SOURCE DES CALOMNIES DES JÉSUITES CONTRE P.-R
subtil, mes pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui. « Parce, dit ce grand «. controversistc, qnil ne croit donc pas le sacrifice de « la messe. Car c'est celui-là qui est le plus agréable 5 (( Dieu de tous. » Que l'on dise maintenant que les jésuites ne savent pas raisonner. Ils le savent de telle -orle, qu'ils rendont hérétique tout ce qu'ils voudront, il même* l'Écriture sainte. Car ne seroit-ce pas une hérésie de dire, comme fait l'Ecclésiastique : « Il n'y a « rien de pire que d'aimer l'argent, nihil est iniqm'us i( quam amare pecnmam; » comme si les adultères, les homicides et l'idolâtrie n'étoient pas de plus grands crimes? Et à qui n'arrive-t-il point de dire à toute heure des choses semblables ; et que, par exemple, le sacrifice d'un cœur contrit et humilié est le plus agréable
1. M. Pascal avoit en vne sans do'ite le père Théophile Raynaald, jésuita vivoyard, qui s'avisa de faire une censure du synib"le des Apôtres, par laquelle il prétend prouver que cette première confession de foi du christianisme est iicrétiqiie dans tous les chefs. Elle parut pour la première fois dans le livre latin de ce jésuite, intitulé : Erolemata de bonis ae mnlis lif/ris, in-4o, Lugdunif 1653, et réimprimée depuis comme une impiétéen plusieurs ouvrages. Je sais bien que c'est une raillerie du père Théoihile Raynauld pour se moquer des censures de la Sorhonne. Mais pouvoit-il se permettre la raillerie sur un des actes les plus essentiels du christianisme ? Voici le premier article de cette singulière censure : Erolemata, page 294, in-4o : • Credo in Deum patrem omni^otentem,
• creatorem cceli et terrs. Frimus iste articulus, si iutelligatur, quasi solus pater « sit Dens, et omnipotens et Creator; Filius antem et Spiiitus sanctus solum créa*
• turœ sinL Ideo«jue nec Filius vere ac substanlialiter dici i»ossit Deus, et omni-
< potens et Creator : simiiitGr<]ue Spiritus sanctus; proposiiio et blasphéma,
• individus Trinitatis destructiva , et pridem in sacro et OKumenico >'ica:no
• concilio trec^-ntorum decem et oclo eijscoporum, adversus Arii impieLatem, « damnata. Cfuatenus autem soii l'atri creationem atlribuit, nova est, temeraria, « erronea,'c<jntra commatem Eccle^iz patrum ac theolugorum omnium sensum,
• probata; cum hactenus receptuiu sii tanqaam iDviobbile d'-cretum, omnes
< Trinitatis actiones ad eitra esse indivisibiliter toti Trinitati communes. • Le ..Uj de la pièce est sur le môme too. ^^^^^ ^^ ^.^^.^^ ^^ ,^, ^^
aux yeux de Dieu; parceqii'en ces discours on ne pense qu'à comparer quelques vertus intérieures les unes aux autres, et non pas au sacrifice de la messe, qui est d'un ordre tout différent et infiniment plus relevé? N'êtesvous donc pas ridicules, mes pères? et faut-il, pour achever de vous confondre, que je vous représente les termes de cette même lettre oii M. de Saint-Gyran parle du sacrifice de la messe comme du plus excellent de tous, en disant : « Qu'on offre à Dieu tous les jours et « en tous lieux le sacrifice du corps de son fils, qui n'a « point trouvé de plus excellent moyen que celui-là « pour honorer son père? ■» Et ensuite : « Que Jésus- « Christ nous a obligés de prendre en mourant son (( corps sacrifié, pour rendre plus agréable à Dieu le « sacrifice du nôtre, et pour se joindre à nous lorsque « nous mourons, afin de nous fortifier en sanctifiant par « sa présence le dernier sacrifice que nous faisons à Dieu « de notre vie et de notre corps. » Dissimulez tout cela, mes pères, et ne laissez pas de dire qu'il détournoit de communier à la mort, comme vous faites, page 33, et qu'il ne croyoit pas le sacrifice de la messe : car rien n'est trop hardi pour des calomniateurs de profession. Votre seconde preuve en est un grand témoignage. Pour rendre calviniste feu M. de Saint-Gyran, à qui vous attribuez le livre de Petrus AureliuSy vous vous servez d'un passage où Aurélius explique, page 89, de quelle manière l'Église se conduit à l'égard des prêtres, et môme des évêques qu'elle veut déposer ou dégrader. (( L'Église, dit-il, ne pouvant pas leur ôter la puissance « de l'ordre, parceque le caractère est ineffaçable, elle « fait ce qui est en elle ; elle ôte de sa mémoire ce ca- « ractère qu'elle ne peut ôter de l'ame de ceux qui l'ont
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(( reçu : elle les considère comme s'ils n'étoient plus « prêtres ou évoques; de sorte que, selon le langage or- « dinaire de l'Eglise, on peut dire qu'ils ne le sont plus, « quoiqu'ils le soient toujours quant au caractère : Ob (( indelebilitaiem characteris. » Vous voyez, mes pères, que cet auteur, approuvé par trois assemblées générales (lu clergé de France, dit clairement que le caractère de la prêtrise est inefTaçalle, et cependant vous lui faites (lire tout au contraire, en ce lieu même, « quelecaracc( tère de la prêtrise n'est pas ineffaçable. » Voilà une insigne calomnie, c'est-à-dire, selon vous, un peMt péché véniel. Car ce livre vous avoit fait tort, ayant réfuté les hérésies de vos confrères d'Angleterre touchant l'autorité épiscopale. Mais voici une insigne extravagance; c'est qu'ayant faussement supposé que M. de Saint-Cyran tient que ce caractère est ineffaçable, vous en concluez qu'il ne croit donc pas la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie.
N'attendez pas que je vous réponde là-dessus, mes pères. Si vous n'avez point de sens commun, je ne puis pas vous en donner. Tout ceux qui en ont se moqueront assez de vous aussi bien que de votre troisième preuve, qui est fondée sur ces paroles de la Fréq. Comm., 3' partie, chap. xi : a que Dieu nous donne M dans l'Eucharistie la même viande qu'aux saints dans « le ciel, sans qu'il y ait d'autre dillércnce, sinon qu'ici tt il nous en ôte la vue et le goût sensible, réservant « l'un et l'autre pour le ciel. » En vérité, mes pères, ces paroles expriment si naïvement le sens de l'Eglise, que j'oublie à toute heure par oîi vous vous y prenez pour en abuser. Car je n'y vois autre, sinon ce que le concile de Trente enseigne, sess. 13» c. viii, qu'il n'y a
point d'autre différence entre Jésus-Christ dans TEucharistie et Jésus-Christ dans le ciel, sinon qu'il est ici voilé, et non pas là. M. Arnauld ne dit pas qu'il n'y a point d'autre différence en la manière de recevoir Jésus- Christ, mais seulement qu'il n'y en a point d'autre en Jésus-Christ que l'on reçoit. Et cependant vous voulez, contre toute raison, lui faire dire par ce passage qu'rin ne mange non plus ici Jésus-Christ de bouche que dans le ciel : d'où vous concluez son hérésie.
Vous me faites pitié, mes pères. Faut-il vous expliquer cela davantage? Pourquoi confondez-vous cette nourriture divine avec la manière de la recevoir? Il n'y a qu'une seule différence, comme je le viens de dire, dans cette nourriture sur la terre et dans le ciel, qui est qu'elle est ici cachée sous des voiles qui nous en ôtent la vue et le goût sensible : mais il y a plusieurs différences dans la manière de la recevoir ici et là, dont la principale est que, comme dit M. Arnauld, 3® part., ch. XVI, « il entre ici dans la bouche et dans la poitrine, c( et des bons et des méchants ; » ce qui n'est pas dans le ciel.
Et si vous ignorez la raison de cette diversité, je vous dirai, mes pères, que la cause pour laquelle Dieu a établi ces difTérentes manières de recevoir une même viande, est la différence qui se trouve entre l'état des chrétiens en cette vie et celui des bienheureux dans le ciel. L'état des chrétiens, comme dit le cardinal Du Perron après les pères, tient le milieu entre l'état des bienheureux et l'état des Juifs. Les bienheureux possèdent Jésus-Christ réellement, sans figure et sans voile. Les Juifs n'ont possédé de Jésus-Christ que les figures et les voiles, comme étoit la manne et l'agneau