‹ Lettres écrites de mon jardinChapitre 13 sur 24 · Ô4 LETTRES ÉCRITES · texte numérisé non relu

Ô4 LETTRES ÉCRITES

seule. Ce n’ctait rien : aujourd’hui on vend de la

fausse chicorée !

Parmi les jardiniers connnerçants, on compte un assez grand nombre d’honnêtes gens, parce qu’on trouvera toujours plus d’honnêteté dans un état ((u’aime celui qui l’exerce et où il met sa gloire et trouve ses plaisirs, que dans un état que l’on fait sans goût, uniquement pour gagner de l’argent. Il serait de l’intérêt des jardiniers et des amateurs que l’on apportât plus de sévérité dans l’admission des plantes nouvelles.

Je comptais vous donner aujourd’hui une liste des cent plus belles roses ; c’est tout ce qu’en peut contenir un petit jardin. Il a fleuri de si bonnes choses pour moi dans un certain petit jardin, qu’aujourd’hui que j’en ai un un peu plus étendu j’ai gardé un grand culte et un grand respect pour les petits jardins.

J’ai si longtemps aimé

Un tout petit jardin sentant le renfermé.

En général, ceux qui ont de grands jardins ont d’autres luxes et d’autres plaisirs. Le possesseur du petit jardin souvent n’a que son jardin; c’est toute sa richesse, toute sa joie, tout son orgueil. Ceux qui

ont dos jardins plus grands doiibleront, dôcuplernnl los rosos (|iii leur plairont le plus. *— J’ainic mieux dix fois cent belles roses que mille roses dont les deux tiers seraient médiocres. — Mais jq suis obligé d’ajourner cette liste à un autre article — je ne puis prendre sur moi une telle décision — et c’est en concile œcuménique de jardiniers que cette famille aristocratique sera proclamée.

Beaucoup de personnes demandent : Comment trouve-t-on de nouvelles variétés de roses? — On répond : Par le semis. — Mais, ajoutent ces questionneuses comment se fait-il (|ue les graines d’une rose ne produisent pas des roses semblables à leur mère?

Je dois m’arrêter ici pour faire remarquer que beaucoup de ceux qui lisent ceci en savent autant et plus que ntoi, — que je prie les savants de ne pas s’offenser de ce (pie je parle des choses qu’ils savent. — J’ai d’ailleurs soin de supposer que ce sont des femmes qui m’adressçnt ces questions, et elles ont presque toutes assez d’esprit pour ne pas mettre leur gloire et leur puissance à être savantes. J’en sais même qui ont appris beaucoup de choses, (]ui les savent très-bien, et qui cachent ce (ju’elles ont appris av(‘cun soin qui ressemble à la pudeur.

Le plus grand charme des femmes est d’être

femmes. Quelques-unes de ce temps-ci, voyant que les hommes s’efféminaient et se rapprochaient d’elles, ont cru bien faire de se rapprocher des hommes en devenant des viragos, en s'habillant en hommes, en fumant et en secouant vigoureusement la main des hommes qui, autrefois, baisaient respectueusement la leur. Ces femmes se trompent lourdement. Une femme d’esprit n’avouera jamais qu’elle est savante, qu’elle est forte, qu’elle est' brave. Une femme d’esprit à laquelle la nature a fait le mauvais tour de * la créer intrépide exagère sa timidité autant que l’homme exagère son courage. Ce qui n’empêche pas que les gens qui regardent de près savent bien qu’au fond les femmes sont plus braves que les hommes. Revenons aux roses.

Prenez une rose simple ; au centre des cinq pétales ’ dont elle est modestement ornée, vous voyez de petits filets surmontés d’une houppe jaune ; ce sont les étamines. Au centre des étamines est un petit œuf vert surmonté d’un filet sans houppe jaune ; l’œuf est l’ovaire, le filet est le pistil ; l’ovaire et le pistil composent l’organe femelle, c’est-à-dire la petite ^ nymphe qui habite la rose. Les étamines, chargées d’une féconde poussière jaune, sont des amants em- ■ pressés qui entourent la nymphe. Quand les pétales

de la rose tombent, vous voyez Tovaire grossir, devenir jaune, puis écarlate, puis mûrir, pourrir, tomber sur terre et laisser échapper des graines qu’il renferme enveloppées dans une sorte de coton rude. Au moment où une rose s’épanouit, coupez et enlevez les étamines, l’ovaire ne grossira pas et les graines qu’il contient se dessécheront.

Une rose double est une rose chez laquelle-une partie des étamines s’est changée en pétales ; si la rose est tout à fait double, c’est-à-dire s’il ne reste .aucune étamine cachée sous les pétales, la rose ne peut plus produire de graines.

Une rose qui serait seule dans un jardin vitré ne reproduirait par ses graines que des fleurs semblables h elle. Mais il suffit, dans un parterre ou dans un jardin, que l’air porte quelques grains de la petite poussière jaune des étamines d’une autre rose ; il suffit qu’une abeille, faisant ses provisions, après s’être roulée dans une rose, aille se rouler dans une autre chargée du pollen des étamines de la première, pour qu’il arrive à peu près ce qui arrive quand un blanc épouse une négresse ; je dis h peu près, caries petits de la rose ne seront pas tous mulâtres, c’està-dire ne présenteront pas tous un mélange des deux roses : si l’une des deux est blanche et l’autre rose,

des graines qu’elles donneront il proviendra des roses semblables à toutes deux et des roses qui présenteront divers mélanges de leurs formes et de leurs couleurs. C’est Linnée qui a découvert que les jdantes et les fleurs avaient deux sexes comme tous les animaux. Des moines allemands ont imaginé la fécondation artificielle, c’est-à-dire de porter sur le pistil d’une fleur la poussière des étamines d’une autre fleur d’une variété différente, mais de la même espèce, sans confier au hasard et aux caprices du vent et des insectes cette admirable opéralion.

C’est avec intention que je disais tout à l’heure que la fécondation ne s’opérait qu’entre plantes de la même espèce ; s’il y a des exceptions, il n’y en a guère, et je ne les connais pas.

M. Desprez, qui est mort il y a peu de temps, était un célèbre cultivateur de roses. C’est de ses semis qu’est venue cette belle rose couleur de cuivre, qu’on appelle noisette-Desprez, et un assez grand nombre d’autres bonnes plantes. M. Desprez, comme beaucoup d’autres, cherchait la rose bleue ; il avait réuni dans son jardin d’Yèbles à peu près toutes les plantes bleues connues, et regardait avec joie les abeilles porter le pollen de ces fleurs bleues dans les roses où elles allaient compléter leur provision. Cette tenta-

tive devait être et a été sans résultat. Je ne crois pas que dans les semis nombreux obtenus par M. Desprez il y ait des fleurs même violettes.

A propos ée bleu, il faut se défier de l’épithète de bleu’ appliquée h une plante sur les catalogues. J’ai dû. il y a déjà longtemps, faire’ admettre dans la langue horticulturale une couleur qui n’est pas dans le prisme, et que ne connaissent pas les peintres. Au bleu de Prusse, au bleu d’outremer, au bleu de roi> devenu bleu de France, j’ai ajouté le bleu de jardinier : c’est une couleur qui commence à l’amarante et finit au violet, et quelquefois au brun.

A propos de fleurs bleues, j’en cultive deux que je ne rencontre jamais dans les jardins, qui sont fort jolies, et qui ont en outre le mérite d’être franchement bleues , ce qui est assez rare : l’une est la comméline tubéreme, dont l’aspect est celui. d’une éphémère de Virginie, à fleurs bleu-de-ciel , l’autre est le plumbago larpentœ, qui porte des ombelles de fleurs d'un magnifique bleu sombre. Ces deux plantes sont de pleine terre, pourvu qu’on les recouvre pendant l’hiver, où la comméline disparaît entièrement, de quelques poignées de feuilles sèches.

Revenons encore une fois aux roses. L’exposition du Luxembourg a été brillante, sans présenter ce-

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pendant de nouveautés bien remarquables. Entre les roses qui ne sont pas encore très-répandues, il faut citer le (jéant-des-batailles. C’est de toutes les roses celle, qui présente aux yeux la plus splendide et la plus éclatante nuance de rouge, et la rose persianyellow, jaune de Pèrse.

C’est une fleur d’un jaune éclatant, passablement pleine, très-vigoureuse, et dont les rameaux sont chargés de fleure.

Quelque belle que soit la rose jaune de Perse, elle ne l’est cependant pas autant que l’ancienne rose jaune h cent feuilles ; mais celle-ci a le défaut de fleurir rarement bien, et de ne présenter guère que des roses avortées.

C’est une des quatre roses qu’on connaissait sous Louis XIV (la rose à cent feuilles, la rose blanche, la rose des quatre saisons, la rose jaune).

Il y a quelques moyens de faire fleurir la rose jaune ; les extrémités des rameaux où les boutons h fleurs sont très-nombreux sont grêles et ne peuvent livrer passage à une quantité suffisante de sève pour l’épanouissement des fleurs. Il s’agit donc de ne laisser h chaque brindille chargée de boutons qu’un nombre que la sève puisse alimenter. Sur un rosier un peu vigoureux, il y a au moins cent boutons ;

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n’en laissez que quinze, vous aurez une dizaine de belles fleurs parfaitement épanouies, si surtout vous plantez vos rosiers au pied d’un mur.

M. Oudin de Lisieux m’a envoyé un rosier obtenu par un horticulteur de Normandie, et auquel cet horticulteur, dont j’ai le regret de ne pas savoir le nom, a bien voulu donner mon nom. Malheureusement je n’étais pas chez moi lorsque cette rose a fleuri ; mon jardinier m’écrit qu’elle est très-belle.

Du temps du parlement, les ducs et pairs, dit Sauvai, fussent-ils princes ou fils de France, étaient obligés, au printemps qui suivait leur nomination, de présenter des roses au parlement. — Cela s’aiipelait la cérémonie des roses. Le pair ou prince qui présentait ces roses faisait joncher d’herbes et de fleurs toutes les chambres du parlement, et, avant l’audience, donnait un magnifique déjeuner. Il venait ensuite dans chaque chambre, faisant porter devant lui un grand bassin d’argent plein de bouquets de roses et d’œillets.

Le parlement ordonna, le 17 juin 1541 , que Louis de Bourbon-31ontpensier, créé duc et pair en février 1538, lui présenterait des roses avant Français de Clèves, créé duc de Nevers et pair au mois de janvier de la même année 1538.

Ii‘2 LETTRES ÉCRITES DE MON JARDIN.

On ignore l’origine de cette gracieuse cérémonie ; on ignore de même le temps et la cause de son abolition. On trouve que François, duc d’Alençon, fils de Henri 11, s’y soumit vers l’an 1580.

POST-SCRIPTUM

FLEURS EN PLEIN AIR

Ia‘s roses. Véronique élégonte. Véronique germandrée. Véronique chaniédrvs. Viorne lantana. Villarsie élevée. Menyantlies ovata. Gi’ande pervenche. Pensée annuelle. Xylophylla falcata. Galéga commun. Gardénie à grandes fleurs. Géranium des prés. Glaïeul commun. Héliotrope. Gleditschia triacanthus. Asclepias fruticosa. Immortelle jaune. Hémérocalle jaune. Julienne des jardins. Hotéia du Japon. Asclepias carnosa. Hortensia des jardins. Mille-pertuis. Houxconnnun . Cerisierà fleurs doubles. ' Indigotier austral. Iris Sweertii. Iris des marais. Iris xiphoides. Ixia maculata. Sabine mâle. Kalmia lati-

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