‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 7 sur 109 · HISTOIRE DES P RO VI ."< CI A L ES VU · texte numérisé non relu

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fût. Et cette vérilication nuisit plus aux jésuites qu'à Pascal; car si quelquefois on remarquoit une citation moins exacte, ou un texte présenté d'une manière peut-être trop concise, trèssouvent on trouvoit qu'il avoit épargné les jésuites, en ne rapportant pas tout ce qu'il auroit pu rapporter de leurs casuistes.

Le plaisir que causoit la lecture des petites Lettres faisoit désirer d'en connoître l'auteur : ce fut ce qui donna lieu à Pascal de commencer ainsi sa huitième lettre : « Monsieur, vous ne « pensiez pas que personne eût la curiosité de savoir qui nous « sommes; cependantily a des gens qui essayent de le devirter : « mais ils rencontrent mal. Les uns me prennent pour un doc- « teur de Sorbonne ; les autres attribuent mes lettres à quatre « ou cinq personnes, qui, comme moi, ne sont ni prêtres ni « ecclésiastiques. Tous ces faux soupçons me font connoître que «c je n'ai pas mal réussi dans le dessein que j'ai eu de n'être c( connu que de vous et du bon père qui souffre toujours mes « visites, et dont je souffre toujours les discours. » L'une de ces quatre ou cinq personnes à qui l'on attribuoit ces lettres étoil Pascal même; mais on ignoroit d'où sa main porloit ces coups.

Pascal étoit venu se loger alors dans une auberge à Paris, rue de Poitiers, vis-à-vis le collège des jésuites, quoiqu'il eût son propre domicile dans cette ville. M. Perrier, son beau-frère, arrivant bientôt après dans la même ville, alla se mettre dans la même auberge, sans faire connoître qu'il étoil allié de Pa-cal, qui y étoit sous le nom de M. de Mons. Pendant que M. Perrief logeoit dans cette auberge, le père de Frétât, jésuite, l'un de ses parents, vint lui rendre visite, et lui dit qu'ayant l'honneur de lui apputenir, il étuit bien aise de l'avertir que dans la société on étoit persuadé que c'éloit M. Pascal, sou beau-frère, qui étoit l'auteur des petites Lettres répandues dans Paris contre les jésuitc>, et qu'il devoit le lui dire, et lui conseiller de ne les pas continuer, parcequ'il pourroit lui en arriver du cli.igrin. M. Perrier le remercia, et lui dit que l'avis seroit inutile, et que Pascal lui répondroit qu'il ne puuvoit p:is ctiipêclier IfS jésuites de lui attribuer ces lelties, purceque quand il leur diruil qu'il n'en

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étoit pas l'auteur, ils ne le croiroient pas; et qu'ainsi s'ils s'imaginoient que cela étoit, il n'y avoit point de remède. Le père de Frétât se retira, disant toujours qu'il étoit bon de l'avertir, a(in qu'il prît garde à lui. M. Perrier fut fort soulagé quand le père s'en alla : car il y avoit sur son lit une vingtaine d'exemplaires de la septième ou huitième lettre, qu'il y avoit mis pour sécher. Il alla aussitôt en divertir Pascal, qui étoit dans la chambre au-dessous de lui, et que les jésuites ne croyoient pas si proche.

Quelques uns ont dit que le provincial à qui ces dix lettres étoient adressées étoit M. Perrier, qui demeuroit ordinairement à Clermont. Pascal n'a signé que la troisième : cette signature est une suite de dix lettres initial fe : E. A. A. B. P. A. F. D. E. P. Pour en comprendre le sens, il fau\ les couper en deux parties, dont la seconde doit être lue avant U première. Voici alors ce qu'elles signifient ; Biaise Pascal, Auvergnat, fils d'Etienne Pascal , et Antoine Arnauld. C'est ce que l'on a su des amis de M. Nicole.

Les jésuites, voyant le tort que les petites Lettres leur faisoient de tous côtés, se crurent obligés d'y répondre; mais c'est en quoi ils se trouvèrent embarrassés ; car il n'y avoit que deux questions à faire à ce sujet : l'une, si leurs casuistes avoient enseigné ces opinions, et c'étoit une vérité de fait qui ne pouvoit être désavouée; l'autre, si ces opinions n'étoient pas impies et insoutenables, et c'est ce qui ne pouvoit être révoqué en doute, iâiit ces égarements étoient grossiers. Ainsi ils travaillèrent sans fruit, et il fut bien facile à Pascal de se défendre : c'est ce qu'il fait sur les principaux points dans ses huit dernières lettres.

Comme il avoit renfermé dans les six lettres précédentes les principales maximes des jésuites sur la morale, et que ces lettres avoient eu tout le succès qu'il désiroit, il avoit d'abord résolu de finir à la dixième, et de suivre le conseil de ses amis, qui ''sxhortoient à ne plus écrire. Ce fut l'emportement des jésuites qui lui arracha encore, comme malgré lui, les huit autres lettres. Elles ne sont pas moins élégantes ni moins châtiées que les précédentes, si on en excepte la seizième, qu'il se hâta de publier, comme il le témoigne lui-même^, à cause des recher-

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