‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 34 sur 109 · DES BÉNÉFICIERS · texte numérisé non relu

DES BÉNÉFICIERS

ques dans l'Église. C'est pourquoi il a été fort nécessaire que nos pères aient tempéré les choses par leur prudence, comme ces paroles de Yalentia, qui est l'un des quatre animaux d'Escobar, vous l'apprendront. C'est la conclusion d'un long discours, où il en donne plusieurs expédients, dont voici le meilleur à mon avis; c'est en la page 2039 du tome III. « Si l'on donne (( un bien temporel pour un bien spirituel, » c'est-àdire de l'argent pour un bénéfice, «et qu'on donne (i l'argent comme le prix du bénéfice, c'est une simonie H visible ; mais si on le donne comme le motif qui porte a la volonté du collateur à le conférer, ce n'est point «simonie, encore que celui qui le confère considère et « attende l'argent comme la fin principale. » Tannerus, qui est encore de notre société, dit la même chose dans atome 111, p. io!9, quoiqu'il avoue que « saint Tho- V mas y est contraire, en ce qu'il enseigne absolument « que c'est toujours simonie de donner un bien spirituel pour un temporel, si le temporel en est la fin. » lar ce moyen, nous empêchons une infinité de simoiilCw ; car qui seroit assez méchant pour refuser, en donnant de l'argent pour un bénéfice, déporter son intention à le donner comme un motc/ qui porte le bénéficier à le résigner, au lieu de le donner comme le prix du bénéfice? Personne n'est assez abandonné de Dieu ur cela. Je demeure d'accord, lui dis-je, que tout le . .onde a des grâces suffisantes pour faire, un tel marché. Cela est assuré, repartit le père.

Voilà comment nous avons adouci les choses à l'éw.ird des t)énéficiers. Quant aux prêtres, nous avons plusieurs maximes qui leur sont assez favorables. Par exemple, celle-ci do nos vingt-quatre, Ir. 1, ex. Il,

n. 96 : « Un prêtre qui a reçu de l'argent pour dire une « messe peut-il recevoir de nouvel argent sur la même « messe? Oui, dit Filiutius, en appliquant la partie du « sacrifice qui lui appartient comme prêtre à celui qui « le paie de nouveau, pourvu qu'il n'en reçoive pas au- « tant que pour une messe entière, mais seulement « pour une partie, comme pour un tiers de messe. »

Certes, mon père, voici une de ces rencontres où le pour et le contre sont bien probables ; car ce que vous me dites ne peut manquer de l'être, après l'autorité de Filiutius et d'Escobar. Mais, en le laissant dans sa sphère de probabilité, on pourroit bien, cerne semble, dire aussi le contraire, et l'appuyer par ces raisons. Lorsque l'Église permet aux prêtres qui sont pauvres de recevoir de l'argent pour leurs messes, parcequ'il est bien juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel, elle n'entend pas pour cela qu'ils échangent le sacrifice pour de l'argent, et encore moins qu'ils se privent eux-mêmes de toutes les grâces qu'ils en doivent tirer les premiers. Et je dirois encore «que les c( prêtres, selon saint Paul, sont obligés d'offrir lo sa- (( crifice, premièrement pour eux-mêmes, et puis pour « le peuple ; » et qu'ainsi il leur est bien permis d'en associer d'autres au fruit du sacrifice, mais non pas de renoncer eux-mêmes volontairement à tout le fruit du sacrifice, et de le donner à un autre pour un tiers de messe, c'est-à-dire pour quatre ou cinq sous. En vérité, mon père, pour peu que je fusse grave, je rendrois cette opinion probable. "Vous n'y auriez pas grande peine, me dit-il; elle l'est visiblement; la difficulté étoit de trouver de la probabilité dans le contraire des opinions qui sont manifestement bonnes ; et c'est ce

Page 1