POUR LES JUGES IM
Il est bien pénible de voir renverser toute la morale chrétienne par dos égarements si étranges, sans oser y contredire ouvertement. Mais, après avoir tant enduré pour votre satisfaction, je pense qu'à la fin j'éclaterai pnnr la mienne, quand il n'aura plus rien à me dire.
pendant je me retiendrai autant qu'il me sera possible; car plus je me tais, plus il me dit de choses. Il m*en apprit tant la dernière fois, que j'aurai bien de la peine à tout dire. Vous verrez des principes bien commodes pour ne point restituer. Car, de quelque manière qu'il pallie ses maximes, celles que j'ai à vous dire ne vont en effet qu'à favoriser les juges corrompus, les usuriers, les banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues et les sorciers, qui sont tous dispensés assez largement de restituer ce qu'ils gagnent chacun dans leur métier. C'est ce que le bon père m'apprit par ce discours.
Dès le commencement de nos entretiens, me dit-il, je me suis engagé à vous exi)Iiqucr les maximes de nos auteurs pour toutes sortes de conditions. Vous avez déjà vu celles qui touchent les bénéficiers, les prêtres, les religieux, les domestiques et les gentilshommes : parcourons maintenant les autres, et commençons par les juges.
Je vous dirai d'abord une des plus importantes et des plus avantageuses maximes que nos pères aient enseignées en leur faveur. Elle est de notre savant Castro Palao, l'un de nos vingt-quatre vieillards. Voici ses mots : « Un juge peut-il, dans une que-lion de droit, «juger selon une opinion probable, en quittant l'opi- « nion la plus probable? Oui, el mémo contre son « propie sen liaient : imo contra jn'opriam opiiiionetn. n
VA c'est ce que notre père Escobar rapporte aussi au (r. 6, ex. G, n. 45. 0 mon père ! lui clis-je, voilà un beau commencement ! les juges vous sont bien obligés : et je trouve bien étrange qu'ils s'opposent à vos probabilités, comme nous l'avons remarqué quelquefois, puisqu'elles leur sont si favorables. Car vous leur donnez par-là le même pouvoir sur la fortune des bommes que vous vous êtes donné sur les consciences. Vous voyez, me dit-il, que ce n'est pas notre intérêt qui nous fait agir, nous n'avons eu égard qu'au repos de leurs consciences, et c'est à quoi notre grand Molinaa si utilement travaillé, sur le sujet des présents qu'on leur fait. Car, pour lever les scrupules qu'ils pourroient avoir d'en prendre en de certaines rencontres, il a pris le soin de faire le dénombrement de tous les cas oii ils en peuvent recevoir en conscience, à moins qu'il n'y eût quelque loi particulière qui le leur défendît. C'est en son t. I, tr. 2, d. 88, n. 6. Les voici : « Les juges peuvent recevoir des (f présents des parties, quand ils les leur donnent ou « par amitié, ou par reconnoissance de la justice qu'ils ({ ont rendue, ou pour les porter à la rendre à l'avenir, (( ou pour les obliger à prendre un soin particulier de « leur affaire, ou pour les engager à les expédier promp- (( tement. » Notre savant Escobar en parle encore au tr. 6, ex. 6, n. 43, en celte sorte : « S'il y a plusieurs « personnes qui n'aient pas plus de droit d'être expert diés l'un que l'autre, le juge qui prendra quelque « chose de l'un, à condition, ex pactOy de l'expédier le « premier, péchera-t-il? Non certainement, selon Lay (( man : car il ne fait aucune injure aux autres selon le « droit naturel, lorsqu'il accorde à l'un, par la consi- <( dération de son présent, ce qu'il pouvoit accorder à