‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 94 sur 109 · MONTALTE ACCUSÉ D'HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

MONTALTE ACCUSÉ D'HÉRÉSIE

de cette nature. J'avois méprisé cette injure dans les écrits de vos confrères, aussi bien qu'une inûnité d'autres qu'ils y mêlent indifféremment. Ma quinzième lettre y avoit assez répondu ; mais vous en parlez maintenant d'un autre air, vous en faites sérieusement le capital de votre défense; c'est presque la seule chose que vous y employez. Car vous dites « que, pour toute ré- «' ponse à mes quinze lettres, il suffit de dire quinze a fois que je suis hérétique ; et qu'étant déclaré tel, je « ne mérite aucune créance. » Enfin vous ne mettez pas mon apostasie en question, et vous la supposez comme un principe ferme, sur lequel vous bâtissez hardiment. C'est donc tout de bon, mon père, que vous me traitez d'hérétique ; et c'est aussi tout de bon que je vais vous y répondre.

Vous savez bien, mon père, que celte accusation est si importante, que c'est une témérité insupportable de l'avancer, si on n'a pas de quoi la prouver. Je vous demande quelles preuves vous en avez. Quand m'a-t-on vu k Charentoii? Quand ai-je manqué à la messe et aux devoirs des chrétiens à leur paroisse? Quand ai-je fait quelque action d'union avec les hérétiques, ou de schisme avez l'Église? Quel concile ai-je contredit? Quelle constitution de pape ai-je violée? Il faut répondre, mon père, ou.... V^ous m'entendez bien. Et que répondtz-vous? Je prie tout le monde de l'ubserver. Vous supposez premièrement « que celui qui écrit u les lettres est de Port-Hoyal. » Vous dites ensuite « que le Port-Uoyal est déclaré hérétique; » d'où vous concluez « que celui qui écrit les lettres est déclaré hé- « rétiqup. » Ce n'est donc pas sur moi, mon père, que tombe le luit de celte accusation, mais sur le Porl-

Royal; et vous ne m'en chargez que parreque vous supposez que j'en suis. Ainsi je n'aurai pas grande peine à m'en défendre, puisque je n'ai qu'à vous dire •] que je n'en suis pas, et à vous renvoyer à mes lettres, où j'ai dit « que je suis seul, » et en propres termes, (( que je ne suis point de Port-Royal, » comme j'ai fait dans la seizième lettre qui a précédé votre livre.

Prouvez donc d'une autre manière que je suis hérétique, ou tout le monde reconnoîtra votre impuis-sance. Prouvez par mes écrits que je ne reçois pas la constitution. Ils ne sont pas en si grand nombre; il n'y a que seize lettres à examiner, où je vous défie, et vous, et toute la terre, d'en produire la moindre marque. Mais je vous y ferai bien voir le contraire. Car, quand j'ai dit, par exemple, dans la quatorzième : « Qu'en tuant, « selon vos maximes, ses frères en péché mortel, on « damne ceux pour qui Jésus-Christ est mort, » n'ai-je pas visiblement reconnu que Jésus-Christ est mort pour ces damnés, et qu'ainsi il est faux « qu'il ne soit (( mort que pour les seuls prédestinés, » ce qui est condamné dans la cinquième proposition? Il est donc sûr, mon père, que je n'ai rien dit pour soutenir ces propositions impies, que je déteste de tout mon cœur. Et quand le Port-Royal les tiendroit, je vous déclare que vous n'en pouvez rien conclure contre moi, parceque, grâces à Dieu, je n'ai d'attache sur la terre qu'à la seule Église catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le pape son souverain chef, hors de laquelle je suis très persuadé qu'il n'y a point de salut.

Que ferez-vous à une personne qui parle de cette sorte, et par où m'attaquerez-vous, puisque ni mes dis-

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