‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 83 sur 109 · CALOMNIES DES JÉSUITES CONTRE PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

CALOMNIES DES JÉSUITES CONTRE PORT-ROYAL

VOUS dites, page 96, « que leur foi est aussi suspecte « touchant l'Eucharistie que celle de M. Arnauld, » lequel vous soutenez, p. 4, être t effectivement calvi- « niste ! » Je demande là-dessus à tout le monde s'il y a dans l'Église des personnes sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance. Car, dites-moi, mes pères, si ces religieuses et leurs directeurs étoient t d'intelligence avec « Genève contre le très saint Sacrement de l'autel » (ce qui est horrible à penser), pourquoi auroient-elles pris pour le principal objet de leur piété ce Sacrement qu'elles auroient en abomination? Pourquoi auroientelles joint à leur règle l'institution du Saint-Sacrement? Pourquoi auroient-elles pris l'habit du Saint-Sacrement, pris le nom de Filles du Saint-Sacrement, appelé leur église l'Église du Saint-Sacrement? Pourquoi auroient-elles demandé et obtenu de Rome la conGrmalion de cette institution, et le pouvoir de dire tous les jeudis l'office du Sainl-Sacrement, où la foi de l'Église est si parfaitement exprimée, si elles avoient conjuré avec Genève d'abolir cette foi de l'Église? Pourquoi se seroient-elles obligées, par une dévotion particulière, approuvée aussi par le pape, d'avoir sans cesse, nuit et jour, des religieuses en présence de celte sainte Hostie, pour réparer, par leurs adorations perpétuelles envers ce sacriOce perpétuel, l'impiété de l'hérésie qui l'a voulu anéantir? Dites-moi donc, mes pères, si vous le pouvez, pourquoi de tous les mystères de notre religion elles auroiunl laissé ceux qu'elles croient pour choisir celui qu'elles ne croient pas; et pourquoi elles se seroient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce mystère de notre foi, bi elles le prenoienl,

comme les hérétiques, pour le mystère d'iniquité ? Que répondez-vous, mes pères, à des témoignages si évidents, non pas seulement de paroles, mais d'actions ; et non pas de quelques actions particulières, mais de toute la suite d'une vie entièrement consacrée à l'adoration de Jésus-Christ résidant sur nos autels ? Que répondez-vous de même aux livres que vous appelez de Porl-lloyal, qui sont tous remplis des termes les plus précis dont les Pères et les conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule, mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre libelle en cette sorte : M. Arnauld, ditesvous, parle bien de transsubstantiation; mais il entend peut-être transsubstantiation significative. 11 témoigne bien croire la présence réelle; mais qui nous a dit qu'il ne l'entend pas d'une figure vraie et réelle? Où en sommes-nous, mes pères? et qui ne ferez-vous point passer pour calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Car qui s'est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et sur-tout dans de simples discours de piété, où il ne s'agit point de controverses? Et cependant l'amour et le respect qu'ils ont pour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie, mes pères, quelque artificieux que vous soyez, d'y trouver ni la moindre apparence d'ambiguité, ni la moindre convenance avec les sentiments de Genève.

Tout le monde sait, mes pères, que l'hérésie de Genève consiste essentiellement, comme vous le rapportez vous-mêmes, à croire que Jésus-Christ n'est

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point enfermé dans ce sacrement; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux; qu'il n'est vraiment que dans le ciel, et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l'autel; que la substance du pain demeure ; que le corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine; qu'il n'est mangé que par la foi, et qu'ainsi les méchants ne le mangent point; et que la messe n'est point un sacrifice, mais une abomination. Écoutez donc, mes pères, de quelle manière ({ Port-Royal est d'intelligence avec Genève dans leurs « livres. » On y lit, à votre confusion : « Que la chair « et le sang de Jésus-Christ sont contenus sous les tf espèces du pain et du vin, » 2' lettre de M. Arnauld, p. 2o9 : (( Que le Saint des saints est présent dans le « sanctuaire, et qu'on l'y doit adorer, > ibid., p. 243. Que Jésus-Christ < habite dans les pécheurs qui cora- (( municnt, par la présence réelle et véritable de son « corps dans leur poitrine, quoique non par la pré- « sence de son esprit dans leur cœur, » Fréq. Com., 3' parL, chap. xvi. « Que les cendres mortes des corps « des saints tirent leur principale dignité de cette (( semence de vie qui leur reste de l'attouchement de <( la chair immortelle et vivifiante de Jésus-Christ, • 4" part., ch. xl. « Que ce n'est par aucune puissance na- « turelle, mais par la toute-puissance de Dieu, à laquelle « rien n'est impossible, que le corps de Jésus-Christ est « renfermé sous l'hostie et sous la moindre partie de ' «haque ho^^tie, » ïhéolog. fam., leç. xv. « Que la \f'rlu divine est présente pour produire l'eiret que les « paroles de la consécration signifient, » ibid. « Que '( Jésus-Christ, qui est rabaissé et couché sur l'autel, « est en même temps élevé dans sa gloire; qu'il est.

« par lui-même et par sa puissance ordinaire, en divers « lieux en môme temps, au milieu de l'Église triom- « phante, et au milieu de l'Église militante et voya- « gère, )) de la Suspension, rais. xxi. « Que les espèces « sacramentales demeurent suspendues, et subsistent (( extraordinairement sans être appuyées d'aucun sujet ; « et que le corps de Jésus-Christ est aussi suspendu 0 sous les espèces ; qu'il ne dépend point d'elles, comme « les substances dépendent des accidents, ibid. xxiii. a Que là substance du pain se change en laissant les « accidents immuables. » Heures dans la prose du saint Sacrement. « Que Jésus-Christ repose dans l'Eucha- « ristie avec la même gloire qu'il a dans le ciel, » Lettres de M. de Saint-Cyran, tom. I, let. xciii. « Que « son humanité glorieuse réside dans les tabernacles « de l'Église, sous les espèces du pain qui le couvrent « visiblement; et que, sachant que nous sommes gros- « siers, il nous conduit ainsi à l'adoration de sa divi- « nité présente en tous lieux par celle de son humanité « présente en un lieu particuHer, » ibid. « Que nous re- « cevons le corps de Jésus-Christ sur la langue, et qu'il (( la sanctifie par son divin attouchement, » lettre xxxii. « Qu'il entre dans la bouche du prêtre, » lettre lxxii. (t Que, quoique Jésus-Christ se soit rendu accessible « dans le saint Sacrement par un effet de son amour et «de sa clémence, il ne laisse pas d'y conserver son ({ inaccessibilité comme une condition inséparable de « sa nature divine; parceque, encore que le seul corps « et le seul sang y soient par la vertu des paroles, vi nverborum, comme parle l'école, cela n'empêche pas « que toute sa divinité, aussi bien que toute son huma- « nité, n'y soit pas une conjonction nécessaire, » Défense

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