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Suarez attaque les opinions que Pascal lui attribue

264 LE.TTRES A UN PIIOVINCIAL.

seroit, si l'opinion qui assure que rAttrilion suffit avec le sacrement ne se trouvoit pas véritable.» Ni Comitolus^ aussi, quand il dit, Resp. Mor. Lib. I, q. 32, n. 7, 8 : « Qu'il n'est pas trop sûr que TAttrition suffise avec le sacrement. »

Le bon père m'arrêta là-dessus. Eb quoi ! dit-il, vous lisez donc nos Auteurs? vous faites bien; mais vous feriez encore mieux de ne les lire qu'avec quelqu'un de nous. Ne voyez-vous pas que, pour les avoir lus tout seul, vous en avez conclu que ces passages font tort à ceux qui soutiennent maintenant notre doctrine de l'Attrition ? au lieu qu'on vous auroit montré qu'il n'y a rien qui les relève davantage* Car quelle gloire est-ce à nos Pères d'aujourd'hui d'avoir en moins de rien répandu si généralement leur opinion partout, que, hors les Théologiens, il n'y a presque personne qui s'imagine que ce que nous tenons maintenant de l'Attrition n'ait été de tout temps l'unique créance des fidèles! Et ainsi, quand vous montrez, par nos Pères mêmes, qu'il y a peu d'années que cette opinion riétoit pas certaine^ que faites-vous autre chose, sinon donner à nos derniers Auteurs tout l'honneur de cet établissement ?

Aussi Diana, notre ami intime, a cru nous faire plaisir de marquer par quels degrés on y est arrivé. C'est ce qu'il fait p. 5, Tr. 13, où il dit : « Qu'autrefois les Anciens Scolastiques soutenoient que la Contrition étoit nécessaire aussitôt qu'on avoit fait un péché mortel : mais que depuis on a cru qu'on n'y étoit obligé que les jours de fête, et

1. Comitolo (Paul), jésuite itaiieD, né à Pérouse en 1546, mort en 1625. Leltréy casuiste, polémiste, Comitolo a joui d'une grande réputation durant la première moitié du xvii* siècle. Ses principaux ouTraget sont : ConsUia seu responsa moralia et Doctrina de cotUractu wUverso.

ensuite que quand quelque grande calamité menaçoit tout le peuple ; que, selon d'autres, on étoit obligé à ne la pas différer longtemps quand on approche de la mort. Mais que nos pères Hurtado et Vasquez ont réfuté excellemment toutes ces opinions-là, et établi qu'on n'y étoit obligé que quand on ne pouvoit être absous par une autre voie, ou à l'article de la mort ! » Mais, pour continuer le merveilleux progrès de cette doctrine, j'ajouterai que nos pères Fagundez, Praec. 2, T. II, ch. iv, n. 13; Granados, in 3 part, contr. 7, d. 4, sec. A, n. 17; et Escobar, Tr. 7, ex. A, n. 88, dans la Pratique selon notre Société^ ont décidé : « Que la Contrition n'est pas nécessaire même à la mort, parce, disent-ils, que si l'Attrition avec le sacrement ne sufiisoit pas à la moi*t, il s'ensuivroit que l'Attrition ne seroit pas suffisante avec le sacrement. » Et notre savant Hurtado, De Sacr. d. 6, cité par Diana, partie 5, Tr. â, Miscell. r. 193, et par Escobar, Tr. 7, ex. â, n. 91, va encore plus loin; écoutez-le" : « Le regret d'avoir péché, qu'on ne conçoit qu'à cause du seul mal temporel qui en arrive, comme d'avoir perdu la santé ou son argent, est-il suffisant ? Il faut distinguer. Si on ne pense pas que ce mal soit envoyé de la main de Dieu, ce regret ne suffit pas; mais si on croit que ce mal est envoyé de Dieu, comme en effet tout mal, dit Diana, excepté le péché, vient de lui, ce regret est suffisant. » C'est ce que dît Escobar en la Pratique de notre Société. Notre père François Lamy soutient aussi la même chose, Tr. 8, disp. 3, n. 13.

Vous me surprenez, mon père, car je ne vois rien en toute cette Attrition-là que de naturel ; et ainsi un pécheur se pourroit rendre digne de l'Absolution sans aucune Grâce

* Textes in-4o et in-12 : « va encore plus loin, c\r il dit w, au liea de : « Ta encore plus loin, écoutez-le », qui est la leçon in-8o.

surnaturelle. Or il n'y a personne qui ne sache que c'est une hérésie condamnée par le Concile*. Je Taurois pensé comme vous, dit^il ; et pourtant il faut bien que cela ne soit pas. Car nos Pères du collège de Clermont ont soutenu dans leurs thèses du 23 mai et du 6 juin lôAA, col. A, n. 1 : a Qu'une Attrition peut être sainte et suffisante pour le sacrement, quoiqu'elle ne soit pas surnaturelle. )> Et dans celle du mois d'août 1643 : « Qu'une Attrition qui n'est que naturelle suffit pour le sacrement, pourvu qu'elle soit honnête : Ad sacramentum mfficit attritio naturalis^ modo

\. Voici le texte du Concile de Trente (Sess. 14, can. 5) : « Si quelqu*an dit que la Contrition qui est excitée par Texamen, par la recherche et la détestation de ses péchés, quand, en repassant ses années dans Tamertume de son Ame, on vient à peser Ténormité, la multitude et la laideur de ses péchés, la perte de la béatitude éternelle et la damnation étemelle qu*on a méritée,* si quelqu'un dit qu^une telle Contrition, Jointe à la Résolution de mener une meilleure vie, n*est pas une douleur rentable et utile et ne prépare pas à la Gr&ce, mais qu'elle rend Thomme hypocrite et plus grand pécheur... quMl soit anathème. »

Nicole commente en ces termes ce passage du Concile de Trente : « Voilà quelles sont, »elon le Concile, les véritables conditions de cette Attrition. Elle renferme la haine des péchés. Donc elle renferme aussi quelque amour de Dieu, sans lequel, comme dit saint Augustin, on ne hait point véritablement le péché. Elle renferme la crainte de la damnation éternelle, donc elle n'est point bornée à la seule crainte d*un mal temporel. Elle renferme la douleur d'avoir perdu la béatitude, donc elle n'exclut pas tout amour de Dieu, car comme la béatitude n'est autre chose que Dieu même, on ne peut être véritablement touché de la perte de cette béatitude, qu'on n'ait en même temps quelque amour pour Dieu. Selon cette belle maxime de saint Augustin : on ne perd avec douleur que ce qu'on possède avec amour. »

Le Concile de Trente, qui éiait une grande assemblée politique autant que religieuse, prenait les choses d'un peu plus haut. 11 ne fait pas de Théologie dans le morceau commenté par Nicole : il légifère contre les Humanistes. Ils sont nihilistes ; ils ne croient ni à Dieu, ni à l'&me, ni aa Surnaturel. Ils ne croient pas non plus qu'on y puisse croire. La Pénitence et le repentir, à leurs yeux, sont de l'hypocrisie. Ils sont naturalistes. Eh bien, les Jésuites sont naturalistes comme eux. C'était cela qu'il fallait dire. Mais Nicole prend les choses par le petit bout. La décision du Concile de Trente est au-dessus de son esprit.

honesta, » Voilà tout ce qui se peut dire, si ce n'est qu'on veuille ajouter une conséquence, qui se tire aisément de ces principes : qui est que la Contrition est si peu nécessaire au sacrement, qu'elle y seroit au contraire nuisible, en ce qu'effaçant les péchés par elle-même, elle ne laisseroit rien à faire au sacrement. C'est ce que dit notre père Valentia, ce célèbre jésuite, T. IV, disp. 7, q. 8, p. â : « La Contrition n'est point du tout nécessaire pour obtenir l'effet principal du sacrement; mais", au contraire, elle y est plutôt un obstacle : Imo obstat potim quominus effectm sequaiur. » On ne peut rien désirer de plus à l'avantage de l'Attrition. Je le crois, mon père; mais souffrez que je vous en dise mon sentiment, et que je vous fasse voir à quel excès cette doctrine conduit. Lorsque vous dites que VAtiriiion conçue par la seule crainte des peines suffit avec le sacrement pour justifier les pécheurs, ne s'ensuit-il pas de là qu'on pourra toute sa vie expier ses péchés de cette sorte, et ainsi être sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en sa vie ? Or vos Pères oseroient-ils soutenir cela?

Je vois bien, répondit le père, par ce que vous me dites, qne vous avez besoin de savoir la doctrine de nos Pères touchant l'Amour de Dieu. C'est le dernier trait de leur Morale, et le plus important de tous. Vous deviez l'avoir compris par les passages que je vous ai cités de la Contrition. Mais en voici d'autres plus précis sur l'Amour de Dieu ; ne m'interrompez donc pas**, car la suite même en est considérable. Écoutez Escobar, qui rapporte les opinions différentes de nos Auteurs sur ce sujet, dans la Pratique de r Amour de Dieu selon noire Société^ auTr. 1, ex. 2, n. 21

* Textes in-40 et in-12 : « et >, au lieu de « mais >.

>> Textes in-40 et in-12 : « mais en voici d'autres, «/ no m'interrompez donc pas ».

et Tr. 5, ex. â, n. 8, sur cette question : « Quand est-on obligé d'avoir affection actuellement pour Dieu? Suarez dit que c'est assez, si on Taime avant l'article de la mort, sans déterminer aucun temps; Vasquez, qu'il suffit encore à l'article de la mort; d'autres, quand on reçoit le Baptême ; d'autres, quand on est obligé d'être contrit ; d'autres, les jours de fête. Mais notre père Castro Palao combat toutes ces opinions-là, et avec raison, meriio. Hurtado de Mendoça prétend qu'on y est obligé tous les ans, et qu'on nous traite bien favorablement encore de ne nous y obliger pas plus souvent; mais noire père Conînck croit qu'on y est obligé en trois ou quatre ans; Henriquez tous les cinq ans, et" Filiutius dit qu'il est probable qu'on n'y est pas obligé à la rigueur tous les cinq ans. Et quand donc? Il le remet au jugement des Sages*. » Je laissai

* Textes in-4« et ia-12 : f mais 9, au liea de . < et ».

1. Les Casuistes, qui étaient les regrattlers de TÉglise au sein de laquelle ils tenaient l'emploi des hommes d'affaires dans la basoche, se contentaient de peu. Ils ne voyaient que la lettre dans les choses de la Théologie. Leur baâsesse d'&me offusque Pascal qui a de hauts sentiments et n*est pas un praticien du confessionnal. Nicole, qui fait du zèle à la suite du Pascal, n'a pas de peine à les confondre à coups de citations. Leur Attrition, qui est la peur des peines de Penfer, est une crainte servile, leur dit-il avec saint Thomas : « Celui-là agit par la crainte servile considérée comme servile, qui n'aime point la Justice, mais qui craint seulement la Peine. ■ Les Casuistes étaient plus psychologues que Nicole. Ayant affaire à un vulgaire assiégé par l'ignorance et les préjugés, incapable de générosité et d*amour de Dieu, du Bien, de la Justice, ils parlaient aux sentiments qu'ils lui connaissaient. Nicole les pourfend sans grand effort à Taide de saint Augustin. Les Casuistes sont des rabbins juifs qui ne font appel qu*à rintérèi. Les Juifs obéissaient par la crainte; encore n^attendaient-ils de l*observation de la loi que des biens temporels. « La loi, dit saint Augustin {De spiritu et lUlera, c. 8), produisoit la Colère pour les Juifs, en rendant les péchés qu'ils commettoient d*autant plus grands, qu'ils les commettoient avec plus de connoissance. Et à l'égard de ceux mômes qui observoient ce que la Loi leur commandoit, elle ne laissoit pas de produire en-

passer tout ce badinage, où l'esprit de rhomme se joue si insolemment de l'Amour de Dieu. Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond', qui triomphe sur cette matière dans son admirable livre de la Défense de la vertUy où il parle français en France^ comme il dit au lecteur, discourt ainsi au 2* Tr., sect. i, pag. 12, 13, là, etc. : <( Saint Thomas dit qu'on est obligé à aimer Dieu aussitôt après l'usage de raison : c'est un peu bientôt. Scotus *, chaque dimanche : sur quoi fondé ? D'autres, quand on est grièvement tenté : oui, en cas qu'il n'y eût que cette voie de fuir la tentation. Sotus, quand on reçoit un bienfait de Dieu : bon pour l'en remercier. D'autres, à la mort : c'est bien tard. Je ne crois pas non plus que ce soit à chaque réception de quelque sacrement : l'Attrition y suflit

core la Colère. Car comme ils ne le faisoient pas par Tesprit de la Gr&cc, ils le faisoient par la crainte du ch&timentet non par Tamourde la Justice. Ainsi Dieu ne voyoit pas dans leur volonté ce que les hommes voyoient dans leurs œuvres. £t ils étoient plutôt coupables que Justes devant ses yeux parce qu*il connoissoit qu'ils eussent mieux aimé connottre le mal, bMls l'eussent pu faire impunément. » Là, en effet, est le progrès accompli par le Christianisme. 11 a fait faire un pas à la nature humaine, en changeant le fondement de la Justice. Auparavant le Législateur n'avait en vue que de corriger les actes; lui a entrepris de corriger la Volonté et 11 y est parvenu. De sorte que les Casuistes sont on retard de toute l'histoire du Christianisme ou plutôt ils s'y mettent par mépris de ceux quMls ont à diriger.

1. Sirmond (Antoine), jésuite français, qu*il importe de ne pas confondre avec le père Sirmond (Jacques) qui fut illustre au xvii" siècle et était l'oncle d'Antoine, est né à Riom (Auvergne) en 1501. Il est mort à Paris en 1643. Il est l'auteur de divers écrits. De Itnmortalitate animœ, V Auditeur de la parole de Dieu, le Prédicateur , la Défense de la Vertu, qui n'auraient pas empêché son nom d'être aujourd'hui inconnu, si la mention qu'en fait Pascal, ne l'avait tenu hors de l'oubli.

2. Qu'est-ce que Scotus? Est-ce Marianus, dit Scotus, parce qu'il était Écossais, moine de l'abbaye de Fulde, mort à Mayence en 1086, et auteur d'une chronique qui va du commencement de notre ère à l'an 1083? 11 s'agit plutôt ici de Duns Scot, moine franciscain, mort à Cologne en 1308, surnommé le docteur subtil et chef des Scotistes^ école de Théologie scolastique opposée à celle des Thomistes»

avec la Confession, si on en a la commodité. Suarez dit qu'on y est obligé en un temps : mais en quel temps? Il vous en fait juge, il n'en sait rien. Or ce que ce Docteur n'a pas su, je ne sais qui le sait. » Et il conclut enfin qu'on n'est obligé à autre chose, à la rigueur, qu'à observer les autres commandements, sans aucune affection pour Dieu, et sans que notre cœur soit à lui, pourvu qu'on ne le haïsse pas. C'est ce qu'il prouve en tout son second Traité. Vous le verrez à chaque page, et entre autres pages 16, 19, 2&, 28, où il dit ces mots : « Dieu, en nous commandant de l'aimer, se contente que nous lui obéissions en ses autres commandements. Si Dieu eût dit : Je vous perdrai, quelque obéissance que vous me rendiez, si de plus votre cœur n'est à moi : ce motif, à votre avis, eût-il été bien proportionné à la fin que Dieu a dû et a pu avoir ? Il est donc dit que nous aimerons Dieu en faisant sa volonté, comme si nous l'aimions d'affection, comme si le motif de la Charité nous y portoit. Si cela arrive réellement, encore mieux : sinon, nous ne laisserons pas pourtant d'obéir en rigueur au commandement d'Amour, en ayant les œuvres, de façon que (voyez la bonté de Dieu) il ne nous est pas tant commandé de l'aimer que de ne le point haïr *. »

1. Le père Antoine Sirmond est un type à la fois médiocre et original, qui sert à Pascal à plusieurs Ans. Il lui sert d'abord à montrer, par le laisser aller imprudent de la forme, ce que les habiles de PÉcole sanûent mieux cacher, à savoir que les Casuistes de la Compagnie tendent d*iine manière uniforme à remplacer en matière religieuse Tesprit par la lettre, la piété intérieure par des pratiques purement formalistes; il lui sert eosuite à mettre les Jésuites en contradiction avec la doctrine des Pères, avec le Droit Canonique lui-même. Aussi derrière Pascal, Nicole accumule les textes. C'est toujours dans saint Augustin qu'il puise. Dans cette occasion, un extrait topique vient à Tappui des citations de Pascal, a La crainte qui ne' fait pas aimer la Justice, mais appréhender le châtiment, dit saint Augustin (Com, in ps, 118), est une crainte servile. Elle ne regarde que les intérêts de la chair. Ainsi elle ne la crucifie point (elle n*est pas

C'est ainsi que nos Pères ont déchargé les hommes de Tobligation pénible d'aimer Dieu actuellement; et cette doctrine est si avantageuse, que nos pères Annat, Pinthereau, Le Moine et A. Sirmond même l'ont défendue vigoureusement, quand on a voulu la combattre. Vous n'avez qu'à le voir dans leurs Réponses à la Théologie morale : et celle du père Pinthereau en la 2" part, de l'abbé de Boisic, p. 53, vous fera juger de la valeur de cette dispense par le prix qu'il dit qu'elle a coûté, qui est le sang de Jésus- Christ. C'est le couronnement de cette doctrine. Vous y verrez donc que cette dispense de Tobligation fâcheuse d'aimer Dieu est le privilège de la loi évangélique pardessus la judaïque, u II a été raisonnable, dit-il, que dans la Loi de Grâce du Nouveau Testament, Dieu levât l'obligation fâcheuse et difficile, qui étoit en la Loi de rigueur, d'exercer un acte de parfaite Contrition pour être justifié, et qu'il instituât des sacrements pour suppléer à son défaut, à l'aide d'une disposition plus facile. Autrement, certes, les Chrétiens qui sont les enfants n'auroient pas maintenant plus de facilité à se remettre aux bonnes grâces de leur Père que les Juifs, qui étoient les esclaves, pour obtenir miséricorde de leur Seigneur. »

chrétienne). La volonté de pécher demeure toujours vivante, et elle se fait connottre par les œuvres dès qu*.elle peut espérer Pimpunité. Mais lorsqu'on croit que le châtiment suivra de près le péché, la volonté de le commettre demeure à la vérité cachée ; mais elle no laisse pas d*être toujours vivante, car elle désireroit que ce que la loi défend fût permis, et elle a de la douleur de ce qu*il ne Test pas, parce qu*elle ne se plait point spirituellement dans le bien qu'elle commande, mais qu'elle craint d'une manière charnelle le bien dont elle menace. » Il n'est pas indifférent à Nicole de produire à côté de la doctrine de saint Augustin le texte des Décrétâtes qui la sanctionne : « Celui qui accomplit un précepte par la crainte ne l'accomplit pas comme il doit l'accomplir; et ainsi il ne l'accomplit point du tout. » In décret, tit. de reg, juris, A cela, les Jésuites n'avaient rien à répondre.

0 mon père ! lui dis-je% il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout, et on ne peut ouïr sans horreur les choses que je viens d entendre*. Ce n'est pas de moimême, dit-il. Je le sais bien, mon père, mais vous n'en avez point d'aversion ; et bien loin de détester les Auteurs de ces maximes, vous avez de l'estime pour eux. Ne craignez-vous pas que votre consentement ne vous rende par-

■ « Lui dis-je » est ajouté dans lo texte in-8«.

1. Ju8qu*ici, Pascal a joaé et abusé du dialogue avec le Bon Père Casuiste. La facilité débonnaire du Bon Père Ta aidé. Au point de vue de Tart, le caractère du Casuiste laisse à désirer. Laissons Saiute-Beuvc en dire son avis. « On a dit, entre autres objections encore, écrit-il (Port- Royal, t. 1X1, p. 120 de Téd. citée), que ce Bon Père Casuiste va de plus en plus en 8*6xagérant comme caractère; que — contrairement au Servetwrad imum — de simple qu'il était seulement d*abord, il devient un niais, qui tombe dans tous les pièges, et qui, lorsqu'il est déjà dit expressément que les Lettres courent Paris et font scandale, continue ses révélations comme 8*il n'était nullement informé de Peffet. Mais Pascal, en observant Part, ne 8*y asservit pas et n'en est pas dupe. Après tout, c*est moins un dialogue direct qu*il nous donne, que le récit fait par l'un des interlocuteurs et dans lequel Tautrc est nécessairement sacrifié t il suffit que co soit d'un air naturel. A mesure qu'il a moins besoin de son Bon Père, Pascal le soigne moins; il le fait plus insoutenable, il le brusque jusqu'à ce qu'enfin il éclate. Alors et Bon Père et Provincial supposé, tout cela disparaît; le combat s'engage à nu, et l'écrivain encore masqué, mais sans plus de rôle, s'attaque droit à l'ennemi. Toute cette gradation, qui est celle de la passion même, de la conviction sérieuse et ardente, par conséquent du véritable art supérieur, s'opère dans celui du lecteur comme dans celui de l'écrivain. Et ce dernier, en sa marche vigoureuse, met pleinement d'accord l'inspiration du talent avec le mouvement de l'Homme moral et prèsqu'avec la colère du Chrétien.

« c'est ici le lieu de relire l'admirable et victorieuse péroraison de la Diiième Lettre qui couronne en les brisant cette suite de dialogues. Le temps d'ironie a cessé, l'indignation commence : — O mon père, il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout, et on ne peut ouïr sans horreur les choses que je viens d'entendre. — J'y renvoie, mais à condition qu'on relira; en 60*01, c'est l'instant même où Pascal se lève; le léger appareil de la scène est renversé; il devient alors un réfutateur pressant, terrible, épée nue, un orateur. »

ticipant de leur crime? Et pouvez-vous ignorer que saint Paul juge « dignes de mort, non seulement les Auteurs des mauXy mais aussi ceux qui y consentent » ? Ne su(Iisoit-il pas d'avoir permis aux hommes tant de choses défendues, par les palliations que vous y avez apportées? falloit-il encore leur donner l'occasion de commettre les crimes mêmes que vous n'avez pu excuser par la facilité et l'assurance de l'Absolution que vous leur en offrez, en détruisant à ce dessein la puissance des Prêtres, et les obligeant d'absoudre, plutôt en esclaves qu'en juges, les pécheurs les plus envieillis *, sans changement de vie, sans aucun signe de regret, que des promesses cent fois violées, sans Pénitence, s*ils nen veulent point accepter i et sans quitter les occasions des vices, s^ils en reçoivent de Vincommodité ?

Mais ou passe encore au delà, et la licence qu'on a prise d'ébranler les règles les plus saintes de la Conduite Chrétienne se porte jusqu'au renversement entier de la Loi de Dieu. On viole le grand commandement^ qui comprend la Loi et les Prophètes -^ on attaque la Piété dans le cœur; on en ôte l'esprit qui donne la vie ; on dit que l'Amour de Dieu n'est pas nécessaire au salut ; et on va même jusqu'à prétendre que cette dispense d*aimer Dieu est V avantage que Jésus-Christ a apporté au monde. C'est le comble de l'impiété. Le prix du sang de Jésus-Christ sera de nous obtenir la dispense de l'aimer ! Avant l'Incarnation, on étoit obligé d'aimer Dieu ; mais depuis que Dieu a tant aimé le mondCy qu'il lui a donné son fils unique^ le monde, racheté par lui, sera déchargé de l'aimer I Étrange Théologie de nos jours 1 On ose lever VAnathème que saint Paul

■ Les textes in-4» et io-12 ajoutent apris « envleillif » ces mots « sans aucun amour de Dieu? > retranch'S dans Tin-S*.

prononce contre ceux qui n'aiment pas le Seigneur Jésus! On ruine ce que dit saint Jean, que qui rtaime point demeure en la mort; et ce que dit Jésus-Chiîst même, que qui ne ïaime point ^ ne garde point ses préceptes ! Ainsi on rend dignes de jouir de Dieu dans l'Éternité ceux qui n*ont jamais aimé Dieu en toute leur vie ! Voilà le mystère d'iniquité accompli. Ouvrez enfin les yeux, mon père; et si vous n'avez point été touché par les autres égarements de vos Casuistes, que ces derniers vous en retirent par leurs excès. Je le souhaite de tout mon cœur pour vous et pour tous vos Pères; et je prie* Dieu qu'il daigne leur faire connoitre combien est fausse la lumière qui les a conduits jusqu'à de tels précipices, et qu'il remplisse de son amour ceux qui en osent dispenser les hommes ^^

Après quelques discours de cette sorte, je quittai le

* Textet in-4<» et in-13 : c et prie ». L'in-8», comme en beaucoup d'antres endroit^ coupe la phrase en deux à l'aide d'un (;).

^ Textes in-4<* et in-12 : f ceux qui en dispensent les hommes », au lieu de « qoi osent en dispenser *.

L Les Apologistes modernes des Jésaites, pris sur le fait par les citations de Pascal et les conclusions quUl en tire, ont recours à un singulier échappatoire. « C*est vrai, disent-ils, que les Casuistes se passent de l'Amour de Dieu. Ils condescendent à la dureté des coeurs; ils prennent leurs Pénitents comme ils sont et non comme ils devraient être. Cest toujours rargument célèbre de Blachiavel, accusé d^nseigner la trahison et la mauvaise foi : les hommes sont faits de cette manière. Ainsi disent les Apologistes des Casuistes : l'Amour de Dieu sUnspire et ne se décrète pas, «Aimeratron Dieu plus ou moins, dit l'un d'eux, selon que telle ou telle décision se trouvera dans les pages in-folio des Théologiens? » Non ; mais alors à quoi servent rÉcriture sainte, les É pitres de saint Paul, les Homélies de saint Jean Chrysostomo et de saint Augustin? Les Casuistes ne peavent pas mettre l'Amour de Dieu là où il n'est pas; mais ils peuvent ne point trahir la cause quMls défendent en affirmant qu'il y a le nécessaire de Christianisme là où il n'y en a pas du tout. Us flattent la tiédeur, Tindifférence, l'impiété dans un intérêt temporel, intérêt de domination, de métier. Ce sont les marchands du Temple dont ils font une caverne d'usuriers, au lieu de Tasile de la prière et du sanctuaire de la piété.

père, et je ne vois guère d'apparence d'y retourner. Mais n'y ayez pas de regret; car s'il étoit nécessaire de vous entretenir encore de leurs maximes, j'ai assez lu leurs livres pour pouvoir vous en dire à peu près autant de leur Morale, et peut-élre plus de leur Politique, qu'il n'eût fait lui-même.

Je suis, etc.

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