AVANT 1T
H m imiH»H nmn»ifiiiiiii wii ni iiiiHHi»iiiiiiii»ii»ii i »
XSctb h tarifs.
Grtnd-Boetier, jutHei.
Je reconnais avec loi que l'émotion de Milorcl a dû élre profonde et terrible, et que le moyen de le conserver parmi nous, en ranimant ses douleurs, était fort hasardé, surtout si nom ne réussissions pas à lui donner parfaitement le change. Mais, mon ami, nous connaissions trop bien le cœur de Milord pour redouter des suites fâcheuses de la surprise que nous lui ménagions. Une àme sensible, qui se nourrit constamment d'une mélancolie douce, a besoin de repos, ei c'est précisément dans l'objet même de sa tristesse qu'elle le trouve. Ceci est si vrai, que nous savons, toujours quand Milord a visité sa solitude ; il joint alors à uu accent plus doux un visage plus serein.
Mais, il existe pour loi nn autre sujet d'affliction, c'est de voir son fils triste et rêveur. James donne à son père les plus grandes marques de soumission,:
:■:.— ; ;, CoO^lc
de tendresse et de respect, cependant il ne lui a point encore ouvert son cœur. Chaque fois que des lettres d'Angleterre lui parviennent , la galté et la satisfaction se font jour cher, lui pour quelques heures, puis la tristesse ne larde point à reparaître. Mes fils n'ont pornl conduit leur ami à une confidence qu'il ne semble pas disposé de Taire. James a reçu plusieurs lettres qui tendaient à l'animer contre son père, elles ont été remises lacérées à Milord, et après que la signature en avait été supprimée.
Théodore travaille à de nouveaux embellissements à Bellevue. Il a fait construire un jeu de paume où se rendent souvent Milord et son fils ; ils nous y entraînent quelquefois aussi, mais plus souvent eucore mon père que nous.
Ah ! mou ami, aurai-je le courage de te faire part de la calamité qui a frappé toute la contrée le lendemain du départ de ma précédente? Le ciei, chargé de nuages blancs, annonçait une tempête, te vigneron alarmé priait pour qu'un peu de vent vint éloigner le fléau menaçant. La bêche a ses pieds et la crainte dans le cœur, il n'a pas le courage de reprendre son œuvre jusqu'à ce qu'il connaisse son sort. Tout garde un morne silence que le chant des efleuilieuses ne rompt plus.... C'est le mugissement de l'orage seul qui se fait entendre. Ce vent si désiré s'annonce par un bruit sourd, et bientôt se déchaîne avec fureur. La foudre gronde, cependant il ne peut pleuvoir. C'est une grêle d'nne rare grosseur, qui s'ouvre un passage non interrompu pendant, une heure... Heure fatale qui a
3, g ,™ aï GoogIc
vu détruire les plus belles espérances de récolle.... Comment dépeindre le désespoir qui règne?... le feu serait moins désastreux que [a grêle... L'incendié trouve des secours prompts, mais le vigneron grêlé, lui qui a mis toutes ses peines à la piilmre du vignoble qui doit nourrir s-j famille et payer son fermage, que voit-il autre que la misère pour avenir, que le propriétaire soit ou non impitoyable ?
Le tonnerre gronda encore quelque temps, l'orage se dissipa petit à petit, et le soleil reparut, pour éclairer le désastre le plus complet, le plus entier.
Profondément affligés de cette douloureuse calamité, nous parcourûmes la campagne dévastée. En vain cherchâmes-nous adonner quelques consolations.... Nous n'avons pas été épargnés, et c'est peut-être dans nuire maison que nous avons eu le plus de peine à porter quelque adoucissement à la profonde affliction. La vieille Claudine, en approchant delà tombe, non-seulement est devenue grogneuse, mais encore elle a augmenté de superstition. Comme elle s'est imaginée que ce grand malheur n'est arrivé qu'à son gendre seul, elle l'a accablé de reproches, disant que c'était là une punition envoyée par le .défunt... En tout autre temps on n'eut fait que rire de semblables déclamations, mais aujourd'hui elle comblait par là la coupe de l'amertume.
Sans nous arrêter à une stérile compassion, nous partîmes pour Bellevue, oh uous ne trouvâmes pas des cœurs moins navrés qu'au Grand -Rocher. Nous annonçâmes à Théodore que nous venions lui pro-
3, g ,™ aï GoogIc
poser de prendre .part à une création momentanée qui ne saurait durer plus de cinq ans, ni moins de trois. J'y consens, fui sa réponse, sans en avoir entendu davantage.... Tu le proposes, cela suffit. Ce ne sont pas des compliments que je le demande, repliqu'ai je, mais d'entendre ce que nous voulons faire.... Il s'agit de fonder une cuisse de soulagement en faveur d'agriculteurs qui sans cela seront réduits a une bien triste position. Milord a la générosité de s'y intéresser pour trente mille francs de Suisse, moi pour autant..... Je fais la même somme, dit Théodore. Tous ceux qui voudront y avoir part réclameront la somme qu'ils demandent. Dans tous les cas, elle ne saurait dépasser la moitié de leur recolle en vin, année commune. A cet égard, ils présenteront une attestation et déclareront l'époque à laquelle ils rembourseront, en un, trois ou cinq termes, le tout sans aucun intérêt.
Théodore goûta le plan, mais en émettant la crainte que la somme fût insuffisante. Quant à cela, nous étions 15 pour l'augmenter si la nécessité l'exigeait. Au reste, nous pensions que tout homme avancé n'en userait, pas, non pins que les grands propriétaires cultivant eux-mêmes. Et pour parer a l'abus de venir emprunter sans nécessité, on fixa a deux semaines, pour tout délai, le temps pendant lequel on serait admis à réclamer ce prêt. Nous créâmes un comité siégeant à ftolle; les fonds furent remis a son caissier, et l'annonce suivante parut sur les feuilles d'avis de Lausanne et de Genève.
. « Les vignerons et les petits propriétaires cultivant »à leur main, qui ont eu le malheur d'être grêlés, «sont prévenus qu'il existe chez M. F., à Rolle, une ■» caisse de prêt sans intérêts. L'emprunteur, pour «loucher la somme qu'il désirera obtenir, devra se » présenter à l'adresse indiquée avant le trente -un » juillet courant, muni d'un certificat de sou pasteur, a qui atteste la quantité de vin que le requérant re- » cueille année commune. MM. les pasteurs sont in- » slamment invités d'être exacts dans leurs déclara- » lions. Le présent avis, nul pour les cultivateurs au- » delà de Genève et 4e Lausanne. »
. Le croirais-tu, mon ami ? l'homme est si défiant sur %e bien que lui offre son semblable, qu'il y suppose toujours quelque embûche. Plusieurs traitèrent tout ceci de fable ; cependant la foule arriva et nous avons été obligés de remettre chacun douze mille francs. Les emprunteurs sont partis satisfaits, et de la manière dont on les a .reçus, et des conditions mises à oette avance. Combien de bénédictions ont été données aux fondateurs des ces précieux secours ! Il n'a pas été possible de les découvrir. Pour. mu part, j'ai remis a Aiabroise toute sa perte, et ht tranquillité est murée ebex lui.
3Ufreî> h Gtyorl».
Graud-Rochor, soflf.
De toutes les visites que nous avons reçues cet été, aucune ue nous a causé autant de plaisir que celle de la famille de***, qui, en se rendant à Genève, a bien voulu nous accorder deux jours, dont l'un a été passé au .Grand-Rocher et l'antre à Bellevue.
L'occasion de témoigner à celte famille toute notre gratitude pour l'accueil distingué qu'elle nous fit a Berne, était trop favorable pour ne pas la saisir avec empressement. Celle journée fut passée en famille. Ces aimables Bernois se trouvèrent en peu d'instants au mi-: lieu de nous, comme dans leur propre maison. Les demoiselles de***, pleines de candeur, quoique avec un vernis de grandeur qui distingue les habitants de la capitale du canton, s'étonnaient de la facilité avec laquelle mes filles parlaient aux paysans et du respect plein de joie avec lequel ces derniers répondaient a Sophie, à Julie- Combien nous vous trouvons heureuses ! s'écrièrent ces jeunes dames; tout ce qui vous entoure vous affectionne, tandis que nous, nous qui possédons aussi une propriété dans les environs de Berne, terre où notre père répand des bienfaits à
; ,GoogIc
pleines mains, on nons respecte sans douie, mais ou préfère nous fuir bien plus que de nous rencontrer. Ici, au contraire, tous les cœurs volent au devant des vôtres ; que vous êtes heureuses ! . . . Mais nous le deviendrons, parce que nons croyons avoir deviné votre secret... A l'avenir nous visiterons le pauvre dans sa cabane; nons essuierons la larme de l'affligé. Nos domestiques n'auront plus mission pour remplir ces devoirs sacrés... Combien nous entrevoyons de bonheur pour nous dans l'avenir ! C'est ainsi, mon ami, que les jouissances de la vertu se communiquent, que l'exemple sert de leçon, et place déjà celui qui ht reçoit dans un état de satisfaction de lui-même:
Hais, dirent les jeunes de*** à mes fils, l'ennui doit à la longue s'emparer de vous, parce que la société vous manque. Oh! Messieurs, reprirent mes élèves, pourriez-vous bien croire cela? Nos journées s'écoulent promptemenl, et lors même que nous n'aurions que les personnes qui nous entourent, elles suffiraient ; mais, outre une multitude de distractions, si nous pouvions regretter encore de la société, il y en a une à notre disposition, que je puis vous faire apparaître dans un quart d'heure. Sans être brillante, eHe ne vous paraîtra pas moins agréable, parce que la galté sera de la compagnie. Jules passa a la cour, sonna quelques minutes une cloche qui s'entend du village, et au moment indiqué trois jeunes paysans et autant de villageoises arrivèrent avec une gaîté charmante. Un des jeunes de*** souilla à l'oreille de Henri : En effet, voilà une société bien propre à amu>
- tt »
ter m instant, mais dont tes manières doivent être discordantes avec (es vôtres, nu point que votre corn* pagnie, ni vos jeux ne doivent leur convenir. C'est ce dont vous vous convaincrez vons-môœe. dit Joies en s'approcbanl pour accueillir tes arrivants *l les remet* ire de l'élonnement qne ne pouvaient manquer de lenP causer de nouveaux visages. Peu de minuies après survinrent les dames; on proposa différents jeux qnl furent parcourus. Les jeunes de*** ne pouvaient revenir de leur éionnement sur le compte de cette société des champs, sur la pureté de son langage, sur la politesse de ses manières, sur la modestie des reparties, sur les saillies badines... Ces .jeunes villageois n'avaient ente l'habit de rustique ; leur adresse brillait à chaque iiisiant ; toujours prêts a céder le pas on le leur donnait avec justice et plaisir. Cette réunion ne s'apercevait point que trois heures s'étaient écoulées avec la promptitude de trois minutes. Les villageois prirent congé des citadins, qui les comblèrent d'amitiés, en voyant la manière ouverte et cordiale avec laquelle mes enfants les traitaient... Oh 1 nos amis> dirent les jeunes Bernois après ce départ, quelle différence de vos plaisirs aux nôtres! Nous vous l'avouons, nous nous sommes plus amusés ce soir m Grand-Rocher que pendant tout ce printemps à notre château de Schoenheim, où chaque jour cependant se réunit la société choisie de ce qu'il y a de plus noble et de plus riche a Berne.
Tout avait été préparé pour faire de la musique. On chercha de se surpasser et nous y réussîmes asset
«osvGoQglc
- ta
bien. Le soitpcf fut servi dans un: des pavillons de la terrasse. Le temps serein invitait à l'abandon des ooears; aussi les yens les plus pénétrants auraient- ils en bien de la peine .pour distinguer les étrangers des makres de la maison. Théodore et taure ne couchèrenl point au Grand- Hocher; ils retournèrent à Bellevue pour nous recevoir le lendemain. Cette Lauro •si vraiment JBOoantnbia pour so prêter aux désir* de son époux et le seconder dans ses goûts de grandeur ; et quoique ce faste lui plaise peu, elle fait tout de si bonne grâce», qae l'on dirait Que c'est pour satisfaire son propre penchant qu'elle en agit comme «lie le fait. Elle pria Caroline de ne pas arriver avant midi. Nous nous arrangeâmesen conséquence. La société la plus brillante nons attendait. La journée s'est passée dans une fête magnifique. Tout ce qu'une formne aussi considérable que celle de Théodore peut permettre avait été mis en asage, et de long-temps dans le Pays de Vaad on n'avait rien tu tic pareil. -On a dansé fort tard, et le feu d'anFfice a été des plus brillants. Au moment de prendre congé, M. de***, m 'ayant -conduit à l'écart, me dit : En meparam du titre de votre ami, me permellrez-vous d'user déjà du ■droit qu'il me confère? Je lui serrai la main... Eh bien! comblez les désirs de toute une famille en cher-' onani a empletter pour met une campagne, aussi rapiprooaée que vous le pourrez du Grand -Rocher ; nous ■tons rappellerons toujours de ta délicieuse journée ■que nous y avons passée. Je le lui promis. J'étais eu stratté pour une propriété convenable, quand M. de***
3^:- t= yG00^1c
me fil agréer tes sincères regrets. Il a été nommé chef de l'Etat, et ne peut plus s'éloigner de son poste. Dans une seconde lettre, il accepte avec reconnaissauce une offre qui a rempli de joie se* demoiselle», c'est-à-dire qu'elles viendront chaque année passer un mois au Grand-Rocher.
Mvei a CljdTlfs.
Grand-Rocher, tait.
Nos dames avaient depuis long-temps laissé percer le désir de nous accompagner dans Tune de nos excursions lointaines; elles appellent ainsi les courses que nous Taisons aux Voirons ou. au Mâle. Nous ne nous étions point hâtés de les satisfaire , parce que nous trouvions les nuits encore trop froides, et que ces montagnes ne nous semblaient pas assez parées. Cependant, mercredi dernier, nous offrîmes de les conduire. Leur joie fut vive, et, en moins d'une heu-, re , nous vîmes arriver Laure et son époux. Chacun fui bientôt eu costume de départ; notre bon pasteur bien dispos, mon père agile comme un jeune homme, et James riant de bon cœur, ce qui lui arrive rarement. Nous apercevions bien à l'horizon quelques
nuages inquiétants, mais nous nous serions fait uo crime d'anéantir la joie que l'on éprouvait a la pensée de visiter les ruines de ce couvent , assis presque au sommet des Voirons. Chaque monsieur, muni de sou paquet et de celui de sa dame, prend le chemin des Terrasses ; rarement on vit une société plus gaie. Nous montâmes en chaloupe, et nous vîmes insensiblement fuir celte rotonde, ce Grand-Rocher si agréablement placé sur le penchant de la côte, abrité par les arbres de la cour, eux qui produisent un si bel effet de verdure, sur laquelle se détachent les murs blancs de celte demeure fortunée. Nous voyions aussi s'éloigner les tours orgueilleuses de Bellevue, ses boulingrins et son vaste jeu de paume. Ont eut bien désiré avoir un peu de l'ombre que donnaient si abondamment les arbres de ces campagnes, tant la chaleur était intense, et nos rameurs mouillés par la transpiration. Nous abordâmes heureusement à Hauterive. Il nous restait depuis là une course de quatre lieues a faire pour atteindre Sainl-Cergues, où nous devions coucher. Henri parcourut le village pour trouver un char à foin, auquel il fit atteler trots bons chevaux. Il n'y avait personne chez Foron. Notre conducteur était un jeune paysan endimanché, portant une figure heureuse et ouverte. Il nous dit que c'était une véritable, fête pour lui de nous conduire Ceci piqua notre curiosité ; nous lui demandâmes la raison de ce qu'il avait avancé : C'est, répondil-il, parce que dans un an j'épouserai Fancbette Foron; c'est donc un bonheur pour moi d'être de quelque utilité aux bienfai-
leurs de ma femme future.. . Souvent, oui, bien souvent, nous nous entretenons de vous, ei jamais nous ne vous oublions dans nos prières... Nous allions ajouter quelques mois, quand, s'étant retourné, il fit partir ses chevaux au grand trot, et^se mit à chanter. .. Chacun s'arrangea de son mieux dans la paille qui nous servait de coussins, et en songeant que les cabots que -nous éprouvions nous procureraient un appétit d'autant meilleur pour le souper.
le soleil n'éclairait plus la contrée que nous parcourions ; seulement, -de temps à autre nous découvrions le sommet de la montagne resplendissant: d'uue lumière qui contrastait avec l'ombre tranchante de la plaine. Un léger vent du midi ne cessait de souffler; il amoncelait peu à peu les nuages; heureusement que nos dames, animées d'une gatlé charmante, ne s'apercevaient pas que nous étions menacés d'un orage peu éloigné. Notre conducteur ne s'était pas retourné ; -connaissant très-bien le pays, il nous conduisit par des sites enchanteurs. La végétation était Ton belle; les arbres chargés de fruit , et les prés d'une verdure extraordinaire pour la saison. Bientôt nous roulions sur nne pelouse unie, bientôt nous nous trouvions sous des berceaux naturels. Trois heures s'étaient presque écoulées sans que nous nous en fussions aperçu. -Sophie dit alors t Nous voici au pîed de la montagne, cependant on ne découvre pas trace de village... Ne sois pas en peine, ma sœur, reprit Henri; tu vas voir notre demeure pour cette nuit. En effet, nous avions à peine dépassé un bou-
3,g,™ aï GoogIc
quot ils châtaigniers et de noyers que mus en vîmes les mura. Notre conducteur tourna, et on entra dans la ceor. Ce ne fut pas sans prendre maintes postures passablement risibles qu'on sortit de la rustique voiture. Il était nenf heures ; noire Bastien avait fait diligence, tout en nous ayant laissé jouir des beautés de la contrée que nous avions parcourue. Il nous annonça qu'il nous ramènerait par on autre coté, qui ne nous plairait pas moins. En attendant, nous le priâmes de souper avec nous ; il fallut bien un peu le presser, niais il n'était pas difficile de lire dans ses yeux le plaisir qu'il en ressentait.... .
Nos dames, ainsi que Milord, ne manquèrent pas de reconoatlre le pays. Ils ne furent pas peu surpris de se trouver dans la cour d'un antique manoir. Aux girouettes et à l'air de grandeur qu'a conservé le bâtiment dans «a roture, il est aisé de voir qu'il n'appartint <pus toujours a un villageois. En entrant dans les vastes pièces de ce château, maintenant nues et malpropres, ou deux lumières suffisent à peine pour en ooûnaîire l'espace, on éprouve une légère mélancolie.
Nous nous reportâmes à l'époque où ce bâtiment, habité par la chevalerie, l'amour et la courtoisie, était p«ul>étre un séjour brillant et gracieux, aussi animé qu'agréable. Nous nous dîmes : Si tous les hauts personnages qui brillèrent ici, et dont la réunion et les manières en firent un Heu enchanteur, reparaissaient spontanément, quelles ne seraient pas leur surprise et leur indignation I Rien de ce qui décorait ces lieux
3, g ,™ aï GoogIc
avec pompe n'est demeuré en place. Que sont devenus les trophées d'armes, > les bannières, les écussons, les devises, les couleurs? Les jardins magnifiques , les appartements somptueux, les pages nombreux, le hennissement des chevaux de parade, le carrousel, rien, plus rien de tout cela n'existerait plus que dans lenr souvenir et leurs cœurs attristés.
Invincible Henri, divine Allidore ! vous détournez la vue de cette métamorphose indigne de vous, qui vous navre de douleur et de regret. Ce sont bien là les bâtiments, la montagne, les euvirons. Mais aujourd'hui c'est un corps sans âme, qui offre l'image d'une tristesse insupportable. On ne voit que des vassaux pauvres et dénués ; fuyez, ah ! fuyez pour ne plus rerevenir !
De cette antique splendeur, que reste-t-il autre que des murailles tombant de vétusté ? et de toutes les pratiques chevaleresques, l'hospitalité est la seule qui soit demeurée en possession du propriétaire actuel. En parcourant les causes qui opérèrent un si grand changement daus tous les lieux pareils à celui où nous nous trouvions, on plaça en tête les guerres féodales et celles de l'Etat ; mais celle qui nous parut la pins puissante fut le changement des mœurs. Aux temps de ces preux, chacun d'eux habitait son château. Il y réunissait une cour aussi nombreuse et brillante que possible, et se croyait un monarque, dans ses domaines d'une lieue en carré. Les rivalités, les haines et les jalousies faisaient, à la vérité, souvent couler le sang. Mais toujours la courtoisie, l'hospi-
3^:- t= yG00^1C
lalité, l'appui du faible, enfin des lois justes el sévères étaient les règles invariables de la conduite du châtelain ; elles adoucissaient ses mœurs , et la galanterie finissait de les polir. Cet esprit de justice el d'équité influait sur les vassaux. Heureux de la présence de leur maître, dont l'épée était leur sûreté, ils cultivaient gaimeni leurs champs , el l'aisance naissait de leurs travaux, surtout s'ils appartenaient à un seigneur pacifique , propriétaire lui-même de domaines étendus, qui éprouvait autant de plaisir à voir remplir ses celliers et ses granges qu'un autre en trouvait a décorer ses appartements de la dépouille de ses voisins ou de celle des malheureux voyageurs.
Le prince , qui vivait parfois aussi pacifiquement dans son château que ses vassaux dans leurs domaines, snr lesquels il n'exerçait qu'une suzeraineté mal reconnue, chercha à les réduire plus par les plaisirs que par les armes. Les seuls combats qu'il songea désormais à livrer n'en furent que de joie, et de galle.
On publia des tournois, bien peu de chevaliers s'y rendirent au commencement, la nouveauté n'est pas toujours recherchée. En ces temps-là, il y avait moins de légèreté que maintenant,
La renommée annonça avec éclat et au loin la magnificence de ces fêtes. Partout on exalta la courtoisie du prince , son affabilité, son attention à récompenser le mérite el la valeur. Les ménestrels chantèrent les vainqueurs ; aussi, la foule fut-elle si grande aux tournois suivants, qu'il était impossible de trou?
3, g ,™ aï GoogIc
ver -place dans les lieux on on les donnait-. Le prinwe fui infiniment plus magnifique et pins libéral que la première fuis. La splendeur et la variété des fêtas dépassèrent tonte attente, et loin d'éprouver des regrets d'être venu de contrées éloignées, on se promit pour l'avenir de ne manquer aucune occasion semblable. ... Ces occasions reparurent souvent ; aussi, quelques seigneurs prirent-ils le parti d'accepter les logements que leur offrait gracieusement leur suzerain. La résidence s'agrandit peu à peu; les plaisirs s'y groupèrent chaque jour davantage. Dès ce moment, les goûts simples se perdirent; la solitude du château suffit pour affaiblir tous les charmes de la vie heureuse dont on y avait joui jusqu'alors. En effet, que disent les béantes de la nature à des cœurs saturés par les jouissances factices des villes? Cette tourmente des passions qui les allume et les éteint, qui corrompt tout, agit bientôt aveu violence sur les nouveaux citadin?. A la vérité, ils acquirent une politesse plus insinuante et plus fine ; ils perdirent cette rudesse tant soit peu agreste, mais aussi, combien de vertus avec elle? Il» ne se souvinrent désormais de leurs châteaux et de leurs vassaux que pour en tirer le meilleur parti. Le servage du prince, déguisé sous de beaux titres , remplaça la liberté et le premier rang dont ils jouissaient chez eux. Leur aisance primitive se travestit en profusions , auxquelles durent pourvoir les sueurs et les privations de leurs serfs. Qu'importe, le nouvel ordre le voulait ainsi. La où cesse d'habiter la vertu, le vice marche à grands pas. D'abord on fei-
3, g ,™ aï GoogIc
gnii de regretter ta vie des champs, mais d'autres levèrent le masque, ci ce sertirent des arme» du- ridicule. Leurs premières viatimes furent leurs ancêtres, qu'os traita d'hommes amûsurs gothiques, à t[ni les jouissances et les déliées de la vie demeurèrent toujours inconnues. Ils ne subirent pas une critique - moins amère cens qui, par leur modération et kttfs mœurs régulières, avaient acquis, à l'ombre de la justice et de l'intégrité, une. fortune dont leurs indignes Sis faisaient maintenant un si mauvais usant... Qu'en résulta-t-il? Un intendant avide 'dévasta fdtts que les ' années ces demeures paisibles, jadis la retraite du bonheur eide l'asile de la joie pure.
Les propriétaires, ruinés par le Jm ou pard'auires dépenses, m vireBtcoDtraràts à vendre leurs domaines, et de mutattooe en mutations, un graad nombre d'habitations hritlanles eont devenues ce que noua les voyons aujourd'hui; elles ont suivi la décadence des mcears et sont tombées avec elles. Heureux et doublement heureux ceux qui quittent avec joie tes «iléa pour habiter un champêtre asile !
A peine avions-nous terminé la conversation dont in viens de lire le résumé, que nos dames» qui s'étaient -occupées d*s préparatifs denotre frugal repas, vinrent nous prévenir que tout était servi. La table et les escabeaux étaient boiteux, mais une charmante galle animait tout le monde.
Bastien, qui nous amusa beaucoup, sous pria d'as* sister à ses noces; nous le lui avons promis. On parlait d'aller prendre du repos, puisqu'on devait se
3^:- t= yG00^1C
mettre en marche S deux heures, et que déjà il en était dix, lorsqu'on violent coup de tonnerre, répété au loin par les échos de la montagne, nous annonça que l'orage éclatait; d'éblouissants éclairs précédèrent encore plusieurs autres coups, et la plaie commença de tomber avec abondance. Ceci aurait pu gâter notre joie, si notre hôte ne nous eut assuré que cet orage ne durerait pas, et que nous n'en aurions que plus beau temps le lendemain.
' Nos dames eurent des lits garnis d'un linge neuf et grossier, mais d'une blancheur éblouissante; On nous donna un appartement séparé, c'est-à-dire que nous fûmes coucher à la grange sur de ta paille fraîche, où nous finîmes par nous endormir, au bruit égal d'une pluie bien soutenue, mais chaude.
J'en étais ici de ma lettre, quand Firmin entra pour m'aanoncer "le décès du vénérable Janet. Notre Comité d'agriculture, une famille intéressante, et tout le village de Cavonai, viennent de faire une perte irréparable. Ah! mon ami, quelle est douloureuse, quelle est à reclouter la mort 6"un père de famille ! aussi prié-jo ehaque jour l'Arbitre Suprême, si telle est sa volonté de me retirer promplement de ce monde, de ne le faire qu'après que ma jeune couvée serabors de mes ailes paternelles.
; ,GoogIc
Slfteïr à Charles.
Grind-Bocher, août.
La pluie continuait de frapper avec violence aux toits et aux fenêtres, ce qui nous affligeait sincèrement pour nos dames. Nous avions prié un des garçons de la ferme de nous réveiller. Le plaisir fut plus matinal que Malhurin, nos fils nous appelaient déjà quand il vint heurter à notre porte. Nous lui demandâmes s'il, pleuvait. Un Na, Monsu^ fut une réponse bien agréable pour nous. En peu de minutes nous viornes respirer l'air frais du matin. Le ciel était d'un bleu sombre; au brnit que nous fîmes, les chiens aboyèrent; déjà le coq avait chanté. Mes fils aidèrent Bastien a garnir une hotte de provisions de bouche. Quant à nos dames, elles étaient étonnées de se trouver de si bonne heure en roule; ou parlait peu encore, mais on avançait.
Après une heure de marche, on prît un peu de repos. L'aurore commençait à poindre, elle annonçait un beau jour. Nous nons assîmes sur un rocher, au pied duquel un ruisseau roulait ses eaux sur un lit de cailloux. C'était le seul bruit qui rompit le silence de la nature, puisqu'aucun oiseau ne faisait encore en-
; ,GoogIc
-uméf iea«hu(,r. KwH^ riuà M M o aJiw , véritable asile de la mélancolie. La plaine devenait de plus en plus profonde. Henri soulagea Basiien de la botte. La route avait été divisée eu quatre portions, pour le transport des provisions; à combien de saillies celte hotte ne donna-t-elle pas naissance? Il est vrai que les occasions ne sont pas fréquentes, où l'on voit un Lord la porter avec plaisir ei avec grâce.... aussi combien de gens qu'il est superflu de qualifier, eussent ri de pitié, en remarquant tant de soi-disant bassesse!
L'orient se nuançait , une vapeur blanche submergeait la vallée, qui ne ressemblait pas mal à la mer. Nous atteignîmes le premier chalet, puis le second d'où nous vîmes paraître l'astre radieux du jour. Le gazon et les fleurs étalent couverts de gouttes spbérlques, auxquelles les rayons du soleil donnaient l'éclat du diamant. Aux ombres de la nuit avalent succédé des torrents de lumière. L'espérance faisait bondir les cœurs, tout ce qoi nous entourait était enchanteur. Des troupeaux de vaches qui paissaient animaient le paysage. Nous n'avions oublié ni ta crème, ni les gros, ni le céret, ni l'excellent beurre; mais furentils heureux, ces bons bergers, quand nous leurs offrîmes deux bouteilles de vin, dont ils n'avaient pas bu depuis long-temps?
It nous restait a gravir la partie (a plus difficile, et ce ne fut pas sans pousser nn cri de joie que nous atteignîmes ces ruines qu'on découvre si bien- de Bellevue et du Grand-Rocher. Il est, je suppose, inutile
3^:- t= yG00^1C
de te dire de quel coté nom portâmes nos regards, BHtis en vain, puisque tonte lu vallée était plongée dans les vapeurs, et qu'au ne découvrait encore que les maisons situées a mi-CÔ!e du Jura.
Un léger air de bise ne tarda point do s'élever, et tel que le mensonge Sait a l'arrivée de la vérité, de même ces vapeurs disparurent et la plaine commença de surgir. En moins d'un quart d'heure nous jouîmes de la vue la plus ravissante et la plus variée. Nous découvrîmes, ou plutôt nous crûmes découvrir a fa simple vue, eL Beltevee et le Grand -Rocher, mais ce n'était qu'une séduisante illusion. Une excellente lunette de DoIod nous permit bientôt de voir eu détail ces habitations chéries. A Bellevue, nous aperçâmes plusieurs domestiques occupés a causer avec des ouvriers maçons. Philippe, le jardinier, leur désignait une place derrière un espalier, oit il était nécessaire de recrépir. Le bon vieux maçon le faisait avec plaisir, il y mettait beaucoup de sojn. Voyons maintenant ee qui se passe an Grand-Rocher. Il ma semble reconnaître Hrmia, Ambroise et sa femme. Oh! comme son petit garçon la tire par sa robe I Mais elle n'y fait aucune attention, parce que Fîrmin et Ambroise, qui regardent les Voirons, indiquent de la main. . . Ils se retournent, quelqu'un arrive, conduit par un domestique, ils se découvrent, ils entrent; ta personne est en noir; on ne voit plis rien...
S'il est vrai que les cénobites, qui les premiers habitèrent la retraite snr les raines de laquelle nous ' ■ons trouvions assis, aient voulu, animé* d'une pieuse
3, g ,™ aï GoogIc
ferveur, adorer Dien dans la contemplation de ses merveilles et loin du tumulte du monde, ils ne purent choisir de lieu plus propice à leur vocation. Ici tout enchante et entraîne, tout ravit et inspire. Placé entre les deux et la terre, déjà on est séparé du monde et de ses faux plaisirs. La nature,' magnifique de beauté, se montre sous mille formes. Plus tardive que dans la plaine, la végétation semblait renaître pour les solitaires qui habitaient ces régions élevées. Mais que d'abus s'introduisirent dans ces retraites, quedecrimes furent cachés dans leurs murs , que de passions s'y déployèrent sans frein et sans borne ! Je me tairai sur les vocations supposées, aussi injustes que dénaturées; je garderai le silence sur tant de victimes de l'un et de l'autre sexe.
Mon ami, est-on vraiment vertueux quand on fuit, quand on rend la tentation presque impossible? Quel mérite -se trouve à la pratique de devoirs où rien n'existe qui puisse en détourner, où il n'y aucun cornbal à soutenir, par conséquent aucune victoire à remporter? Il est cependant des exceptions bien respectables . Bénies soient ces Sœurs Grises qui se consacrent au soulagement de l'humanité en proie à la douleur, ces Sœurs Grises qui ne reculent devant aucun sacrifice el que les soins les plus repoussants n'effraient pas ! Chaque instant de leur intéressante vie est une offrande à la bienfaisance; leur dévouement délicat, leurs douces consolations, offrent un baume aussi salutaire pour le corps qne pour l'âme.
Qu'ils soient bénis, ces pieux et intrépides cénobites
Cooyk
dn Saint^Bernard, du Saim-Goihardj du Mont-Cenis, dont la vie esl chaque jour en oblation pour sauver celle do voyageur perdu dans les neiges, exposé aux tourmentes et aux avalanches, mourant de froid. et de fatigue! Oui, bénis soient ces bienfaiteurs pleins de charité et de zèle, de courage et d'élans généreux, qui ne respirent que pour accumuler bienfaits sur bienfaits, et qui n'ont d'autre satisfaction que le sentiment intérieur de leurs œuvres, d'autre témoin que le Dieu d'amour. qu'ils servent dans celui de leur prochain! Ces êtres dévoués, qui en peu d'années voient détruire leur santé et ruiner leur existence, ne méritent-ils pas le plus éclatant témoignage de gratitude et d'admiration pour un aussi sublime dévouement ?
Nous avions quatre heures à demeurer sur le sommet où nous nous trouvions. Après avoir visité des ruines qui n'offrent rien de remarquable que le site sur lequel elles sont assises, nous nous enfonçâmes dans les bois qui viennent aboutir jusqu'à la tour du monastère. Ils recèlent des promenades charmantes, Julie et Sophie découvrirent une abondante récolte à faire de fraises parfumées et de framboises sauvages ; elles surent la meure à profit. Mtlord, M. John, Théodore et les mamans lurent une relation de voyages. J'accompagnai mes fils qui allèrent prendre des points de vue; nous avions dans noire compagnie Buffon,Haller et Linneus; c'està l'ombre de ces maîtres que nous herborisâmes.- Notre absence ayant été assez prolongée, nos dames désiraient fort noire retour. En arrivant, nous trouvâmes que tout était prêt
pour le repas. La lattis et les sièges se trouvèrent de niveau, c'esi-Mire, que tu nappe, étendue sur uu g»vm d'wt beau vert, fat bientôt entourée tle eoovivos, aussi simples dons leurs goûts du moment, que le repas l'était dans ses mets. L'appétit ne manquait pas ; aussi ÛPon ce qu'il fallait pour ne pas charger celui qui remporterait la hotte. Une source d'eaa fràfcbe nous fut bien agréante, elle se trouvait à quelques pas de nous, et une fonte de petits oiseaux venaient s'y baigner cbanlant leur liberté... Le plat de framboises et de fraises ne fut pas le plus mai accueilli ; jamais dessert raffiné avec art ne produisit plus de plaisir que ces fruits. Le temps était arrivé de prendre congé de ces lieux élevés. Nous jetâmes un dernier regard sur ce superbe panorama. Avant de rodesnendre, les sœurs prirent au bras leurs frères et- les conduisirent auprès de bouleaux, sur l'écorne lisse et argentine desquels étaient incisés leur chiffre. Elles demandèrent s'ils en connais sai eut les sculpteurs. Bonne sœur, dit Henri, il n'existe pas que ceux-ci ; il y ea a de pareils dans toutes les forêts du Jura ; on ee rencontre de (eus les genres et de toutes tes époques... Quand ils frappent notre vue, quel talisman que celui-là I... A ces roel*, James prît une teinte de tristesse prononcée. Mon ami, voici le premier pas a une découverte. Il est malheureux parle cœur, mais qui pourra l'amener à une confidence* s'il est fermement résolu à se taire? Après avoir pris congé des bergers de chalet, qui avaient préparé pour notre releur tout ce ««'ils possédaiemt de plus excellent en laitage, nous rentrantes
3, g ,™ aï GoogIc
à SaniL-Cergues, «m nos dûmes ne forent point affligées de retrouver lenrs places dans la rustique voilure. Basiieo liât parole, et nous ramena par use. route que nous ne eeneamions pas et qui est chais mante.
A une journée irès-chande poar les Habitants de la ptaîae, et qui avait été fort tempérée pour nous , suecédaïue soirée délicieuse. Nous nous arrêtâmes quelques moments ehea Forou. Le tac étant haï comme o»e glace, la traversée en fui facile. Nousn'éprousâmes pas un médiocre plaisir, quand nous nous retrouvâmes sows Je tek de noire cher Grand -Rocher,
3Ufreî> à (parles.
Gr*ud-K«Ehtr, Mplttnbrg.
Ce ne Art pas sans un intérêt assez vif que, le lendemetn et les joDrs suivants, nous portântce nos regards snr le couvert des Voirons. Nous conservons un si agréable souvenir de ce joli pèlerinage , qee nous nous sommes promis de le renowveter l'année prochaine.
Peut-être es-ta curieux d'apprendre qui était llvomme noir qse nous vîmes depuis Iecowvent . , . Pour ma
3, g ,™ aï GoogIc
part je l'étais, et dès noire retour ens^je soii de questionner Firmio à son sujet. Il ne réfléchit pas tout de suite que nous avions une lunette, aussi parut-il. excessivement surpris de l'excellence de notre vue et il resta muet a ma question... Ayant deviné sa pensée, je lni ; montrai l'instrument, ses rires suivirent les miens, et il me répondit que c'était le pasteur de Genève qui y soigne les indigents en mon absence. Ce monsieur avait fort regretté de ne pas me rencontrer, mais il avait écrit. Firmin me remit cette lettre... Quelle réception lui a-l-ou fait? Nous l'avons acceuilli de notre mieux, il a dîné au Grand- Rocher, on le lui a fait parcourir; il a écrit, puis il est reparti paraissant satisfait... Je témoignai mon contentement à Firmin, j'ouvris la lettre, voici ce qu'elle contenait :
« Monsieur!
« Le plaisir que je m'étais promis en venant vous » présenter mes hommages, était trop vif pour que » voire absence n'ait pas été pour moi le molif de re- » grets d'autant mieux sentis, que j'avais apporté la » balance de mes comptes, qui exigent quelques ex- » plications. Je serai donc obligé d'attendre; votre » retour à la ville pour vous les soumettre.: Mais à v ces deux objets principaux, s'en réunissait uatroi- » sième de haute importance, et qui aurait demandé p. une réponse fort prompte. C'est la raison pour la- » quelle je prends la liberté de vous adresserces ligues, v Hier au soir, un homme, en proie au désespoir, vint
Cooyk'
* ii moi el me dit : Daignez me sortir de l'embarras
* affreux où je me trouve; si vous ne le pouvez, il ne
> me resle plus qu'à quitter la vie. Consterné d'un » débat semblable, je cherchai de le tranquilliser. ■> Sans tous faire traverser les deux heures d'angots- ■> ses que je passai a entendre cet homme, que de- •> puis long-temps je connais comme Tort brave et o fort laborieux, je vous dirai en substance qu'il fit,
> il y a un an, l'héritage de six cents écus. Pressé alors a par d'anciens créanciers et aussi par les besoius
> toujours croissants d'une très-nombreuse famille ' ï (et l'héritage n'étant payable qu'après l'année ré-
» volue), il emprunta pour rendre à cette époque-ci. ) Les préteurs avides sont aussi les plus impiloya-
> blés. Plein de probité, îl se préparait ait rembour- ■i sèment de la dette onéreuse qu'il avait contractée.
> La somme était dans son bureau depuis le matin,
> quand, ne voyant point le soir rentrer ses fils aînés
* dont la conduite n'avait pas toujours été irrépro-
> chable, il lui vint à la pensée de visiter ses espèces; i mais jugez de sou effroi, quand il fut convaincu <t qu'il ne lui restait rien,.. Comment poursuivre des » fils, quand bien même la loi le permettrait?... deux » amis se mirent sans perle de temps à ta poursuite » des voleurs... Mais demain est le terme fatal. Que 9 feront les créanciers? Tout sera saisi, vendu, et o l'homme malheureux qui ne peut rendre un compte
* circonstancié de son malheur, lui qu'on sait avoir » touché la somme en question, sera calomnié et vrai-
> semblablement traîné en prison. Je lui ai parlé
-C^:- t= yG00^1C
» d'ttn éire bienfaisant par essence, «le vans enfin, » .monsieur, parce que je ne connus que tous dont » U. volonté el le coeur soient en rapport avec les v moyens. Néanmoins vous n'avez pas été nommé, il u n'existe donc pas d'engagement... L'espérance est » rentrée dans son cœur, et tant que ce faible rayon v dorera, je suis tranquille sur les jours de lïnforv tune. Cet homme esl donc complètement natheu- » reux, puisque je n'ai pas ea le bonheur de vous » trouver. J'ai la confiance, monsieur, que vous vou- ' » (Irez, en agréant l'expression de mon profond dé- » vouement et de ma respectueuse estime, m'boaorer » d'une réponse aussi prompte que possible. M. »
■< P. S. Je ne saurais partir sans vous prier de pré- » senter mes hommages empressés à votre famille, » et sans vous offrir encore mes remerctmenls pour » la réception obligeante qui m'a été faite en votre » absence; mais ici tout respire la bienveillance des » maîtres de ces lieux. »
Celle lettre me causa une vive douleur, quoiqu'elle me fournit l'occasion de terminer d'une manière satisfaisante notre promenade aux Voirons. J'ouvris mon secrétaire et j'écrivis ce qui suit i
« Agrées, cher pasteur, mes resnerchnenis pour » la confiance que vous avez placée en moi et aussi » pour la préférence que vous m'avez accordée. Je m viens les justifier en vous transmettant inclus un » mandai a vue, de la somme qu'aura à payer finfor-
3, g ,™ aï GoogIc
- tt -
» Inné père. Ce mandat «si passé k votre ordre; vont » acquitterez les usuriers , dont [e veux ignorer [e n non. Votre dwarnemeot et vos tanières m'ass*- •> rent la précision de vos opérations. J'ai une grâce a à vous demander, même je la mas comme coud». » tioi expresse de l'avance que je fais, c'est que je » ne serai nommé en aucune occasion, comme aussi » je désire que vous me cachiez le sont de l'infortuné » que bous avons le bonheur d'obliger en cet instant. » Vous comprendrez, d'après ce qui précède, que je » ne compte sur m rentrée de celle valeur, qu'autant » que des circonstances plus heureuses favoriseront ce » père de famille, que je plains bien davantage pour » l'indigne conduite de ses enfants, que pour la perte n de «on argent.
v Nous avons toits éprouvé un vif regret de n'an voir pas eu le plaisir de vous recevoir nous-mér. mes. Noos vous prions de noue favoriser d'une » nouvelle visite en étant accompagné de madame et » de vos enfants. Si vous voulez en indiquer le jour à yy Firnân, Ja voiture sera à votre disposition; vous » causerez ainsi une véritable satisfaction à tous tes: » Jubhanls du Grand-Rocher, qui vous prient d'à - » gréer l'expression de leur affection.
» Alfiœb. »
Je laisaai apercevoir a Firaiin combien H me serait agréable que cette lettre fût rendue à «on adresse le lendemain à sept heures le malin ou plus tard... Il répondit, ^quatre heures s'il le mut, et je rejoignis ma
3, g ,™ aï GoogIc
société. Noire pasteur genevois accepta l'invitation et il est venu. Il m'apprit la joie avec laquelle il s'acquitta de ma' commission, et il ajouta : qu'après huit jours de recherches, les amis atteignirent à Monlmélian les fugitifs. Leur présence terrifia les coupables. La menace de les faire enlever de force les rendit doux comme des agneaux. En sorte qu'on a retrouvé avec eus, à trente écus près, la totalité du vol. La honte les a empêchés de rentrer à Genève. Ils se décidèrent à prendre du service, l'engagement qu'ils ont reçu leur a donné le moyen de remplacer ce que déjà ils avaient dissipé. Ils ont fait prier leur père de les pardonner, ajoutant qu'ils seraient trop heureux s'ils pouvaient racheter leur faute par la perte de leur liberté. Dieu veuille que ce soit la crise fortunée qui les ramènera dans la bonne voie! A coté- d'un service doux, ils pourront gagner encore passablement avec leur métier, deux étant menuisiers et le troisième tailleur, états qui trouvent de l'occupation en tout pays.
Le père ne voulut accepter, ni comme don ni comme avance, aucune partie de mon prêt. Il a rendu la somme intégrale, disant que son travail suffirait pour subvenir à ses besoins, mais que dans un cas de. malheur ou d'absolue nécessité, il ne s'adresserait qu'à moi... Heureux privilège ! position de choix que celle qui permet de soulager son semblable et de partager avec lui le fardeau de ses infortunes i
Nous avons procédé à l'élection du- nouveau membre du Comité d'Agriculture. J'ai appris qu'on avait
3, g ,™ aï GoogIc
attendu avec- impatience, à-Cavonai, de savoir à quï cet honneur écherrait. La chose une fois décidée et l'installation faite, la famille de l'élu a été dans la jubilation, et comme nons avons visé davantage au vrai mérite qu'aux grandes propriétés, ceci a donné une émulation extraordinaire. Ensuite de décision prise, l'agriculteur n'appartenant pas au Comité, mais quï aura fait une découverte intéressante, sera admis' à la première séance qui la suivra. Rien ne donne autant de prix a ces séances, que la douce et cordiale familiarité qui y règne. Tu ne saurais croire combien nous avons opéré de changements salutaires depuis deux ans, combien nous avons simplifié les moyens, extirpé d'anciennes méthodes pernicieuses, et de plus combien déplaisir nous avons goûté dans ces réunionsqui t'attendent.
aifrtfr à (Ehatlea.
Grand-Rocber, septembre.
Que n'as-tu pu être le témoin des heures d'anxiété que ta dernière nous a fait passer ! ah ! si jamais nous avons calculé avec douleur la distance qui nous sépare, c'est bien à celte occasion. Comment ! notre précieuse
Cooyk'
Henriette a élé aux portes du tombeau, et ta H concentré les angoisses, tu as étouffé les plaintes pour nous sauver des nôtres!.. Charles, serait-il permis 4e tromper ainsi l'amitié ? if os cœurs avaient pressenti l'oppression du tien, toal semblait nous annoncer im événement fâcheux, nous nous affligions sans en apercevoif la cause; bêlas! nous ne supposions pM.lo terrible malheur qui nous menaçait. Combien je suis Kché oonire ma maison , du silence qu'elle a gardé! il «si impardonnable à mes yeux,- quoique la le lai eusses prescrit; nous >e nous serions accordé aucun instant de repos, avant d'-étre arrivés aux cotés deccitv couche de- souffrances.
Tu as voulu que le moment de notre anxiété fût court, il n'en a été que plus poignant... Tu as pansé que la nouvelle du rétablissement serait le remède le plus efficace à la blessure... il l'a été. Nous bénissons le ciel avec joie ponr cette délivrance; ah, mon ami! nous avons célébré avec solennité ce beau jour de retour au bonheur, l'Etre des êtres a vu nos transports, et tout ce qui nous eatovra y a pris part. Prie notre Henriette de tracer ces trois mots en notre faveur : Je suis mieux, et que bientôt après elle puisse en ajouter un quatrième : Je suis beaucoup mieux. Ce sera pour nous un talisman de joie ; nous étudierons dans la conformation des caractères, toute la réalité de ses assurances, puisque la fermeté de sa main sera an signe certain de son rétablissement.
Tl auras remarqué, dans nne de mes précédentes, que M. John avançait. l'instruction religieuse de mes
entants-, la auras fait attention à la manière dont ses leçons étaient données, et quelle majestueuse simplicité y présidait ; il ne l'aura pas échappé combien ettes étaient suit ies arec joie , avec onction. H en ressortait avec la dernière évidence que du véritable esprit évswfélitjue naît le bonheur de l'homme, puisque les règles prescrites peuvent seules conduire à la fétiche. Qu'elles sont belles et soblines, les espérances qai découlent de tels enseignements I Quand l'heure de la vérité aura sonné, nous la verrons, cette pure lanière, qae nous n'apercevons encore qne par ta pensée, et qae ternit le prisme des erreurs.
Toute cet te jeunesse, instruite pour la même époque, aussi émue que désireuse de participer à un sacrement auguste-, se présenta jeudi dans la maison du Seigneur, pour y ratifier les promesses que nous ftroes pour elle. dès tes premiers jours de ttn existence. C'est sous les yeux de leurs parents, c'est *■ présence du Mattre de «et univers qu'il pare et dont . il remplit l'espace ; c'est au pied des autels que ces jeanes chrétiens sont venus- offrir l'hommage de leur coeur à ce Dieu qui en connaît tous les replis. Des visages embellis par les traits de l'innocence et de (a sondeur, brillaient d'une joie céleste. Une légère paieur, un tremblement involontaire décelaient leur agitation, et annonçaient fa hante importance qu'ils attachaient & celte sainte cérémonie. Jamais notre pasteur ne prononça de discours pins touchant et mieux approprié à la circonstance. Son éloquence aftatt a rame ; loi-ttéme élitil Wremrat énro ; ehactm rentra
3, g ,™ aï GoogIc
chez soi, pénétré de l'auguste cérémonie dont il venait d'être le témoin.
i Hier, nos enfants se présentèrent à la table sacrée. Pour la première fois, ils vinrent participer à celle institution mémorable du pins généreux comme du plus pbilantrope des hommes, du plus grand bienfaiteur des races humaines; de celui qui fut envoyé pour apprendre à l'ensemble des nations, jusqu'aux dernières générations, que toutes sont filles du même Dieu , que les hommes, étant frères, ils ne forment qu'une famille ; en conséquence, que tous sont égaux à son cœur, puisque indistinctement ils participent à ses dons, et sont admis dans sa maison et a sa table.
Oh ! mon ami ! si les consolations de la religion furent jamais précieuses et nécessaires, c'est surtout aujourd'hui. Arrivés à l'époque des récoltes, loul est morne et silencieux. Point de gailé, point de ehanls, aucun de ces cris qui ordinairement volent d'un bout de la cote à l'autre, de ces cris enfants du plaisir et de la joie. C'est à peine si, à de grandes distances, on rencontre une grappe pourprée qui laisse voir ce qu'on a perdu. Ce sera beaucoup si nous, trouverons dans nos vignes de quoi presser un char de vin, moi qui en recueille, quatre-vingt-dix, année commune. Hais ce qui rend la douleur plus amère encore, c'est l'activité qui se prépare sur l'autre rive , où il y aura une récolte très-abondante.
Tu apprendras avec plaisir que M. de ** a obtenu une exemption d'impositions pour deux années , en faveur de toutes les communes qui ont souffert de la
3, g ,™ aï GoogIc
grêle ; tout cbez lui annonce le règne d'un nomme jusle et éclairé.
: Deux fois, depuis qu'il. nous a visités au Grand- Rocher, j'ai reçu de ses nouvelles. Ses lettres sont empreintes de l'abandon et de l'épanchement d'un homme qui saisirai! l'occasion de s'entretenir avec vous, pour écouler un moment superflu. Cependant, ses lilles se plaignent aux miennes que depuis que leur p^rc tient les rênes du Gouvernement, il n'est plus que peu d'insiants avec sa famille. Il est vrai qu'il semble l'aimer mille fois davantage, et il saisit chaque occasion pour faire preuve aux sieus de son amour et de ses sentiments. Ces charmantes filles terminent fort singulièrement la lettre dom je parle; elles, disent : «Nous sommes, nos frères et nous, s bien punis de notre orgueil. Nous vous l'avouerons, » cène fut pas sans en ressentir beaucoup que nous i, vîntes l'élévation de notre digne et vertueux père. 11 Tout nous disait que. nous brillerions: de ce nouvel « éclat, mais nous n'avons pas attendu à cette heure » pour être complètement convaincus, les uns et les » autres, que les grandeurs sont les premiers sentiers H. de détour qui viennent atteindre à Uvroute .du bonu.beur. Notre père, qui jadis ne vivait que pour ses v. enfants, ne Jes.voil maintenant qiie peu et rarement; 11 si ses caresses sont plus vives, nous en préférions » beaucoup la permanence-; voila une perle irrépa* » rable el bien sensible pour l'intérieur. Quant à l'ex- » térieur, nous avons eu toutes les peines à engager » nos connaissances el nos relations .à conserver avec
3, g ,™ aï GoogIc
» noua la même manière d'être que précédemment, » à éviter l'air de cérémonie , et à continuer de vivre » dans cette charmante familiarité qui toujours fit u notre bonheur, bonheur qui aurait été troublé, si » nous n'avions réussi daas nos désirs. Moins favou risées que vous , toujours nous vécûmes dans le » tourbillon d'une société nombreuse ; ceci est défi meure un besoin pour nous ; il n'y a que la vôtre «qui nous fasse oublier les cercles brillants. Le boa- » heur et la tranquillité habitent au Grand-Rocher; » on ne sait là qui sont les pins aimables des sœurs m ou des frères. Ils se surpassent tour à tour, et par* » viennent à créer de profonds souvenirs, comme a a s'acquérir l'amitié de ceux qui les connurent un » jour. Oui , mes amies, le vide s'est encore accru » depuis que nous devons figurer sur nne plus grande » scène; oh! combien nous rencontrons de personu nés que nous sommes obligés d'accueillir malgré m nous ! quelle gène insupportable ! quelle étiquette » désolante I ah I que nos frères et nous, nous soin- » mes bien punis 1 »
Oui, Charles, mon opinion Tut toujours semblable à cellede cette aimable et ingénue Adélaïde, je suis convaincu que les honneurs el les dignités qui érigent de ta représenta lion ne sauraient être compatibles avec Ja félicité domestique. M. de **, en devenant premier avoyer, a fait un grand sacrifice au bien public ; s'il s'en était toujours dérendu, c'est qu'il était persuadé qu'un autre serait <m pu» habile ou plus vertuen que tut.
Où «si l'homme du pouvoir qui ne sait plus m moins mal placé ? Ea vain consocre-i-il tons ses soins pour satisfaire. L'excellence de tes intentions, la partie de ses motifs ne sont jamais à l'abri de ta critique. Son zèle et sa fermeté pour faire germer ce qui est boa, pour remplacer les abus par dé salutaires institutions , ne rencontrent qu'obstacles, qu'opposition. HEweux» quand ses travaux et tout ce qu'il fit pour le bien public oe lui tourne pas a pièce en de- . ¥600111,006 souroe de maux ! Sa conscience est alors sa seule consolation ; quant à son cœur, son lot eu d'être en proie au chagrin.
Le sentiment de ses refers n'est point Ea seate doalour qu'éprouve un chef essentiellement boa. Ses administrés ne le jugeant que sur les résultais, qu'ils soient autres que ce qu'ils attendaient, ils l'accuseront incessamment de tous leurs maux et finissent par l'accabler de malédictions. Rien ne peut justifier un chef malheureux aux yeux d'un public souffrant et qni a constamment les yeux fixés sur lai.
Le chef, en entrant en charge, jure de consacrer son existence à son pays et an bonheur da ses concitoyens. S'il réussit selon son cœur et selon ses serments, il n'a fait que son devoir. S'il a eu d'immenses sacrifices à supporter, de difficiles obstacles à vaincre, on feint de l'ignorer. Les temps de prospérité sont ceux où l'envie et la calomnie ne respectent rien, tout en préparant les couleurs les plus sombres et les plus odieuses pour l'epoqoe de la calamité.
La tache des gouvernements, surtout dans les répu-
-vGooglc
bliques, est donc une lâche d'autant plus difficile qu'à chaque citoyen appartient un droit de contrôle, droit qu'il exerce plus ou moins sévèrement, plus ou moins judicieusement.. Ce fait seul impose aux chefs la plus sévère nécessité de gouverner. selon l'esprit du plus grand nombre, et avec autant de. justice que de patriotisme..
i Tout homme, en naissant, contracte des obligations sacrées envers la patrie. Il ne peut se dégager, dans aucun cas et sous aucun prétexte, de ces devoirs. Pour ma part, je prie le ciel de n'avoir jamais à eu accomplir de semblables 5 ceux imposés à M. de **, mais de pouvoir toujours vivre dans ma modeste et heureuse obscurité, position où il est si doux de contribuer à la félicité de nos amis et de nos alentours, tandis qu'il est si difficile, malgré les plus grands efforts, de fonder le bonheur d'un peuple, eussionsnous même la puissance suprême.
3Ufreb à dTIjarleo.
Grand-Rocher, septembre.
Il est hors de doute que ce temps en est un d'épreuve pour nous. Chaque jour voit pour tes amis éclore un chagrinnouveau. & peine sommes-nous quel*
que peu remis des angoisses qui nous oppressèrent pour notre précieuse Henriette, que nous nous trouvons à la veille de voir partir Milord. Vu procès, un fatal procès, de l'issue duquel dépend la possession du tiers de sa fortune, le rappelle en Angleterre ; il n'y a pas un instant a perdre, et quand celte lettre partira, déjà il sera bien loin de nous. Ah ! que nos plans avaient été différemment combinés ! si je ne t'en avais point parlé , pardonne-le-moi , calait une surprise que nous te ménagions. Milord devait passer en Italie les mois de décembre, de janvier et. de février, puis revenir à Genève.
Avant-hier à nenf heures, le soir, nous vîmes arriver un courrier à franc-élrier. Il demanda Milord avec empressement. A peine étions-nous de retour de Bellevue où Milord avait parlé de ses projets. L'impatience du courrier, l'importance qu'il attachai! à ses réponses, tout décelait que le porteur de la dépêche était instruit de son contenu. Milord, qui était monté chez lui, arriva enfin, et reconnut un de ses gens : Te voilà, brave Tom, quelle heureuse nouvelle t'a conduit en France, où tu avais juré de ne jamais mettre le pied, et amené en Suisse, que tu aimes tant? Pas si heureuse, Milord, répondit le courrier d'un ton dur et sévère, -mots suffisants pour apprendre a connaître le caractère de ce fidèle domestique; pas si heureuse ! si j'avais été certain qu'un autre eut Tait autant de célérité que moi, vous n'auriez pas été chagriné de ma présence. Milord, a qui ce peu de paroles venait de rendre tout son sérieux, rompit le cachet et nous lut ce qui suit :
Cooyk'
- « Londres, 19 septembre.
» Revenez promptemew ici, Milord ; un imposteur » vient réclamer l'héritage de feu Milord F. Il reatv plil les tribunaux de ses plaintes et de ses calomonies, se donnant pour le fils du défaut lord; il dit » n'avoir rm envoyer plus vite de ses nouvelles,, ni » fournir plus lot là certitude de son existence. J'ai » eu beaucoup Jle peine à obtenir un délai , lent est' » prétextant que je ne sais pas nanti des documents «nécessaires. Le brave Tom, malgré son âge, n'a » pas voulu que l'on choisisse quelqu'un d'autre pour » être le porteur de celte fâcheuse nouvelle. Je crains » beaucoup , malgré sa diligence et celle que vous i) mctlrea , Milord , à vous rendre ici , que tous ne o puissiez arriver a temps. Tout dépend de Tom , » et comme le zèle ne vieillit jamais , il me reste » encore une faible espérance. Agrées, Milord, mes n vewre pour que vous fassiez un voyage heureux, et » crovei-moi le plus attaché et le pins soumis de vos * serviteurs.
» Jonathan Fxlices. >>
Comment! Tom , lu es venu en cinq jours de Losdres ici? mais, mon brave ami, tuas en tort» j'aimerais mieux perdre dix procès de suite, qu'un brave homme comme loi... Ce vieux Tom, dans son émotion, ne peut articuler que : ah, Milord i Votas voyez, noua dit alors Milord, combien nous sommes les jouets des circonstances. Tons mes projets sons anéantis, tous mes plans renversé», J'espérais passer ma vie
:;: ,Googlc
au sein du bonheur at de la iranquilkie, au milieu de nés parents ; oh bien no», le sori en ordeawe' ■•> tiamtmt. Me voilà lancé daas l'antre de la chicmm, «a proie aux gens de lois et soi avocats, sans savoir combien de temps se prolongera ceUe affaire, malgré te promptitude avec laquelle on paraît vouloir la moser. Je sbiscertatn de la benlé de ma cause, puisque je possède tous les papiers nécessaires pour cenrariaere d'imposture ma partie adverse. 11 est vrais c mp w bie que ce Jeune homme est conduit a m'aliaqaer par quelqu'un de mes. ennemis, a qui le ncrince de quelques milliers de livras paraît biea> léger, pourvu qu'il détruise ma félicité. N'importe, je défendrai mes droits, ce sont eeuu de mon Sis, et par cela Beat ils ine deviennent «acres. Oui, mas. amie, il y a nnau que i'issoe de ce procès m'eut érà presque imlïflereme, tuais aujourd'hui je verras dépouiller men James par un scélérat ; no*, je perdrai jusqu'à mon dernier sehelling, avant de laisser écorner son bien. Tout ce que je possède est à toi, amis lui est tout mon bien et toute ma gloire. Milord avait lu dans nos yens ce qui se passait dans nos cœurs... Il ajouta : Mon irts, voilà ce qui m'Inquiète pins encore qttO' le procès. Si je ne suivais que mon coeur, je remmènerais avec me), mois j'estime* prudent qu'il no revoie pas encore l'Angleterre. Je ne vons ferai pas agréer d'excuse» si je vous le laisse, parce que j» sais combien vons l'affectionnes ; ou! mes amis, gardez -le, perlesla» souvent d un père qui ne vit et ne respire que pour lu», d'Où père qui se sera parfaitement heureux que
Cooyk'
quand il l'aura rejoint pour n« plus s'en séparer... Ali! que dites-vous, mou père, mon digne, mon excellent père?de séparation ! bob, il n'en sera jamais entre nous!... Voulez-vous nous quitter ? dirent aussi mes enfants eu se pressant tous autour de lui... Us arrivaient, ils avaient entendu le dernier mot de Milord; à leur vue, à leurs marques d'affection, des larmes de tendresse humectaient ses yeux. Oui, mes enfants, je vous quitte, une affaire de la plus haute importance ' me force à cette cruelle séparation...; J'espère qu'elle ne sera pas longue et que bientôt nous nous retrouverons. James tenait la main de son père et la pressait sur son cœur; mes enfants parurent consternés, il y eut un silence où le sentiment perçait de toutes paris. ïom, épuisé de fatigue, avait été prendre du repos. Fritz préparait les effets de son maître. Firmio était parti pour chercher à la ville la voilure et les etifets de notre ami. Ambroise se rendait- a Bellevue, pour prier Théodore et Laurede venir promplemenl au Grand-Rocher. Le départ de Milord, qui nous frappait d'un coup affligeant, a cependant été pour lui l'instant d'une crise heureuse. James, qui n'avait pas abandonné la main de son père, lui demanda comme grâce, la faveur d'une audience particulière. Mi lord le suivit, tandis que nous recevions nos amis de Bellevue, en les instruisant du pénible événement. Milord et James furent absents un peu moins d'une heure. Milord serra la main de Théodore et la mienne, de manière a nous donner à connaître qu'une circonstance favorable se passait pour
Cooyk'
lui. On se mil à table sans appétit, on mangea sans besoin, on la quitta même avec plaisir. Minuit sonnait; Milord devant partir à six heures, on parla dé prendre du repos, notre jeunesse en- sentait un pressant besoin. James pressa son père dans ses bras et partit avec un visage où perçaient a la fois la satisfaction, le respect et la reconnaissance. Il était ému, trèi-éfbUt Cependant rien de triste ne se lisait dans son regard. Que je suis heureux, oh mes amis! nous dit Milord. James m'a ouvert son cœur, il m'a demandé mille fois pardon d'avoir attendu jusqu'à ce jour pour le faire. Ce qu'il appelle mon indulgence^ le pénètre tellement d'amour èl de pratitude, qu'il ne sait comment l'exprimer, Il aime, oui, il aime 'ardemment; voici ce qui s'est passé entre nous... Mou père , m'a-l-il dit, le meilleur , le plus indulgent des pères; voudrez vons ouvrir encore votre cœur et vos bras a t'm Gis ingrat? Sa Voix s'altéra... Parle, mon enfant; mais auparavant remets-toi, parce que ta faute ne saurait être grave. Tu sais, d'ailleurs, que mon cœur va au devant du lien et que je suis ton plus tendre; comme ton meilleur ami... Oui, mon père, cela est vrai, et c'est précisément ce qui m'accable de remords, depuis que j'ai le bonheur inappréciable de vivre à vos cotés, Milord. Il y a long-temps que j'aurais dû vous ouvrir ce cœur; pu is-je, après une telle liédeur; me nommer encore votre fils? Me permeiirez-v'ous de vous appeler mon père?...Tonrepefitirefface tout; oui, je suis, je n'ai jamais ces*», d'être ton père, ton ajuï le plus sincère. Parle, que puis-je faire pour loi?
3, g ,™ aï GoogIc
il s'est aucun sacrifies que la ne puisses- attendre de moi, ai lebùiea est louable et qu'il puisse faire (on bonheur... Mon pare, vos bontés soei plus accablantes pour moi que ne le seraient les reproches les plus pénibles... Mais je ne vivrai pas une seconde de plus, sans chercher de mériter vos bontés, et ce soin deviendra, dès cet instant la principale étude de ma .vie entière.,. J'aime une Américaine de Philadelphie, son nom est Espérance Otiing. Je n'essaierai pas de vens. ht dépeindre, il me suffira de vow direquo, réunie à mes soeurs, elles formeraient le groupe des grâces. Deux années se sont écoulées depuis qee je fis sa connaissance. Elle demeurait chez une parewteqni soignait sou éducation et où j'étais admis. C*est 2> Espérance, Milord, qae je sais redevable d'élrfl demeuré sage. Je voyais tous mes camarades se livrer à ute conduit» répréhensible, mais l'imago d'Espérance était pour moi une barrière insurmontable, c'était une chaîne, un lien incorruptibles. Je parvins il toucher son cœur. Il y avait long-temps qu'elle possédait le mien. Noms nous jurâmes une éternelle constance. Mon père, combien de moments j'ai passés avec- Espérance,, dont, bêlas , il ne me reste que le souvenir ! Infortuné que je suis, et je le suis d'autant plus, que c'est uniquement par ma fonte que j'ai tout perdu. Mon excellent père m'eut ouvert les- portes- (ta la félicité. J'ai manqué de confiance en loi, maintenant ss votante est impuissante». Je suis donc encore plus malheureux que coupable. Des- que je Tes arrivé en Suisse, j'écrivis à Espérance, sous convert âtm
Coogk
ami; voici ce que me répondit $o.dfbrt, 'en. me retournant ma lettre: « Je sais désolé, cher James, de ■u n'avoir aucune bonne noutefle à te participer. Ton j» départ précipité a plongé Espérance dans le déses- ».poir, bien peu de jours après elle partit elle-mémei v Ses parents ayant qulué l'Amérique, arrivèrent & » Londres^ ou Espératice et sa parente n'eurent rien » de phis pressé qne d'aller les joindre, chose fort » naturelle. On ne m'a pas laissé d'adresse, et comme » mes parents n'habitent point la -capitale et que js » n'y ai moi-même aucune relation intime à qui je « pourrais demander d'y foire des recherches , je té » renvoie ta lettre, en te priant néanmoins, d'em- » ployer ton Sud fort dans toutes les occasions ou il » pourrait l'être de quelque utilité, etc. etc. » Vous voyez, Mitord, que tout espoir est pendu, et Dieu sait si, -après huit mois d'absence et d'un silence absolu, fispérance ' pense encore a moi !..
Tu seras heureux, James, s'il demeure encore le pins petit moyen de le devenir. Je ne laisserai échapper aucune occasion de prendre toutes tes informai tions possibles, el si la personne dont lu m'as parlé réunit les qualités que tu lui accordes, ton père fera son bonheur de m félicité. Vous te dirai -je ? James eu tombé à mes pieds, il a pressé 'mes tenoui, je l'aï relevé, et «ou» avons' ratifié -m&s promesses réciprb* oves, par les plus douées ctreMitea de l'amour pater* ori et'mrài. Nevs «8 laisserons -pas éoouler de semaine sans nous écrire \ bh ! inesûiiiis, je suis devenu In fan heureux des :pèrttt ■
Cooyk'
Dès que Milord eut terminé son récit, je lui demandai s'il, n'avait pas nommé M. Otiing de Philadelphie. Son oui me l'ayant confirmé, j'ajoutai : Depuis long-temps je connais, non-seulement de réputation, mais aussi par relations d'auaires , M. Otting. Jusqu'à il y a- trois ans, sa maison a cheminé sous (a raison de Langerfeid et Olting, maison dont les affaires ont été formidables. M. Otiing est le gendre de M. LangciTeld. Ce dernier était natif Américain. A sa mort il a laissé une fortune trop grande pour un particulier. Le beau-père et le. gendre ont joui d'une réputation d'intégrité plus étendue encore qne ne l'était leur commerce. Leur nom est on honneur dans les deux Indes; en Europe il -n'existe pas de maison qui ait été en affaire avec la leur, qui ne s'honore de ces relations; pour ma pari, je leur ai de grandes obligations. Mais, je vous le répète, celte maison n'existe plus. C'est à cela que se borne ce que je puis vous dire de M. Otiing, que je serais très-flaiié de connaître personnellement, pour lui témoigner tous les sentiments d'eslime dont je suis pénétré pour lui. Cher Alfred, combien ce que vous venez de nié dtro me réjouit, parce qu'un homme aussi connu devra s a trouver facilement, et si sa 6Ue est digne.de lui,, comme j'ai me à le croire, mon fils aurait bien des raisons de la regretter, non pour. sa fortune,- j'en al usiez pour tous deux, lorsqu'elle- ne' posséderait qua tes vertus et ses qualités y mais parée qne- la vraie »n> Messedel'ame et l'élévaUon'deBsmtfmenU sont tes véritables richesses à mes yeux, ot qu'il est toujours
3, g ,™ aï GoogIc
infiniment honorable de s'allier aux personnes qui les possèdent. .
La nuit était avancée, nous songeâmes que Mitord devait avoir besoin de repos. Nous nous séparâmes, Milord pins heureux et plus impatient qu'il ne le Tut jamais. Nous aperçûmes encore quelque temps de la lainière dans l'appartement de l'ami que nous allions perdre. Elle disparut, et tout rentra dans le plus profond repos. Il ne dura pas long-temps, puisque Firmîn et les gens de Milord arrivèrent. Fritz chargea la chaise; à cinq heures et demie nous prenions le thé. Milord, en véritable Anglais, s'efforçait de celer une larme que la Sensibilité,' plus forte que le préjugé national, faisait percer. Tu comprendras combien pénible a été l'instant de la séparation. Charles, nous perdons beaucoup par l'absence d'un ami aussi précieux. James, qui ne vit plus que pour son père, est vivement pénétré; nous comprenons sa douleur,
Xlfteb à tfhorUe,
Grand- Rocher, octobre.
Quinze jours s'étaient écoulés depuis ma précédente, et 'dix-huit depuis le départ dé notre ami, que nous n'avions encore aucune nouvelle de lui. Nous n'osions laisser percer notre inquiétude, surtout vis -
3, g ,™ aï GoogIc
i-yis de James, qni commençait à être profondémeut angoissé de ce silence. Hier enfin, nous reçûmes, une lettre datée de Calais ; elle est restée treize jours en rouie. Celle lettre n'a qae huit lignes, non plus que la missive reçue par James ; mais ces lignes sont rassurantes sur sa santé et sur la manière dont il a fait soi voyage. C'était l'essentiel pour nous.. Il se plaint d'an peu; de fatigue ; nuis il oublie tout pour arriver vite ; il excuse, son. laconisme sur ce qu'il a trouvé un paquebot prêt à partir arec bon vent. La lettre a James est remplie de tendresse et d'espoir. Tout dans ces missives prouve qu'il est aussi parfait ami qu'excellent père. Combien l'absence de Mi lord nous laisse de vide ! soo apparletneot ne sera désormais plus occupé par personne d'autre. James y passe habituellement bien des bennes. gipendam les repas ce jeune homme éprouve quelque distraction, il est facile d'en découvrir la cause ; c'est qull a fixé un regard attendri sur l'image de son père.
fi y avait à peine une heure que nous étions eu possession des lettres dont je viens de te parler, nous nous en entretenions ave* douceur, lorsqu'une musique agreste se fit entendre- parlant de la terrasse. Elle nous trouva dans une situation fort propice à en recevoir la bénigne influence. Notre jeunesse courut au . parterre, et bientôt nons vîmes paraître sur les marches sufririeiures.jde Jjescalim* qui conduit au verger, de Jeunes nUâgéo» enihbanés-, ayant Saslien à leur téta. Dès que neue pariant In musique cessa* « Batfien nous adressa ma iris-joli «umpUHcal, affim
,,™ aï GoogIç
rappelant la promesse que nous lui fîmes d'assister à son union, et >1 termina 'en disant que son bonheur sérail incomplet si notre présence y manquait. Noos ne pûmes refuser une requête adressée avec tani de grâces. Des rafraîchissements ne tardèrent point à paraître pour remettre ceux qui devaient être fatigués'. Le temps est court pour les heureux. Lés députés se trouvaient bien ai Grand-Rocher. La cordialité avec laquelle on les avait accueillis encouragea tes plus timides; aussi nous récitèrent- ils beaucoup d'histoires dé Haoterive. Ils nous recommandèrent entre autres bien particulièrement d'amener M. John, parce que depuis quinze jours leur curé a changé de paroisse, en ayant trouvé une plus lucrative. Celui qui t'a remplacé, ajoutèrent- ils, est un bon vieux papa, qui aime la société; aussi lui en vient-il fréquemment de Genève. M. John sera donc le bienvenu.
Nous nous trouvions sons les arbres de la cour au moment où Théodore et Laure y entrèrent. La vue de cet équipage magnifique interdît un peu nos visiteurs^ dont les saillies cessèrent aussitôt. Ils se disposaient même à partir quand je dis à Bastîen : Je pense que vous ne serez point trop fiché de voir et de dire quelques mots aux personnes qui arrivent. Il s'approcha, et reconnut Théodore, à qui il renouvela son invitation ; elle fui acceptée, et nous arrêtâmes de partir le lendemain a huit heures, pour nous rendre chez les époux et prendre part à la Télé. Celte jeunesse prît congé ; " elle nous salua encore de loin de ses mouchoirs et de ses chapeaux.
Cooyk'
A sept heures, tout le monde éiait réuni au Grand- Rocher, autour de la lable à thé. La chaloupe, pavoisé e de ses agrès, tente, flammes et pavillons, était en outre armée de ses canons et prête à partir a l'heure. Elle sonna; nous descendîmes ; nos voiles furent bientôt enflées, et nous fendîmes l'onde avec rapidité. Au milieu du trajet, quatre bateaux que nous avions pris pour des pécheurs répandus ça et la, furent sous voiles en moins de deux minutes et se rallièrent sur noire ligne. C'étaient encore nos musiciens, qui, pour prélude, nous saluèrent de leur artillerie; nous répondîmes de la notre, et bientôt nous entendîmes celle de la cote couvrir notre feu ; c'est ainsi que nous abordâmes ; des décharges furent renouvelées de pari et d'autre, et des cris de joie signalèrent notre débarquement. A notre arrivée à la maison des époux, la porte de la cour s'ouvrit, et nous vîmes toute la famille réunie, qui nous y attendait avec des fleurs... La joie de ces bonnes gens nous pénétra vivement, et pins d'une fois je pensai : Pourquoi Charles, pourquoi Milord, ne sont-ils pas ici? Nous embrassâmes l'épousée, qui était encore toute troublée et que la présence de tant de monde déconcertait beaucoup. Les compliments ne furent point apprêtés; ils partirent du cœur et demeurèrent aussi simples que les personnes auxquelles on les adressait. Nous avions élé attendus pour déjeuner; on se mit à lable, dès cet instant tout fut à profusion ; car, mon ami, telle est la manière des Savoyards, qu'ils ne croient avoir bien traité leurs convives qu'eu accumulant les mets et les plats.
Aussi ne peut-on pas leur causer de plus grand chagrin qu'en ne -mangeant pas. fit vous tourmentent alors, ei dès cet instant la table devient une espèce dé supplice. Les jeux de tous les genres, les rires bruyants, la joie bouffonne et quelques excès que nous eùrnes le bonheur de ne pas voir, tout 'cela fut de la fête. Le curé nous parut être-un excellent tomme, mais sans esprit. • Le temps sembla favoriser cette journée; il- fut délicieux. Avant de partir, nous priâmes toute l'assistance de venir passer la journée du 1T au .Grand- Bocher. Cette invitation fut acceptée avec reconnaissance. Nous éprouvâmes une agréable surprise à la vue de seize bateaux qui se garnirent en un clin-d'oeil de ceux qui nous accompagnèrent; Tout s'ébranla à la fois, et par une évolution très-bien exécutée,- ces embarcations formèrent un carré parfait, présentant de chaque côté cinq bateaux de front, dont nous occupions le centré; Comme il était déjà laid, nous les conjurâmes de ne point venir trop loin, À une -certaine distance du Grand-Rocher, les parallèles de devant et- de derrière se rangèrent sur les celés, et nous formèrent une haie. Dès que- nous l'eûmes dépassée, ils nous saluèrent militairement, salut auquel nous répondîmes de ihéme. Bientôt nous les vîmes se déployer pour oe former qu'une même ligne : c'est dans cet ordre qu'ils rentrèrent cbes eux. ....
Mous étions très -satisfaits de, noirs journée, je crois qu'ils l'ont été pareillement de celle qu'ils ont passée hier chez nous. J'avais redouté quelques excès, cependant tout est demeuré dans le bon ordre et m •
eun accident n'a gâté] le plaisir de celle petite fét*. Les époux ont paru fort joyeux des présents que nous leur avons faits, ei que la précipitation avec laquelle nous fumes invités la veille des noces, nous empêcha de leur porter le lendemain.
Toutefois, mou ami, ii surgît ua léger incident qui faillit gâter le plaisir de la fêle, pour la mariée et pour mes fils. A l'arrivée des conviés, Bastion demanda comme une faveur signalée d'embrasser mes deux filles... elles s'y prêtèrent avec une grâce qui me charma. La femme de Bastien se trouva indisposée; quant à Henri et â Jules, je saisis un regard qui me décela ce qui se passait dans leur Ame. Celte découverte me mettra, dans un lemps plus opportun, à même de combattre un sentiment qui les rendrait à jamais malheureux. Nos arrangements avaient tous été pris pour que nos hôtes partissent de bonne heure. Malgré nos soins à cet égard, nous ne pûmes atteindre noire but. Quelques pots à feu leur furent remis, pour qu'ils pussent nons annoncer leur retour à l'autre bord. Cette lumière, messagère de bonne nouvelle, fut vive et passagère, elle fut comme l'instant de la vérité dans tout l'éclat de son triomphe. Un petit feu d'artifice, qui réussit fort bien, surtout avec l'obscurité profonde qui régnait, annonça aux gens de la flolille, que leurs signaux avaient été vus et que nous y répondions avec plaisir.
Personne plus que le curé n'a été enchanté de ses Uôtes. Il s'est trouvé tout à son aise avec eux, aussi nous a-t-il dit avec un accent aussi vrai que sa pen-
sée, que si lions le lui permettions, il viendrait souvent nous voir. Nous l'avons assuré qu'il serait toujours le bienvenu, mais je suis convaincu qu'il trouvera moins d'agrément a sa seconde visite, que la troisième sera tardive et que In quatrième s'ajournera indéfiniment. Le minisire des autels doit conserver toute la dignité de sa charge. La bouche à qui fut confiée la vocation d'annoncer la volonté suprême et de dicter les oracles de la sagesse, ne l'est pas pour dire des goguettes aux paysans eo trinquant a leur ta- Me. Non pas que je désapprouve l'air d'intérêt et d'affection qui unit le conducteur spirituel a son troupeau, mais je désire que ces marques de condescendance n'en soient que d'estime, et si nn digne pasteur accepte le vin qu'on lui présente, que ce soit pour obliger ces vieillards respectables qui l'en pressent, ou pour ne pas affliger ce jeune homme, loi qui est le plus brave et le plus probe de la paroisse. Ces marques d'estime ont alors on grand prix, parce qu'elles sont la récompense accordée au mérite, c'est une déférence pour l'âge et pour la vertu.
Tout, dans l'homme revêtu des babils sacerdotaux, doit inspirer le respect et commander la considération. Plus les actions, la conduite et la morale du pasteur d'un troupeau sont douces, égaies et pures, plus il est assuré de l'amour de ses paroissiens. Il règne sur l'esprit et sur les cœurs ; et quelle souveraineté pourrait être préférable à celle qui repose sur la bienfaisance, l'indulgence et la vertu? Voila ce que fut le digne vieillard de Hauterive, défi pendant
3^:- t= yG00^1C
sa vie il jouit de la récompense Je. toutes ses nobles qualités. Voilà ce qu'est M. John. Aussi ces doux hommes furent-ils amis et de sincères amis, preuve évidente que ce ne sont pas quelques nuances de l'auguste, de la bienfaisante, -de la tolérante religion, qni désunissent les hommes, mais bien leurs passions, leur orgueil et leur égoïsme.
Charles-, lu ne m'avertis pas que j'emploie mon papier à te parler de tout autre chose que de la fêle que je donnai hier aux époux de Haulerive; il ne m'en reste donc plus que pour l'annoncer que Théo-, dore les a invités, ainsi que tous ceux qui étaient présents, à passer la journée du 25 à Bellevue, invitation qui a été acceptée avec joie. Comme notre ami garde le silence sur la manière dont il nous recevra, je ne puis rien l'eu dire, sinon qu'il faut qu'il médite quelque, chose d'extraordinaire.
Kifcti à mijarlta.
Grand-Roc lier, octobre.
S'il ne tenait qu'à nos désirs, combien de circonstances changeraient de facel combien d'événements surgiraient soi-disant pour le mieux I L'homme, dans.
3, g ,™ aï GoogIc
sa folle présomption, croit que s'il avait la loule-pu'u- «arice eu partage," Userait le plus heureux des dires; Insensé qu'il esi ! aveugles que nous sommes tous! puisqu'il u'esisie aucun être pensant qui n'ait eu au moins une fois ce désir. Combien d'abus, comljiea d'injustices criantes, combien d'atrocités naîtraient de ce. pouvoir absolu !.. Ce sont nos passions qui enfantent ce désir, c'est notre orgueil qui le soutient; et si peut-être un généreux mortel, à l'aspect d'une multitude d'infortunés qu'il ne pouvait soulager, s'écria : Que n'aide la souveraine puissance!... cri enregistré parla bonté suprême.., combien en opposerons-nous qui ne voudraient posséder une pleine omnipotence que pour exercer de cruelles vengeances!.. Pour être tout puissant, il faut comme toi, Maître de la nature, être tout parfait.
- Nos souhaits, celte fois, quoique sans aucun but criminel, n'eu auraient peut-êlre pas eu des suites moins désastreuses. Puisque tout est bien ordonné dons la nature, chaque chose émanant de la volonté du Maître, faisons taire dos regrets de voir la campagne perdre avec rapidité ses derniers ornements, et Déformons aucun désir de voir perpétuer des beaux jours qui seraient hors de saison. L'été a été court et désastreux cette année; l'automne, ordinairement si riche, ne nous a offert que quelques fruits épargnés par la grêle. Le temps est devenu. presque subitement froid, les blanches . gelées ont promptemenl jauni les résilles, et une bise soutenue porte au loin les eufants des arbres et des buissons. La forêt, courbée par les
:■■:.: Cooyk'
rafales, gémit. Ces bruits sourds ressemblent, aux plaintes des pareols désolés quand ils perdent ce qu'ils ont de plus cher au monde. Le Jura a déjà vu sa cime se couvrir de neige à la Dole, et l'hirondelle, cette; aimable messagère des beaux jours, nous a fait ses adieux ponr aller habiter des contrées dont les veau ont une plus douce haleine... L'année, prochaine nous ne les verrons pas sur le faite du toit du Grand-Rocher, célébrer la renaissance do jour, et répandre par leur ramage la joie dans l'àme du matinal campagnard. Oui, mon ami, Tannée prochaine nous habiterons ta ville. Tu approuveras sans doute une résolution qui n'est connue que de toi. Pourquoi me haterais-je d'affliger l'excellent M. Jobn si fort à t'avance ?
Le 2:5 à huit heures, nous primes la route de Believue, Irès-curieux de connaître le genre de fête que Théodore avait préparé à nos mariés. De la rouie, nous apercevions la flottille qui luttait péniblement contre le vent du nord. Théodore nous attendait impatiemment. A peine nous laissa-l-il le temps d'adrtsser quelques questions, qu'il fallut entrer pour prendre un costume complet de villageois. Celle métamorphose l'aurait vraiment amusé; mon père avait une tournure vénérable dans cet habit, tandis que ma mère, en était vieillie de dix années au moins. Mes filles faisaient des villageoises fort avenantes, prenant un air gauchement timide, si naturel, qu'il y avait dequoi mourir de rire. Nous trouvâmes dans le village, pour mes trois fils, ponr Théodore et moi, cinq violons qui avaient des sons discordants à ravir. Ce fut en jouant des rondes
que bous reçûmes les arrivants. Mon père, avec un gros bouquet au côlé, leur tint uo discours eu patois , qui aurait lait perdre contenance à l'homme le plus fleg- DiaLique. A peine furent-ils en ordre de rouie, que là musique joua une matfaurine qui nous amena jusqu'à l'avenue du château, où une petite cabane frappa nos regards par le beau bouquet de buis qui pendait à sa porte, avec cet écrtteau : Vin, bière et aigne-ardan (eaii-ile-vie). On se rafraîchit avec plaisir, puis on continua la rouie. Arrivés dans un pré, nous découvrîmes une tente immense qui en occupait le centre, et dans laquelle on ne pouvait rien voir, étant close de partout. A chaque angle de ce pré, se trouvaient placées des cabanes en bois.. Dans Tune était préparé le déjeuné, celle qui suivait se trouvait fermée et portait celte inscription ; Temple de la Fortuite', la troisième servait de tirage à l'oiseau, qui surmontait la perche plantée an centre de la grande tente; la quatrième, enfin, était un joli salon garni de divers jeux pour les dames. Tu auras compris qu'on se rendit sans retard à là première des cabanes; l'appétit ne manquait pas, aussi le déjeuné ne fut-il pas bruyant. Dès qu'une séance d'une heure eut réparé les forces, on parla d'abattre ce bel oiseau si bien orné. Théodore ayant prévu que nos tireurs seraient peu exercés, avait ménagé la distance, dé manière qu'avec très-pea d'adresse on louchait facilement. Mes fils enlevèrent une à nne toutes le» pièces de l'oiseau qui ne donnaient rien. C'est ainsi que quatre heures se passèrent sans qu'on s'en fut aperçu. M. John remplissait les foiie-
J.giwi.i.y GoOgIC
tions.de secrétaire du tirage. Le curé ne le quittait pas. Noire pasteur, à un esprit vif et éclairé , joint beaacoup de grâces dans les manières, et de plu», l'art de se mettre- à la portée de tous ceux qui l'entourent. Simple et instructif avec l'ignorant qu'il met à son aise, il devient éloquent, persuasif et profond avec le savant. 11 passe avec une étonnante facilité du sujet le plus difficile à traiter, aux détails les plus intéressants- sur un objet sans conséquence. Aussi M. Piozzjno (nom du curé) ne se lassait-il point de l'entendre ni de lui répondre, se trouvant dans le cas de toutes les personnes qui voient notre ami pour la première fois, c'est de croire que Ton a an moins le double d'esprit que lui. .. Ad! combien les apparences sont trompeuses et combien s'abusent ceux qui en font: la base de leur jugement !
... 11 ne demeurait plus de l'oiseau qu'une de. ses jambes, jambe à laquelle aucun prix n'était attaché. Hais mon respectable père dit, qu'il fallait qu'il ne restât. rien ; saisissant son arme, il l'enleva du premier coup... Ce fut le signal d'un cri: d'admiration. Mes enfants prirent leur grand-père dans leurs bras, il les reçut avec un attendrissement qui passa à toute l'assemblée et qui devint pour ce vénérable vieillard le plus précieux de tous les distact. Ob, mes enfants ! leur dit-il, vous avez bien fait.de ne venir qu'après que j'ai eu tiré, autrement mes yeux ni ma main ne m'auraient plus permis d'atteindre le but... soyez à jamais bénis ! - . . .: . j
Les registres étant clos, on, s'approcha des dames,
:■:.— ; ;, CoO^lc
un coup de sifflet parût, et aussitôt uns musique délicieuse se fil entendre dans l'intérieur de la tente. A un second coup de sifflet, la tente elle-même s'éleva et laissa voir une table trop magnifiquement ornée; chacun s'arrêta subitement, mais nous donnâmes l'exemple de la gatté et chacun prit place.
Tu ne comptes pas que je narrerai topl ce qui fut dit pendant le repas. Les papas récitèrent leurs anciens exploits, et la bouillante jeunesse, toujours présomptueuse , avait l'air de dire : nous en ferons bien d'antres. Tout se passa dans l'ordre... On parla de la distribution des prix ; alors, musique en tête, on se dirigea vers le Temple de la Fortune... On en chercha vainement la clef, elle était perdue; Théodore en ayant fait deux fois le tour, s'éloigna, et tout à coup les murs du Temple s'écroulèrent ; ou vit alors un trophée de prix supérieurement arrangé... Ha petit irôue s'élevait. en avant, le secrétaire y prit place, il proclama à haute. voix: les: vainqueurs. Tous furent enchantés de leurs pièces. On allait partir quand lèsrayons sur lesquels reposait ce qu'on avait distribué, disparurent à leur tour, et laissèrent voir des paquets pour les tlames et pour chacun des messieurs dont la chance au tir n'avait pas été favorable.
..il était tard, les invités, pensèrent qu'il ne fallait pas se trouver de nuit-sur le lac. Le trajet fut heureux, hormis à un jeune homme,. qui, pour reprendre le paquet Je sa Georgette. qu'elle avait laissé tomber dans l'eau , y glissa lui-même ; il ne fui que. mouillé, en sorte que ce qui eût pw être ua sujet de
larmes, n'en fut qu'un de rires et de plaisanteries ; flous avions repris dos vêtements; Théodore et Laure tinrent coucher au Grand-Rocher. Ce sera vraisemblablement la dernière réunion que nous aurons à ht campagne, noire départ étant irrévocablement fixé ait prochain jeudi.
aitrefc à (Krjarlea.
Genève, novembre.
Nous voici à la ville, oh James est aussi nouveau qu'il l'était à son arrivée au Grand-Rocher. L'air d'aisance qu'on voit ici; la charmante position deGe- .neve; la galle des habitants, l'activité qu'îles anime, la cordialité de leurs discours, tout parait lut plaire beaucoup. Il est Trappe de la simplicité des édifices, de l'antiquité des temples et de la décence qui règne pendant les services. Mous visiterons ce que cette petite cité renferme de curieux, sans oublier les diverses branches d'industrie ; enfin, bous étudierons te génie de la nation, qui mérite d'être apprécié.
De nouvelles lettres de Milord nous apprennent qu'à la suite d'une traversée aussi courte qu'agréable, il est heureusement arrivé en Angleterre, où il a atr~
I>,g,™ a yGoÔgIc
pris son nomme d'affaires , oui ne pouvait croira qu'il eût fail une aussi- grande diligencei CetageoLse trouvait dans ou embarras assez grand, devant comparaiire le jour suivant; je vais le transcrire les propres lignes de Milord ;
« J'étais moi-même impatient de connaître ma partie adverse, aussi le temps me parut-il long jusqu'au lendemain, où j'espérais la confondre sans réplique el la voir renvoyer honteusement du iribunal... L'heure sonna enfin, el nos avocats présentèrent chacun leurs titres ; mais qui croire? ils étaient signés des mêmes autorités , scellés des mêmes sceaux et si parfaitement conformes, que les juges n'ont rien pu prononcer. Gomme ces papiers sont des expéditions de miaules existant en Amérique, il est impossible de décider avant qu'on ait envoyé un exprès pour provoquer une. enquête rogatoire, afin de. connaître lequel de nous deux est l'imposteur. J'ai été acheminé, par jugement préparatoire, à fournir une caution pour la totalité des biens et des fruits que j'ai eus en mains depuis environ quatorze années. Ma partie adverse joue admirablement son rôle, il est difficile de ne pas être sa dupe. Ce jeune homme ne parle que du malheur qu'il a eu de perdre son père. Il cite ses souffrances, il est plein d'espérance et de modération, il s'emble même s'affliger pour moi; enfin, c'est le fourbe le plus adroit, le plus délié et le plus astucieux que j'aie jamais connu.
» Ici chacun lui accorde le plus haut degré d'intérêt. Il a entraîné tous les cœurs, aussi les calom-
nies les plus absurdes s'accrédiien t-elles sur le compte de voire ami. Mais rien ne saurait l'ébranler. Il H pour justification sa conscience et l'estime de ceux qui le connaissent, et pour consolation l'amour de son fils ; arec cela il peut se passer du reste de lïiumanité. Lorsqu'on a ouvert l'avis d'enquêtes rogatoi res, l'avocat de ma partie adverse représenta que la position fâcheuse de son client ne lui permettait .pas de souffrir aussi long-temps et proposa on accommodement. Le jeune homme avait le plus grand désir d'en venir la, mais je m'y opposai formellement. Je fus alors provisioonellement condamné à lui compter cinq cents livres. Je demandai une caution pour le cas où ma partie adverse serait déboulée, il s'éleva presque un cri d'indignation et son avocat s'offrit de suite. Je l'acceptai et je délivrai les cinq cents guinées, qu'il me remboursera assurément. ■ - » Depuis, j'ai appris que le jeune homme a emprunté de fortes sommes à valoir sur son prétendu héritage, en sorte qu'il traite fort bien ses connaissances. Vous Concevrez facilement) mes bons amis; combien j'éprouve d'impatience sur l'issue d'un procès au gain duquel j'attache bien moins d'importance relativement à la somme, quoiqu'elle m'enlèverait le tiers de ma fortune , que pour me justifier dans l'opinion publique, et surtout aux yeux de quelques personnes respectables qui se sont laissées entraîner par l'impulsion générale. La famille royale m 'ayant accueilli avec sa bonté ordinaire, cette marque de faveur a déjà déconcerté plus d'un de mes ennemis.
Cooyk'
m N'ayant d'autre parti h prendre dans les circonstances actuelles, que celui de la patience, j'ai, tourné mes regards d'un autre côté , et mes soins-se sont dirigés vers des recherches si essentiellement nécessaires au bonheur de mon fils, de ce James qui, maintenant, fait ma joie, ma félicité et ma gloire. Il n'existe pas de moyen que je n'aie employé, pas de démarche que je n'aie faite, pour découvrir l'intéressante famille. J'ai, mais sans succès, visité (otites les personnes arrivées de ees parages lointains et qui depuis un an habitent la métropole, je n'ai rîen pu apprendre. Dans plusieurs maisons de commerce auxquelles je me suis adressé, on m'a répondu : que la fameuse maison de Langerfeld et Olting n'existait plus; que le seul chef qui vécût encore avait terminé ses comptes avec tous les correspondants en relations d'affaires avec eux ; que d'une portion de ses énormes capitaux, il avait acquis de vastes possessions en Amérique; que l'on savait positivement qu'il était intéressé pour une très-forte somme dans la compagnie des Indes ; qu'il a laissé des fonds dans beaucoup de maisons de commerce et aussi à la banque. Cependant, malgré ces données, personne ne veut connaître M. Olting lui-même. D'après tout ceci, ajouta un négociant fort respectable et qui avait l'air d'en savoir plus qu'il ne voulait en dire, il paraît que M- Olting ne veut pas être connu, ni que l'on sache s'il a fait un séjour en Angleterre, parce que ses nombreux bienfaits l'eussent (ait accabler de visites, tandis que toute démonstration de reconnaissance lui est importune; en sorte qu'il ne faille bîenque
3, g ,™ aï GoogIc
pour Son cœur, « celte satisfaction intérieure est la soûle qu'il ambitionne... Oh, Alfred , quel homme ! voilà les mêmes traits avec lesquels vous me lede> peignîtes. Mon négociant ajouta : que si M. Olltag avait été eo Angleterre, assurément il n'y était/plus» qu'il ignorait son séjour actuel; mais, dit-il, puisque vous paraissez vous intéressera lui, tenez, lisez ce* article de ta gazelle qui a paru ce malin... le cœur m'en bat encore, je vous le transcris root à mot :le généreux, U bienfaisant M, Otting, nous a quittés depuis sis mois et tous les cœurs font suivi; dans quels lieux que cet bamme aussi sensible qu'humain porte ses pas, qu'il soit à jamais heureux ! son départ a plongé toutes Ses relations dans les larmes* Les infortunés ont perdu un pire. Nos regrets et nos plaintes sont de bien faibles marques de notre douleur , comme notre gratitude et notre amour saut un retour bien au-dessous de ses bienfaits* Avant sa» départ, M. Otting a affranchi tous ses esclaves et leur a distribué des terres , ce oui les place dans la pesilioM de pouvoir savourer- les biens inestimables de la liberté et de f aisance. Il n'a exigé d'eux, pour tant de générosité, que de vivre vertueux , de craindre Dieu, et d'aider leurs frères, malheureux, enfin, de penser quelquefois è lui.... Heureux est le pays qui le recevra dans soit sein ! Philadelphie, etc.
» Puisse ce généreux mortel goûter la félicité qu'il mérite si bien I mais où le trouver? Il cache ses démarches quand tous les cœurs volent au devant du sien, il ne se fait apercevoir que par ses bienfaits, et il font que je gémisse sur la perte que fera mon fils,
3, g ,™ aï GoogIc
si celle .Espérance, plus riche des vertus de son père que de sa fortnn* immense, devient l'épouse d'un autre. Plusieurs fois j'ai été sur le point de partir poqr Philadelphie, nais qu'ànrais-je appris la ? rien. M, Ottîegesten Europe, j'en g«is persuadé, c'est-Ià quty faut le chercher, mais où? Est-il en Suisse, en. France, «à Italie on dans d'autres étais ? voilà ce qu'il est impossible de découvrir, puisque ses plus intimes amis feignent ifigoorer tout ce qui le concerne. J'écris aujourd'hui a James que je poursuis mes démarches avec activité, qu'à chaque instant je trouve des personnes qni me parlent de M. Otling , maïs que je n'ai pu encore atteindre ses traces. Je lui donne, hélas 4 plus d'espoir que je n'en conserve moi-même ; aideimoi à fortifier son courage. Ma reconnaissance et la sienne ne sawront jamais atteindre toutes les obligations que «eus vous avens, et le mot d'amitié rend bien froidement retendue de mes sentiments pour des personnes qui me sont les plu» chères et les plus précieuses, etc. » ■
Le reste de la ■lettre deMilord est tracé d'abondant* de -cœur-, il ne Tait qwe dépeindre oe que no'os-memes nous éprouvons pour lui et que tu sens pow nous. C'est ainsi qu'un des meilleurs hommes aura passé les dota tiers présumables de sa carrière dans ladoolew et lechagria... .Toutes les jouissances ont été empoisonnées pour lui. Ah! combien celte îrfPfigeanie pensée nous fait sentir davantage le besoin de parsemer de fleurs ses jours, quand nous le possédons auprès de nous !
; ,GoogIc
Je n'ai point attendu a aujourd'hui pour écrire à tous nos anciens correspondants^ -afin d'apprendre quelque chose dé M. Ouing, mais sans résultat; il règne là un mystère impénétrable; tous lui accordent une sincère admiration, et tous ignorent ta retraite qu'îi s'est choisie." Peut-être la découvrironsnous un jour pour notre tourment. Une de nos relations qui habita quelques années à Philadelphie, m'a mandé qu'il croyait M. Otling allemand, parce que souvent il parlait de la Bavière avec beaucoup de prédilection. Ah! si cela pouvait être un trait de lumière qui nous conduisit à lui , quelle j'oie ! J'ai de suite écrira Munich; c'est avec bien de l'impatience que j'attends une réponse. Tu seras informé aussi vite que Milord du résultai de ma recherche.
Depuis que James a été en possession de la lettre de son père, il a repris beaucoup de galle. Il est comme tous les jeunes gens, ils se laissent abattre promplement, mais ils espèrent encore bien plus vite. Pour eux , il n'y a qu'on pas de l'espoir à la réalité. Oh', que ce pas sera peut-être difficile à franchir! les heures et les jours pourront paraître bien longs d'ici la. Mes fils, qui ignorent les chagrins de James, anraient bien pu en éprouver de semblables. Dieu sait quelles épreuves ils auront encore à supporter! puisse la sérénité des jours qu'ils passent ne jamais être interrompue! ■-.»■■
; ,GoogIc
3Uf»lr à @J)arl».
Genève, novembre.
Dès noire retour à la ville, nous avons suivi à nos occupations habituelles. Notre temps s'écoule entre l'élude et les distractions nécessaires à l'homme qui fait un judicieux emploi de ses journées, aussi fuient; elles avec rapidité.
Nom avons repris nos courses matinales, James en fut d'abord surpris, mais il ne tarda pas à en goûter le charme. Cp moment d'examen accordé a la conduite de la veille; ces conversations où l'amitié et l'instruction marchent d'nn pas égal ; cet exercice à pied ; tout cet ensemble qni fortifie le corps, le préserve de ramollissement, rend à l'âme son énergie, à l'esprit sa vigueur ; ces facultés précieuses auxquelles un sommeil trop prolongé nuirait infailliblement, sont autant de véritables bienfaits. Nous ne manquons jamais l'occasion de voir lever le soleil. lia perdu de son éclat, il n'a plus cette chaleur qui fécondait la nature, mais il brille. toujours d'une pureté ravissante.
On s'aperçoit que les récoltes ont été moins; riches celle année. Les besoins sont plus grands et les lettres jetées à la boite plus nombreuses. Il est pourvu a tout.
3, g ,™ aï GoogIc
Nous iwras sommes divisés en deux compagnies ; j'ai toujours un de mes fils avec moi, les deux antres vont ensemble. Combien James nous a remerciés pour l'avoir admis à participer a ces jouissances là! elles sont bien faites pour sa belle ame. Ce jeune homme esl méconnaissable de ce qu'il était lors de son arrivée au Grand-Rocher. lia perdu un reste de raideur de collège. Il a pris de l'embonpoint et le soleil des champs l'a hàlé. C'aurait été vraiment dommage que mes fils et lui ne fassent pas devenus amis. Emules de latents, de capacités, de retins et de noblesse d'âme, ils «hercbent à se surpasser en agréments, en qualités essentielles et en bonté. Toujours prêts à céder, le mérite de l'un des trois n'en est que pins cher aux deux antres. Aussi n'existe-t-il aucun sacrifice, s'il doit assurer la satisfaction de leur ami. James n'aurait aucun secret pour mes fils, si nous ne l'en avions prié, quand de luimême il nous ouvrît son cœur à Théodore et & moi. Quelle joie de se trouver réunis autour de la table dn déjeuné.! C'est le premier appel de la félicité domestique, de cette félicité qui ne s'acquiert ni par les richesses, ni .par les dignités, ni par la puissance, mais qui natt des plus douces affections.... Cette félicité n'en esl sans doute pas une, elle ne saurait avoir de charme pour les cœurs froids, pour les égoïstes. Le bonheur, domestique, quelle puérrlfté a leurs yeux! Gens assez à plaindre pour ne pas le connaître, quoique vous en puissiez dire, il n'en demeurera pas moins la source véritable -du- bonheur ter-
L'hielinre «si notre première occupation, c'est d'elle que nous recevons les leçons de l'expérience. Les anciens nous font lire dans leurs défauts d'administration et dans lears erreurs politiques. Nous étudions les révolutions des Etats, nous les voyons naître, s'agrandir, s'élever et disparaître.' Ces siècles que nous taxons de barbares, le furent ils davantage que celui qui s'écoute, que ceux qui lui succéderont ? La corruption régna dans tous les temps, et l'histoire, qui en instruit les hommes, n'a malheureusement pas le pouvoir de lés corriger.
Nos élèves gémissent de la fureur qui porta les générations à s'eair'égorgèr sons les plus futiles pre- -lextas. Leur Âme s'émeut, elle s'élève aux: traits de justice, de valeur ou d'héroïsme, aux exemples d'une vertu rare et magnanime. Un dévouement généreux fait couler leurs larmes ; ils brûlent d'imiter use action sublime. L'austère morale des anciens ne saurait les effrayer, elle est pour eux une règle de conduite. Ils admirent la prudence d'Aristide, la sagesse de Galon, la foi deRégulus, la soumission de Coriolan, la continence de Scipîon, et se promettent de marcher sor de si nobles traces. Plus ils honorent la vertu, plus ils gémissent quand c'est l'erreur ou le crime qui triomphe.
Après l'histoire, ils abordent les sciences exactes. Ils font des excursions, chez les Egyptiens, chez les Grecs, en Sicile et en Arabie. Pour soulager celle contention d'esprit, ils appellent à- leur aide le naïf Lafeanlhe, l'aimable rlorian, dont les fables acquièrent