‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 43 sur 109 · POUR LE BIEN TEMPOREL · texte numérisé non relu

POUR LE BIEN TEMPOREL

Et même, selon notre célèbre père Lamy, il est permis aux prêtres et aux religieux de prévenir ceux qui les veulent noircir par des médisances, en les tuant pour les en empêcher. Mais c'est toujours en dirigeant bien l'intention. Voici ses termes, t. V, disp. 36, n. i 18 : « II est permis à un ecclésiastique ou à un reli- « gieux de tuer un calomniateur qui menace de publier « des crimes scandaleux de sa communauté ou de lui- « même, quand il n'y a que ce seul moyen de l'en em- « pêcher, comme s'il est prêt à répandre ses médisan- « ces si on ne le tue promptement : car, en ce cas, « comme il seroit permis à ce religieux de tuer celui « qui lui voudroit ôter la vie, il lui est permis aussi a de tuer celui qui lui veut ôter Thonneur ou celui de « sa communauté, de la même sorte qu'aux gens du « monde. » Je ne savois pas cela, lui dis-je, et j'avois cru simplement le contraire sans y faire de réflexion, sur ce que j'avois ouï dire que l'Église abhorre tellement le sang, qu'elle ne permet pas seulement aux juges ecclésiastiques d'assister aux jugements criminels. Ne vous arrêtez pas à cela, dit-il, notre père Lamy prouve fort bien cette doctrine, quoique, par un trait d'humilité bienséant à ce grand homme, il la soumette aux lecteurs prudents. Et Caramuel, notre illustre défenseur, qui la rapporte dans sa Théologie fondamentale, p. 543, la croit si certaine, qu'il soutient (' que le contraire n'est pas probable;» et il en tire des conclusions admirables, comme celle-ci, qu'il appelle la conclusion des concmsions, conclusionum conclusio: « Qu'un prêtre non seulement peut, en de cer- « laines rencontres, tuer un calomniateur, mais encore tt qu'il y en a où il doit le faire : etiam aliquando débet

lOS SEPTIÈME LETTRE

occidere. » Il examine plusieurs questions nouvelles sur ce principe; par exemple celle-ci : Savoi?' si les jésuites peuvent tuer les jansénistes? Y oilh^ mon père, m'écriaije, un point de théologie bien surprenant ! et je tiens les jansénistes déjà morts par la doctrine du père Lamy. Vous voilà attrapé, dit le père : Garamuel conclut le contraire des mêmes principes. Et comment cela, mon père? Parce, me dit-il, qu'ils ne nuisent pas à notre réputation. Voici ses mots, n. il46 et 1147, p. 547 et 548 : « Les jansénistes appellent les jésuites <( pélagiens; pourra-t-on les tuer pour cela? Non, d'au- (( tant que les jansénistes n'obscurcissent non plus l'é- « clat de la Société qu'un hibou celui du soleil ; au « contraire, ils l'ont relevée, quoique contre leurinten- « tion : occidi non possunt, quia nocere non potuerunt. »

Eh quoi ! mon père, la vie des jansénistes dépend donc seulement de savoir s'ils nuisent à votre réputation ? Je les liens peu en sûreté, si cela est. Car s'il devient tant soit peu probable qu'ils vous fassent tort, les voilà tuables sans difficulté. Vous en ferez un argument en forme ; et il n'en faut pas davantage avec une direction d'intention pour expédier un homme en sûreté de conscience. 0 qu'heureux sont les gens qui ne veulent pas souffrir les injures, d'être instruits en cette doctrine I Mais que malheureux sont ceux qui les offensent ! En vérité, mon père, il faudroit autant avoir affaire à des gens qui n'ont point de religion, qu'à ceux qui en sont instruits jusqu'à cette direction. Car enfin l'intention de celui qui blesse ne soulage point celui qui est blessé. Il ne s'aperçoit point de cette direction secrète, et il ne sent que celle du coup qu'on lui porte. Et je ne sais même si on n'auroit pas moins de dépit de se voir

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