DE L AMOUR DE DIEU 1G
« VOUS en fait juge, et il n'en sait rien. Or ce que ce « docteur n'a pas su, je ne sais qui le sait. » Et il con- :lut enOn qu'on n'est obligé à autre chose, à la rigueur, qu'à observer les autres conimandements, sans aucune affection pour Dieu, et sans que notre cœur soit à lui, pourvu qu'on ne le haïsse pas. C'est ce qu'il prouve en tout son second Traité. Vous le verrez à chaque page, et entre autres pages 16, 19, 24, 28, où il dit ces mots : (( Dieu, en nous commandant de l'aimer, se contente « que nous lui obéissions en ses autres commandements. « Si Dieu eût dit: Je vous perdrai, quelque obéissance « que vous me rendiez, si de plus votre cœur n'est à «moi: ce motif, à votre avis, eût-il été bien propor- (( tionné à la fin que Dieu a dû et a pu avoir? Il est donc a dit que nous aimerons Dieu en faisant sa volonté, « comme si nous l'aimions d'affection, comme si le a motif de la charité nous y portoit. Si cela arrive réel- (( lement, encore mieux: sinon, nous ne laisserons pas « pourtant d'obéir en rigueur au commandement d'a- (( mour, en ayant les œuvres, de façon que (voyez la (( bonté de Dieu) il ne nous est pas tant commandé de (( l'aimer que de ne le point harr. »
C'est ain i que nos pères ont déchargé les hommes de l'obligation pénible d'aimer Dieu acluellement; et cette doctrine est si avantageuse, que nos pères Annat, Pintereau, Le Moi/ie et A Sirmond môme, l'ont dcfenilue vigoureusement, quand on a voulu la combattre. Vous n'avez qu'i le voir dans leurs réponses à la Théologie morale : et celle du père Pintereau en la 2« part, de l'abbé de Boisic, p. 53, vous fera juger de la valeur de cette di>pense par le prix qu'il dit qu'elle a coûté, qui est le sang de Jéaus-Christ. C'est le couronnement
de celle doctrine. Vous y verrez donc que cette dispense de l'obligation fâcheuse d'aimer Dieu est le privilège de la loi évangélique par-dessus la judaïque. «11 «a été raisonnable, dit-il, que dans la loi de grâce « du nouveau Testament , Dieu levât l'obligation fâ- « cheuse et difficile,, qui étoit en la loi de rigueur, « d'exercer un acte de parfaite contrition pour être ({justifié, et qu'il instituât des sacrements pour sup- « pléer à son défaut, à l'aide d'une disposition plusfa- « cile. Autrement, certes, les chrétiens qui sont les ence fants, n'auroient pas maintenant plus de facilité à se (t remettre aux bonnes grâces de leur père que les Juifs, G qui étoient les esclaves, pour obtenir miséricorde de « leur Seigneur. »
0 mon pèrel lui dis-je, il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout, et on ne peut ouïr sans horreur les choses que je viens d'entendre. Ce n'est pas de moi-même, dit-il. Je le sais bien, mon père, mais vous n'en avez point d'aversion; et bien loin de détester les auteurs de ces maximes, vous avez de l'estime pour eux. Ne craignez-vous pas que votre consentement ne vous rende participant de leur crime? Et pouvez -vous ignorer que saint Paul juge « dignes de « mort, non seulement les auteurs des maux, mais «aussi ceux qui y consentent?» Ne suffisoit-il pas d'avoir permis aux hommes tant de choses défendues, par les palliations que vous y avez apportées? falloit-il encore leur donner l'occasion de commettre les crimes mêmes que vous n'avez pu excuser par la facilité et l'assurance de l'absolution que vous leur en offrez, en détruisant à ce dessein la puissance des prêtres, et les obligeant d'absoudre, ulutôî en esclaves qu'en juges,