‹ Lettres écrites de mon jardinChapitre 2 sur 24 · LETTRES HERITES · texte numérisé non relu

LETTRES HERITES

Beaucoup de jçens, et il serait l)ieii diflicile-qu’il u’y eût pas quelques-uns de ces geus-là parmi nos lecteurs, aiment les Heurs, mais ne pensent à elles que lorsqu’ils admirent la splendeur de leurs corolles, ou respirent leurs suaves odeurs. Le parfum s’évapore, les pétales se flétrissent et tombent, et il n’en est plus question jusqu’à la même époque de l’année suivante. Mais il arrive de là souvent des déceptions Pour beaucoup de plaisirs horticoles, c’est pendant l’hiver qu’il faut préparer son printemps, et voici ce qui arrive tous les ans : c’est à l’époque où l’on voit fleurir les premières jacinthes, que l’on pense que l’on aurait bien fait d’en planter chez soi ; c’est alors seulement que l’on demande des oignons aux marchands; or, à cette époque, les marchands ont replanté leurs oignons depuis longtemps pour ne pas les perdre, et ne peuvent satisfaire aux demandes qu’on leur adresse.

C’est une charmante chose que la distinction ; mais il ne faut pas qu’elle dégénère en prétention et en manières. H y a des choses communes qu’il ne faut pas dédaigner : rien n’est aussi commun que le soleil, si ce n’est l’amour. Le désir de la distinction doit-il nous porter à renoncer à l’amour et au soleil?

Tout le monde veut se distinguer, c’est-à-dire attirer et fixer les regards. On use, à cet effet, d’industries extrêmement variées. Il y a eu des moments même où la distinction consistait à avoir, à porter, à dire des choses communes. Le suprême bon genre a été un moment, au café de Paris, de demander, pour son dîner, de la soupe aux choux et un haricot de mouton de portière. Cela se demandait très-haut, avec un regard de côté pour jouir de l’effet qu’on produisait. Les gros paletots, les plus gros gourdins ont fait leur temps. Nous avons vu la mode des vieux chapeaux.

Il paraît qu’il y a des personnes qui trouvent commune l’odeur de la violette, du réséda, du chèvrefeuille, de la verveine, etc. : leurs nerfs irritables ne peuvent s’accommoder de ces odeurs brutales. Un parfumeur vient d’imaginer pour ces personnes d’une si précieuse délicatesse des parfums nouveaux, des parfums qu’il emprunte à des fleurs sans odeur, ou du moins à des fleurs qui ne prodiguent pas leurs émanations au nez du vulgaire et les réservent pour des nez d’élite, — ou bien qui exhalent des parfums si ténus, si éthérés, que, seuls, ces nez. d’élite peuvent les saisir ; — nez qui me rappellent l’oreille de ce personnage d’un conte de fées qui écoutait l’herbe

pousser, et qui se plaignait d’iin grand mal de tête, parce qu’une mouche galopait trop bruyamment sur une vitre.

Ce parfumeur offre à la foshion deux parfums tout nouveaux ; l’un est l’odeur d’azalée, l’autre l’odenr de camellia. Les azalées qui ont de rôdeur ont colle de la fleur d’oranger ; il est donc probable que ce n’est pas à ces variétés qu’il a été demander ce parfum si plein de distinction et si nouveau; — c’est incontestablement h des variétés inodores, — inodores du moins pour les nez du commun, comme le vôtre, comme le mien. Le second parfum est l’odeur de camellia pour le mouchoir.

Mon bon et spirituel camarade Rolle a. dans le temps, célébré l’odeur enivrante des camellias ; — mais il a avoué , depuis , que le camellia qu’il avait vanté était un magnifique punctatum placé au centre d’un énorme bouquet de violettes de Parme.

On a annoncé, il est vrai, sur certains catalogues, un camellia odorant. — On en a vendu, — on en a acheté ; mais l’odeur s’est toujours perdue dans le trajet que faisait la plante du domicile du vendeur à celui de l’acheteur.

Quoi I parmi toutes ces charmantes cassolettes de rubis, de saphir, de tojmze, qui exhalât an soleil

Dinilized bv (Ll ooak

tant de si suaves parfums, il ne s’eu trouve pas qui plaise à ces gens distingués auxquels s’adresse ce parfumeur ! Il faut qu’il extraie, par des moyens violents, de Todeur des fleurs qui l’avaient toujours dissimulée jusqu’ici.

O 1p plaisant projet d’un poëte ignorant,

Qui de tant de héros va choisir Childebrand!

Mais cel industriel aura beau faire, il sera bientôt déclaré timide , et débordé par des confrères jaloux et plus hardis.

Si le parfum de camellia a du débit, — on ne tardera pas à le déclarer trop fort, brutal, violent, — commun ; — et nous verrons mettre en vente successivement l’odeur d’or et d’argent, — l’odeür de perle fine, l’odeur d’émeraude, — l’odeur du soleil et l’odeur de la lune, — l’odeur d’eau de source, qu’on priera de ne pas confondre avec l’odeur d’eau de rivière, — tant on poussera loin l’éducation des nez distingués, délicats et précieux. — J’ai là le nom du parfumeur, mais je ne le dirai pas, — ce serait empiéter sur les droits de la dernière page du journal et lui faire une annonce ; car le ridicule, ne tue plus en France, — an contraire.

PüST-SCRIPTl’M.

FLEURS EN PLEIN AIR

Perce-neige en terre. Arbousier commun. Ellébore d’hiver. Daphné lauréole. Violette des quatre saisons. Ellébore noir. Thlaspi vivace en terre. Calicanthus précoce. Tussilage odorant. Chou.

FLEURS EN SERRE

Strelitzia reginæ. Berberis nervosa. Azalées de rinde. Bégonias. Clérodendron. Crassule blanche. Bruyère du Cap. Êcheverie écarlate. Epidendrum. Euphorbe ponceau. Caladion bicolore. Ruellie à fleurs bleues. Premiers camellias. Géranium. Lachenalia pendilla. Podalirie argentée. Daphné dauphin. Narcisses. Daphné des collines. Fuchsie en arbre à fleurs

'It

(U* lilas. Liebigie élégante. Lycaste de Skinrier. Salpianthe à fleurs coccinées. Tillandsie bulbeuse.

FRUITS

Pomme d’api. Pomme reinette de Canx. Poire doyenné d’iiiver. Poire passe-Colmar. Poire martinsec. Poire beurré de Ranz. Péire de Saint-Germain. Poire beurré gris d’hiver. Poire bergamote d’hiver. Poire Ifon-Chrétien. La Vigoureuse forcée sur couche. Fraises des quatre saisons, etc.

LÉGUMES

Choux de Bruxelles. Salsifis. Topinambours. Choux cabiis. Mâches.' — Les autres légumes, soit conservés dans la serre aux légumes, soit avancés sur couche et sous châssis.

TRAVAUX

Litière sur les bâches et les châssis. Élagage des arbres. Paillassons sur les serres. Défrichement des haies. Défoncement du sol. Taille des arbres à pépins, des groseilliers, framboisiers, genêts d’Espa-

gnc. Boutures de saule et peuplier. On diaufle les ananas qui marquent fruits. On chauffe les asperges. Première plantation sur couche tiède et sous cloche de la romaine verte hâtive, semée en octobre ou en novembre.

Semis en pots ou sur couche et sous châssis des melons : aintaloup rouge, fin hâtif, noir des carmes; sur couche et sous châssis, de pois, poireaux , tomates, concombres et laitues à couper. Premier semis d’oignons sur couche , de la chicorée frisée et de la graine d’aubergine. Risquer en plein air le cerfeuil et les pois hâtifs.

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