‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 84 sur 109 · FOI DE PORT-ROYAL SDR L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

FOI DE PORT-ROYAL SDR L'EUCHARISTIE

du chapelet du saint Sacrement, p. 217., Et enfin, «que « l'Eucharistie est tout ensemble sacrement et sacri- « fice, » Théol. fam., leç. xv. a Et qu'encore que ce saa crifice soit une commémoration de celui de la croix, (( toutefois il y a cette différence, que celui de la messe (( n'est offert que pour l'Église seule et pour les fidèles « qui sont dans sa communion, au lieu que celui de la f( croix a été offert pour tout le monde, comme l'Ecriture « parle, w ibid., p. 133. Cela suffit, mes pères, pour faire vcirclairomont qu'il n'y eut peut-être jamais une plus grande impudence que la vôtre. Mais je veux encore vous faire prononcer cet arrêt à vous-mêmes contre vous-mêmes. Car que demandez-vous, afin d'ôler toute apparence qu'un homme soit d'intelligence avec Genève? « Si M. Arnauld, dit votre père Meynier, page 83, (( eût dit qu'en cet adorable mystère il n'y a aucune « substance du pain sous les espèces, mais seulement « la chair et le sang de Jésus-Chri-^t, j'eusse avoué qu'il a se seroit déclaré entièrement contre Genève. » Avouezle donc, imposteurs, et faites-lui une réparation piiblif^ie, de celte injure publique. Combien de fois l'avezus vu dans les passages que je viens de citer ! Mais, de plus, la Théologie familière de M. de Saint-Cyran étant approuvée par M. Arnauld, elle contient les sentiments de l'un et de l'autre. Lisez donc toute la on XV, et sur-tout l'arlicle second, et vous y trouiez les paroles que vous demandez encore plus rmellement que vous-mêmes ne les exprimez. « Y a a-t-il du pain dans l'hostie, et du vin dans le caalice? Non; car toute substance du pain et celle du « vin sont ôtécs pour faire place à celle du corps et du c sang de J6sus-Chi-ist, laquelle y denjeure seule cou-

« verte des qualités et des espèces du pain et du vin. » Eh bien, mes pères! direz-vous encore que le Port- Royal n'enseigne rien que Genève ne reçoive, et que M. Arnauld n'a rien dit, dans sa seconde lettre, qui ne pût être dit par un ministre de Charenton? Faites donc parler Mestrezat comme parle M. Arnauld dans cette lettre, p. 237 et suiv. Faites-lui dire : « Que c'est un « mensonge infâme de l'accuser de nier la transsub- (( stantiation ; qu'il prend pour fondement de ses livres « la vérité de la présence réelle du fils de Dieu, oppo- « sée à l'hérésie des calvinistes ; qu'il se tient heureux c( d'être en un lieu où l'on adore continuellement le « Saint des saints présent dans le sanctuaire ; » ce qui est beaucoup plus contraire à la créance des calvinistes que la présence réelle même; puisque, comme dit le cardinal de Richelieu, dans ses Controverses, p. 536 : (( Les nouveaux ministres de France s'étant unis avec « les luthériens qui croient la présence réelle de Jésusce Christ dans l'Eucharistie, ils ont déclaré qu'ils ne « demeurent séparés de l'Église, touchant ce mystère, « qu'à cause de l'adoration que les catholiques rendent a à l'Eucharistie. » Faites signera Genève tous les passages que je vous ai rapportés des livres de Port-Royal, et non pas seulement les passages, mais les traités entiers touchants ce mystère, comme le livre de la Fréquente Communion, l'Explication des cérémonies de la messe, l'Exercice durant la messe, les Raisons de la suspension du saint Sacrement, la Traduction des hymnes dans les Heures de Port-Royal, etc. Et enfin faites établir à Charenton cette institution sainte d'adorer sans cesse Jésus-Christ, enfermé dans l'Eucharistie, comme on fait à Port-Royal, et ce sera le plus

roi DE PORT-ROYAL SUR L'EUCHARISTIE 207

signalé j^ervice que vous puissiez rendre à l'Eglise, puisque alors le Port-Royal ne sera pas ^'intelligence avec Genève, mais Genève d'intelligence avec le Port- Royal et toute l'Église.

En vérité, mes pères, vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le Port-Royal de ne pas croire l'Eucharistie; mais je veux faire voir ce qui vous y a engagés. Vous savez que j'entends un peu votre politique. Vous l'avez bien suivie en cette rencontre. Si M. l'abbé de Saint-Cyran et M. Arnauld n'avoient fait que dire ce qu'on doit croire touchant ce mystère, et non pas ce qu'on doit faire poui s'y préparer, ils auroient été les meilleurs catholiques du monde, et il ne se seroit point trouvé d'équivoques dans leurs termes da présence réelle et de b^anssubstantiation. Mais, parcequ'il faut que tous ceux qui combattent vos relâchements soient hérétiques, et dans le point même où ils les combattent, comment M. Arnauld ne le seroit-ii pas sur l'Eucharistie, après avoir fait un livre exprès contre les profanations que vous faites de ce sacrement ? Quoi, mes pères 1 il auroit dit impunément : f( Qu'on ne doit point donner le corps de Jésus-Christ à

ceux qui retombent toujours dans les mômes crimes, K et auxquels on ne voit aucune espérance d'amendeu ment; et qu'on doit les séparer quelque temps de a l'autel, pour se purifier par une pénitence sincère, « afin de s'en approcher ensuite avec fruit! » Ne souffrez pas qu'on parle ainsi, mes pères; vous n'auriez pas tant de gens dans vos confessionnaux. Car votre père Brisacier dit a que, si vous suiviez cette méthode, vous « n'appliqueriez le sang de Jésus-Christ sur personne. » Il vaut bien mieux pour vous qu'on suive la pratique du

votre société, que votre père Mascarenhas rapporte dans un livre approuvé par vos docteurs, et même par votre révérend père général, qui est : « Que toute sorte de perte sonnes, et même les prêtres, peuvent recevoir le corps « de Jésus-Christ le jour même qu'ils se sont souillés (( par des péchés abominables; que, bien loin qu'il y ait « de l'irrévérence en ces communions, on est louable au « contraire d'en user de la sorte; que les confesseurs « ne les en doivent point détourner, et qu'ils doivent (( au contraire conseiller à ceux qui viennent de com- « mettre ces crimes de communier à l'heure même, « parceque encore que l'Église l'ait défendu, cette dé- « fense est abolie par la pratique universelle de toute (( la terre. » Mascar. tr. 4, disp. 5, n. 284.

Yoilà ce que c'est, mes pères, d'avoir des jésuites par toute la terre. Voilà la pratique universelle que vous y avez introduite et que vous y voulez maintenir. Il n'importe que les tables de Jésus-Christ soient remplies d'abominations, pourvu que vos églises soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent hérétiques sur le saint Sacrement : il le faut, à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourrez-vous faire après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur foi?N'avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur hérésie? Vous le devriez, mes pères, et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.

« M. de Saint-Cyran, dit le père Meynier, en conso- <( lant un de ses amis sur la mort de sa mère, tom. I, « lett. XIV. dit que le plus agréable sacrifice qu'on « puisse offrir à Dieu dans ces rencontres est celui de « la patience : donc il est calviniste. » Cela est bien

Page 1