‹ Lettres écrites de mon jardinChapitre 4 sur 24 · W LETTRES ÉCRITES · texte numérisé non relu

W LETTRES ÉCRITES

plante qui végète n’est pas la fléchièrc ou sagittaire (pie vous avez rrii recueillir. Les premières feuilles (pii luoutornnt à la surface de l’eau seront de longii(\s lanièri's vertes, semblables aux feuilles de la vullmiérie, dont nous ne parlerons pas ici, parce (pi’cllc ne vit que dans les eaux rapides et profondes des grands fleuves. Au bout do quebpies jours, on ces rubans changent de forme et se dévelojipent, ou il leur succède d’autres feuilles semblables à celles que nous avions remarquées, les premières feuilles en forme de flèche; ou ont la pointe émoussée, et il survient une troisième espèce de feuilles, ou bien la feuille passe par trois formes différentes. 11 n’est pas rare, cependant, de voir les plantes aquatiques avoir deux sortes de feuilles, l’une immergée et l’autre natante, et très-différentes l’iine de l’autre. L’anémone, ou renoncule aquatique, et le potamoijëton en offrent facilement des exemples.

La saffittairede la Chine, que je ne connais pas. (‘St, dit-on, plus belle.

Il y a encore la villarsie, plante relativement insignifiante, étalant sur l’eau des feuilles d’un il deux ponces, qui imitent celles du nénufar. et des fleurs semblables à celles du melon.

Le calla pnlustris, dont la fleur est un cornet vert

DK MON JARDIN, eu dehors, blanc eu dedans. Ou eu eullive dans les jardins une très-belle variété exotiqui'.

Le papyi-us, ou souchet à papier, dont le feuillage est semblable au palmier, ne peut j)asser ilehoi-s que les mois d’été, et exige la terre chaiidi^ pendant l’hiver, etc., etc.

Passons maintenant à quelques plant(‘s qui vivent dans l’eau, on se contentent d’un terrain humide, ou seuhmient largement et fréquemment arrosé.

Nous dirons ensuite les arbres qui se ])laisent au b(trd de l’eau.

Une des choses qui me choquent le |)lus dans les jardins est le défaut d’harmonie : ainsi des rosière au bord de l’eau, à moins que ce ne soient des églantiers ; des myosotis dans un parterre me chagrinent les yeux, comme une fausse note me chagrine l’oreille.

Un jardin où tout est à sa place, à part meme la végétation plus belle et vigoureuse, donne un sentiment de bien-être qui provient de toute harmonie.

Un jardin harmonieux — pardon du gros mut — ne vous fait pas subir cette impression pénible que l’amateur des Jardins ressent de temps à autre, en rentrant chez lui, après s’être jiromené dans la campagne.' C’est qu’un petit coin de bois, une colline.

li:ttres écrites

lin limit d(‘ prairie, une mare, sont plus jolis que son jardin eullivé à grands frais.

C’est que la mare, le bout de prairie, le coin de bois, la colline sont harmonieux, c’est que tout y est h sa place, et que tout s’y porte bien.

Il y a des harmonies de plantes, de formes, de conlenrs. Il m’arrive parfois de mettre, comme un peintre à un tableau, un ton ronge on jaune à telle place, en y plantant telle on telle plante. Avec des saules bleuâtres, des oliviers de Bohême et des peupliers ypréaux aux feuilles blanches par-dessons, on recule pour les yeux un jardin de dix pas. Le jaune et le violet mis à côté l’un de l’antre sont plus jaune et plus violet, etc., etc.

Dans l’eau, ou au bord de l’eau, ou avec de fréquents arrosements végète vigoureusement et s’étend rapidement l’isis de marais on faux acoriis.

En latin, iris pseudoaconis, ou iris jmlustris liitea selon Toiirnefort; — en italien, iride (jialla; — (Ml espagnol, lirio espadaual- — en anglais, yellinv iris ; — en allemand, wasserschwerlel ; — en hollandais, (jell lisch ; — en polonais, mieczyk zolfy ; — en russe, kasatnik.

L’iris de marais porte sur une haute tige des fleurs d’un jaune très-éclatant. Derrière ces iris,

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I»F. MON .l AROIN.

pour l’iiarnionio «le la forme, j’ai plaiiK^, mais on • torro non hninido, les autres espèces d’iris à rhizomes. C’est un des plus beaux groupes de fleurs qu’on puisse voir; j’en ai une cinquantaine de variétés. Les iris à oignon sont dans une autre partie du jardin, et ne s’accommodent pas de la même culture. Les Écossais font bouillir la racine de l’iris des marais avec de la limaille de fer, et en font de , l’eix’re. On a essayé de substituer ses graines torréfiées au café. D’autres vai iétés donnent un beau vert pour la peinture, par la macération de leurs fleurs avec de la chaux. L’iris de Florence et quelques autres reproduisent, par leurs racines, l’odeur de la violette ; on en fait grand usage en parfumerie. La poudre d’iris est un puissant sternutatoire ; on l’a vue guérir des maux de tête et des maux de dents.

Le poptilage ou caltha palustris, comme l’iris jaune, vient le pied dans l’eau ou simplement dans un sol largement arrosé au moment de la végétation. Ma terre est un peu sablonneuse; mais aussitôt que je vois poindre les feuilles des populages, je donne chaque jour un grand seau d’eau à chaque tftuffe. Le populage est un très-grand bouton-d’or simple ou double; chaque fleur est de la largeur d’une pièce de cinq franc,s ; les feuilles sont abon-

i(i LKTTRKS ÉCRITES

(liiiUes. rondes el d’im beau vert. 11 fleurit an printemps. Dans les mêmes conditions de culture est le myosotis scorpiindi'. ne-m'ouhlie%-jm; forget-metiol des Anglais; xwrgissmeinnicht des Allemands. On sait la tradition : Dettx fiancés se promenaient siti- le bord du Rhin ; le jeune homme voulut cueillir la jolie fleur bleue, il glissa et se noya dans le Rhin ; mais en disparaissant il jeta sur le rivage une poignée de vergissmeinnicht, ne-m’oubliez-pas.

En tondant les myosotis quand la fleur est passée, on a une seconde floraison, et des fleurs pendant tout l’été.

La cardamme des prés est une sorte de cresson ; on mange même ses feuilles en place de cresson. La variété à fleurs doubles ressemble à la julienne doul)h> violette, mais elle est beaucoup moins belle; son avantage est de n’avoir aucun besoin de culture : elle vient en terre, humide ou doit être fort arrosée ; elle fleurit en mai, et souvent pendant tout le mois de juin, pourvu qu’elle ait le pied assez humide. On trouve là variété à fleurs doubles à l’état sauvage.

Au mois de juin fleurit dans les prés le beau géranium bleu. Il a besoin de beaucoup moins d'eau (pie les cardamines, les myosotis, etc. Il a de grandes fleurs de la couleur du lin. et que les abeilles aiment

\)E MOiN JARDIN.

beaucouj). J’ciiaiune vanctc à fleur.s )tanachées de bleu et de blanc. On m'en a envoyé une variété à Heurs doubles, mais elle n’a pas encore fleuri.

Une plante qui est d’un très-bel elfet au bord de l’eau, quoiqu’elle n’ait pas besoin d’humidité dans nos pays, c’est Varundo donax, le roseau à quenouille; il s’élève à huit, dix, et quelquefois quinze pieds. Les renseigfiiements qu’on trouve dans la pluj)art des livres sont faux. Il se multiplie par la division des ])ieds, mais seulement au printemps, quand il commence ii pousser ; divisé en toute autre saison, il est à peu près certain qu’il périt. Le Bon Jardinier parle de sa fleur, mais conseille en même temps de coiq)er ses tiges au mois d’octobre. Or, comme il ne fleurit que la seconde ou la troisième année, on n’a aucune chance de la voir. Il est bon de couper les tiges, en effet; mais il est bon aussi d’en laisser une ou deux sur une des touffes. L’année suivante, si l’hiver n’est pas très-rude, ces tiges se ramifient et peuvent fleurir. La fleur est mie longue paniciile d’un rouge brun. Les anciens en faisaient des flèches, letluiüs arundo ; des cannes, equitare in amndine loutju; des flûtes, medituhor amndine musam. La variété à feuilles panachées est très-délicate. Je n’ai jamais pu la conser\er trois ans, j’y ai renoncé ; mais

LETTKES EClUTES

jo la remplace i)ar une espèce li ès-rustique et très- \ivace qui ne s’élève pas à plus de deux ou trois pieds, et n'est pas jilus grosse qu’une plume à écrire ; ses feuilles sont très-agréablement rubanées, et pnnaeliées très-irrégulièrement de blanc, de jaunâtre, de vert, et des nuances intermédiaires ; les jeunes bmilles ont, en outre, des panachures roses. On apjiellc vulgairement cette plante, herbe à rubans; son vrai nom est, je crois, calamagrostis.

Je ne vous parlerai longuement ni du cochléaria qui orne encore le bord des eaux, ni d’une petite véronique à fleurs d’un bleu sombre appelée beccabunga.

Le cresson de fontaine, planté au bord de l’eau, y forme une charmante verdure.

Le cresson s’appelle en latin sisymbrium tiasturüum; — en italien, ayrelto ; — en espagnol, berro; — en anglais, water-cresses ; — en allemand, bmnnenkress.

Il me reste à vous parler des colchiques qui émaillent à l’autonme les gazons, comme les crocus au printemps-, mais ceux-ci, ainsi que les safrans, iu‘ s’arrangeraient pas du terrain humide où se plaisent les colchiques.

Le colchiipie s’appelle i>u latin coJchicum ; — en

I»E MON JA M OIN.

iUllien, (jiijlio matto ; — en espnc^intl, (juilumerien- (las; — en anglais, meadow mffron; — en allemand, zeitlose ; — en polonais, cimooil ;■ — en hollandais, naatke vrouwen.

Le paysan anglais l’appelle, dit-on, dame mu\ pan e que la fleur parait à l’aiitoinne sans ses larges feuilles, qui ne sortent de terre qu’au printemps suivant. D’ordinaire, les fleurs du colchique sont d’nn lilas plus ou moins p;lle. C’est de cette couleur que je les ai vu couvrir les prairies de la basse Normandie, et celle qu’arrose la Marne autour de Chàlons. On m'assure que dans les prairies des bords de la Meuse les colchiques sont blancs. Du reste, la variété blanche est connue ; je l’ai quelquefois trouvée, mais rarement, dans les prairies de la Marne, et dans la vallée d’Auge. Il y a une variété à fleur double et une autre qui vient du Levant, et qui est panachée en carré de damier, comme la fritillaire méléagre. Il faut transplanter les colchiques vers la fin de mai, quand les feuilles se flétrissent ; si on les laisse en t(*rre jusqu’au mois d’août, il est probable qu’ils périraient. '

Quand je vous aurai parlé du jonc aggloméré, jimai.scoïKjlomeraliis, du jonc épars, jiutvas effusus, et du jonc des jaidiiiiers. jnncn.v teiiad, qui servent.

•Ml LKTTUES ÉCIllïES DE MON JABDIN.

k' premier, à l'aire des mèelies de veilleuse : les • deux autres , à palissader les arkics , à lier les piaules, ele.

Je vous aurai dit Iniil ce que je sais, tout a* qui peut orner liarraonieuseinent une mare, une jietite rivière, un ruisseau, un bassin et leurs alentours. Joij;nez-y les divers saules; les osiers, dont les uns sont jaunes, les autres rouges ou violets , les aunes, dont la jolie variété .à feuilles découpées est sauvage dans la basse Normandie. Ajoutez-y ce que je ne sais pas, et ce que votre propre expérience peut vous apprendre : et vous formerez un petit coin de paysagi; toujours riche, toujours varié ; les libellules étincelantes viendront achever le tabU*au, ainsi que les hydrojihiles et les autres insectes aquatiques.

I'(»st-S(;rii*ti M.

FLEURS EN PLEIN AIR

Ellébore noir. Ellébore pnrpiireseciU. Abricotier, (i'ornoiiiller mâle ('labuitine perce-neige. Dapbné des collines. t)aphné odorant. Daphné niézércon. .Safran printanier (crocus des fleuristes). Violette des quatre saisons. Primevère. Tlilaspi vivace. Kibes malvaceiini. Amandier. Iris nain. Noisetier. Prunier myrobolant. Corclioriis japoniciis. Anémone liépaliqiie. Poirier du Jaiion. Calycantliiis précoce. Tussilage (’pa.s-dVme). Popiilage à fleurs inégales.

FLEURS EN SERRE

Jasmin. Epidendrnm. Dalla d'Étliiopie. 0.\alidc bigarré. Camellia dn Japon. Ealadiori bicolore. Ar-

LKTTUKS KCniTES

llirnslèiiu! à fouilles do pariélairo. Uliodora oana- (li'tisis. Borberis nervosa. Cinéraires. l’oronie à feuilles pennées. Tritoma media. Dombcya de Marie- Amélie. Ixore à feuilles de saule. Liebigie éléganle.

FRUITS

Pomme fenouillet gris. Pomme reinette de Caux. Poire bergamote d’hiver. Poire beurré de Pianz. Poire vigoureuse. Poire passe - Colmar. IViire doyenné d’hiver. Poire bellissime d’hiver.

LÉGUMES

Siiv couche. Radis. Asperges forcées, et tous les dégumes conservés en serre.

En plein air. Choux de Bruxelles et de Milan. Épinards. Oseille. Mâches. Raiponces.

TRAVAUX

• Les labours commencent. Taille des arbres à pépins, de l’abricotier. On coiipe les boutures de vigne. Tonte des haies. Plançons et boutures du saule, du

ÜE MOIS JARDIN.

peuplier, etc. On débarrasse les aibres des plantes parasites, mousses, lichens, etc. On butte le crambé. On termine les plantations d’arbres fruitiers dans les terrains légers et secs ; on laboure les pépinières. Plantation des aulx , des échalotes. Plantation des églantiers. Rempotage des auricules. On entretient par réchauds les couches faites précédemment. On peut planter quelques pommes de terre hâtives. On met en placé les topinambours. On plante les caïeux de l’ail ordinaire. On plante les premières tubéreuses sous châssis. On repique en pépinière le poireau semé en décembre ; on en sème de nouveau, mais en pleine terre. Taille des buis. Diviser les plantes vivaces. Kclatcr la santoline, le romarin, riiysope, la sauge, la lavande, la citronnelle, le thym, la germandrée. Mettre les châssis sur les fraisiers que l’on veut forcer ; on aura des fraises en avril. Placer sous châssis ou sons bâche les melons et les concombres semés en janvier. On chauffe les asperges.

SEMIS

Semis de fèves de marais, pois, carottes, oignons, persil, cerfeuil, épinards, céleri, sur couche et sous

LETTRES ÉCRITES DE MON JARDIN, cloche; on le repique sur une autre aussitôt que le plant le permet ; à mettre en pleine terre, d’avril à juin : semis des poiriers, pommiers, châtaigniers, marronniers, ébéniers, rosiers, spiréas, etc. On sème sur couche et sous cloche des choux-fleurs; ce plant, mis en place en mars ou en avril, donne en juin et juillet. Semis de pourpier; un peu de graine sur (|uelques-unes des couches. Ciboule et poireau, en lei-re légère, pour les repiquer en avril. Semis de graines osseuses. Pavots (floraison en aoftt). Semis de la première saison du réséda. Taille des rosiers, à la fin de ce mois, ou au commencement de mars.

Feuillaison du sureau. Première végétation des rosiers du Bengale et du chèvrefeuille. Chatons aux noisetiers, H salix (inrita. precox, et rapræa. Premiers amours des oiseaux. Du 20 au 25 printemps.

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