‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 77 sur 109 · TUER · texte numérisé non relu

TUER

Qui vous a donc donné le pouvoir de dire, comme font Molina, Reginaldus, Filiutius, Escobar, Lessius et les autres : « Il est permis de tuer celui qui vient (( pour nous frapper? » Et ailleurs : « Il est permis de (( tuer celui qui veut nous faire un affront, selon l'avis « de tous les casuistes, ex sententia omnium, » comme dit Lessius, n. 74. Par quelle autorité, vous qui n'êtes que des particuliers, donnez-vous ce pouvoir de tuer aux particuliers et aux religieux mêmes? Et comment osez-vous usurper ce droit de vie et de moit qui n'appartient essentiellement qu'à Dieu, et qui est la plus glorieuse marque de la puissance souveraine? C'est sur cela qu'il falloit répondre; et vous pensez y avoir satisfait en disant simplement dans votre treizième imposture, « que la valeur pour laquelle Molina permet c( (ht tuer un voleur qui s'enfuit sans nous faire aucune « violence n'est pas aussi petite que j'ai dit, et qu'il tt faut qu'elle soit plus grande que six ducats. » Que cela est foiblc, mes pères ! Où voulez-vous la déterminer? A quinze ou seize ducats? Je ne vous en ferai pas moins de reproche^?. Au moins vous ne sauriez dire qu'elle passe la valeur d'un cheval; car Lessius, liv. II, c. ix,

n. 74, décide nettement « qu'il est permis de tuer un « voleur qui s'enfuit avec notre cheval. » Mais je vous dis de plus, que selon Molina, cette valeur est déterminée à six ducats, comme je l'ai rapporté : et si vous n'en voulez pas demeurer d'accord, prenons un arbitre que vous ne puissiez refuser. Je choisis donc pour cela votre père Reginaldus, qui, expliquant ce même lieu de Molina, 1. XXI, n. 68, déclare « que Molina y déter- « MINE la valeur pour laquelle il n'est pas permis de « tuer, à trois, ou quatre, ou cinq ducats. » Et ainsi, mes pères, je n'aurai pas seulement Molina, mais encore Reginaldus.

Il ne me sera pas moins facile de réfuter votre qua* torzième imposture touchant la permission de « tuer c( un voleur qui nous veut ôter un écu, » selon Molina. Cela est si constant, qu'Escobar vous le témoignera, tr. 1, ex. 7, n. 44, où il dit que « Molina détermine ré- « gulièrement la valeur pour laquelle on peut tuer, à « un écu. )) Aussi vous me reprochez seulement, dans la quatorzième imposture, que j'ai supprimé les dernières paroles de ce passage : « Que l'on doit garder « en cela la modération d'une juste défense. » Que ne vous plaignez-vous donc aussi de ce qu'Escobar ne les a point exprimées ? Mais que vous êtes peu fins ! Vous croyez qu'on n'entend pas ce que c'est, selon vous, que se défendre. Ne savons-nous pas que c'est user d'une défense meurtrière ? Vous voudriez faire entendre çue Molina a voulu dire par-là que quand on se trouve çn péril de la vie en gardant son écu , alors on peut .uer, puisque c'est pour défendre sa vie. Si cela étoit vrai , mes pères, pourquoi Molina diroit-il, au même lieu, guil est contraire en cela à Carrei^us et Bald^ qui

permettent de tuer pour sauver sa vie? Je vous déclare donc qu'il entend simplement que, si l'on peut sauver son écu sans tuer le voleur, on ne doit pas le tuer; mais que, si l'on ne peut le sauver qu'en tuant, encore même qu'on ne coure nul risque de la vie, comme si le voleur n'a point d'armes, qu'il est permis d'en prendre et de le tuer pour sauver son ccu; et qu'en cela on ne sort point , selon lui , de la mod(jration d'une juste défense. Et pour vous le montrer, laissez-le s'expliquer lui-m(5me, t. IV, tr. 3, d.ll, n. 5 : « On ne « laisse pas de dem-eurer dans la modération d'une « juste défense, quoiqu'on prenne des armes contre « ceux qui n'en ont point , ou qu'on en prenne de plus « avantageuses qu'eux. Je sais qu'il y en a qui sont « d'un sentiment contraire : mais je n'approuve point a leur opinion, même dans le tribunal extérieur. »

Aussi, mes pères, il est constant que vos auteurs permettent de tuer pour la défense de son bien et de son honneur, sans qu'on soit en aucun péril de sa vie. Et c'est par ce môme principe qu'ils autorisent les duels, comme je l'ai fait voir par tant de passages sur lesquels vous n'avez rien répondu. Vous n'attaquez dans vos écrits qu'un seul passage de votre père Layman, qui le permet, « lorsque autrement on seroit en péril « de perdre sa fortune ou son honneur : » et vous dites que j'ai supprimé ce qu'il ajoute, que ce cas-là est fort rare. Je vous admire, mes pères; voilà de plaisantes impostures que vous me reprochez. Il est bien question de savoir si ce cas-là est rare! il s'agit de savoir si le duel y est permis. Ce sont deux questions séparées. Layman, en qualité de casuiste , doit juger si le duel y est permis, et il déclare que oui. Nous jugerons Lien

sans ]ui si ce cas-là est rare, et nous lui déclarerons qu'il est fort ordinaire. Et si vous aimez mieux en croire votre bon ami Diana, il vous dira quil est fort commun, part. 5, tract. 14, mise. 2, resol. 99. Mais qu'il soit rare ou non , et que Layman suive en cela Navarre, comme vous le faites tant valoir, n'est-ce pas une chose abominable qu'il consente à cette opinion : Que, pour conserver un faux honneur, il soit permis en conscience d'accepter un duel, contre les édits de tous les états chrétiens, et contre tous les canons de l'Église, sans que vous ayez encore ici pour autoriser toutes ces maximes diaboliques, ni lois, ni canons, ni autorités de l'Écriture ou des Pères, ni exemple d'aucun saint, mais seulement ce raisonnement impie : « L'honneur (( est plus cher que la vie; or, il est permis de tuer « pour défendre sa vie : donc il est permis de tuer (( pour défendre son honneur?» Quoi! mes pères, parceque le dérèglement des hommes leur a fait aimer ce faux honneur plus que la vie que Dieu leur a donnée pour le servir, il leur sera permis de tuer pour le conserver ! C'est cela même qui est un mal horrible, d'aimer cet honneur-là plus que la vie. Et cependant cette attache vicieuse, qui seroit capable de souiller les actions les plus saintes, si on les rapportoit à cette fin, sera capable de justifier les plus criminelles, parcequ'on les rapporte à cette fin !

Quel renversement, mes pères! et qui ne voit à quels excès il peut conduire? Car enfin il est visible qu'il portera jusqu'à tuer pour les moindres choses, quand on mettra son honneur à les conserver ; je dis même jusqu'à tuer pour une pomme. Vous vous plaindriez de moi , mes pères, et vous diriez que je tire de

votre doctrine des conséquences malicieuses, si je n'étois appuyé sur l'autorité du grave Lessius, qui parle ainsi, n. 68 : « Il n'est pas permis de tuer pour « conserver une chose de petite valeur, comme pour a un écu , ou pour une pomme , aux pro pomo, si ce n'est « qu'il nous fût honteux de la perdre. Car alors on « peut la reprendre et même tuer, s'il est nécessaire « pour la ravoir, et si opus est, occidere ; parceque ce a n'est pas tant défendre son bien que son honneur. » Cela est net, mes pères. Et pour finir vot^e doctrine par une maxime qui comprend loute> les autres, écoutez celle-ci de votre père Hcreau, qui i'avoit prise de Lessius : « Le droit de se défendre s'étend à tout ce qui « est nécessaire pour nous garder de toute injure. »

Que d'étranges suites sont enfermées dans ce principe inhumain ! et combien tout le monde est-il obligé de s'y opposer, et sur-tout les personnes publiques ! Ce n'est pas seulement l'intérêt général qui les y engage, mais encore le leur propre, puisque vos casuistes cités dans mes lettres étendent leurs permissions de tuer jusqu'à eux. Et ainsi les factieux qui craindront la punition de leurs attentats, lesquels ne leur paroissent jamais injustes, se persuadant aisément qu'on les opprime par violence, croiront en môme temps a que le « droit de se défendre s'étend à tout ce qui leur est né- « cessaire pour se garder de toute injure. » Ils n'auront plus à vaincre les remords de la conscience, qui arrêtent la plupart des crimes dans leur naissance, et ils ne penseront plus qu'à surmonter ks obstacles du dehors.

Je n'en parlerai point ici, mes pères, non plus que des autres meurtres que vous avez permis, qui sont encore plus abominables et |)his iinpuitanls aux états

que tous ceux-ci, dont Lessius traite si ouvertement dans les Doutes quatre et dix, aussi bien que tant d'autres de vos auteurs. Il seroit à désirer que ces horribles maximes ne fussent jamais sorties de l'enfer, et que le diable, qui en est le premier auteur, n'eût jamais trouvé des hommes assez dévoués à ses ordres pour les publier parmi les chrétiens.

Il est aisé de juger par tout ce que j'ai dit jusqu'ici combien le relâchement de vos opinions est contraire à la sévérité des lois civiles, et même païennes. Que sera-ce donc si on les compare avec les lois ecclésiastiques, qui doivent être incomparablement plus saintes, puisqu'il n'y a que l'Église qui connoisse et qui possède la véritable sainteté ? Aussi cette chaste épouse du fils de Dieu qui, à l'imitation de son époux, sait bien répandre son sang pour les autres, mais non pas répandre pour elle celui des autres, a pour le meurtre une horreur toute particulière, et proportionnée aux lumières particulières que Dieu lui a communiquées. Elle considère les hommes non seulement comme hommes, mais comme images du Dieu qu'elle adore. Elle a pour chacun d'eux un saint respect qui les lui rend tous vénérables, comme rachetés d'un prix infini, pour être faits les temples du Dieu vivant. Et ainsi elle croit que la mort d'un homme que l'on tue sans l'ordre de son Dieu n'est pas seulem.ent un homicide, mais un sacrilège qui la prive d'un de ses membres ; puisque , soit qu'il soit fidèle, soit qu'il ne le soit pas, elle le considère toujours, ou comme étant l'un de ses enfants, ou comme étant capable de l'être.

Ce sont, mes pères, ces raisons toutes saintes qui, depuis que Dieu s'est fait homme pour le salut des

hommes, ont rendu leur condition si considérable à l'Église, qu'elle a toujours puni l'homicide qui les dé- Iruit comme un des plus grands attentats qu'on puisse commettre cohtre Dieu. Je vous en rapporterai quelques exemples non pas dans la pensée que toutes ces sévérités doivent ôlre gardées, je sais que l'Église peut disposer diversement de cette discipline extérieure, mais pour faire entendre quel est son esprit immuable sur ce sujet. Car les pénitences qu'elle ordonne pour le meurtre peuvent être différentes selon la diversité des temps; mais l'horreur qu'elle a pour le meurtre ne peut jamais changer par le changement des temps.

L'Église a été long-temps à ne réconcilier qu'à la mort ceux qui étoient coupables d'un homicide volontaire, tels que sont ceux que vous permettez. Le célèbre concile d'Ancyre les soumet à la pénitence durant toute leur vie : et l'Église a cru depuis être assez indulgente envers eux en réduisant ce temps à un très grand nombre d'années. Mais, pour détourner encore davantage les chrétiens des homicides volontaires, elle a puni très sévèrement ceux miîmes qui étoient arrivés par imprudence, comme on peut voir dans saint Basile, dans saint Grégoire de Nysse, dans les décrets du pape Zacharie et d'Alexandre IL Les canons rapportés par Isaac, évéque de Langres, t. II, ch. xiii, « ordonnent a sept ans de pénitence pour avoir tué en se défen- « dant » Et on voit que saint Hildebert, évoque du Mans, répondit à Yves de Chartres : « Qu'il a eu raison « d'interdire un prôtre pour toute sa vie, qui pour se a défendre, avoit tué un voleur d'un coup de pierre. »

N'ayez donc plus la hardiesse de dire que vos décisions sont conformes à l'esprit et aux canons de l'É-

2fi0 QUATORZIÈME LETTRE

glise. On vous défie d'en montrer aucun qui permette de tuer pour défendre son bien seulement : car je ne parle pas des occasions où l'on auroit à détendre aussi sa vie, se suaque liber ando : vos propres auteurs confessent qu'il n'y en a point, comme entre autres votre père Lamy, tr. 5, disp. 36, num. 136 : « 11 n'y a, dit-il, au- (( cun droit divin ni humain qui permette expressé- « ment de tuer un voleur qui ne se défend pas. » Et c'est néanmoins ce que vous permettez expressément. On vous défie d'en montrer aucun qui permette de tuer pour l'honneur, pour un soufflet, pour une injure et une médisance. On vous défie d'en montrer aucun qui permette de tueries témoins, les juges et les magistrats, quelque injustice qu'on en appréhende. L'esprit de l'Éghse est entièrement éloigné de ces maximes séditieuses qui ouvrent la porte aux soulèvements auxquels les peuples sont si naturellement portés. Elle a toujours enseigné à ses enfants qu'on ne doit point rendre le mal pour le mal : qu'il faut céder à la colère ; ne point résister à la violence : rendre à chacun ce qu'on lui doit, honneur, tribut, soumission : obéir aux magistrats et aux supérieurs, même injustes; parcequ'on doit toujours respecter en eux la puissance de Dieu qui les a établis sur nous. Elle leur défend encore plus fortement que les lois civiles de se faire justice eux-mêmes ; et c'est par son esprit que les rois chrétiens ne se la font pas dans les crimes mêmes de lèse-majesté au premier chef, et qu'ils remettent les criminels entre les mains des juges pour les faire punir selon les lois et dans les formes de la justice, qui sont si contraires à votre conduite, que l'opposition qui s'y trouve vous fera rougir. Car, puisque ce discours m'y porte, je vous

prie de suivre cette comparaison entre la manière dont on peut tuer ses ennemis, selon vous, et celle dont les juges font mourir les criminels.

Tout le monde sait, mes pères, qu'il n'est jamais permis aux particuliers de demander la mort de personne; et que, quand un homme nous auroit ruinés, estropiés, brûlé nos maisons, tué notre père, et qu'il se disposeroit encore à nous assassiner et à nous perdre d'honneur, on n'écouteroit point en justice la demande que nous ferions de sa mort ; de sorte qu'il a fallu établir des personnes publiques qui la demandent de la part du roi, ou plutôt de la part de Dieu. A votre avis, mes pères, est-ce par grimace et par feinte que les juges chrétiens ont établi ce règlement? Et ne l'ontils pas fait pour proportionner les lois civiles à celles de l'Évangile; de peur que la pratique extérieure de la justice ne fût contraire aux sentiments intérieurs que des chrétiens doivent avoir? On voit assez combien ce commencement des voies de la justice vous confond ; mais le reste vous accablera.

Supposez donc, mes pères, que ces personnes publiques demandent la mort de celui qui a commis tous ces crimes; que fera-t-on là-dessus? Lui portera-t-on incontinent le poignard dans le sein? Non, mes pères ; la vie des hommes est trop importante, on y agit avec plus de respect : les lois ne l'ont pas soumise à toutes sortes de personnes, mais seulement aux juges dont on a examiné la probité et la naissance. Et croyezvous qu'un seul suffise pour condamner un homme à mort? Il en faut sept pour le moins, mes pères. 11 faut que de ces sept il n'y »mi ait aucun qui ait été offensé par le criminel, de peur que la passion n'altère ou ne cor*

rompe son jugement. Et vous savez, mes pères, qu'afin que leur esprit soit aussi plus pur, on observe encore de donner les heures du matin à ces fonctions : tant on apporte de soin pour les préparer à une action si grande, où ils tiennent la place de Dieu, dont ils sont les ministres, pour ne condamner que ceux qu'il condamne lui-même.

c'est pourquoi, afin d'y agir comme fidèles dispensateurs de cette puissance divine, d'ôter la vie aux hommes, ils n'ont la liberté de juger que selon les dépositions des témoins, et selon toutes les autres formes qui leur sont prescrites; ensuite desquelles ils ne peuvent en conscience prononcer que selon les lois, ni juger dignes de mort que ceux que les lois y condamnent. Et alors, mes pères, si Tordre de Dieu les oblige d'abandonner au supplice le corps de ces misérables, le même ordre de Dieu les oblige de prendre soin de leurs âmes criminelles; et c'est môme parcequ'elles sont criminelles qu'ils sont plus obligés à en prendre soin; de sorte qu'on ne les envoie à la mort qu'après leur avoir donné moyen de pourvoir à leur conscience. Tout cela est bien pur et bien innocent; et néanmoins l'Église abhorre tellement le sang, qu'elle juge encore incapables du ministère de ses autels ceux qui auroient assisté à un arrêt de mort, quoique accompagné de toutes ces circonstances si religieuses : par où il est dise de concevoir quelle idée l'Église a de l'homicide. Voilà, mes pères, de quelle sorte, dans l'ordre de la justice, on dispose de la vie des hommes : voyons maintenant comment vous en disposez. Dans vos nouvelles lois, il n'y a qu'un juge, et ce juge est celui-là môme qui est offensé. U est tout ensemble le juge, la partie

et le bourreau. Il se demande à lui-même la mort de son ennemi, il l'ordonne, il l'exécute sur-le-champ; et sans respect ni du corps, ni de l'ame de son frère , il tue et damne celui pour qui Jésus-Christ est mort; et tout cela pour éviter un soufflet ou une médisance, ou une parole outrageuse, ou d'autres offenses semblables pour lesquelles un juge, qui a raulorilé légitime, seroit criminel d'avoir condamné à la mort ceux qui les auroient commises, parccque les lois sont très éloignées de les y condamner. Et enfin, pour comble de ces excès, on ne contracte ni péché, ni irrégularité, en tuant de celle sorte sans aulorilé et contre les lois, quoiqu'on soit religieux, et même prêtre. Où en sommes-nous, mes pères? Sont-ce des religieux et des prêlres qui parlent de cette sorte? sonl-ce des chrétiens, sonl-ce des turcs? sont-ce des hommes? sonl-ce des démons? et sont-ce là des mystères révélés par l'Agneau à ceux de sa société, ou des abominations suggérées par le dragon à ceux qui suivent son parti?

Car enfin, mes pères, pour qui voulez-vous qu'on vous prenne? pour des enfants de l'Évangile, ou pour des ennemis de l'Évangile? On ne peut être que d'un parti ou de l'autre, il n'y a point de milieu, a Qui n'est «point avec Jésus-Christ est contre lui. » Ces deux genres d'hommes partagent tous les hommes. Il y a deux peuples et deux mondes répandus sur toute la terre, selon saint Augustin : le monde des enfants de Dieu , qui forme un corps dont Jésus-Christ est le chef et le roi ; et le monde ennemi de Dieu, dont le diable est le chef et le roi. Et c'est pourquoi Jésus-Christ est appelé le roi et le Dieu du monde ; parcequ'il a par-tout des sujets et des adorateurs, et que le diable est aus^i appelé

dans l'Écriture le prince du monde et le dieu de ce siècle, parcequ'il a par-tout des suppôts et des esclaves. Jésus-Christ a mis dans l'Église, qui est son empire^ les lois qu'il lui a plu, selon sa sagesse éternelle; et le diable a mis dans le monde, qui est son royaume, les lois qu'il a voulu y établir. Jésus-Christ a mis l'honneur à souffrir ; le diable à ne point souffrir. Jésus-Christ a dit à ceux qui reçoivent un soufflet, détendre l'autre joue; et le diable a dit à ceux à qui on veut donner un soufflet, de tuer ceux qui voudront leur faire cette injure. Jésus-Christ déclare heureux ceux qui participent à son ignominie, et le diable déclare malheureux ceux qui sont dans l'ignominie. Jésus-Christ dit : Malheur à vous, quand les hommes diront du bien de vous ! et le diable dit : Malheur à ceux dont le monde ne parle pas avec estime !

Voyez donc maintenant, mes pères, duquel de ces deux royaumes vous êtes. Vous avez ouï le langage de la ville de paix, qui s'appelle la Jérusalem mystique, et vous avez ouï le langage de la ville de trouble, que l'Écriture appelle la spirituelle Sodome : lequel de ces deux langages entendez-vous? lequel parlez-vous? Ceux qui sont à Jésus-Christ ont les mêmes sentiments que Jésus Christ, selon saint Paul ; et ceux qui sont enfants du diable, ex pâtre diabolo, qui a été homicide dès le commencement du monde, suivent les maximes du diable, selon la parole de Jésus-Christ, Écoutons donc le langage de votre école, et demandons à vos auteurs : Quand on nous donne un soufflet, doit-on l'endurer plutôt que de tuer celui qui le veut donner ? ou bien est-il permis de tuer pour éviter cet affront ? // est permis, disent Lessius, Molina, Escobar, Reginaldus, Filiutius, Bal-

dellus, et autres jésuites, de tuer celui qui nom vnudon^ ner un soufflet. Est-ce là le langage de Jésus-Christ ? Répondez-nous encore. Seroit-on sans honneur en souffrant un soufflet, sans tuer celui qui l'a donné ? « N'est-il « pas véritable, dit Escobar, que, tandis qu'un homme « laisse vivre celui qui lui a donné un soufflet, il de- « meure sans honneur? » Oui, mes pères, sans cet honneur que le diable a transmis de son esprit superbe en celui de ses superbes enfants. C'est cet honneur qui a toujours été l'idole des hommes possédés par l'esprit du monde. C'est pour se conserver cette gloire, dont le démon est le véritable distributeur, qu'ils lui sacrifient leur vie par la fureur des duels à laquelle ils s'abandonnent, leur honneur par l'ignominie des supplices auxquels ils s'exposent, et leur salut par le péril de la damnation auquel ils s'engagent, et qui les a fait priver de la sépulture même par les canons ecclésiastiques. Mais on doit louer Dieu de ce qu'il a éclairé l'esprit du roi par des lumières plus pures que celles de votre théologie. Ses édits si sévères sur ce sujet n'ont pas fait que le duel fût un crime; ils n'ont fait que punir le crime qui est inséparable du duel. Il a arrêté, par la crainte de la rigueur de sa justice, ceux qui n'étoient pas arrêtés par la crainte de la justice de Dieu ; et sa piété lui a fait connoîlre que l'honneur des chrétiens consiste dans l'observation des ordres de Dieu et des règles du christianisme, et non pas dans ce fantôme d'honneur que vous prétendez, tout vain qu'il soit, être une excuse légitime pour les meurtres. Ainsi vos décisions meurtrières sont maintenant en aversion à tout le monde, et vous seriez mieux conseillés de changer de sentiments, si ce n'est par principe de religion, au

moins par maxime de politique. Prévenez, mes pères, par une condamnation volontaire de ces opinions inhumaines, les mauvais effets qui en pourroient naître, et dont vous seriez responsables. Et pour concevoir plus d'horreur de l'homicide, souvenez-vous que le premier crime des hommes corrompus a été un homicide en la personne du premier juste; que leur plus grand crime a été un homicide en la personne du chef de tous les justes ; et que l'homicide est le seul crime qui détruit tout ensemble l'état, l'ÉgHse, la nature et la piété.

P, S. Je viens de voir la réponse de votre apologiste à ma treizième lettre. Mais s'il ne répond pas mieux à celle-ci, qui satisfait à la plupart de ses difficultés, il ne méritera pas de réplique. Je le plains de le voir sortir à toute heure hors du sujet pour s'étendre en des ca« lomnies et des injures contre les vivants et contre les morts. Mais, pour donner créance aux mémoires que vous lui fournissez, vous ne deviez pas lui faire désavouer publiquement une chose aussi publique qu'est le soufflet de Gompiègne. Il est constant, mes pères, par l'aveu de l'offensé, qu'il a reçu sur sa joue un coup de la main d'un jésuite ; et tout ce qu'ont pu faire vos amis a été de mettre en doute s'il l'a reçu de l'avant-maia ou de l'arrière-main, et d'agiter la question si un coup de revers de la main sur la joue doit être appelé soufflet ou non. Je ne sais à qui il appartient d'en décider; mais je croirois cependant que c'est au moins un soufflet probable. Gela me met en sûreté de conscience.

Que les jésuites ôtent la calomnie du nombre des crimes, et qu'ils ne font point de scrupule de s'en servir pour décrier leurs ennemis.

Du t5 noTcmbre 1656.

Mes révérends pères,

Puisque vos impostures croissent tous les jours, et que vous vous en servez pour outrager si cruellement toutes les personnes de piété qui sont contraires à vos erreurs, je me sens obligé, pour leur intérêt et pour celui de l'Église, de découvrir un mystère de voire conduite, que j'ai promis il y a long-temps, aQn qu'on puisse reconnoîtrc par vos propres maximes quelle foi l'on doit ajouter à vos accusations et à vos injures.

Je sais que ceux qui ne vous connoissent pas assez ont peine à se déterminer sur ce sujet, parcequ'iis se trouvent dans la nécessité, ou de croire les crimes incroyables dont vous accusez vos ennemis, ou de vous tenir pour des imposteurs, ce qui leur paroit ausbi incroyable. Quoi! disent-ils, si ces choses-là n'étoient, des religieux les publiroient-ils? et voudroient-ils renoncer à leur conscience, et se damner par ces calomnies? Voilà la manière dont îls raisonnent; et ainsi les preuves visibles par lesquelles on ruine vos faussetés, rencontrant l'opinion qu'ils ont de votre sincérité, leur

esprit demeure en suspens entre l'évidence et la vérité qu'ils ne peuvent démentir, et le devoir de la charité qu'ils appréhendent de blesser. De sorte que, comme la seule chose qui les empêche de rejeter vos médisances est l'estime qu'ils ont de vous, si on leur fait entendre que vous n'avez pas de la calomnie l'idée qu'ils s'imaginent que vous en avez, et que vous croyez pouvoir faire votre salut en calomniant vos ennemis, il est sans doute que le poids de la vérité les déterminera incontinent à ne plus croire vos impostures. Ce sera donc, mes pères, le sujet de cette lettre.

Je ne ferai pas voir seulement que vos écrits sont remplis de calomnies, je veux passer plus avant. On peut bien dire des choses fausses en les croyant véritables, mais la qualité de menteur enferme l'intention de mentir. Je ferai donc voir, mes pères, que votre intention est démentir et de calomnier; et que c'est avec connoissance et avec dessein que vous imposez à vos ennemis des crimes dont vous savez qu'ils sont innocents; parceque vous croyez le pouvoir faire sans déchoir de l'état de grâce. Et quoique vous sachiez aussi bien que moi ce point de votre morale, je ne laisserai pas de vous le dire, mes pères, afin que personne n'en puisse douter, en voyant que je m'adresse à vous pour vous le soutenir à vous-mêmes, sans que vous puissiez avoir l'assurance de le nier, qu'en confirmant par ce désaveu même le reproche que je vous en fais. Car c'est une doctrine si commune dans vos écoles que vous l'avez soutenue non seulement dans vos livres, mais encore dans vos thèses publiques, ce qui est de la dernière hardiesse; comme entre autres dans vos thèses de Louvain de l'année 1643, en ces termes: « Ce n'est

« qu'un péché véniel de calomnier et d'imposer de faux « crimes pour ruiner de créance ceux qui parlent mal de (( nous. Qiddni non ni'si veniale sit, detrahentis autoriiatem « magnam, tibi noxiam, falso crimine elidere ? » Et cette doctrine est si constante parmi vous, que quiconque l'ose attaquer, vous le traitez d'ignorant et de téméraire. C'est ce qu'a éprouvé depuis peu le père Quiroga, capucin allemand, lorsqu'il voulut s'y opposer. Car votre père Dicastillus l'entreprit incontinent, et il parle de cette dispute en ces termes, de Just. , liv. II. tr. 2, disp. 12, n. 404: «Un certain religieux grave, pieds nus (( et encapuchonné, cucullatus gymnopoda, que je ne (( nomme point, eut la témérité de décrier cette opi- « nion parmi des femmes et des ignorants, et de dire « qu'elle étoit pernicieuse et scandaleuse contre les <( bonnes mœurs, contre la paix des états et des socié- « tés, et enfin contraire non seulement à tous les doc- « leurs catholiques, mais à tous ceux qui peuvent être « catholiques. Mais je lui ai soutenu, comme je soutiens (( encore, que la calomnie, lorsqu'on en use contre un (( calomniateur, quoiqu'elle soit un mensonge, n'est (( point néanmoins un péché mortel, ni contre la jus- <( tice, ni contre la charité; et, pour le prouver, je lui (t ai fourni en foule nos pères et les universités entières (( qui en sont composées, que j'ai tous consultés, et « entre autres le révérend père Jean Gans, confesseur « de l'empereur; le révérend père Daniel Baslèle, con- « fesseur de l'archiduc Léopold; le père Henri, qui a (• été précepteur de ces deux princes; tous les profes- « seurs publics et ordinaires de l'université de Vienne « ( toute composée de jésuites); tous les professeurs de «( l'université de Grats (toute de jésuites); tous ks pro

« fesseursde l'université dePrague(dontlesjésuitessont « les maîtres) : de tous lesquels j'ai en main les approba- « lions de mon opinion, écrites et signées de leur main : « outre que j'ai encore pour moi le père de Pennalossa, «jésuite, prédicateur de l'empereur et du roi d'Es- « pagne, le père Pilliceroli, jésuite, et bien d'autres qui «avoient tous jugé cette opinion probable avant notre « dispute. » Vous voyez bien, mes pères, qu'il y a peu d'opinions que vous ayez pris si à tâche d'établir, comme il y en avoit peu dont vous eussiez tant de besoin. Et c'est pourquoi vous l'avez tellement autorisée que les casuistes s'en servent comme d'un principe indubitable. « Il est constant, dit Caramuel, n. 1151, (ip. 350, que c'est une opinion probable qu'il n'y a « point de péché mortel à calomnier faussement pour « conserver son honneur. Car elle est soutenue par plus « de vingt docteurs graves, par Gaspard Hurtado et Di- « castillus, jésuites, etc. ; de sorte que, si cette doctrine « n'étoit probable, à peine y en auroit-il aucune qui le « fût en toute la théologie, »

0 théologie abominable et si corrompue en tous ses chefs que si, selon ses maximes, il n'étoit probable et sûr en conscience qu'on peut calomnier sans crime pour conserver son honneur, à peine y auroit-il aucune de ses décisions qui fût sûre? Qu'il est vraisemblable, mes pères, que ceux qui tiennent ce principe le mettent quelquefois en pratique! L'inclination corrompue des hommes s'y porte d'elle-même avec tant d'impétuosité qu'il est incroyable qu'en levant l'obstacle de la conscience, elle ne se répande avec toute sa véhémence naturelle. En voulez-vous un exemple? Caramuel vous le donnera au même lieu: a Cette maxime, dit-il, du père

SENTIMENT DES JESUITES SUR LA CALOMNIE 27i

« Dicastillus, jésuite, touchant la calomnie, ayant été a enseignée par une comtesse d'Allemagne aux filles de « l'impératrice, la créance qu'elles eurent de ne pécher <{ au plus que véniellement par des calomnies en fit tant « naître en peu de jours, et tant de médisances, et tant « de faux rapports, que cela mit toute la cour en coma buslion et en alarme. Car il est aisé de s'imaginer l'u- « sage qu'elles en surent faire : de sorte que, pour « apaiser ce tumulte, on fut obligé d'appeler un bon « père capucin d'une vie exemplaire, nommé le père « Quiroga (et ce fut sur quoi le père Dicastillus le quea relia tant), qui vint leur déclarer que cette maxime (( étoit très pernicieuse, principalement parmi les (i femmes; et il eut un soin particulier de faire que « l'impératrice en abolît tout-à-fait l'usage. » On ne doit pas être surpris des mauvais effets que causa cette doctrine. Il faudroit admirer au contraire qu'elle ne produisît pas cette licence. L'amour-propre nous persuade toujours assez que c'est avec injustice qu'on nous attaque; et à vous principalement, mes pères, que la vanité aveugle de telle sorte, que vous voulez faire croire en tous vos écrits que c'est blesser l'honneur de l'Église que de blesser celui de votre société. Et ainsi, mes pères, il y auroit lieu de trouver étrange que vous ne missiez pas cette maxime en pratique. Car il ne faut plus dire de vous comme font ceux qui ne vous conojissent pas : Comment ces bons pères voudroient-ils calotnnier leurs ennemis ; puisqu'ils ne le pourroient faire que par la perte de leur salut? Mais il faut dire au contraire: Comment ces bons pères voudroient-ils perdre l'avantage de décrier leurs ennemis, puisqu'ils le peuvent faire sans hasarder leur salut? Qu'on ne s'étonne donc

plus de voir les jésuites calomniateurs : ils le sont en sûreté de conscience, et rien ne les en peut empêcher ; puisque, parle crédit qu'ils ont dans le monde, ils peuvent calomnier sans craindre la justice des hommes, et que, par celui qu'ils se sont donné sur les cas de conscience, ils ont établi des maximes pour le pouvoir faire sans craindre la justice de Dieu.

Voilà, mes pères, la source d'où naissent tant de noires impostures. Voilà ce qui en a fait répandre à votre père Brisacier, jusqu'à s'attirer la censure de leu M. l'archevêque de Paris. Voilà ce qui a porté votre père d'Anjou à décrier en pleine chaire, dans l'église de Saint-Benoît, à Paris, le 8 mars 1655, les personnes de qualité qui recevoient les aumônes pour les pauvres de Picardie et de Champagne, auxquelles ils contribuoient tant eux-mêmes ; et de dire par un mensonge horrible et capable de faire tarir ces charités, si on eût eu quelque créance en vos impostures, « qu'il savoit de science « certaine que ces personnes avoient détourné cet arec gent pour l'employer contre l'Église et contre l'é- « tat : » ce qui obligea le curé de cette paroisse, qui est un docteur de Sorbonne, de monter le lendemain en chaire pour démentir ces calomnies. C'est par ce même principe que votre père Grasset a tant prêché d'impostures dans Orléans, qu'il a fallu que M. l'évêque d'Orléans l'ait interdit comme un imposteur public, par son mandement du 9 septembre dernier, où il déclare « qu'il défend à frère Jean Crasset, prêtre de la com- « pagnie de Jésus, de prêcher dans son diocèse; et à « tout son peuple de l'ouïr, sous peine de se rendre « coupable d'une désobéissance mortelle, sur ce qu'il '.( a appris que ledit Crasset avoit f^iit un discours en

« chàii e rempli de faussetés et de calomnies contre les « ecclésiastiques de cette ville, leur imposant fausse- « ment et malicieusement qu'ils soutenoient ces propo- (I sitions hérétiques et impies : Que les commandements « de Dieu sont impossibles; que jamais on ne résiste à <( la grâce intérieure; et que Jésus-Christ n'est pas mort (( pour tous les hommes, et autres semblables, condam- (( nées par Innocent X. » Car c'est là, mes pères, votre imposture ordinaire, et la première que vous reprochez à tous ceux qu'il vous e^t important de décrier. Et quoiqu'il vous soit aussi impossible de le prouver de qui que ce soit, qu'à votre père Crasset de ces ecclésiastiques d'Orléans, votre conscience néanmoins demeure en repos : « parceque vous croyez que cette manière « de calomnier ceux qui vous attaquent est si certaine- « ment permise, > que vous ne craignez point de le déclarer publiquement et à la vue de toute une ville.

En voici un insigne témoignage dans le démêlé que vous eûtes avec M. Puys, curé de Saint-Msier, à Lyon; et comme cette histoire marque parfaitement votre esprit, j'en rapporterai les principales circonstances. Vous savez, mes pères, qu'en 1649, M. Puys traduisit en françois un excellent livre d'un autre père capucin, u touchant le devoir des chrétiens à leur paroisse contre u ceux qui les en détournent, » sans user d'aucune invective, et sans désigner aucun religieux, ni aucun ordre en particulier. Vos pères néanmoins prirent cela pour eux ; et, sans avoir aucun respect pour un ancien pasteur, juge en la primatie de France, et honoré de toute la ville, votre père Alby lit un livre Simglant contre lui, que vous ventlîtes vous-mêmes dans votre propre église, le jour de l'AssomptiGn, où il l'accusoit de plu-

sieurs choses, et entre autres de « s'être rendu scanda- (( Icux par ses galanteries, et d'Clre suspect d'impiété, «d'être hérétique, excommunié, et enfin digne dn « feu, » A cela M. Puys répondit; et le père Alby sou* tint, par un second livre, ses premières accusations. N'est-il donc pas vrai, mes pères, ou que vous étiez des calomniateurs, ou que vous croyiez tout cela de ce bon prêtre; et qu'enfin il falloit que vous le vissiez hors de ses erreurs pour le juger digne de votre amitié? Écoutez donc ce qui se passa dans l'accommodement qui fut fait en présence d'un grand nombre des premières personnes de la ville, dont les noms sont au bas de cette page*, comme ils sont marqués dans l'acte qui en fut dressé le 2a septembre 1650. Ce fut en présence de tout ce monde que M. Puys ne fît autre chose que déclarer (( que ce qu'il avoit écrit ne s'adressoit point aux pères « jésuites ; qu'il avoit parlé en général contre ceux qui c( éloignent les fidèles des paroisses, sans avoir pensé (( en cela attaquer la société, et qu'au contraire il l'ho- « noroit avec amour. » Par ces seules paroles, il revint de son apostasie, de ses scandales et de son excommunication, sans rétractation et sans absolution ; et le père Alby lui dit ensuite ces propres paroles : « Monsieur, la a créance que j'ai eue que vous attaquiez la compagnie, « dont j'ai l'honneur d'être, m*a fait prendre la plume

1. M. de Ville, vicaire-général de M. le cardinal de Lyon; M. Scarron, chanoine et curé de Saint-Paul; M. Margat, chantre; MM. Bouvaui, Sève, Aubert et Dervieu, chanoines de Saint-Nisier; M. du Gué, président des trésoriers de France; M. Groslier, [prévôt des marchands; M. de Fléchère, président et lieutenant-général; MM. de Boissat, de Saint-Romain et de Bartoly, gentilshommes; M. Bourgeois, premier avocat du roi au bureau des trésoriers de France; MM. de Gotton père et fils; M. Boniel; qui ont tous signé i l'original de la déclaration, avec M. Puys et le père Alby»

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