‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 64 sur 109 · DE L'AMOUR DE DIEU 1G · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR DE DIEU 1G

les pécheurs les plus envieillis, sans changement de vie, sans aucun signe de regret, que des promesses cent fois violées; sans pénitence, s'ils n'en veuienl /joint accepter; et sans quitter les occasions des vices, s'ils en reçoivent de l'incommodité?

Mais on passe encore au-delà, et la licence qu'on a prise d'ébranler les règles les plus saintes de la conduite chrétienne se porte jusqu'au renversement entier de la loi de Dieu. On viole k grand commandement, qui comprend la loi et les prophètes ; on attaque la piété dans le cœur; on en ùte l'esprit qui donne la vie; on dit que l'amour de Dieu n'est pas nécessaire au solut; et on va môme jusqu'à prétendre que cette dispense aai- ■ ner Dieu est Vavamage que Jésus-Christ a apporté au luonde. C'est le comble de l'impiété. Le prix du sang lie Jésus-Christ sera de nous obtenir la dispense de l'aimer ! avant l'incarnation, on étoit obliger d'aimer Dieu; mais depuis que Dieu a tani aimé le monde, quil lui a donné son fils unique, le monde, racheté par lui, sera déchargé de l'aimer! Étrange théologie de nos jours I On ose lever ^anathème que saint Paul prononce contj'e ceux qui n aiment pas le Seigneur Jésus/ On ruine nt que dit saint Jean, que qui n'aime point , demeure en la mort; et ce que dit Jésus-Christ même, que qui ne l'aime point, ne garde point ses préceptes! Ainsi on rend (lignes de jouir de Dieu dans l'éternité ceux qui n'ont jamais aimé Dieu en toute leur vie ! Voilà le mystère diniquilé accompli. Ouvrez enfin les yeux, mon père; cL si vous n'avez point été touché par les autres égarements de vos casuistes, que ces derniers vous en retirent par leurs excès. Je le souhaite de tout mon cœur pour vous et pour tous vos pères ; et je prie Dieu qu'il

daigne leur faire connoître combien est fausse la lu mière qui les a conduits jusqu'à de tels précipices, et qu'il remplisse de son amour ceux qui en osent dispenser les hommes.

Après quelques discours de cette sorte, je quittai le père, et je ne vois guère d'apparence d'y retourner. Mais n'y ayez pas de regret; car s'il étoit nécessaire de vous entretenir encore de leurs maximes, j'ai assez lu leurs livres pour pouvoir vous en dire à-peu-près autant de leur morale, et peut-être plus de leur politique, qu'il n'eût fait lui-même

Je suis, etc.

SE RAILLER DES ERREURS Iby

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