‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 5 sur 109 · HISTOIRE DES PROVINCIALES V · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES PROVINCIALES V

grâce; que le monde paroissoit disposé à souffrir (ju un ItMi instruisUjBt que le succès de sa dernière lettre en éloit une preuve convaincante. Cette raison Taisoit beaucoup dimpression sur lui; il croyoit pouvoir traiter ces questions, qui faisoicnt alors tant de bruit, et les débarrasser des termes obscurs et équivoques des scolastiques, des vaines chicanes de mots, et de tout ce qui ressent la chaleur de la dispute; il espéroit, dis -je, les expliquer d'une manière si aisée et si proportionnée à l'intelligence de '.out le monde, qu'il pourroit forcer les jésuites même à se rendre à la vérité.

Mais il n'eut pas plus tôt commencé à lire Escobar avec un peu d'attention, et à parcourir les autres casuistes, qu'il ne put retenir son indi^^nation contre ces opinions monstrueuses qui font tarrt de déshonneur au christianisme, il jugea qu'il n'y avoit rien de plus pressé que d'exposer à la vue du public des relâchements en même temps si ridicules et si détestables. Il crut devoir travailler à rendre cette fausse doctrine non-seulement la fable, mais encore l'objet de la haine et de l'exécration de tout le monde. C'est à quoi il s'appliqua entièrement depuis par le seul motif de servir l'Église. Alors il ne composa plus ses lettres avec lu même vitesse qu'auparavant, mais avec une contention d'esprit, un soin et un travail incroyables. Il étoit souvent viniit jours entiers sur une seule lettre. Il en recommtnçoit même quelques-unes jusqu'à sept ou huit fois, afin de les mettre au degré de perfection où nous les voyons. On dit même qu'il refit la dix-huitième jusqu'à treize fuis.

On ne doit point être surpris qu'un esprit aussi vif ait eu cette patience. Autant qu'il avoit de vivacité, autant avoit-il de pénétration pour découvrir les moindres défauts dans les ouvrages d'esprit; souvent à peine trou voit-il supportable ce qui faisoit l'admiration des autres. De plus, la matière qu'il Irailoit avoit ses difficultés particulières. 11 falloit réunir comme dans un seui ..corps un grand nombre de passages tirés de divers auteurs et de difTéreiils endroits dans les mêmes auteurs; il falloit les lier d'une manière naturelle et qui n'eût rien de forcé. Pas-

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