HOMICIDE PERMIS DANS LA SPÉCULATION
ne sachant en quelles occasions il leur est permis de tuer dans la pratique, il a eu soin de leur marquer ce qu'ils doivent éviter pour pratiquer celte doctrine en conscience. Écoutez-le, mes pères. « U semble, dit-il, « qu'on ne doit pas le permettre facilement, a cause du « danger qu'il y a qu'on agisse en cela par haine, ou « par vengeance, ou avec excès, ou que cela ne causât « trop de meurtres. » De sorte qu'il est clair que ce meurtre restera tout à fait permis dans la pratique, selon Lessius, si on évite ces inconvénients, c'est-à-dire si l'on peut agir sans haine, sans vengeance, et dans des circonstances qui n'attirent pas beaucoup de meurtres. En voulez-vous un exemple, mes pères? En voici un assez nouveau; c'est celui du soufflet de Compiègne. Car vous avouerez que celui qui l'a reçu a témoigné, par la manière dont il s'est conduit, qu'il étoil assez maître des mouvements de haine et de vengeance. Il ne lui restoit donc qu'à éviter un trop grand nombre de meurtres; et vous savez, mes pères, qu'il est si rare que des jésuites donnent des soufflets aux officiers de la maison du roi, qu'il n'y avoit pas à craindre qu'un meurtre en cette occasion en eût tiré beaucoup d'autres en conséquence. Et ainsi vous ne sauriez nier que ce jésuite ne fût luable en sûreté de conscience, et que l'offensé ne pût en cette rencontre pratiquer envers lui la doctrine de Lessius. Et peut-être, mes pères, qu'il l'eût fait, s'il eût été instruit dans votre école, et s'il eût appris d'Escobar « qu'un homme qui a reçu un souf- « flet est réputé sans honneur jusqu'à ce qu'il ait tué " celui qui le lui a donné. » Mais vous avez sujet de croire que les instructions fort contraires qu'il a reçues d'un curé que vous n'aimez pas trop n'ont pas peu
contribué en cette occasion à sauver la vie à un jésuite. Ne nous parlez donc plus de ces inconvénients qu'on peut éviter en tant de rencontres, et hors lesquels le meurtre est permis, selon Lessius, dans la pratique môme. C'est ce qu'ont bien reconnu vos auteurs, cités par Escobar dans la Pratique de l'homicide selon votre société^ tr. 1, ex. 7, n. 48. a Est-il permis, dit-il, de tuer tt celui qui a donné un soufflet? Lessius dit que cela c( est permis dans la spéculation, mais qu'on ne le doit « pas conseiller dans la pratique, non consulendum in « praxi, à cause du danger de la haine ou des meurtres « nuisibles à l'état qui en pourroient arriver. Mais les