, contenant une doctrine illicite, pernicieuse et contraire à toutes les lois naturelles, divines
" Dans quelques exemplaire!* du texte ia-4<> on trouve : f servant de con'ecieur à T08 pères > au lieu de : « servant vos pères >.
^ Textes in*4o et in-12 : f qu'ensuite vos pères le firent mettre » au lieu de : « que vos Pères s'en étant aperçus le firent mettre >, co qui est la leçon du texte in-S»» c'est-à-dire une leçon ajoutée.
e f 11 soutint > ajouté dans le texte in-S^.
^ Texte in- 18 : c les écrits ».
' Texte in-12 : c feu M. de Montrouge i.
t Textes in-4o et in-12: < qui étoit un • ou c qui est un ».
f Textes in-4o et in-12 : f opina et dit i.
ment possible sans doute. D'ordinaire, il cherche une autre locution; il n^emploie pas dise. Les grands écrivains du xvii* siècle font comme lui jusque vers 1680. H y a encore dans la Bérénice de Racine (1670): « Mais quoique Je craignisse, il faut que je le die. » Ce sont les prosateurs qui ont introduit dise pour die. On le trouve dans La Bruyère : « On dit à la Cour du bien de quelqu'un pour deux raisons : la première afin qu'il apprenne que nous disons du bien de lui ; la seconde afin qu'il en dise de nous. » A partir de La Bruyère, l'expression die disparaît de la langue écrite.
et humaines, capable de renverser toutes les familles et d'autoriser tous les vols domestiques, on dût absoudre cet accusé ; mais qu'il étoit d'avis que ce trop fidèle disciple fût fouetté devant la porte du Collège, par la main du bourreau, lequel en même temps brùleroit les écrits de ces Pères traitant du larcin, avec" défense à eux de plus enseigner une telle doctrine, sur peine de la vie. »
On attendoit la suite de cet avis qui fut fort approuvé, lorsqu'il arriva un incident qui fit remettre le jugement de ce procès. Mais cependant* le prisonnier disparut, on ne sait comment, sans qu'on parlât plus de cette affaire-là; de sorte que Jean d'Alba sortit, et sans rendre sa vaisselle. Voilà ce qu'il nous dit ; et il ajoutoit à cela que l'avis de M. de Montrouge est aux registres du Ghâtelet, où chacun peut le voir. Nous prîmes plaisir à ce conte.
A quoi vous amusez-vous? dit le père ; qu'est-ce que tout cela signifie? je vous parle des maximes de nos Casuistes; j'étois prêt à vous parler de celles qui regardent les Gentilshommes, et vous m'interrompez par des histoires hors de propos. Je ne vous le disois qu'en passant, lui dis-je, et aussi pour vous avertir d'une chose importante sur ce sujet, que je trouve que vous avez oubliée en établissant votre doctrine de la Probabilité. Eh quoi! dit le père, que pourroit-il y avoir de manque après que** tant d'habiles gens y ont passé? C'est, lui répondis-je, que vous avez bien mis ceux qui suivent vos opinions probables, en assurance à l'égard de Dieu et de la conscience ;
• Textes iD-4« et in-U : et aa liea d'avec.
*> fl Après taat d'habiles gens qui y ont passé t.dans rin-4« et l'in-li.
1. Cependant est pris au sens étymologique du mot, pendant qu*on délibcrait.
car, à ce que vous dites, on est en sûreté de ce côté-là en suivant un docteur grave : vous les avez encore mis en assurance du côté des Confesseurs, car vous avez obligé les Prêtres à les absoudre sur une opinion probable, à peine de péché mortel; mais vous ne les avez point mis en assurance du côté des Juges ; de sorte qu'ils se trouvent exposés au fouet et à la potence en suivant vos Probabilités : c'est un défaut capital que cela. Vous avez raison, dit le père, vous me laites plaisir ; mais c'est que nous n'avons pas autant de pouvoir sur les Magistrats que sur les Confesseurs, qui sont obligés de se rapporter à nous pour les cas de conscience ; car c'est nous qui en jugeons souverainement. J'entends bien, lui dis-je ; mais si d'une part vous êtes les juges des Confesseurs, n'êtes-vous pas, de l'autre, les confesseurs des Juges? Votre pouvoir est de grande étendue : obligez-les d'absoudre les criminels qui ont une opinion probable, à peine d'être exclus des sacrements ; afin qu'il n'arrive pas, au grand mépris et scandale de la Probabilité, que ceux que vous rendez innocents dans la théorie soient fouettés ou" pendus dans la pratique. Sans cela, comment trouveriez-vous des disciples? 11 y faudra songer, me dit-il, cela n'est pas à négliger. Je le proposerai à notre père Provincial. Vous pouviez néanmoins réserver cet avis à un autre temps, sans interrompre ce que j'ai à vous dire des maximes que nous avons établies en faveur des Gentilshommes, et je ne vous les apprendrai qu'à la charge que vous ne me ferez plus d'histoires.
Voilà tout ce que vous aurez pour aujourd'hui, car il faut plus d'une lettre pour vous mander tout ce que j'ai appris en une seule conversation. Cependant je suis, etc.
• Texte in-lS : « et » au lieu de • ou ».
LETTRE VIP
De la méthode de diriger Tlntention, selon les Casuistes. De la permission qu'ils donnent de tuer pour la défense de THonneur et des Biens, et qu'ils étendent jusqu'aux Prêtres et aux Religieux. Question curieuse proposée par Caramuel, savoir s'il est permis aux Jésuites de tuer les Jansénistes.
Da Paris, ce Sa avril 1656.
Monsieur,
Après avoir apaisé le bon père, dont j'avois un pea troublé le discours par Thistoire de Jean d'Alba, il le* reprit sur l'assurance que je lui donnai de ne lui en plus faire de semblables; et il me parla des maximes de ses Casuistes touchant les Gentilshommes, à peu près en ces termes :
Vous savez, me dit-il, que la passion dominante des personnes de cette condition est ce Point d'Honneur qui les engage à toute heure à des violences qui paroissent bien contraires à la piété chrétienne ; de sorte qu'il faudroit les exclure presque tous de nos confessionnaux, si nos Pères n'eussent ^ un peu relâché de la sévérité de la Religion pour s'accommoder à la foiblesse des hommes. Mais comme ils vouloient demeurer attachés à l'Évangile
1. « Septième lettre écrite à un Provincial par un de ses amis b, dans les éditions du temps.
La revision de cette lettre fut faite par M. Nicole (note de Tabbé Goi^et).