RÉFUTATION DES CHICANES DES JÉ5D1TES SUR L'AUMÔNE ET SUR LA SIMONIE
Du 9 septembre 1656.
Mes révérends pères,
J'ctois prêt à vous écrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si long temps dans vos écrits, où vous m'appelez « impie, boufîon, ignorant, farceur, (( imposteur, calomniateur, fourbe, hérétique, calvi- (( niste déguisé, disciple de Du Moulin, possédé d'une « légion de diables, » et tout ce qu'il vous plaît. Je voulois faire entendre au monde pourquoi vous me traitez de la sorte, car je serois fiché qu'on crût tout cela de moi; et j'avois résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lorsque j'ai vu vos réponses, où vous m'en accusez moi-même. Vous m'avez obligé par-là de changer mon dessein, et néanmoins je ne laisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j'espère, en me défendant, vous convaincre de plus d'impostures véritables que vous ne m'en avez imputé de fausses. En vérité, mes pères, vous en êtes plus suspects q*ie moi ; car il n'est pas vraisemblable qn'éLmt
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seul comme je suis, sans force et sans aucun appui humain contre un si grand corps, et n'étant soutenu que par la vérité et la sincérité, je me sois exposé à tout perdre, en m'exposant à être convaincu d'imposture, ïl est trop aisé de découvrir les faussetés dans les ques lions de fait comme celle-ci. Je ne manquerois pas de gens pour m'en accuser, et la justice ne leur en seroit pas refusée. Pour vous, mes pères, vous n'êtes pas en ces termes ; et vous pouvez dire contre moi ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m'en plaindre. Dans cette différence de nos conditions, je ne dois pas être peu retenu, quand d'autres considérations ne m'y engageroient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir : mais vous savez que cela ne peut se faire sans exposer de nouveau, et même sans découvrir plus à fond les points de votre morale; en quoi je doute que vous soyez bons politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens ; et quoique vous ayez pensé qu'en embrouillant les questions par des termes d'école, les réponses en seroient si longues, si obscures et si épineuses, qu'on en perdroit le goût, cela ne sera peut-être pas tout-àfait ainsi ; car j'essaierai de vous ennuyer le moins qu'il se peut en ce genre d'écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c'est vous qui m'engagez d'entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux.
La première de vos impostures est sur « l'opinion de « Vasquez touchant l'aumône. » Souffrez donc que je l'explique nettement, pour ôter toute obscurité de nos disputes. C'est une chose assez, connue, mes pères, que.
selon Tesprit de l'Église, il y a deux préceptes touchant raiimône : « l'un, de donner de son superflu dans les (( nécessités ordinaires des pauvres; l'autre, de don- « ner même de ce qui est nécessaire, selon sa condi- « tion, dans les nécessités extrêmes. » C'est ce que dit Cajetan, après saint Thomas : de sorte que, pour faire voir l'esprit de Vasquez touchant l'aumône, il faut montrer comment il a réglé, tant celle qu'on doit faire du superflu, que celle qu'on doit faire du nécessaire.
Celle du superflu, qui est le plus ordinaire secours des pauvres, est entièrement abolie par cette seule maxime De El. c. iv, n. 14, que j'ai rapportée dans mes lettres. « Ce que les gens du monde gardent pour rele- « ver leur condition et celle de leurs parents n'est pas « appelé superflu. Et ainsi à peine trouvera-t-on qu'il « y ait jamais de superflu dans les gens du monde, et « non pas même dans les rois. » Vous voyez bien, mes pères, que, par cette définition, tous ceux qui- auront de l'ambition n'auront point de superflu; et qu'ainsi l'aumône en est anéantie à l'égard de la plupart du monde. Mais, quand il arriveroit môme qu'on en auroit, OQ seroit encore dispensé d'en donner dans les nécessités communes, selon Vasquez, qui s'oppose à ceux qui veulent y obliger les riches. Voici ses termes, chap. I, d. 4, n. 32 : « Corduba, dit-il, enseigne que, a lorsqu'on a du superflu, on est obligé d'en donner à (( ceux qui sont dans une nécessité ordinaire, au moins a une partie, afin d'accomplir le précepte en quelque « chose; mais cela ne me plaît pas : sed hoc non placet : « CAR KOLS AVONS MONTRÉ LE CONTRAIRE coutre Cajetan « et Navarre. » Ainsi, mes pères, l'obligation de c»^tte
aumône est absolument ruinée, selon ce qu'il plaît à Vasquez.
Pour celle du nécessaire, qu'on est obligé de faire dans les nécessités extrêmes et pressantes, vous verrez, par les conditions qu'il apporte pour former cette obligation, que les plus riches de Paris peuvent n'y être pas engagés une seule fois en leur vie. Je n'en rapporterai que deux : l'une, « que l'on sache que le pauvre ne « sera secouru d'aucun autre : hœc intelligo et cœtera « 077inia, quando scio nullum alium opem laturujn, » chap. I, n. 28. Qu'en dites vous, mes pères? arriverat-il souvent que dans Paris, où il y a tant de gens charitables, on puisse savoir qu'il ne se trouvera personne pour secourir un pauvre qui s'offre à nous? Et cependant, si on n'a pas cette connoissance, on pourra le renvoyer sans secours, selon Vasquez. L'autre condition est que la nécessité de ce pauvre soit telle, « qu'il soit c( menacé de quelque accident mortel, ou de perdre sa « réputation, » n. 24 et 26, ce qui est bien peu commun ; mais ce qui en marque encore la rareté, c'est qu'il dit, num. 45, que le pauvre qui est en cet état oii il dit qu'on est obligé à lui donner l'aumône, « peut «c voler le riche en conscience. »> Et ainsi il faut que cela soit bien extraordinaire, si ce n'est qu'il veuille qu'il soit ordinairement permis de voler. De sorte qu'après avoir détruit l'obligation de donner l'aumône du superflu, qui est la plus grande source des charités, il n'oblige les riches d'assister les pauvres de leur nécessaire que lorsqu'il permet aux pauvres de voler les riches. Voilà la doctrine de Vasquez, où vous renvoyez les lecteurs pour leur édification.
Je viens maintenant à vos Impostures. Vous vous
étendez d'abord sur l'obligation que Vasquez impose aux ecclésiastiques de faire l'aumùnc; mais je n'en ai point parlé, et j'en parlerai quand il vous plaira; il n'en est donc pas question ici. Pour les laïques, desquels seuls il s'agit, il semble que vous vouliez faire entendre que Vasquez ne parle en l'endroit que j'ai cité que selon le sens de Cajetan, et non pas selon le sien propre; mais comme il n'y a rien de plus faux, et que vous ne l'avez pas dit nettement, je veux croire pour votre honneur que vous ne l'avez pas voulu dire.
Vous vous plaignez ensuite hautement de ce qu'après avoir rapporté cette maxime de Vasquez : a A peine se « trouvera-t-il que les gens du monde, et même les ('. rois, aient jamais de superQu, fen ai conclu que les tt riches sont donc à peine obligés de donner l'aumône « de leur superflu. » Mais que voulez-vous dire, mes pères? s'il est vrai que les riches n'ont presque jamais de superflu, n'est -il pas certain qu'ils ne seront presque jamais obligés de donner l'aumône de leur superflu ? Je vous en ferois un argument en forme, si Diana, qui estime tant Vasquez, qu'il l'appelle le phénix des esprits, n'avoit tiré la même conséquence du môme principe; car, après avoir rapporté cette maxime de Vasquez , il en conclut : « Que dans « la question, savoir si les riches sont obligés de douce ner l'aumône de leur superflu, quoique l'opinion u qui les y oblige fût véritable, il n'arriveroit jamais, « ou presque jamais, qu'elle obligeât dans la praa tique, n Je n'ai fait que suivre mot à mot tout ce discours. Que veut donc dire ceci, mes pères? quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasquez, quand il les trouve probables, et très cormnodes pour les
riches^ comme il le dit au même lieu, il n'est ni calomniateur ni foussaire, et vous ne vous plaignez point qu'il lui impose : au lieu que, quand je représente ces mêmes sentiments de Vasquez, mais sans le traiter ^q phénix, je suis un imposteur, un faussaire, et un corrupteur de ses maximes. Certainement, mes pères, vous avez sujet de craindre que la différence de vos traitements envers ceux qui ne diffèrent pas dans le rapport, mais seulement dans l'estime qu'ils font de votre doctrine, ne découvre le fond de votre cœur, et ne fasse juger que vous avez pour principal objet de maintenir le crédit et la gloire de votre compagnie ; puisque, tandis que votre théologie accommodante passe pour une sage condescendance, vous ne désavouez point ceux qui la publient, et au contraire vous les louez comme contribuant à votre dessein. Mais quand on la fait passer pour un relâchement pernicieux, alors le môme intérêt de votre société vous engage à désavouer des maximes qui vous font tort dans le monde : et ainsi vous les reconnoissez ou les renoncez, non pas selon la vérité qui ne change jamais, mais selon les divers changements des temps, suivant cette parole d'un ancien : omnia pro tempore, nihil proveritate. Prenez-y garde, mes pères; et afin que vous ne puissiez plus m'accuser d'avoir tiré du principe de Vasquez une conséquence qu'il eût désavouée, sachez qu'il l'a tirée lui-même, ci, n. 27. « A peine V est-on obligé de donner l'aumône, quand on n'est « obligé de la donner que de son superflu, selon l'opi- « nion de Cajetan et selon la mienne, et secundum (( nostram. » Confessez donc , mes pères , par le propre témoignage de Vasquez, que j'ai suivi exactement sa pensée ; et considérez avec quelle conscience vous avez
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os(î dire, «que si l'on alloit à la source, on verroit « avec étonnement qu'il y enseigne tout le contraire. »
Enfin, vous faites valoir par-dessus tout ce que vous dites, quesiVasquez n'oblige pas les riches de dcmner Taumône de leur superflu, il les oblige en récompense de la donner de leur nécessaire. Mais vous avez oublié de marquer l'assemblage des conditions qu'il déclare ôtre nécessaires pour former cette obligation, lesquelles j'ai rapportées, et qui la restreignent si fort, qu'elles l'anéantissent presque entièrement : et au lieu d'expliquer ainsi sincèrement sa doctrine, vous dites généralement, qu'il oblige les riches à donner môme ce qui est nécessaire à leur condition. G'e^t en dire trop, mes pères : la règle de l'Évangile ne va pas si avant : ce seroit une autre erreur, dont Vasquez est bien éloigné. Pour couvrir son relâchement, vous lui attribuez un excès de sévérité qui le rendroit répréhensible, et par là vous vous ôtez la créance de l'avoir rapporté fidèlement. Mais il n'est pas digne de ce reproche, après avoir établi, comme je l'ai fait voir, que les riches ne sont pas obligés, ni par justice, ni par charité, de donner de leur superflu, et encore moins du nécessaire dans tous les besoins ordinaires des pauvres, et qu'ils ne sont obligés de donner du nécessaire qu'en des rencontres si rares, qu'elles n'arrivent presque jamais.
Vous ne m'objectez rien davantage; de sorte qu'il ne me reste qu'à faire voir combien est faux ce que vous prétendez, que Vasquez est plus sévère que Cajetan; et cela sera bien facile, puisque ce cardinal enseigne « qu'on est oblige par justice de donner l'auu mône de son superflu, même dans les communes
« nécessités des pauvres : parceque, selon les saints pète res, les riches sont seulement dispensateurs de leur « superflu, pour le donner à qui ils veulent d'entre « ceux qui en ont besoin. .»> Et ainsi, au lieu que Diana dit des maximes de Vasquez qu'elles seront « bien « commodes et bien agréables aux riches et à leurs f( confesseurs, » ce cardinal, qui n'a pas une pareille consolation à leur donner, déclare, De Eleem. c. 6, (( qu'il n'a rien à dire aux riches que ces paroles de « Jésus-Christ : Qu'il est plus facile qu'un chameau « passe par le trou d'une aiguille, que non pas qu'un « riche entre dans le ciel; et à leurs confesseurs : Si « un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous « deux dans le précipice; » tant il a trouvé cette obligation indispensable! Aussi c'est ce que les pères et tous les saints ont établi comme une vérité constante. (( Il y a deux cas, dit saint Thomas, 2, 2, q. 118, art. 4, « ad. 2, 011 l'on est obligé de donner l'aumône par (( un devoir de justice, ex debiio legali : l'un quand les « pauvres sont en danger, l'autre quand nous possé- (( dons des biens superflus. Et q. 87, a. 1, ad. 4: Les « troisièmes décimes que les Juifs dévoient manger « avec les pauvres ont été augmentées dans la loi nou- (( velle, parceque Jésus-Christ veut que nous donnions « aux pauvres, non seulement la dixième partie, mais a tout notre superflu. » Et cependant il ne plaît pas à Vasquez qu'on soit obligé d'en donner une partie seulement, tant il a de complaisance pour les riches, de dureté pour les pauvres, d'opposition à ces sentiments de charité qui font trouver douce la vérité de ces paroles de saint Grégoire, laquelle paroît si rude aux riches du monde : « Quand nous donnons aux pauvres
SENTIMENTS DES JESUITES TOUCHAlxT L'AUMONE lOT
« ce qui leur est nécessaire, nous ne leur donnons pas « tint ce qui est à nous que nous ne leur rendons ce « qui est à eux : et c'est un devoir de justice plutôt « qu'une œuvre de miséricorde. » Reg. Past. p. 3, ad. 22.
C'est de cette sorte que les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de la terre, s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel. Et au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l'ambition, qui fait qu'on n'a jamais de superflu, et l'avarice, qui refuse d'en donner quand on en auroit; les saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu, et à leur faire connoître qu'ils en auront beaucoup, s'ils le mesurent, non par la cupidité, qui ne soufl"re point de bornes, mais parla piété, qui est ingénieuse à se retrancher pour avoir de quoi se répandre dans l'exercice de la charité. «Nousau- « rons beaucoup de superflu, dit saint Augustin, si « nous ne gardons que le nécessaire : mais si nous re- (( cherchons les choses vaines, rien ne nous suffira. u Recherchez, mes frères, ce qui suffit à l'ouvrage de « Dieu, » c'est-à-dire à la nature; « et non pas ce qui « suffit à votre cupidité, » qui est l'ouvrage du démon : (( et souvenez-vous que le superflu des riches est le « nécessaire des pauvres. » In Ps. 147.
Je voudrois bien, mes pères, que ce que je vous dis servît non seulement à me justifier, ce seroit peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans les maximes de vos casuistes, afin de nous unir sincèrement dans les saintes règles de l'Évanf,'ile, selon lesquelles nous devons tous être jugés.
Pour le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je
commencerai par réclaircissement de votre doctrine sur ce sujet. Comme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de l'Église qui imposent d'horribles peines aux simoniaques, et l'avarice de tant de personnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez suivi votre méthode ordinaire, qui est d'accorder aux \iommes ce qu'ils désirent, et de donner à Dieu des jjaroles et des apparences. Car qu'est-ce que demandent les simoniaques, sinon d'avoir de l'argent en. donnant leurs bénéfices? Et c'est cela que vous avez exempté de simonie. Mais parcequ'il faut que le nom de simonie demeure, et qu'il y ait un sujet où il soit attaché, vous avez choisi pour cela une idée imaginaire , qui ne vient jamais dans l'esprit des simoniaques, et qui leur seroit inutile, qui est d'estimer l'argent considéré en lui-même autant que le bien spirituel considéré en lui-même. Car qui s'aviseroit de comparer des choses si disproportionnées et d'un genre si diûérent? Et cependant, pourvu qu'on ne fasse pas cette comparaison métaphysique , on peut donner son bénéfice à un autre, et en recevoir de Targent sans simonie, selon vos auteurs.
C'est ainsi que vous vous jouez de la religion pour suivre la passion des hommes; et voyez néanmoins avec quelle gravité votre père Valentia débite ses songes à l'endroit cité dans mes lettres, 1. 111 , disp. 6, q. 16, part. 3, p. 2044 : « On peut, dit-il, donner « un bien temporel pour un spirituel en deux ma- « nières : l'une en prisant davantage le temporel que •X le spirituel, et ce seroit simonie : l'autre en prenant « le temporel comme le motif et la fin qui porte à dona ner le spirituel, sans que néanmoins on prise le tem-
« porel plus que le spirituel ; et alors ce n'est point a simonie. Et la raison en est, que la simonie con- « siste à recevoir un temporel comme le juste prix « d'un spirituel. Donc, si on demande le temporel, (( si petatur temporale , non pas comme le prix, mais « comme le motif qui détermine à le conférer, ce « n'est point du tout simonie, encore qu'on ait pour « fin et attente principale la possession du temporel : 0 minime erit simoma, etiamsi temporale principaliter c( iniendatur et expectetur, » Et votre grand Sanchez n'a-t-il pas eu une pareille révélation, au rapport d'Escobar, tr. 6, ex. 2, n. 40? Voici ses mots : « Si on « donne un bien temporel pour un bien spirituel , « non pas comme prix, mais comme un motif qui « porte le collateur à le donner, on comme une rea connoissance, si on l'a déjà reçu, est-ce simonie? « Sanchez assure que non, Opusc. t. II, 1. n, c. 3, « d.23 , n. 7. » Vos thèses de Caen, de 1644 : « C'est (( une opinion probable , enseignée par plusieurs ca- « tholiques, que ce n'est pas simonie de donner un « bien temporel pour un spirituel, quand on ne le « donne pas comme prix. » Et quant à Tannerus, voici sa doctrine, pareille h. celle de Valenlia, qui fera voir combien vous avez tort de vous plaindre de ce que j'ai dit qu'elle n*est pas conforme à celle de saint Thomas; puisque lui-m^rae l'avoue au lieu cité dans ma lettre, t. III, disp. 3, p. 1519 : « 11 n'y a point, « (lit-il, proprement et véritablement de simonie, a sinon à prendre un bien temporel comme le prix « d'un spirituel : mais, quand on le prend comme un « motif qui porte à donner le spirituel, ou comme a en reconnoissance de ce qu'on l'a donné , ce n'est
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« point simonie, au moins en conscience. » Et un peu après : « Il faut dire la môme chose, encore « qu'on regarde le temporel comme sa fm principale , « et qu'on le préfère môme au spirituel : quoique <( saint Thomas et d'autres semblent dire le contraire, « en ce qu'ils assurent que c'est absolument simonie « de donner un bien spirituel pour un temporel, « lorsque le temporel en est la fm. »
Voilà, mes pères, votre doctrine de la simonie enseignée par vos meilleurs auteurs, qui se suivent en cela bien exactement. Il ne me reste donc qu'à répondre à vos impostures. Vous n'avez rien dit sur l'opinion de Valentia, et ainsi sa doctrine subsiste après votre réponse. Mais vous vous arrêtez sur celle de Tannerus, et vous dites qu'il a seulement décidé que ce n'étoit pas une simonie de droit divin , et vous voulez faire croire que j'ai supprimé de ce passage ces paroles de droit divin, sur quoi vous n'êtes pas raisonnables, mes pères : car ces termes , de droit divin , ne furent jamais dans ce passage. Vous ajoutez ensuite que Tannerus déclare que c'est une simonie de droit positif. Vous vous trompez, mes pères : il n'a pas dit cela généralement, mais sur des cas particuliers, incasibus a jure expressis, comme il le dit en cet endroit. En quoi il fait une exception de ce qu'il avait établi en général dans ce passage, « que ce n'est pas simonie en con- « science ; » ce qui enferme que ce n'en est pas aussi une de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soutenir qu'une simonie de droit positif n'est pas simonie en conscience. Mais vous recherchez à dessein ces mots de « droit divin, droit positif, droit « naturel, tribunal intérieur et extérieur, cas exprimés
a dans le droit, présomption externe, » et les autres qui sont peu connus, afin d'échapper sous cette obscurité, 2t de faire perdre la vue de vos égarements. Vous n'échapperez pas néanmoins, mes pères, par ces vaines subtilités : car je vous ferai des questions si simples, qu'elles ne seront point sujettes au distinguo.
Je vous demande dune, sans parler de droit positif , ni de présomption externe, ni de tribunal extérieur, si un bénéticier sera simoniaque, selon vos auteurs, en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente, et recevant dix mille francs argent comptant, non pas comme prix du bénéfice, mais comme un motif qui le porte à le donner. Répondez-moi nettement, mes pères; que faut-il conclure sur ce cas, selon vos auteurs? Tannerus Dcdira-t-il pas formellement « que ce n'est point simo- « nie en conscience, puisque le temporel n'est pas le « prix du bénéfice, mais seulement le motif qui le fait « donner? » Valcntia, vos thèses de Caen, Sanchez et Escobar, ne décideront-ils pas de môme, « que ce « n'est pas simonie » par la même raison? En faut-il davantage pour excuser ce bcniTicier de simonie? Et oseriez-vous le traiter de simoniaque dans vos confessionnaux, quelque sentiment que vous en ayez par vous-mêmes, puisqu'il aurait droit de vous fermer la bouche, ayant agi selon l'avis de tant de docteurs graves? Confessez donc qu'un tel bénéficier est excusé de simonie, scion vous; et défendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.
V'oili, mes pères, comment il faut traitci- les questions pour les démêler, au lieu de les embrouiller, ou par des termes d'école, ou en changeant l'état de la question, comme vous fiitcs dans votre dernier repro-
che en cette sorte. Tannerus, dites-vous, déclare au moins qu'un tel échange est un grand péché; et vous me reprochez d'avoir supprimé malicieusement cette circonstance, qui le justifie entièrement^ à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort, et en plusieurs manières. Car, quand ce que vous dites seroit vrai, il ne s'agissoit pas, au lieu où j'en parlois, de savoir s'il y avoit en cela du péché, mais seulement s'il y avoit de la simonie. G?, ce sont deux questions fort séparées : les péchés n'obligent qu'à se confesser, selon vos maximes ; la simonie oblige à restituer ; et il y a des personnes à qui cela paroîtroit assez différent. Car vous avez bien trouvé des expédients pour rendre la confession douce; mais vous n'en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable. J'ai à vous dire de plus que le cas que Tannerus accuse de péché n'est pas simplement celui où l'on donne un bien spirituel pour un temporel, qui en est le motif même principal; mais il ajoute encore G que l'on prise le temporel plus que le spirituel , » ce qui est ce cas imaginaire dont nous avons parlé. Et il ne fait pas de mal de charger celui-là de péché , puisqu'il faudrait être bien méchant ou bien stupide, pour ne vouloir pas éviter un péché par un moyen aussi facile qu'est celui de s'abstenir de comparer les prix de ces deux choses, lorsqu'il est permis de donner l'une pour l'autre. Outre que Valentia examinant, au lieu déjà cité, s'il y a du péché à donner un bien spirituel pour un temporel, qui en est le motif principal, rapporte les raisons de ceux qui disent que oui, en ajoutant : Sedhoc non videtur mihi satis certum; cela ne me paroît pas assez certain.
Mais, depuis, votre père Érade Bille, professeur des