DES SORCIERS
« personne, qui portoit une grande somme d'argent « pour la restituer par ordre de son confesseur, s'étant « arrêtée en chemin chez un libraire, et hii ayant de- (( mandé s'il n'y avoit rien de nouveau, num quid novi? u il lui montra un nouveau livre de théologie moraie, « et que, le feuilletant avec négligence et sans penser à ('. rien, il tomba sur son cas et y apprit qu'il n'étoit (( point obligé à restituer : de sorte que, s'étant dé- « chargé du fardeau de son scrupule, et demeurant « toujours chargé du poids de son argent, il s'en re- « tourna bien plus léger en sa maison : abjecta scru- « puli sarcùia, reiento auri pondère^ levior domum repe- « tilt. ))
Eh bien, dites-moi, après cela, s'il est utile de savoir nos maximes. En rirez-vous maintenant? Et ne ferezvous pas plutôt, avec le père Cellot, cette pieuse réflexion sur le bonheur de cette rencontre? «Les « rencontres de cette sorte sont en Dieu l'effet de sa « providence, en l'ange gardien l'effet de sa conduite, « et en ceux à qui eues arrivent, l'effet de leur predesti- « nation. Dieu, de toute éternité, a voulu que la chaîne « d'or de leur salut dépendît d'un tel auteur, et non pas « de cent autres qui disent la même chose, parcequ'il « n'arrive pas qu'ils les rencontrent. Si celui-là n'avoit u écrit, celui-ci ne seroit pas sauvé. Conjuions donc, « parles entrailles de Jésus-Christ, ceux qui blûnient la « multitude de nos auteurs, de ne leur pas envier les (( livres que l'élection éternelle de Dieu et le sang de « Jésus-Christ leur a acquis. » Voilà de belles paroles, par lesquelles ce savant homme prouve si solidement cette proposition qu'il avoit avancée : a Combien il est « utile qu'il y ait un grand nombre d'auteurs qui écri-
« vent de la théologie morale 1 Quam utile sit de theolo- « gia morali multos scr ibère ! »
Mon père, lui dis-je, je remettrai à une autre fois à vous déclarer mon sentiment sur ce passage, et je ne vous dirai présentement autre chose, sinon que, puisque vos maximes sont si utiles, et qu'il est si important de les publier, vous devez continuera m'en instruire; car je vous assure que celui à qui je les envoie les fait voir à bien des gens. Ce n'est pas que nous ayons autrement l'intention de nous en servir, mais c'est qu'en effet nous pensons qu'il sera utile que le monde en soit bien informé. Aussi, me dit-il, vous voyez que je ne les cache pas; et pour continuer, je pourrai bien vous parler, la première fois, des douceurs et des commodités de la vie que nos pères permettent pour rendre le salut aisé et la dévotion facile, afin qu'après avoir appris jusqu'ici ce qui touche les conditions particulières, vous appreniez ce qui est général pour toutes, et qu'ainsi il ne vous manque rien pour une parfaite instruction. Après que ce père m'eût parlé de la sorte, il me quitta.
Je suis, etc.
P. S. J'ai toujours oublié à vous dire qu'il y a des Escobars de différentes impressions. Si vous en achetez, prenez de ceux de Lyon, où il y a à l'entrée une image d'un agneau qui est sur un livre scellé de sept sceaux, ou de ceux de Bruxelles de 1651. Comme ceux-là sont les derniers, ils sont meilleurs et plus amples que ceux des éditions précédentes de Lyon, des années 1644 et 1646.
« Depuis tout ceci, on en a imprimé une nouvelle édition à Par.s, chez Piget, « plus eiacte que toutes les autres. Mais on peut eucore bien mieux apprendra • les sentimeuts d'Escobar dans la grande Théologie morale, imprimée à Lyon. •
DE LA FAUSSE DÉVOTIOiN \W
NEIYIÉME LETTRE'
De la fausse dévotion à la sainte Vierge que l<'SJi''suitesont introduite. Diverses facilités qu'ils ont inventées pour se sauver sans peine, et parmi les douceurs et les commodités de la vie. Leurs maximes sur l'ambition, l'envie, la gouiinandiso, les équivoques, les resti ictions mentales, les libertés qui sont permises aux filles, les Labits des femmes, le jeu, le précepte d'enteudie la messe.
De Paris, ce 3 juillet 1636.
Monsieur,
Je ne vous ferai pas plus de compliment que le bon père m'en fil la dernière fois que je le vis. Aussitôt qu'il m'aperçut, il vint à moi, et me dit, en regardant dans un livre qu'il tenoit à la main : « Qui vous ouvriroit le «paradis, ne vous obligcrnit-il pas parfaitement? Ne (( donneriez-vous pas des millions d'or pour en avoir <f une clef, et entrer dedans quand bon vous semblc- « roit? 11 ne faut point entrer en de si grand frais; en (( voici une, voire cent à meilleur compte. » Je ne savois si le bon père lisoit, ou s'il parloit de lui-même. Mais il m'ôta de peine en disant : Ce sont les premières l)aroles d'un beau livre du père Darry de notre société, (ar je ne dis j;:mais rien de moi-même. Quel livre, lui ilis-je, mon père? En voici le titre, dit-il : « Le paradis
t. Le plaa de cette lettre fut fourni à M. Pascal par M. Mcola.
« ouvert à Philagie, par cent dévotions à la mère de « Dieu, aisées à pratiquer. » Eh quoi ! mon père, chacune de ces dévotions aisées suffit pour ouvrir le ciel? Oui, dit-il ; voyez-le encore dans la suite des paroles que vous avez ouïes : « Tout autant de dévotions à la « mère de Dieu que vous trouverez en ce livre sont au- « tant de clefs du ciel qui vous ouvriront le paradis tout «entier, pourvu que vous les pratiquiez : » et c'est pourquoi il dit dans la conclusion, « qu'il est content « si on en pratique une seule. »
Apprenez-rn'en donc quelqu'une des plus faciles, mon père. Elles le sont toutes, répondit-il : par exemple, (( saluer la sainte Vierge au rencontre de ses images ; « dire le petit chapelet des dix plaisirs de la Vierge ; « prononcer souvent le nom de Marie ; donner comte mission aux anges de lui faire la révérence de notre « part ; souhaiter de lui bâtir plus d'églises que n'ont «fait tous les monarques ensemble; lui donner tous « les matins le bonjour, et sur le tard le bonsoir ; dire « tous les jours VAve Maria, en l'honneur du cœur de « Marie. » Et il dit que cette dévotion-là assure, de plus, d'obtenir le cœur de la Vierge. Mais, mon père, lui dis-je, c'est pourvu qu'on lui donne aussi le sien? Cela n'est point nécessaire, dit-il, quand on est trop attaché au monde. Ecoutez-le: « Cœur pour cœur, ce « seroit bien ce qu'il faut ; mais le vôtre est un peu « trop attaché, et tient un peu trop aux créatures: ce « qui fait que je n'ose vous inviter à otTrir aujourd'hui « ce petit esclave que vous appelez votre cœur. » Et ainsi il se contente ûeVAve Maria^ qa'il avoit demandé. Ce sont les dévotions des pages 33, 59, 145, 156, 172, 258 et 420 de la première édition. Cela est tout-à-fait