‹ Lettres écrites à un provincial. Précédées de l'histoire des Lettres provinciales d'après l'édition de 1754 et d'observations littérairesChapitre 96 sur 109 · FANTOME D'UNE NOUVELLE HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

FANTOME D'UNE NOUVELLE HÉRÉSIE

professeur du roi en Sorbonne, censura dans ses écrits publics ces cinq propositions long-temps avant le pape; et ces docteurs firent paroUre plusieurs écrits, et entre autres celui de la grâce victorieuse, qu'ils produisirent en môme temps, où ils rejettent ces propositions et comme hérétiques et comme étrangères. Car ils disent, dans la préface, « que ce sont des propositions héré- « tiques et luthériennes, fabriquées et forgées à plaisir, « qui ne se trouvent ni dans Jansénius ni dans ses déa fenseurs; » ce sont leurs termes. Ils se plaignent de ce qu'on les leur attribue, et vous adressent pour cela ces paroles de saint Prosper, le premier disciple de saint Augustin, leur maître, à qui les semi-pélagiens de France en imputèrent de pareilles pour le rendre odieux, a II y a, dit ce saint, des personnes qui ont une pas- « sion si aveugle de nous décrier, qu'ils en ont pris un « moyen qui ruine leur propre réputation. Car ils ont « fabriqué à dessein de certaines propositions pleines « d'impiétés et de blasphèmes, qu'ils envoient de tous (( côtés pour faire croire que nous les soutenons au « même sens qu'ils ont exprimé par leur écrit. Mais on « verra, par cette réponse, et notre innocence et la « malice de ceux qui nous ont imputé ces impiétés, « dont ils sont les uniques inventeurs. »

En vérité, mon père, lorsque je les ouïs parler de la sorte avant la constitution; quand je vis qu'ils la reçurent ensuite avec tout ce qui se peut de respect; qu'ils oOrirentde la souscrire, et que M. Arnauld eut déclaré tout cela, plus fortement que je ne le puis rapporter, dans toute sa seconde lettn% j'eusse cru pécher de douter de leur foi. Et en elfet, ceux qui avoient voulu refuser i'absoUjtion à leurs amis avant la lelUe de

M. Arnauld ont déclaré depuis que, après qu'il savoient si nettement condamné ces erreurs qu'on lui imputoit, il n'y avoil aucune raison de le retrancher, ni lui ni ses. amis, de l'Église. Mais vous n'en av3z pas usé de même; et c'est sur quoi je commençai à me défier que vous agissiez avec passion.

Car, au lieu que vous les aviez menacés de leur faire signer cette constitution quand vous pensiez qu'ils résisteroient, lorsque vous vîtes qn'ils s'y portoient d'eux-mêmes, vous n'en parlâtes plus. Et, quoiqu'il semblât que vous dussiez après ceia êirî satisfaits de leur conduite, vous ne laissâtes pas de les traiter encore d'hérétiques; ((parce, disiez-vous, que leur cœur démentoit leur c( main, et qu'ils étoient catholiques extérieurement, et tt hérétiques intérieurement, » comme vous-même l'avez dit dans votre Rép. à quelques demandes, p. 27 et 47.

Que ce procédé me parut étrauge, mon père ! Car de qui n'en peut-on pas dire autant I Et quel trouble n'exciteroit-on point par ce prétexte! (( Si Ton refuse, dit « saint Grégoire, pape, de croire la confession de loi de (( ceux qui la donnent conforme aux sentiments de TÉc( glise, on remet en doute la foi de toutes les personnes « catholiques. » Regist. 1. V, ep. xv. Je craignis donc, mon père, a que votre dessein ne fût de rendre ces « personnes hérétiques sans qu'ils le fussent, » comme parle le même pape sur une dispute pareille de son temps; a parce, dit-il, que ce n'est pas s'opposer aux « hérésies, mais c'est faire une hérésie que de refuser «de croire ceux qui par leur confession témoignent « d'être dans la véritable foi: Hoc non est hœresim pur- « gare, sed /acere. » Ep. xvi. Mais je connus en vérité qu'il n'y avoit point en etiet d'hérétiques dans l'Église,

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