‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 50 sur 109 · DES SORCIERS · texte numérisé non relu

DES SORCIERS

semble, de la façon que vous parlez, que la \ cri té dépende de notre volonté. Je vois bien que vous ne trouveriez jamais celle-ci de vous-même. Voyez donc résoudre cette difficulté-là à Sanchez; mais aussi c'est Sanchez. Premièrement il dibtingue en sa Somme, l. II, c. XXXVIII, n. 94, 95 et 96 : «Si ce devin ne s'est servi « que de l'astrologie et des autres moyens naturels, ou « s'il a employé l'art diabolique : car il dit qu'il est « obligé de restituer en un cas, et non pas en l'autre. » Diriez-vous bien maintenant auquel? Il n'y a pas là de difficulté, lui dis-je. Je vois bien, répliqua-l-il, ce que vous voulez dire. A'ous croyez qu'il doit restituer au cas qu'il se soit servi de l'entremise des démons? Mais vous n'y entendez rien; c'est tout au contraire. Voici la résolution de Sanchez, au môme lieu : « Si ce devin n'a « pris la peine et le soin de savoir, p;ir le moyen du « diable, ce qui ne se pouvoit savoir autrement, si nul- « lam operam apposuit ut arte diaboli id sciretj il faut « qu'il restitue ; mais s'il en a pris la peine, il n'y est '( point obligé. » Et d'où vient cela, mon père? Ne l'entendez-vous pas? me dit il. C'est parci^qu'on peut bien d(;viner par l'art du diable, au lieu que l'astrologie est un moyen faux. Mais, mon père, si le diable ne répond jjas la vérité, car il n'est guère plus véritable que l'astrologie, il faudra donc que le devin restitue par la môme raison? Non pas toujours, me dit-il. Distinguo, dit Sanchez sur cela. « Car si le devin est ignorant in « l'art diabolique, si sit uî-tis diabolice ignarus, il est « obligea restituer: mais s'il est habile sorcier, et qu'il c ait fait ce qui e^t en lui pour savoir la vérité, il n'y est « point obligé; car alors la diligence d'un tel sorcier « peut être estimée pour de l'argent : diligentia a mago

« apposita est pretio œstimabilis. » Cela est de bon sens, mon père, lui dis-je; car voilà le moyen d'engager les sorciers à se rendre savants et experts en leur art, par l'espérance de gagner du bien légitimement, selon vos maximes, en servant fidèlement le public. Je crois que vous raillez, dit le père ; cela n'est pas bien : car si vous parliez ainsi en des lieux où vous ne fussiez pas connu, il pourroit se trouver des gens qui prendroient mal vos discours, et qui vous reprocheroient de tourner les choses de la religion en raillerie. Je me défendrois facilement de ce reproche, mon père; car je crois que, si on prend la peine d'examiner le véritable sens de mes paroles, on n'en trouvera aucune qui ne marque parfaitement le contraire, et peut-être s'offrira-t-il un jour, dans nos entretiens, l'occasion de le faire amplement paroître. Ho ! ho ! dit le père, vous ne riez plus. Je vous confesse, lui dis-je, que ce soupçon que je me voulusse railler des choses saintes me seroit bien sensible, comme il seroit bien injuste. Je ne le disois pas tout de bon, repartit le père; mais parlons plus sérieusement. J'y suis tout disposé, si vous le voulez, mon père ; cela dépend de vous. Mais je vous avoue que j'ai été surpris de voir que vos pères ont tellement étendu leurs soins à toutes sortes de conditions, qu'ils ont voulu même régler le gain légitime des sorciers. On ne sauroit, dit le père, écrire pour trop de monde, ni particulariser trop les cas, ni répéter trop souvent les mêmes choses en difiérents livres. Vous le verrez bien par ce passage d'un des plus graves de nos pères. Vous le pouvez juger, puisqu'il est aujourd'hui notre père provincial : c'est le révérend père Gellot, en son livre VIII de la Hiérarch., ch. xvi, §2. « Nous savons , dit-il, qu'une

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