‹ Lettres écrites a un provincialChapitre 95 sur 97 · Ce po8C-8criptum a été retranché dans Tédi lion in-S · texte numérisé non relu

Ce po8C-8criptum a été retranché dans Tédi lion in-S

Adoucissemontt qae les Jésuites ont apportés aa lacreraent de Pénitence, par leurs maximes touchant la Confession, la Satisfaction, l'Absolution, les Occasions prochaines de pécher, la Contrition et TAmour de Dieu.

De Parii, ce 2 août 1656.

HONSIEUB,

Ce n'est pas encore ici la Politique de la Société, mais c'en est un des plus grands principes. Vous y verrez les adoucissements de la Confession, qui sont assurément le meilleur moyen que ces Pères aient trouvé pour attirer tout le monde et ne rebuter personne. Il falloit savoir cela avant que de passer outre ; et c'est pourquoi le père trouva à propos de m'en instruire en cette sorte.

Vous avez vu, me dit-il, par tout ce que je vous ai dit jusques ici, avec quel succès nos Pères ont travaillé à découvrir, par leurs lumières qu'il y a un grand nombre de choses permises qui passoient autrefois pour défendues ; mais, parce qu'il reste encore des péchés qu'on n'a pu excuser, et que l'unique remède en est la Confession, il a été bien nécessaire d'en adoucir les difficultés par les voies que j'ai maintenant à vous dire. Et ainsi, après vous avoir montré, dans toutes nos conversations précédentes, comment on a soulagé les scrupules qui troubloient les con-

1. Dixième Lettre écrite à un Provincial par un de ses amis. — Cette lettre fut faite de concert avec M. Amauld. — Note de Vabbé Goujet.

sciences, en faisant voir que ce qu'on croyoit mauvais ne l'est pas, il reste à vous montrer en celle-ci la manière d'expier facilement ce qui est véritablement péché, en rendant la Confession aussi aisée qu'elle étoit difficile autrefois. Et par quel moyen, mon père? C'est, dit-il, par ces subtilités admirables qui sont propres à notre Compagnie, et que nos Pères de Flandre appellent, dans V Image de notre premier siècle, Liv. III, or. 1, p. 401, et Liv. I, c. ii, « de pieuses et saintes finesses, et un saint artifice de dévotion : piam et religiosam calliditatem, et pietatis solertiam ^ », au Liv. III, c. vm. C'est par le moyen de ces inventions « que les crimes s'expient aujourd'hui alacriusy avec plus d'allégresse et d'ardeur qu'ils ne se commet— toient autrefois ; en sorte que plusieurs personnes eOacent leurs taches aussi promptement qu'ils les contractent : plurimi vix ci tins maculas contrahunt quam eluunt », comme il est dit au même lieu *. Apprenez-moi donc, je vous prie, mon père, ces finesses si salutaires. Il y en a plusieurs, me dit-il ; car, comme il se trouve beaucoup de choses pénibles dans la Confession, on a apporté des adoucissements à chacune; et parce que les principales peines qui s'y rencontrent sont la honte de confesser de ■ certains

De est igouté dans la leçon in-â».

1. 11 s'agit comme toujours d'attirer à soi. Les auteurs de Vlmago primi sœculi viennent de citer l'exemple de J.-C. qui a pris notre natiire afin de nous attirer à lui. Ils ajoutent : pia et rdligiosa ccUlidiUuI quam ejus socii féliciter imitarentur; quorum itidem solertia eit ad omnium fê mores efflngere et accommodaret omnia munia obire, omnes personas suwtinere^ omnibus omnia fieri. a Pieuse et religieuse adresse, que ses disciples seraient heureux d'imiter en déployant la même habileté à s'accommoder aux mœurs de tout venant, à remplir tous les offices, à jouer tous les r&les, à se faire tout à tous. » C'est le programme général de la Compagnie.

péchés, le soin d'en exprimer les circonstances, la pénitence qu'il en faut faire, la résolution de n'y plus tomber, la fuite des occasions prochaines qui y engagent, et le regret de les avoir commis ; j'espère vous montrer aujourd'hui qu'il ne reste presque rien de fâcheux en tout cela, tant on a eu soin d'ôter toute l'amertume et toute l'aigreur d'un remède si nécessaire.

Car, pour commencer par la peine qu'on a de confesser de* certains péchés, comme vous n'ignorez pas qu'il est souvent assez important de se conserver dans l'estime de son Confesseur, n'est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos Pères, et entre autres Escobar, qui cite encore Suarez, Tr. 7, a. 4, n. 135, « d'avoir deux confesseurs, l'un pour les péchés mortels, et l'autre pour les véniels, afin de se maintenir en bonne réputation auprès de son Confesseur ordinaire*, ut bonam famam apud ordinarium tueatury pourvu qu'on ne prenne pas de là oc-^ casion de demeurer dans le péché mortel » ? Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d'un péché, même à son Confesseur ordinaire**, sans qu'il s'aperçoive qu'on l'a commis depuis la dernière confession, a C'est dit-il, de faire une Confession générale, et de confondre ce dernier péché avec les autres dont on s'accuse en gros*. »

■ De est également igouté ici dans l'in-8o.

■> Textes in-lo et in-12 : « à «on confesseur ordinaire même *.

i. Cette pratique est d'usage commun dans rÉg^lise. Dans les circonstances solennelles comme le Temps Pascal, le Jubilé, le confesseur ordinaire engage ses pénitents ou quelques-uns de ses pénitents à prendre un autre confesseur. C'est une des difficultés de la Direction.

2. Le moyen est autorisé afin de ménager Tamour-propre du pénitent. Néanmoins Escobar ajoute ce que Pascal ne dit pas : nisi oh aliquam cirettnutantiam mutantem speciem, aut constitumtem hominem in proxima occasione peccandi, « à moins qu'une circonstance particulière ne change

11 dil encore la même chose» Princ. ex. 2, n. 73. Et vous avouerez, je m'assure» que cette décision du père Bauny, Théol. mor. Tr. &» q. 15» p. 137, soulage encore bien la honte qu'on a de confesser ses rechutes : a Que, hors de certaines occasions qui n'arrivent que rarement, le Confesseur n'a pas le droit de demander si le péché dont on s'accuse est un péché d'habitude, et qu'on n'est pas obligé de lui répondre sur cela, parce qu'il n a point droit de donner à son pénitent la honte de déclarer ses rechutes firéquentes. ■ Gomment, mon père ! j'aimerois autant dire qu'un médecin n'a pas droit de demander à son malade s'il y a longtemps qu'il a la fièvre. Les péchés ne sont-ils pas tous difierents selon ces différentes circonstances ? et le dessein d'un véritable pénitent ne doit-il pas être d'exposer tout l'état de sa conscience à son Confesseur, avec la même sincérité et la même ouverture de cœur que s'il parloit à Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place? Or*' n'est-on pas bien éloigné de cette disposition quand on cache ses rechutes fréquentes, pour cacher la grandeur de son péché? Je vis le bon père embarrassé là-dessus : de sorte qu'il pensa à éluder cette difficulté plutôt qu'à la résoudre, en m'apprenant une autre de leurs règles, qui établit seulement un nouveau désordre, sans justifier en aucune sorte cette décision du père Bauny, qui est, à mon sens, une de leurs plus pernicieuses maximes, et des plus propres à entretenir les Vicieux dans leurs mauvaises habitudes. Je demeure d'accord, me dit-il, qiie l'Habitude augmente la malice du péché ; mais elle n'en change pas la nature : et

• Textes ic-4« et in-12 : « et t, au lieu de • or ».

Tespèce du péché, ou ne mette le pénitent dans l'occasion prochaine de recommencer ». Alors, ce serait tricher.

c'est pourquoi on n'est pas obligé à s'en confesser, selon la règle de nos Pères, qu'Escobar rapporte, Princ. ex. 2, n. 39 : « Qu'on n'est obligé de confesser que les circonstances qui changent l'espèce du péché, et non pas celles qui l'aggravent. »

C'est selon cette règle que notre père Granados * dit, in 5 part. cont. 7, Tome IX, d. 9, n. 22, « que si on a mangé de la viande en Carême, il suffit de s'accuser d'avoir rompu le jeûne, sans dire si c'est en mangeant de la viande, ou en faisant deux repas maigres » . Kt selon notre père Reginaldus, Tr. 1, Lib. VI, c. iv, n. 114 : « Un Devin qui s'est servi de l'art diabolique n'est pas obligé à déclarer cette circonstance ; mais il suffit de dire qu'il s'est mêlé de deviner, sans exprimer si c'est par la chiromancie, ou par un pacte avec le Démon. » Et Fagundez, de notre Société, P. 2, Lib. IV, c. m, n. 17, dit aussi : « Le Rapt n'est pas une circonstance qu'on soit tenu de découvrir quand la fille y a consenti. » Notre père Escobar rapporte tout cela au même lieu, n. Al, 61, 62, avec plusieurs autres décisions assez curieuses des circonstances qu'on n'est pas obligé de confesser. Vous pouvez les y voir vousmême. Voilà, lui dis-je, des artifices de dévotion bien accommodants >.

1. Granados (Jacques), Jésuite espagnol, né à Cadix en 1572, mort en 1632 à Grenade, recteur du collège que les Jésuites avafentdans cette ville. On a de lui des commentaires sur une partie de la Somme de saint Thomas d*Aquin.

2. Ce début de la Dixième Provinciale paraîtra un peu monotone. On y rencontre trop de longueurs, de renvois. Le style en est quelquefois

terne:

Quandoque bonus dormitat Homeras.

On y remarque aussi Tabsence plus fi-équente d*un don que Pascal ne possède pas au môme degré que ses autres qualités littéraires. « Le Pascal des Pensées, dit Sainte-Beuve {Port-Royal, t. HI, p. 121 de Tédition citée), saura unir la passion mélancolique et presque byronienne, avec une sorte

Tout cela néanmoins, dit-il, ne seroit rien, si on n'avoii de plus adouci la Pénitence, qui est une des choses qui éloignoit davantage de la Confession. Mais maintenant 1^ plus délicats ne la sauroient plus appréhender, après ce que nous avons soutenu dans nos thèses du collège de Glermont : « Que si le Confesseur impose une Pénitence convenable, convenientemy et qu'on ne veuille pas néanmoins l'accepter, on peut se retirer en renonçant à 1* Absolution et à la Pénitence imposée. » Et Escobar dit encore dans la Pratique de la Pénitence, selon notre Société, Tr. 7, ex. 4, n. 188 : « Que si le Pénitent déclare qu'il veut remettre à l'autre monde à faire pénitence, et souffrir en Purgatoire toutes les peines qui lui sont dues, alors le Confesseur doit lui imposer une Pénitence bien légère pour l'intégrité du sacrement, et principalement s'il reconnoît qu'il n'en accepteroit pas une plus grande. » Je crois, lui dis-je, que si cela étoit, on ne devroit plus appeler la Confession le sacrement de Pénitence. Vous avez tort, dit-il, car au moins on en donne toujours quelqu'une pour la forme. Mais, mon père, jugez-vous qu'un homme soit digne

de fermeté et de précision géométrique, qui imprimera une vigueur iocomparable à son accent ; dans ses Petites Lettres, il combine Téloquence, la finesse, Tenjouement. On parle à tout moment de Platon et de dialogrue socratique à son sujet : la Grâce pourtant, cette muse des Grecs, il Ta peu. Malebranche et surtout Fénelon, dans leur rigueur moindre et lear marche plus flottante, en eurent sans doute quelque chose; cependant H faut avouer qu^en général, les écrivains chrétiens, dans les matières théologiques ou métaphysiques, y reviennent malaisément. Entre tant de divinités charmantes ou coupables que le Christianisme a détrônées, et quMl n'a pas toutes anéanties, il en est une qu*il a bien décidément immolée et qui tenait à TAge premier du monde, à Tallégresse facile des esprits, c'est un certain éclat naturel et riant, c'est Aglaiy la plus jeune des Gr&ces. » Et puis ici, il y a l'inflaence i'Arnauld qu'une note de Coujet nous apprend avoir pris part à cette Lettre. Arnaud est sec, terne et raisonneur et il possède le don de communiquer ces trois défauts à quiconque est soumis à sa collaboration.

de recevoir TAbsolution quand il ne veut rien faire de pénible pour expier ses offenses? Et quand des personnes sont en cet état, ne devriez-vous pas plutôt leur retenir leurs péchés que de les ■ leur remettre ? Avez-vous l'idée véritable de l'étendue** de votre ministère? et ne savez-vous pas que vous y exercez le pouvoir de lier et de délier? Croyez-vous qu'il soit permis de donner l'Absolution indifféremment à tous ceux qui la demandent, sans reconnottre auparavant si Jésus-Christ délie dans le ciel ceux que vous déliez sur la terre ^ ? Eh quoi 1 dit le père, pensez- vous que nous ignorions « que le Confesseur doit se rendre juge de la disposition de son pénitent, tant parce qu'il est obligé de ne pas dispenser les sacrements à ceux qui en sont indignes, Jésus-Christ lui ayant ordonné d'être dispensateur fidèle, et de ne pas donner les choses saintes aux chiens, que parce qu'il est Juge, et que c'est le devoir dun Juge de juger justement, en déliant ceux qui en sont clignes, et liant ceux qui en sont indignes, et aussi parce qu'il ne doit pas absoudre ceux que Jésus-Christ condamne » ? De qui sont ces paroles-là, mon père? De notre père Filiutius, répliqua-t-il, T. I, Tr. 7, n. 354. Vous me surprenez, lui dis-je ; je les prenois pour être d'un des Pères de l'Église.

* c Les a manque dans l'in-S».

^ c De l'éteodue » est «jouté dans l'in-S».

1. On sait, comme on a vu, par Tabbé Goujet qu*Arnauld avait fourni à Pascal la matière de la Diiième Provinciale. Ici Amauld montre le bout du nez. Ce que dit Pascal des péchés qui doivent être remis dans le ciel avant de pouvoir Tôtre sur la terre est la théorie de Saint-Cyran sur la Pénitence, doctrine consignée par Arnauld dans le livre de la Fréquente communion, le plus célèbre de ses ouvrages : le pécheur doit être déjà Justifié quand il arrive devant le Confesseur. La sentence de celui-ci est simplement déclarative. ^Absolution ne remet pas les péchés, ni par suite le sacrement de Pénitence : il n'y a que la Contrition qui ait ce pouvoir, et la Contrition est une Grâce qui n'est pas donnée à tout le monde.

Mais, mon père, ce passage doit bien étonner les Confesseurs et les rendre bien circonspects dans la dispeosation de ce sacrement, pour reconnoltre si le regret de leurs pénitents est suffisant, et si les promesses qu'ils donnent de ne plus pécher à l'avenir sont recevables. Gela n'est point du tout embarrassant, dit le père. Filiutius n'avoit garde de laisser les Confesseurs dans cette peine ; et c'est pourquoi, ensuite de ces paroles, il leur donne * cette méthode facile pour en sortir : « Le Confesseur peut aisément se mettre en repos, touchant la disposition de son pénitent; car s'il ne donne pas des signes suffisants de douleur, le Confesseur n'a qu'à lui demander s'il ne déteste pas le péché dans son âme ; et s'il répond que oui, il est obligé de l'en croire. Et il faut dire la même chose de la Résolution pour l'avenir, à moins qu'il y eût quelque obligation de restituer ou de quitter quelque occasion prochaine. » Pour ce passage, mon père, je vois bien qu'il est de Filiutius. Vous vous trompez, dit le père : car il a pris tout cela mot à mot de Suarez, in 3 part., T. IV, disp. 32, sect. 2, n. 2. Mais, mon père, ce dernier passage de Filiutius détruit ce qu'il avoit établi dans le premier; car les Confesseurs n'auront plus le pouvoir de se rendre Juges de la disposition de leurs Pénitents, puisqu'ils sont obligés de les en croire sur leur parole, lors même qu'ils ne donnent aucun signe suffisant de douleur. Est-ce qu'il y a tant de certitude dans ces paroles qu'on donne, que ce seul signe soit convaincant? Je doute que l'expérience ait fait connoltre à vos Pères que tous ceux qui leur font ces promesses les tiennent, et je suis trompé s'ils n'éprouvent souvent le contraire. Cela n'importe, dit le père; on ne laisse pas d'obliger toujours les Confesseurs à les croire : car le père Bauny,

* Textes iQ-4« et in-lS : « il leur donne à la suite de cet parolet i .

qui a traité cette question à fond dans sa Somme des péchés, C. XLVi, p. 1090, 1091 et 1092, conclut que «toutes les fois que ceux qui récidivent souvent, sans qu'on y voie aucun amendement, se présentent au Confesseur, et lui disent qu'ils ont regret du passé et bon dessein pour l'avenir, il les en doit croire sur ce qu'ils le disent, quoiqu'il soit à présumer telles résolutions ne passer pas le bout des lèvres. Et quoiqu'ils se portent ensuite avec plus de liberté et d'excès que jamais dans les mêmes fautes, on peut néanmoins leur donner l'Absolution selon mon opinion. » Voilà, je m'assure, tous vos doutes bien résolus.

Mais, mon père, lui dis^je, je trouve que vous imposez une grande charge aux Confesseurs, en les obligeant de croire le contraire de ce qu'ils voient. Vous n'entendez pas cela, dit-il ; on veut dire par là qu'ils sont obligés d'agir et d'absoudre, comme s'ils croyoient que cette résolution fût ferme et constante, encore qu'ils ne le croient pas en effet. Et c'est ce que nos pères Suarez et Filiutius expliquent ensuite des passages de tantôt. Car après avoir dit « que le Prêtre est obligé de croire son Pénitent sur sa parole », ils ajoutent « qu'il n'est pas nécessaire que le Confesseur se persuade que la résolution de son Pénitent s'exécutera, ni qu'il le juge même probablement; mais il suffit qu'il pense qu'il en a à l'heure même le dessein en général, quoiqu'il doive retomber en bien peu de temps. Et c'est ce qu'enseignent tous nos Auteurs, ita docent omnes auctores. » Douterez-vous d'une chose que nos Auteurs enseignent? Mais, mon père, que deviendra donc ce que le père Pétau a été obligé de reconnoître lui-même dans la préface de la Pén, Publ.^ p. A : « Que les saints Pères, les Docteurs et les Conciles sont d'accord, comme d'une vérité certaine, que la Pénitence qui prépare à l'Eucharistie doit I. 47

être véritable, constante, courageuse, et non pas lâche et endormie, ni sujette aux rechutes et aux reprises? » Ne voyez-vous pas, dit-il, que le père Pétau paile de Y Ancienne Église? Mais cela est maintenant si peu de saison ^ pour user des termes de nos Pères, que, selon le père Bauny, le contraire est seul véritable; c'est auTr. 4, q. 15, p. 95. a II y a des auteurs qui disent qu'on doit refuser l'Absolution à ceux qui retombent souvent dans les mêmes péchés, et principalement lorsque, après les avoir plusieurs fois absous, il n'en parott aucun amendement : et d'autres disent que non. Mais la seule véritable opinion est qu'il ne faut point leur refuser l'Absolution : et encore qu'ils ne profitent point de tous les avis qu'on leur a souvent donnés, qu'ils n'aient pas gardé les promesses qu'ils ont faites de changer de vie, qu'ils n'aient pas travaillé à se purifier, il n'importe : et quoi qu'en disent les autres, la véritable opinion, et laquelle on doit suivre, est que, même en tous ces cas, on les doit absoudre. » Et, Tr. 4, q. 22, p. 100 : « Qu'on ne doit ni refuser ni différer l'Absolution à ceux qui sont dans des péchés d'habitude contre la Loi de Dieu, de Nature et de l'Église, quoiqu'on n'y voie aucune espérance d'amendement : Etsi emendationis fu^ turœ nulla spes apparent. »

Mais, mon père, lui dis-je, cette assurance d'avoir toujours l'Absolution pourroit bien porter les pécheurs... Je vous entends, dit-il en m'interrompant; mais écoutez le père Bauny, q. 15 : « On peut absoudre celui qui avoue que l'espérance d'être absous l'a porté à pécher avec plus de facilité qu'il n'eût fait sans cette espérance. » Et le père CaussinS défendant cette proposition, dit, page 211 de sa

1. Caussin (Nicolas), jésuite français, né à Troyes en 1570, mort à Paris en 1651. Il avait eu des succès dans la Chaire, lorsqu'il fut nommé confes*

Rép. àla Théol. mor., « Que si elle n'étoit véritable, Tiisage de la Confession seroit interdit à la plupart du monde ; et -qu'il n'y auroitplus de remède aux pécheurs, qu'une branche d'arbre et une corde*. » 0 mon père I que ces maximeslà attireront de gens à vos confessionnaux I Aussi, dit-il, vous ne sauriez croire combien il y en vient : « nous sommes accablés et comme opprimés sous la foule de nos pénitents, pœnitentium numéro obruimur^ », comme il est dit en V Image de notre premier siècle ^\Ày . III, ch. vin. Je sais, lui dis-je, un moyen facile de vous décharger de cette presse. Ce seroit seulement, mon père, d'obliger les pécheurs à quitter les occasions prochaines : vous vous soulageriez assez par cette seule invention. Nous ne cherchons pas ce soulagement, dit-il ; au contraire : car comme il est dit dans le même livre, Liv. III, ch. vu, p. 374 : « Notre Société a pour but de travailler à établir les vertus, de faire la guerre aux vices, et de servir un grand nombre d'âmes '. » Et comme il y a peu d'âmes qui veuillent quit-

• Texte véritable do p. Caussin : « Si l'absolution doit ôtre refusée à ceux que l'espérance d'ôtre absous a portés à pécher avec plus de facilité, l'usage de la confession ne devra-t-il pas ôtre interdit A la plupart du monde ? Bt il n'y aura plus d'autre remède aux pécheurs qu'une branche d'arbre et une corde. *

seur du roi Louis XHI. Accusé de connivence avec M"* de La Fayette dans une intrigrue ourdie en vue de renverser Richelieu, il fut exilé de la Cour et relégué à Rennes, puis à Quimper. Il est l'auteur d'écrits ascétiques, parmi lesquels La Cour sainte (5 vol. in-8»). Son Apologie pour les BfiUgieux de la Compagnie de JéstM (i644) contre l'Université de Paris fit quelque bruit. Il avait composé des poésies latines dans sa Jeunesse. C'est un des rares égyptologues du xvu^ siècle. On consulte encore sa Symbolioa Egyptorum sapientia* Sa Réponse à la Théologie morale des Jésuites est une œuvre de polémique dirigée contre les Jansénistes. Les courtisans considéraient le père Caussin comme « trop simple pour un jésuite de cour » et Louis XIII lui-môme l'appelait a Mon bonhomme •.

1. V Imago ne parle pas des Jésuites, mais des curés qui pmnitentium numéro obruuntur.

2. Voilà, selon Nicole, le fond de la conduite des Jésuites : « Il est utile

ter les occasions prochaînes, on a été obligé de définir ce que c'est qu'occasion prochaine ; comme on voit dans Escobar, en la Pratique de noire Société^ Tr, 7, ex. 4, n. 226. « On n'appelle pas occasion prochaine celle où l'on ne pèche que rarement, comme de pécher par un transport soudain avec celle avec qui on demeure, trois ou quatre fois par an »; ou selon le père Bauny, dans son Livre français y une ou deux fois par mois, p. 10S2 ; et encore p. 1089, où il demande « ce qu'on doit faire entre les Maîtres et Servantes , Cousins et Cousines qui demeurent ensemble , et qui se portent mutuellement à pécher par cette occasion » . Il les faut séparer, lui dis-je. C'est ce qu'il dit aussi, <( si les rechutes sont fréquentes et presque journalières : mais s'ils n'offensent que rarement /?flr ensemble *, comme seroit une ou deux fois le mois, et qu'ils ne puissent se séparer sans grande incommodité et dommage, on pourra les absoudre, selon ces auteurs, et entre autres Suarez, pourvu qu'ils promettent bien de ne plus pécher, et qu'ils aient un vrai regret du passé. » Je l'entendis bien , car il m'avoit déjà appris de quoi le Confesseur se doit contenter pour juger de ce regret. Et le père Bauny, continua-t-il, permet, p. 1083 et et 108A, à ceux qui sont engagés dans les occasions prochaines, u d'y demeurer, quand ils ne les pourroient quitter sans bailler sujet au monde de parler, ou sans en recevoir de l'incommodité ». Et il dit de même en sa Théologie morale, Tr. ù. De Pœnit. q. 13, p. 93, et q. lA, p. 9A : «Qu'on peut et qu'on doit absoudre une femme qui a chez elle un homme avec qui elle pèche souvent, si

au bien de leur Société de pouvoir donner indifféremment TAbsolutioa à tout le monde. » Notes sur la Dixième Provinciale.

1. « Par ensemble », dans le sens d*au contraire» Cette locution est maintenant inusitée. Elle était déjà vieille au xvu* siècle. Pascal ne remployait pas; il la cite.

elle ne peut le faire sortir hoDDêtement, ou qu'elle ait quelque cause de le retenir : Si non potest honeste ejicerej aut habeat aliquam causant retinendi^ pourvu qu'elle se* propose bien de ne plus pécher avec lui. »

0 mon père ! lui dis-je, l'obligation de quitter les occasions est bien adoucie, si on en est dispensé aussitôt qu'on enrecevroit de l'incommodité; mais je crois au moins qu'on y est obligé, selon vos Pères, quand il n'y a point de peine ? Oui, dit le père, quoique toutefois cela ne soit pas sans exception. Car le pèœ Bauny dit au même lieu : <( Il est permis à toutes sortes de personnes d'entrer dans les lieux de débauche pour convertir des femmes perdues, quoiqu'il soit bien vraisemblable qu'on y péchera : conmie si on a déjà éprouvé souvent qu'on s'est laissé aller au péché par la vue et les cajoleries de ces femmes. Et encore qu'il y ait des Docteurs qui n'approuvent pas cette opinion et qui croient qu'il n'est pas permis de mettre volontairement son salut en danger pour secourir son prochain, je ne laisse pas d'embrasser très volontiers cette opinion qu'ils combattent.» Voilà, mon père, une nouvelle sorte de Prédicateurs. Mais sur quoi se fonde le père Bauny pour leur donner cette mission ? C'est, me dit-il, sur un de ses principes qu'il donne au même lieu après Basile Ponce. Je vous en ai parlé autrefois, et je crois que vous vous en souvenez. C'est « qu'on peut rechercher une occasion directement et par elle-même, primo et per se^ pour le bien temporel ou spirituel de soi ou du prochain » . Ces passages me firent tant d'horreur, que je pensai rompre là-dessus ; mais je me retins, afm de le laisser aller jusqu'au bout, et me con-

■ « Pourvu qu'elle te propose bien. > Se est une correction moderne. Les éditions du temps ont toutes : « pourvu qu'elle propose bien », qui est le texte authentique. Proposer avait au xvu* siècle le sens neutre d'avoir intention. Il t'est conservé dans le proverbe : L'homme propote et Dieu dispose.

tentai de lui dire : Quel rapport y a-t-il, mon père, de cette doctrine à celle de l'Évangile, qui oblige « à s'arracher les yeux, et à retrancher les choses les plus nécessaires quand elles nuisent au salut» ? £t comment pouvez-vous concevoir qu'un homme qui demeure volontairement dans les occasions des péchés ^ les déteste sincèrement? N'est-il pas visible, au contraire, qu'il n'en est point touché comme il faut, et qu'il n'est pas encore arrivé à cette véritable conversion de cœur, qui fait autant aimer Dieu qu'on a aimé les créatures ?

Gomment ! dit-il, ce seroit là une véritable Contrition. Il semble que vous ne sachiez pas que, comme dit le père Pinthereau * en la seconde partie de l'abbé de Boisic, p. 50: « Tous nos Pères enseignent d'un commun accord que c'est une erreur et presque une hérésie de dire que la Contrition soit nécessaire, et que l'Âttrition toute seule, et même conçue par le seul motif des peines de l'enfer, qui exclut la volonté d'offenser, ne suffit pas avec le sacrement ^. » Quoi, mon père ! c'est presque un article de Foi

i. « Les occasions des péchés » au pluriel est une locution tombée en désuétude, on dirait aujourd'hui : « les occasions du péché ».

2. Pinthereau (François), Jésuite français, né à Chaumont en 1604, mort à Paris en 1664. lï n^était pas théologien, mais humaniste. H écrivit néanmoins contre les Jansénistes. Pinthereau est Tauteur sous le nom de sieur de Préville, du livre intitulé : la Naissance du Jansénisme découverte, 1654^ in-4'*. C'est un recueil de Lettres saisies chez Saint-Cyran en 1638 par Laubardemont. Il les avait fait imprimer secrètement en 1653 et les publia sous la rubrique de Louvain, avec un commentaire odieux. Elles ont été réimprimées par Gerberon, 1702, in-12, sous le nom de Du Vivier. Pinthereau est aussi Tauteur, sous le même pseudonyme, de : le Progrès du Jansénisme découvertt 1655, in-i".

3. Texte du père Pinthereau : « Les Jésuites enseignent tous d*an commun consentement, comme une doctrine fort catholique qui approche bien près de la Foi et qui est grandement conforme au Concile de Treute, que TAttrition toute seule et môme conçue par le seul motif des peines de Tenfer, laquelle exclut la volonté d'offenser, est une suffisante disposition au sacrement de pénitence. Quant à Topinion contraire, ils ne la condam-

que rAttrition conçue par la seule crainte des peines suffit avec le sacrement? Je crois que cela est particulier à vos Pères, Car les autres, qui croient que TAttrition suffit avec le sacrement, veulent au moins qu'elle soit mêlée de quelque amour de Dieu. Et de plus, il me semble que vos Auteurs mêmes ne tenoient point autrefois que cette doctrine fût si certaine. Car votre père Suarez en parle de cette sorte, De Pœn. q. 90, art. A, disp. 15, section ù, n. 17. « Encore, dit-il, que ce soit une opinion probable que TAttrition suffit avec le sacrement, toutefois elle n'est pas certaine, et elle peut être fausse : Non eut certa^ etpotest esse falsa. Et si elle est fausse, TAttrition ne suffit pas pour sauver un homme. Donc celui qui meurt sciemment en cet état s'expose volontairement au péril moral de la damnation étemelle. Car cette opinion n'est ni fort ancienne, ni fort commune : Nec valde antiqua, nec multum commU" nis *. » Sanchez ne trouvoit pas non plus qu'elle fût si assurée, puisqu'il dit en sa Somme, Liv. I, ch. ix, n. 34 : « Que le malade et son Confesseur qui se contenteroient à la mort de l'Attrition avec le sacrement, pècheroient mortellement, à cause du grand péril de damnation où le Pénitent s'expo-

nent pas tout à fait d*hérésie, mais ils la taxent d'errear et de témérité. » Ce terme de Théologie — Attrition — signifie le regret d*ayoir offensé Dieu, causé par la crainte d'en âtre puni, tandis que la Contrition est le même regret, mais désintéressé, c*est-à-dire sans la crainte d*ôtre puni, en un mot le regret d*avoir offensé Dieu. La Jurisprudence civile connaît aussi PAttrition et la Contrition. L^Attrition est la peur de contrevenir aux lois, à cause des peines à encourir, et la Contrition la même peur, par respect de la Justice. La théorie des Jésuites consiste à dire qu'il suffit au pécheur d'avoir peur d'être puni, tandis que la théorie opposée est celle de la Tradition chrétienne retrouvée sur ce point comme sur beaucoup d'autres par Saint-Cyran. La contrition est d'ailleurs prescrite par le concile de Trente, qui exige qu*on se repente par amour de Dieu et estime du bien.

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