DES BANQUEROUTIERS
des lettres n'avoit cité Lessius que sur la foi d'Escobar, et n'avoit attribué qu'à Escobar seul ce dernier point dont ils se plaignent , savoir que les banqueroutiers peuvent retenir de leurs biens pour vivre honnêtement , quoique ces biens eussent été gagnés par des injustices et des crimes connus de tout le monde. C'est aussi sur le sujet du seul Escobar qu'il les a pressés, ou de désavouer publiquement cette maxime , ou de déclarer qu'ils la soutiennent; et en ce cas, il les renvoie au parlement. C'étoit à cela qu'il falloit répondre, et non pas dire simplement que Lessius, dont il ne s'agit pas, n'est pas de l'avis d Escobar, duquel seul il s'agit. Pensez- vous donc qu'il n'y ait qu'à détourner les questions pour les résoudre? Ne le prétendez pas, monsieur. Vous répondrez sur Escobar avant qu*on parle de Lessius. Ce n'est pas que je refuse de le faire. Et je vous promets de vous expliquer bien nettement la doctrine de Lessius sur la banqueroute, dont je m'assure que le parlement ne sera pas moins choqué que la Sorbonne. Je vous tiendrai parole avec l'aide de Dieu, mais ce sera après que vous aurez répondu au point contesté touchant Escobar. Vous satisferez à cela précisément, avant que d'entreprendre de nouvelles questions. Escobar est le premier en date; il passera devant, malgré vos fuites. Assurez-vous qu'après cela Le^sius le suivra de près.
Otioique d'une intre main, «t d'un mérite bien inférienr aui leUres Pro- Tiiciales, c«tte |àèce m*a semblé trop iutérejii^DU powr ne pa:> la réuapruMr !aus cette édition.
Que la doctrine de Lessius sur rhomicide est la même que celle de Victoria. Combien il est facile de passer de la spéculation à la pratique. Pourquoi les jésuites se sont servis de cette vaine distinction, et combien elle est inutile pour les justifier.
Du 30 septembre 1656.
Mes révére>'ds pères,
Je viens de voir votre dernier écrit, oîi vous continuez vos impostures jusqu'à la vingtième, en déclarant que vous finissez par-là cette sorte d'accusation, qui faisoit votre première partie, pour en venir à la seconde, où vous devez prendre une nouvelle manière de vous défendre, en montrant qu'il y a bien d'autres casuistes que les vôtres qui sont dans le relâchement, aussi bien que vous. Je vois donc maintenant, mes pères, à combien d'impostures j'ai à répondre : et puisque la quatrième où nous en sommes demeurés est sur le sujet de l'homicide, il sera à propos, en y répondant, de satisfaire en même temps aux 11, 13, 14, 15, 16, 17 et 18% qui sont sur le môme sujet.
Je justifierai donc, dans cette lettre, la vérité de mes citations contre les faussetés que vous m'imposez. Mais parceque vous avez osé avancer dans vos écrits, « que
« les sentiments de vos auteurs sur le meurtre sont « conformes aux dérisions des papes et des lois ecclé- (( siastiques, )) vous m'obligerez à détruire, dans ma lettre suivante, une proposition si téméraire et si injurieuse à l'Église. Il importe de faire voir qu'elle est exempte de vos corruptions, afin que les hérétiques ne puissent pas se prévaloir de vos égarements pour en tirer des conséquences qui la déshonorent. Et ainsi, en voyant d'une part vos pernicieuses maximes, et de l'autre les canons de l'Église qui les ont toujours condamnées, on trouvera tout ensemble, et ce qu'on doit éviter, et ce qu'on doit suivre.
Votre quatrième imposture est sur une maxime touchant le meurtre, que vous prétendez que j'ai faussement attribuée à Lessius. C'est celle-ci : « Celui qui a a reçu un soufflet peut poursuivre à l'heure même son (( ennemi, et même à coups d'épée, non pas pour se « venger, mais pour réparer son honneur. » Sur quoi vous dites que cette opinion-là est du casuiste Victoria. Et ce n'est pas encore là le sujet de la dispute, car il n'y a point de répugnance à dire qu'elle soit tout ensemble de Victoria et de Lessius, puisque Lessius dit lui-même qu'elle est aussi de Navarre et de votre père Henriquez, qui enseignent « que celui qui a reçu un (( soufflet peut à l'heure même poursuivre son homme, <( et lui donner autant de coups qu'il jugera nécessaire (( pour réparer son honneur. » Il est donc seulement question de savoir si Lessius est du sentiment de ces auteurs, aussi bien que son confrère. Et c'est pourquoi vous ajoutez : « Que Lessius ne rapporte cette opinion « que pour la réfuter; et qu'ainsi je lui attribue u« sena timenl qu'il n'allètîue que pour le conibaltre, qui est
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« l'action du monde la plus lâche et la plus honteuse à « un écrivain. » Or je soutiens, mes pères, qu'il ne la rapporte que pour la suivre. C'est une question de fait qu'il sera bien facile de décider. Voyons donc comment vous prouvez ce que vous dites, et vous verrez ensuite comment je prouve ce que je dis.
Pour montrer que Lessius n'est pas de ce sentiment, vous dites qu'il en condamne la pratique : et pour prouver cela, vous rapportez un de ces passages, liv. 11, c. ix, n. 82, 011 il dit ces mots : « J'en condamne la pratique.» Je demeure d'accord que si on cherche ces paroles dans Lessius, au nombre 82, où vous les citez, on les y trouvera. Mais que dira-t-on, mes pères, quand on verra en môme temps qu'il traite en cet endroit d'une question toute différente de celle dont nous parlons, et que l'opinion, dont il dit en ce lieu-ià qu'il en condamne la pratique, n'est en aucune sorte celle dont il s'agit ici, mais une autre toute séparée ? Cependant il ne faut, pour en être éclairci, qu'ouvrir le livre même où vous renvoyez ; car on y trouvera toute la suite de son discours en cette manière. '
Il traite la question, o savoir si on peut tuer pour un « soufflet, y> au nombre '79, et il la finit au nombre 80, sans qu'il y ait en tout cela un seul mot de condamnation. Cette question étant terminée, il en commence une nouvelle en l'art. 81, « savoir si on peut tuer pour « des médisances. » Et c'est sur celle-là qu'il dit, au n. 82, ces paroles que vous avez citées : « J'en condamne « la pratique. »
N'est-ce donc pas une chose honteuse, mes pères, que vous osiez produire ces paroles, pour faire croire que Lessius condamne ropinion qu'un peut tuer pour
on soufflet, et que, n'en ayant rapporté en tout que cette seule preuve, vous triomphiez là -dessus, en disant, comme vous faites : a Plusieurs personnes dlionneur « dans Paris ont déjà reconnu cette insigne fausseté par 0 la lecture de Lessius, et ont appris par-là quelle a créance on doit avoir à ce calomniateur? » Quoi ! mes pères, est-ce ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d'honneur ont en vous? Pour leur faire entendre que Lessius n'est pas d'un sentiment, vous leur ouvrez son livre en un endroit où il en condamne un autre ; et comme ces personnes n'entrent pas en dé- Oance de votre bonne foi, et ne pensent pas à examiner s'il s'agit en ce lieu-là de la question contestée, vous trompez ainsi leur crédulité. Je m'assure, mes pères, que, pour vous garantir d'un si honteux mensonge, vous avez eu recours à votre doctrine des équivoques, et que, lisant ce passage tout haut, vous disiez tout bas qu'il s'y agissoit d'une autre matière. Mais je ne sais si cette raison, qui suffit bien pour satisfaire votre conscience, suffira pour satisfaire la plus juste plainte que vous feront ces gens d'honneur quand ils verront que vous les avez ioiiés de cette sorte.
Empôchez-les donc bien, mes pères, devoir mes lettres, puisque c'est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps voire crédit. Je n'en use pas ainsi des vôtres ; j'en envoie à tous mes amis; je souhaite que tout le monde les voie; et je crois que nous avons tous raison. Car enfin, après avoir publié celte quatrième imposture avec tant d'éclat, vous voilà décriés, si on vient à savoir que vous y avez supposé un passape pour un autre. On jugera facilement que si vous eussiez trouvé ce que vous demandiez au lieu même où
Lessius traite cette matière, vous ne l'eussiez pas été chercher ailleurs; et que vous n'y avez eu recours que parceque vous n'y voyiez rien qui fût favorable à votre dessein. Vous vouliez faire trouver dans Lessius ce que vous dites dans votre Imposture, p. 10, 1. 12, a Qu'il « n'accorde pas que cette opinion soit probable dans la « spéculation ; » et Lessius dit expressément en sa conclusion, n. 80 : (( Cette opinion, qu'on peut tuer pour « un soufflet reçu, est probable dans la spéculation. » N'est-ce pas là mot à mot le contraire de votre discours? Et qui peut assez admirer avec quelle hardiesse vous produisez en propres termes le contraire d'une vérité de fait? de sorte qu'au lieu que vous concluiez, de votre passage supposé, que Lessius n'étoit pas de ce sentiment, il se conclut fort bien, de son véritable passage, qu'il est de ce même sentiment.
Vous vouliez encore faire dire à Lessius « qu'il en « condamne la pratique. » Et comme je l'ai déjà dit, il ne se trouve pas une seule parole de condamnation en ce lieu-là; mais il parle ainsi : «Il semble qu'on n'en c( doit pas FACILEMENT permettre la pratique : m praxi « now?;e6?e/^wr FACILE PERMiTTENDA. » Est-cc là, mes pères, le langage d'un homme qui condamne une maxime? Diriez-vous qu'il ne faut pas permettre facilement, dans la pratique, les adultères ou les incestes? Ne doit-on pas conclure au contraire que, puisque Lessius ne dit autre chose, sinon que la pratique n'en doit pas être facilement permise , son sentiment est que cette pratique peut être quelquefois permise, quoique rarement? Et comme s'il eût voulu apprendre à tout le monde quand on la doit permettre, et ôter aux personnes offensées les scrupules qui les pourroient troubler mal-à-propos,