‹ Lettres écrites de Suisse avant 1780Chapitre 2 sur 4 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

dans leur bouche ce jeu et cotte expression qui font qu'on ne sait ce que l'on doit admirer le ptnnlav ces morceaux, de l'esprit, de la 6 cesse, de m ûmplicUé , de la vérité ou de l'allégorie. Ils ornent leur mémoire des passages les plus beaux de Corneille, de Racine, de Voltaire, de J.-B. Rousseau et d'autres poètes anglais et italiens. Nous ne' négligeons jamais la musique, c'est une récréation de famille si enchanteresse I L'après-midi nous rentrons dans les sciences abstraites, que l'on quitte pour la peinture. Nous assistons à un cours de physique donné par un; célèbre professeur italien ; de là nous passons à une leçon de droit, étude d'autant plus indispensable, que chaque citoyen doit connaître les lois sous lesquelles il vil, les devoirs qu'elles lui imposent et les droits qu'elles lai confèrent. Ils acquièrent ces lumières, non pour devenir processifs, mais pour être utiles. L'intégrité jointe à la connaissance de la règle, sont de puissants moyens pour prévenir ou pour terminer les difficultés qui peuvent s'élever autour de soi.

aifrrït à (Shnrlffl.

Genève, décembre.

Quelle fatale découverte que celle que nous venons de faire! Partage moaaffliciioo et lient m'aider à sou 7

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tenir le courage de Miloid. 'fout espoir est perdu pour James, il ne me reste que le triste devoir de l'annoncer à notre ami. Sa vie ne sera-t-elle qu'un tissu d'idforlunes, ei l'amertume abreuve ra-t-el le chacun de ses jours? juges-en toi-même; voici la traduction de la lettre de mes amis de Munich.

« Noire chef n'u point oublié la manière tout amicale avec laquelle vous daignâtes l'accueillir il y a dix ans, aussi avons-nous toujours désiré rencontrer l'occasion de pouvoir vous prouver notre sincère reconnaissance. D'après ce qui précède, vous jugerez, Monsieur, de l'empressement avec lequel nous venons vous éclairer sur ce que vous désirez apprendre. Personne mieux que nous n'est à même de vous informer de tout ce qui concerne M. Otting, et l'intérêt que vous prenez à lui ne saurait surpasser le nôtre. Comme nous ne saurions être laconiques, le sujet ne le permettant pas, nous vous prions de ne pas vous impatienter de la longueur de celle-ci. L'écrivain possède une terré dans les environs de Ratisbonne, où ordinairement il passe-la belle saison. Il vit pour la première fois, il y a vingt-neuf ans, le fils de son fermier, qui lui-même n'était au château que depuis quelques mois. Ce jeune homme, dès son enfance , avait laissé percer beaucoup de goût pour l'étude, il chiffrait avec facilité et joignait une jolie écriture a beau coup de conception. L'écrivain en fut enchanté, il proposa au père de se charger de son fils et de l'emmener à Munich, où il travaillerait dans sa maison. Le père accepta avec reconnaissance; le fils, qui alors avait dix

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huit ans, fut transporté de joie. En moins de trois années, ce jeune homme fil des progrès si rapides, Il travailla avec tant d'assiduité, il eut une si bonne conduite, qu'on lui donnait des preuves journalières d'alfecti.OB.On laï confia la caisse; plus on se reposait &ur lui et plus il cherchait à justifier cette marque d'estime. Nos aûaires prenant toujours plus d'extension, nous nous vîmes farces d'augmenter le nombre de nos commis. Notre choix s'arrêta, entre autres, sur deux jeunes gens de bonne famille ; nous -n'entrevîmes- pas de. danger que. Sernech (car Ouing estleaom desa mère) se liât avec eux. Connaissant ses principes, nous le crûmes, incapable d'abuser de notre confiance en. lui. Cependant, un des jeunes gens dont nous avons parlé le fil jouer. D'abord ce fut comme passe? temps innocent, pois l'intérêt ne tarda. point a être le mobile -de .ces joueurs. Sernech, qui jusqu'à ce mû» ment, n'avait mérité que des éloges, se rendit le plus criminel des hommes... Après de longs combats, il se décida à emprunter deux cents gouldes a la caisse, pour couvrir ses perles et tester derechef la fortune. Par un malheur plus grand encore, non-seulement, il remplaça les deux cents gouldes, mais il en gagna autant.,,. Ceci devint Recueil de. son honneur et' le .signal de sa perte, parce qu'il crut la fortune fixée; à son char. Bon-seulement il perdit ses. deux cents, gouldes, mais encore mille et cinquante, qu'il paya de la ca isse, et comme aussi il- avait perdu tout espoir de pouvoir les remplacer, il s'enfuit. A cette époque l'écrhaiu voyageait, son associé était malade,

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en sorte que personne n'avait surveillé la conduite du jeune nomme, qui ne se décida toutefois à s'éloigner qu'au moment ou un de ses amis le prévint qu'à mon retour il munirait de su criminelle conduite. ' » L'écrivain, aussi crue Hemeut trompé, n'écouta que la colère ; des qu'il fut informé des circonstances, it dénonça 4e fuyard aux tribunaux et fil courir après lui)' mais inutilement, puisqu'on ignorait la direction qu'il avait prise. Nous avons su depuis qu'il se rendit' à Tfieste, où: un vaisseau mettait précisément à la voile pour l'Amérique; il s'y embarqua. Ayant fait le compte de ta caisse et nous étant convaincus qu'il n'y manquait que 1230 gouldes, nous rions repentîmes de notre précipitation. La tendresse particulière que nourrissait l'écrivain pour ce malheureux, dont il avait songé un moment à faire son gendre, reprit toute sa forcé. Nous ne considérâmes plus que: sa jeunesse, nous pensâmes aux parents, nous nous reprochâmes d'avoir terni sa réputation, tandis que les voies de la douceur auraient peut-être suffi pour le ramener au bien. Nous nous présentâmes aux tribunaux pour retirer notre plainte, mais il- n'en était plus temps. D'ailleurs l'affaire avait fait du bruit, elle était même parvenue à la connaissance de l'Electeur, et ce prince voulut, par un acte de sévérité exemplaire, intimider à jamais nne jeunesse séduite, la prémunir contre te danger du jeu, et vouera l'exécration publique celui qui comble la mesure de l'ingratitude et de la perfidie, en trahissant une confiance Blimitée. Les procédures lurent poursuivies, et i'àecu-

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se, bien qu'absent, fui eondamnéà perdre latdle surl'échafaud;il subit son jugement par contumace. Ce jour en Tut un de désespoir ei de deuil pour noire maison.

» Huit années s'étaient écoulées depuis ce fatal événement, lorsque nous reçûmes une lettre dont nous vous joignons la copie. Comme elle était datée d'Amérique sans désignation de ville, ni de pays, et que les banquiers de Bordeaux, dont il est fait mention, n'ont jamais voulu se rendre à nos instances, il nous a été impossible pendant deux années de découvrir sa retraile. La maison de Bordeaux a bien voulu se charger de faire passer notre réponse, qni était te témoignage de notre estime et l'assurance de notre affection. Notre Electeur lui-même, qui est d'une grande bonté, toucbé du repentir du coupable et de la manière dont il réparait sa faute, ordonna la mise à néant du jugement. Notre réponse lui portait toutes ces nouvelles à la fois. La maison intermédiaire nous a informés depuis, que tout était parvenu à bon port, mais que leur ami d'Amérique priait qu'on ne lui écrivit plus. Nous sentîmes en effet que celle correspondance ne pourrait qu'affliger vivement Sernech, nous l'interrompîmes.

» Une année après, parut la raison de commerce de Langerfeld et Ouing, maison que vraisemblablement vous connaissez aussi bien que nous. Nous n'avons aucun doute que ce ne soit celle de Sernech. Des affaires aussi florissantes, leur réputation d'intégrité , la liquidation de cette maison avec le bat avoué du chef de se retirer en Europe, an mystère

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impénétrable sur le voyage de M. Olliag, loui noua fortifie dans l'espoir de le revoir une fois parmi nous. Ce serait nue consolation bien grande pour l'écri* T*n, qui avance a grands pas vers la tombe, de pouvoir embrasser Sernech encore ici-bas. Nous soniuie& persuadés, Monsieur, que votre joie égalera la notre, en pensant que son retour à la vertu a été si hieu récompensé. Il se rendit certainement bien coupable, mais ce fui bien plus un écart de jeunesse qu'un vice enraciné chez lui. Si, lorsqu'il sera arrivé, cette nouvelle peut vous être agréable, nous nous ferons un. devoir et un plaisir de vous Tanioneer. Dans toute autre occasion, comme dans celle-ci, agréez nos offres de service, etc.

» Lebrecbt el C". »

Copie de la lettre de M. Olling.

« A peine ai-je assez de force pour tenir la plume, et je n'ose lever les veux sur vous, Messieurs, après m'étre rendu si criminel et si méprisable a vos regards... Vous les détournez ; oui, j'ai mérité tout mon avilissement, et sans le désir d'effacer tant de honte, sans celui d'atténuer autant que possible mon crime, dès long-temps mes paupières seraient fermées à la lumière et ma voix ne frapperait plus votre oreille. Croyez, Messieurs, que je ne suis point né pour le crime. De perfides relations m'ont entraîné dans le précipice; j'ai abusé de la plus généreuse confiance; l'ingratitude la plus noire a été le paiement de vos bienfaits.... Hait années de repentir, dont quatre se

sont écoulées dans la misère et tes souffrances de tous genres, n'ont, fut étouffer encore net remords, ni détruire ce sentiment d'horrewr que je .m'inspire à moi-même... Plaigaez^moi donc, croyez quêje ne- sais pas tont-à-Jaît indigne de votre compassion.... Jet n'en demeurerai pas moins un parricide, puisque la conduite d'un fils dénaturé a donné la mort h des parents dont il eut dû Xaïrç la joie et la çotisolatie*. Dieu! celui qui aurait pu être heureux a été condamné à Téchâfaud ; il est en exécration à la génération présente.». Oh! elle n'est point injuste, otite génération ! puissent mes fautes et mes malheurs, «a l'instruisant, la porter au bien ! Banni de ma patrie et couvert d'opprobre, je veux an moins, s'il est possible, que des cœurs généreux et compatissants versent une larme sur mon sort. Je veux que ceux que j'ai offensés demeurent encore mes défenseurs , et qu'à l'avenir ils me plaignent plus qu'ils ne mû haïront».. Oui, Messieurs, si je puis obtenir votre par' don et quelques marques d'estime, j'ose espérer que le Ciel en qui j'ai toute ma confiance, vers qui je tourne mes regards et ma pensée, dispensera encore quelques jours sereins à une âme repentante. C'est lui déjà qui, pénétrant la pureté de mes infestions, n béni mes travaux ; disposez de 1750 gouktes, sur SI. Fournillan et Guirnp, k Bordeaux. Le surplus de la somme que je.... oh,' mon Dieu! je ne puis prononcer ce cruel mot.... sont les intérêts de huit années. Voilà le premier bonfeear que je goûte depuis oe moment de cruelle mémoire. Votre réponse, si vous

J.giwii.y GoOgIC

daignée m'en accorder une , me parviendra par tes banquiers indiqués plus haut; celle voie est. tore. Si je n'ai pu parvenir à tous toucher en ma faveur, il serait inutile que voua connaissiez ma retraite; où que je sois, je ne cesserai de prier le Ciel de bénir le» bienfaiteurs de mon enfance, et n'osant plus porter un non que je déshonorai, je me signe .

» Ottibc. »

Tu les as lues , ces désolantes lettres ; tu as dit, comme nous : Milord ne consentira jamais que son ils épouse la fille d'un nomme qui fol flétri,... Ali * pourquoi faut-il qu'an moment de vertige ait des suites aussi funestes ? Oui, Charles, j'en conviens, Ser- ■wch fut bien criminel ; mais Semech était jeune, et il avait un eoeur fait pour la vertu. Sernech fut condamné a la mort, mais Ottïng a mérité par ses efforts qu'on m» à néant ce funeste jugement. Otting, luttant contre ta douleur, ta misère, les souffrances, lés remords et l'infortune, a triomphé de lui-même. Sa -vertu virile a été victorieuse, aussi la première étincelle du bonheur n'a-UeHe jailli de son coeur qu'après n'être soulagé de su dette. Quel repentir ! quelle élévation d'Ame éclatent à chacune de ses lignes ! Et les bienfaits qui font rendu cher à tant d'êtres qui invoquent le Ciel pour lui,, ne pourraient-ils pas effacer le souvenir de quelques jours d'une honteuse faiblesse? Telles sont les snites d'une première faute, que, mente ' de longues années après l'avoir commise, on en m< sent toujours tes atteintes. Toutes les venus et ton- *

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les les larmes ne sauraient en effacer entièrement le souvenir. Kl vous, innocente Espérance, vous, digue des hommages de l'homme placé au premier rang, vous porteile fardeau de la fauta de voire père. Les contemporains , prêts à oublier les bienfaits, qu'ils viennent de recevoir, se rappellent minutieusement, et après bien des années, de ta tache dont se couvrit celui qui plus tard se montra si généreux envers eux. L'opinion perdrait à jamais de réputation Milord et son fils, si ce dernier épousait la personne peut être la plus vertueuse de la Bavière..... Quel est l'homme vertueux qui ferait aucune difficulté de s'allier à M. Oiting? Sernech se déshonora, il est vrai, mais M. Oltiog fut constamment vertueux , digne et bienfaisant. L'homme qui serait aussi scrupuleux sur le point d'honneur qu'exempt de préjugés, lorsqu'il aimerait Espérance d'un amour entièrement désintéressé et purement pour elle seule, ne penserait pas qu'une alliance semblable pût le rendre solidaire de Sernech, qu'il ne connut jamais. Il repousserait une opinion aussi injuste, et n'estimerait que ce qui est vraiment beau et vertueux, il coulerait des jours sereins et heureux, loin de la critique, qui alors serait dénuée de fondement.

. Maïs James, placé sur le théâtre du monde où il doit Jouer un rôle principal; lui, né pour figurer aux affaires,' non, il ne saurait se flatter d'échapper a ht censure d'un public ardent a blâmer. Il ne saurait résister a la critique comme pourrait le faire un être vivant dans l'obscurité, et si flIHord, pour parler le

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langage du siècle, avait la faiblesse de consentir à une alliance pareille, le roi s'y opposerait. .Tout espoir a donc fui. Ce mystère, ce grand mystère, ce soiu si pressant de se dérober- à tous les yeux, n'était donc point sans motif, et des cet instant, le bandeau des illusions doit tomber aus*i. Infortuné James!, tu sera» donc malheureux comme ton père! Ta ignores encore ton sort, et je te le cacherai, jusqu'à ce que j'aie reçu ' la réponse de Milord . Oh 1 qu'il m'en coûte d'avoir. » lui annoncer une nouvelle aussi désespérante !

3Ufrrt à «Eharlfs.

OrMdSoiitKv, jMTi«r.

Quelle ne sera pas ta surprise , mon ami, en voyant d'où cette lettre est datée ! Tu en es ému, hélas! oui, ion cœur a pressenti le- malheur qui nous arrive ; notre digne pasteur n'a échappé a la mort que par miracle. Le Ciel, touché de nos larmes et de nos prières, l'a conservé à notre affection. Depuis trois jours, il a repris sa connaissance ; il est hors de danger, mais encore bien mal. Tous les chagrins semblent vouloir nous accabler à la fois.

Avant que le paysan qui nous apportait, cette pé-

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aible nouvelle , eût parlé, nous athras la dans se» traits qu'il avajt quelque ebose de fâcheux à nous annoncer. It arriva a dix heures ; nous fîmes prévenir Théodore, et à onze neores tout était prétpoar noire départ. NousemraenaraesM. F., l'un de nos plus habiles médecine. A quatre heures, nous étions au presbytère. M. F. nous pria de ne pas trous montrer au malade avant qu'il l'eût vu lui-même, pour juger s'il serait en état de supporter de l'émoi ton. M. P. prévint M. John de notre arrivée. Elle parut dissiper un instant ses douleurs, la joie qui perça au milieu de la

souffrance nous rendit sa pensée Après trots

minutes, le docteur nous pria de nous retirer, et comme il nous avait interdit de parler, quelques ges les furent nos seuls interprèles. Nous demandâmes à M. F. s'il existerait pour le palîent du danger de le transporter au Grand-Rocher. Ce ne sera que demain, oous répondît le docteur, que je pourrai prononcer sur la gravité de son mal ; je passerai la nuit à ses côtés ; il est important que je ne le perde pas un instant de vue. Je serrai la main de M. F., qui ajouta : En soignant ce malade, je ne fais que m'acquilter d'une délie sacrée. Je vous expliquerai ceci plus lard ; soyez donc persuadés que je ne l'abandonnerai pas qu'il ne soit hors de danger. Nous sortîmes du presbytère te co*ur plein de tristesse. Notre nuit fut mauvaise. Tout nous parut pénible. Le lendemain , il faisait nue neige continue et si épaisse, qu'on ne voyait rien à six pas de sot; en outre lé temps était froid.

Lu voilure étant entrée dans ta cour, nom allUmet au-devant de M. F. Son visage éiait moins soucieux que la veille; Il nous annonça que M. John avait eu une nuit passable, et qu'if pensait que le transport du presbytère au Grand-Rocher ne saurait être nuisible au malade, mais il désirait que ce déplacement, escorté de toates précautions, eut tien sans différer. Les préparatifs en Turent laits avec grand soin. M. F. ne voulut que moi pour l'accompagner. A deux heures, noire ami était installé au Grand-Rocher , à perlée ainsi de recevoir tous les secours d'une amitié vigilante. '■ ■

M. F. crut ne pas devoir nous cacher qu'une hydropisie de poitrine de la nature la plus alarmante menaçait sérieusement les jours de M. John, d'autant plus, que les symptômes les plus véhéments d'une pneumonie aiguë venaient encore agraver la position déjà extrêmement critique et dangereuse du malade. En un mot, Il nous enleva presque tonte espérance.

Oh! Charles, quelle sentence! combien elle nous atterra! aussi, employait-il, mais eu vain, toute son éloquence pour ranimer l'espoir qu'il venait dV néanlir.

Quelques jours s'étaient écoulés dans de continuelles angoisses, sans que M. F. se fut rappelé de b promesse qu'il nous avait faite de nous instruire de ses' anciennes relations avec son malade. Profitant d'un moment de calme, il nous dit : Vous avez paru désirer connaître mes obligations à M. John et l'origine

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-Bade ma reconnaissance. Malgré la confusion que j'en éprouve, je vais vous donner .celle preuve de mon entière estime. Vous verrez que tout ce que je pois faire aujourd'hui pour votre ami et le mien, ne saurait encore m'acqaitler envers lui. Nous liâmes connaissance dès le premier mots de son séjour a Genève. J'étais de ea société, et nous poursuivîmes nos éludes .ensemble, jusqu'au moment où il entra dans l'Auditoire de théologie, tandis que je devais me rendre à Montpellier» Moins retiré que mon ami, je hantais des compagnies assez peu réservées.. ...Mes fredaines, puisque j'en fis, allèrent jusqu'à rendre mère nue jeune personne. Tout allait éclater, d'autant, plus que le» parents d'Aoneue ne respiraient que vengeance. Mon père était l'homme le plus sévère de son temps. Il se serait peut-être laissé aller au plus violentes extrémités k mon égard, s'il eût été informé de la moindre dos choses. Je passai un mois dans les plus grandes perplexités, mois de tourmenta et d'angoisses. Il ne me restait plus d'issue que celle de fuir, lorsque j'apprends des parents d'Amélie qu'un moyen se présente, de tout arranger. Un garçon tonnelier est vivement épris d'Annette ; il est laborieux, et il l'épouserait, s'il pouvait s'établir. Les parents ne lui ont point laissé ignorer la faute qu'elle a commise et la position dans laquelle elle se trouve. N'importe, il l'aime, il l'excuse; après ses. couches, il épousera celle qu'il chérit, parce qu'il est intimement convaineu que cette première faute sera la plus sûre garantie de sa fidélité future. Il ne s'agit donc que de trouver cent louis;

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mais où les prendre? Certes, mon père auraii été le dernier à qui jeme serais adressé, elcnlrelous mes amis, je savais qu'ils 9e trouveraient hors d'état de me faire seulement le quart de la somme. J'étais dans la plus tris: e position, quand je rencontre John qui est tout joyeux- Je m'informe de la cause de cette douce satisfaction que j'enviais, tandis que lui-même m'interroge sur ma tristesse. Apres mille combats et autant d'incertitudes, je me décide à lui découvrir ma situalion.... Oh ! que je suis heureux, mon cher F., s'écrie-t-il : je puis te tirer d'embarras; mon père, satisfait de mes études, m'a envoyé celle lettre de change, qui est précisément de la somme dont ai as besoin. Prends-la, elle esta toi; tu me rendras celte valeur quand tu le pourras. Fais des heureux, et expie ta faute, puisque tu. as le bonheur que cela soit possible avec de l'argent. Dans les transports de ma joie, j'oubliais que bous nous -trouvions au milieu de kt rue, j'étouffais dans mes embrassements cet ange se» courable. Je courus chez les parents d'Aaoeite ; te contrat' fut passé ; Aneette fut délivrée, et les noces se firent. L'homme a tenu parole ; il a prospéré , il a rendu et rend encore sa femme tres-heuréuae; I* petite fille qu'elle avait eue avant sou mariage, ne vécut que. quelques semaines.

John, plus heureux encore que moi, détournait la conversation aussitôt que j'entamais le chapitre do ma reconnaissance. Il n'avait accepté aucun reçu* et il me prouva sans réplique qu'il est bien plus doux de répandre des bienfaits que d'en être l'objet. ;

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Le moment de quitter Genève était arrivé powr moi- J'allai prendre congé de John, et une correspondance, sinon tres-aclive, an moins régulière, devint le garant dé notre amitié. Une soite de revers et d'infortunes lui échut ainsi qu'à son père. Dès cette époque il interrompit toute relation avec ses amis. Je l'aimais très-tendrement, cependant je ne fus pas. excepté. On avait eu des torts envers lui, mais il aurait dû oser de discernement et ne pas confondre les innocents avec les coupables. Après plusieurs lettres demeurées sans réponse, piqué de son froid silence, je résolus de le garder aussi. Je demeurai encore cinq aimées absent de Genève. Le décès de mon père me rappela dans ma patrie. Mes sœurs étant mariées, la succession paternelle fut immédiatement partagée. Je me trouvai dans une position aisée ; j'avais acquis des connaissances assez étendues , parce que ma conduite antérieure demeura pour moi une école dont je retirai de bons fruits. Il est vrai, qne si pendant la cours de mes éjudes j'étais menacé par quelque faiblesse, je eonraïsa la correspondance de John, je pensais aux obligations que j'avais contractées avec lui , et aussitôt je rentrais dons les bornes du devoir. C'est donc réellement a Ini que je suis redevable d'être ce que je Buis ;. à qui donc plus qu'à lui doîs-je t'hommago de mon expérience et de mes soins?

Depuis non retour, je ne pus jamais parvenir à resoir M. John. J'appris qne toutes les personnes qui avaient appartenu à sa première société rouvraient. par leur simple aspect de profondes blessures mal

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formées. Je n'insistai pas ; cependant je fis tout pour qa'U aceept&l le remboursement de ses cent louis. H me répondit à ce sujet une lettre qui ne sortira plu ée ma mémoire : . . .

« Monsieur,

» Ne sentirez-vous jamais tout ce que vos offres » ont d'affligeant et de mortifiant pour celui que vous » nommez voire ami? SI jadis vous acceptâtes de moi » on don pareil, ceci est hors de ma mémoire. Ce » n'était pas pour- que tous dussiez me le rendre. » Songez combien la circonstance qne vous avez ctaoi- » sîe pour m'en parler est cruelle, et combien elle me «rappelle de souvenirs déchirants. Prouvez-moi l'a- » mttié dont vous voulez bien m'honorer, en laissant » le passé intact et en me croyant pour le présent et l'avenir votre très-obéissant serviteur.

» John. »

A la réception de ces lignes, j'accusai celui qni les avait (racées d'un orgneil insupportable et même d'une inexcusable incivilité. Je me promis de ne plus lai écrire. Dans mon accès d'humeur, je me décidai à ne point garder cet argent. En moins de huit jours, deux occasions se présentèrent, de le placer à des actes {l'humanité. Je me félicitai de m'étre acquitté de cette manière de ma dette. A qui cependant en revenait tout l'honneur, si ce n'est à M. John?

Deux années s'écoulèrent encore, et un ami, qui était auprès de moi, rappelant ces anciennes «tr>

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constances , me parla avec infiniment d'éloges de M. John. Il me parut pénétré- d'une si parfaite estime et d'une si grande admiration pour lui , il cita avec tant de chaleur les chagrins et les épreuves qu'avait endurés celui qni aurait mérité un bien meilleur sort, qu'aux discours de mon ami, je sentis se ranimer dans mon cœur des sentiments qui ne furent jamais éteints. Je reins la correspondance de M. John ; je récapitulai toutes les obligations que j'avais contractées envers lui. Cette lettre, qui m'avait si fort outré, me parut encore sévère, mais juste, telle enfin qu'il avait dû me l'écrire. Aigri par tant de malheurs, il ne demandait pour unique gratitude que démettre le passé dans l'oubli... Plus je réfléchissais à tout cela, et plus je me trouvais blâmable. Ta vengeance, m'écriai-je, n'a pu l'atteindre ; tes obligations sont demeurées les mêmes; au fait, ce ne sobt que de nouveaux bienfaits qu'il a répandus par tes mains. Cependant je ne renouvelai pas de tentatives auprès de lui, mais vous aurez vu par mon empressement à voler a son secours, si je me crois libéré de toute reconnaissance. Croyez que je m'estimerais très-heureux si je pouvais recouvrer une partie de son ancienne amitié. Il rendit à la patrie nn enfant rentré dans ie devoir. Je vais réunir ce dont je suis capable, pour conserver à celte même patrie un homme de bien, et à vous comme à moi un ami respectable et digne d'en porter le beau titre. Ne prononcez, je vous en conjure, jamais mon nom devant lui, jusqu'à ce que je vous rende votre liberté à cet égard; mes traits

sont trop altérés pour qu'il les reconnaisse. Lorsqu'il sera hors de danger, il pourra apprendre qui le saigna ei qui ne le perdit pas us instant de- vue.

Nous remerciâmes bien sincèrement M- F. de son intéressant récit. II venait denoqs inspirer une estime toujours croissante pour notre digne pasteur; nous nous sommes bien promis de rapprocher oes deux anciens amis.

M. F. a attendu, presque sans dormir pendant quatorze jours, que le mal eut parcouru ses pbases. Chaque moment l'état de M. John était plus critique. M. F. bous assurait que rarement il avait vu un malade dans un danger aussi menaçant. Les profondes connaissances du docteur , sa grande expérience , enfin sou assiduité auprès du malade, ont triomphé. Notre cher M. John est sauvé; il nous sera conservé; que d'actions de grâces nous avons à rendre au Ciel ! M. F. ira demain à la ville , mais il reviendra coucher au Grand- Rocher. Adieu, mon ami ; je le presse sur un cœur palpitant d'émotion et de joie.

?llfreîi à (Eljarlrs-

Gra nd -Rocher, janvier.

Te dépeiudrai-je le bonheur des .habitants de Cavonai et de ceux de Bellevue, lorsqu'ils apprirent que

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notre estimable pasteur était hors de tout danger? Qu'ils sont précieux ces sentiments d'estime et d'amour, et combien de charmes ils répandent sur la vie î Que n'às-tu pu voir l'empressement avec lequel ces braves gens accouraient au Grand-Rocher, , malgré ta: rigueur de la saison et les temps abominables qui nous accablaient!

M. F. a jusqu'à hier continué de venir coucher ici. Mais son convalescent étant on' peut dire bien, il ne reviendra plus que de trois en trois joncs. Notre, ami n'a plus besoin que de grands ménagements.

Les études de nos enfants exigeant notre présence à "la ville, nous y reviendrons lundi prochain, tandis que Théodore et Lattre passeront le reste de l'hiver au Grand-Rocher, dont ils prend ruât possession aussitôt après notre départ. Mon père et ma mère augmenteront la compagnie, et comme quelques personnes de nos environs n'ont pas voulu habiter la ville, il ne leur manquera pas de société. Nons y viendrons les samedis pour y passer tout le dimanche , jusqu'à l'entier rétablissement de notre ami.

Oh!combien la campagne eslprérerable aux cités, même en hiver! Ici, tout se surpasse en beauté; la neige, qui à la ville devient de suite un amas rebutant de boue, conserve sur les champs, jusqu'à la fin, son caractère éblouissant de candeur. Pourquoi fautil que l'homme souille tout par son attouchement? Quel artiste serait capable d'imiter la délicatesse, les divisions prodigieuses et l'ensemble ravissant qu'offre ta campagne couverte de givre, lorsque les broutl-

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lards se mu dissipés et que le soleil émet qadijaesnns de ses rayons? Qu'il est enchanteur, qu'il -est unique le labtem qu'offre ceue blancheur ornant ju>r qu'ans plus petites branches dont elle a sntvi les plus délicates formes! Ces rayons bienfaisants font aussitôt naître h gftlté, tondis qu'ils nuancent le maatcau de l'hiver de mille couleurs aussi vives qu'éditantes- Dana ces. moments difficiles, les oiseaux, transis de froid et mouillés, ne trouvant que diftoilemeat leur nourriture, se rapproenent de l'homme et semblent implorer sou assistance... Mes fils se rendent avec joie aux désirs de leurs sœurs, aussi, dès que le jour commence a poindre, les voilà , le sac de graine d'une main et la planche de L'autre, préparant la nourriture deçà peuple ailé. Aies filles bénissent la diligence de leurs frères. Barbares,, oui barbâtes sont, ceux- qui tuent les auûuaux en leur tendant.ee- piégat-làl :: . .Hier nous parvint me lettre de MUerd. Elle noue annonce que ses aiaires en sont au même point. H faut que. ma dernière lelir* ne lai soit pas parvenue, puisqu'il me marque que depuis loitg-tempa il serait sur le continent à suivre les traces d'Espérance, sj ce maudit' procès im le retenait c^df et* Angleterre; 11 a tait partir son fidèle Fritz pour parcourir la France sons ses directions. Pauvre père! tu l'os peutôlpe déjà rappelé ce Frite qui quittait avec tant de répugnance un maître qu'il chérit. Atitord ajoute, que pour ne pas perdre 4e temps, il habite ia.ierre qu'il possède près de Windsor,: où il fait faiw rJe notables réparaiions à lïMérkur. Il y prépare, entre autres* «P

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magmfiqne appartement pour les jeunes époux. H vent aussi que nous soyons parfaitement satisfaits des nôtres, ne désespérant pas que nous lui consacrerons un été en Angleterre. La maison est fort grande, et jamais on n'y aura vu une réunion de plus vrais amis. Il croit qu'il faudra jusqu'au mois de mars avant que tout soit prêt. De là, il emploiera encore trois mois à visiter d'autrestloniaines qu'il possède dans le nord de l'Angleterre. Je veux, continue -i- il, faire en sorte que tout ce qui m'entoure me bénisse. Milord pense qu'au mois de juin son procès sera terminé. La recherche d'Espérance, l'issue de sou procès et l'éloignement de son fils, ne sont cependant pas ses seuls ennuis, sa femme le poursuit sans relâche. Il ne peut visiter des relations, faire une promenade, aller dans un endroit public sans qu'elle s'y rencontre. La reine se plaignant obligeamment à Milord, de ses longues absences delà cour, notre ami témoigna à S. M. la vive reconnaissance qu'il éprouvait pour une si grande marque de faveur, mais il lui lit apercevoir Miladi... La reine répondit: vous avez raison, je vous comprends et vous plains. La lettre de noire ami est généralement empreinte de galté. Elle a produit chez nous l'effet contraire, parce que nous apercevons Milord persuadé de toucher au bonheur, tandis qu'il en est plus éloigné que jamais; sa missive n'avait pas deux jours de route qu'ilen aura eu la triste conviction. Tel est le sort de l'homme ; flottant entre la crainte et l'espoir, il reste à la merci de passions tumultueuses et demeure le jouet des circonstences. Une possède qu'un point immuable, sur lequel il

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pointe s'jppByw pour poursuivre le bonnenr, c'est la vertu; pan» que c'est do seul sentiment intérieur que naissent ta constance et ta fermeté, av£C lesquelles on remtt aux coups du sort. Avec elles, l'événement qni semblait ren*anaf- l'édifice, devient souvent l'inébranlable fondement de notre félicité.

M. John reprend visiblement ses fonces. Il bobs a déjà demandé plusieurs fois le nom du docteur qui Fa soigné. Ses traits, à ce qu'il nous assure, ne lai sont point inconnus. Comme Boas donnons à M. F. le nom de sa femme, il n'a pas fatigué davantage sa mémoire. Nons remarquons, cependant, qu'à chaque apparition du médecin, ii le considère attentivement, ce qui nous fait éprouver quelque peine. Noos avons communiqué ce travail d'esprit à M. F., et pour le faire cesser, si le miens continue à se soutenir, dimanche on lui apprendra qui fut son sauveur. Que ne penx-tu voir avec quelle tendre reconnaissance ce digne ami nous envisage les uns et les autres !

Une lettre de Fritz nous parvient dans cet instant, elle est datée de Paris. Il nous informe qu'il est sur les traces de M, Otiing, que sa bonne fortune l'a conduit dans le même hôtel où' a logé celui donl il désire atteindre la'personne; il ajoute, qu'avant de partir pour le Luxembourg, oh M. Otting doit se rendre avec sa famille, il a voulu nous instruire de sa découverte par le même courrier qu'il le fait à son maître. Brave homme, quelle peine inutile tu te donnes! à qui servira tant de zèle et de dévouement ? J'nf caché à James cette lettre, qui l'eût peut-être engagé à

partir lui-môme. La seule reasoiroe qui me fût restée aurait été de détruire toutes ses espérances ; cependant, je préfère que ce aoit son père qui lui porte en coup sensible.

Si je juge de ton impatience par la notre, elle doit être vire, puisque tant d'événements (terrent te déroder d'ici à quelques mois, sans qaepour'.cêla le tempe en avance sa marche mesurée.... -qu'il nous est bien: permis de trouver lente, puisque ce n'est qijV lorsque, nous pourrons eonnatare le bonheur oïl l'in> fortune d'ritresqni nous sont si. chers. -

Mxei a (Sfjarlwt.

■ fisaén, «Trttr,

A'ous n'avons point quitté le Grand-Rocher sans avoir été les heureux témoins d'une scène attendrissante et qui ne pourra avoir que des suites favorables pour M. John; lu as déjà compris Ce que je veux dire. Oui, Charles, notre pasteur a retrouvé un ami, mais je crois pouvoir certifier que ce lien n' on resserrera que mieux les notre». M. I-.,qui ne devait venir que le dimanche après midi, arriva le matin de bonne heure, Jl vit de suite son. convalescent, et bous asr

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sara quo la surprise que nous lai ménagions ne saurail lui être ni funeste, ni même nuisible... H, F. était virement ému, il parait que la haute estime qu'il ' accorde à M. John, et le sincère attachement qu'il lui a voué, le laissaient dans une positron pénible, celle delà crainte d'être repoussé. Nous crûmes nécessaire de préparer notre ami d'une manière indirecte, en nommant M. F. dans des choses indifférentes. Quelques-nns de nous étaient chargés de saisir dans les traits du pasteur, l'impression que ce nom lai ferait éprouver. An premier instant qu'on le prononça, soit distraction ou qu'il nel'eAt pas entendu, il ne laissa pas échapper la moindre surprise; si ce nom frappa son ouïe, il ne parvint point à son cœur. Au reste, la conversation ou il était mention de ce médecin, se passait entra Caroline et Latire, on citait de lui un acte àë bienfaisance. Théodore feignit de n'en avoir pas entendu l'auteur el demanda a Laure qui avait fait preuve de tant de noblesse d'âme? Le moment était décisif, parce que M. John prétait l'oreille, tons nos veux étaient dirigés sur lui. Mon cher ami, répondit Laure, c'est ton médecin M. F. Notre pasteur fut vivement ému à ce nom, une rarhie mouilla ses yeux ; Oli ! dlies-le-tnoi, H. F. fui un de mes amis, je le repoussai quand j'étais abandonné de tons el livré à la douleur... Avouez-le, n'est-ce point par ses soins généreux et conlinns qae j'ai échappé à la mort? mon coeur nie l'a dit mille fois, combien j'aimerais a lui témoigner ma reconnaissance! M. F-, qui était à la

porte et qui entendit ces derniers mois., entra et pressa cet ancien ami sur son cœur : oui, je fus et je veux être pour toujours votre ami ! M. John était tombé en faiblesse, mais le prévoyant docteur, pensant qu'il en serait ainsi, avait apporté un cordial qui ranima notre ami. M. F. sortit pour le laisser remettre et nous dit : Unexc.es de joie n'a pas toujours des suites fâcheuses, celui-ci n'en aura que des favorables. Un quart d'heure après, M. F. rentra, les deux amis se serrèrent la main, la conversation devint générale et même gaie; la journée s'écoula rapidement, elle avait eu des é motions, mais la nuit qui lui. sug-t céda fut tranquille.

De retour a la ville, nous parcourons les ateliers des arts mécaniques. C'est la que nous admirons l'homme dans ses travaux, et le Maître de la nature dans l'homme. Al)! de combien de génie, de patience, d'adresse, de précision il dota la créature! quelle intelligence fut son partage? et qu'elle est. heureuse l'alliance qui règne entre l'imagination, la volonté et l'exécution. Cependant, l'homme dans ses chefs-d'œuvre de mécanique, ne fait qu'imiter bien imparfaitement et a grand'peîne, ce que lui présente la nature dans toutes ses parties. Le corps de l'homme, sans aller plus loin, n'est-îl pas à lui seul le cbef-iToeayre le plus admirable de grâces, de force et d'utilité? tout cela se trouve en lui, et si l'Etre suprême l'obligea, pour jouir des dons et des facultés dont il fut enrichi, de s'associer à un second lui-même, en lui donnant celle faible et douce compagne, ne devienl-

elle pas pour lui le complément de son être et la source de ses joies? .

C'est dans les ateliers que l'on conçoit mieux encore combien l'homme règne sur Ja nature entière. Les éléments y sont réunis et servent d'agents à sa volonté, il les emploie à l'exécution de ses desseins et à la perfection de son oeuvre. Ici, les métaux les plus communs, ainsi que les plus précieux, se façonnent de mille, manières diverses. Le goût ressort avec magnificence, les richesses brillent et se surpassent. Ces modernes cyclopes travaillent à l'élégante parure de personnes, qui souvent ne méprisent que trop ceux qui créent leurs ornements les plus recherchés. Ces consommateurs, pour la plupart, n'ont pas la plus légère notion des travaux et des fatigues que coûtent des bijoux dont l'art fait l'admiration des véritables connaisseurs. Nous ne visitons pas seulement les ateliers, oh la grande valeur de la matière mise en œuvre fait que son développement n'a lieu qu'en petit volume. Nous- pénétrons avec la même estime, dans (es laboratoires où le génie habite et qui recèlent des artistes distingués. Déjà plusieurs fois nous avons eu l'occasion de nous convaincre que la modestie est la fidèle compagne du vrai talent et du mérite réel ; oh ! combien celte modestie relève a mes yeux celui qui la possède! C'est ainsi que, du plus simple forgeron au plus habile mécanicien, nous avons tout visité, c'est ainsi que nous avons appris à connaître tous liens qui les unissent les nos aux autres. Nous voyons comment l'homme, qui souvent se croit délaissé, oc-

cnpe en sa faveur la société entière. Des milliers de liras, auprès cl au loin, sont incessamment en mouvement pour prévenir ses besoins, ses désirs, même ses fantaisies les plus bizarres et les plus extraordinaires. Si le besoin conduit l'homme au travail, l'émulation le pousse à la gloire. Tout Etat qui vise à devenir florissant , ne saurait atteindre ce but que pat 1 l'encouragement des arts et des sciences, les unes éclairent les autres et tous illustrent le siècle. Les arts créent la prospérité du commerce, qui, à son tour, enrichit l'Etat dans la fortune de l'individu. Aveo nu tel ordre de choses, un Empire n'est pas moins nécessaire que redoutable à ses voisins.

Nous avons' visité la bibliothèque publique, établissement précieux, qui renferme beaucoup de manuscrits remarquables et de choses curieuses. Béni soit le sage qui eut l'heureuse prévoyance de conserver les fruits du génie, la mémoire des faits des hommes, l'histoire de leurs découvertes, ('époque de chaque pas que firent les arts, les sciences et l'expérience! En quittant ce sanctuaire dé la littérature, nous avons formé les vœux les plus stuceres pour que les ouvrages qui, à l'avenir, viendront y prendre place, ne soient écrits qu'en vue de rendre les hommes heureux, donc meilleurs, et pour que ceux-ci aient la volonté et la force de suivre la rente, quelquefois difficile, qui conduit au bonheur.

aifrrîr o «laile».

Génère, janvier."

Je l'avais prévu, Mit.ord.est en proie à la douleur la plus profonde, tel est l'effet que ma dernière a produit sur lui ; je vais te transcrire sa lettre.

« Eh quoi, mou Alfred ! autrefois c'était de voire sein que parlaient toutes les consolations qui retenaient a la vie-voire infortuné ami. Maintenant, c'est de votre main que me viennent les coups les plus sensibles.... Hélas 1 pardonnez à mon injustice. Vous avez rempli, vous accomplissez encore les devoirs d'an fidèle ami, au moment même où je vous accuse. Quel autre droit ai-je, que celui de me plaindre d'une mauvaise fortune, qui me poursuivra jusqu'à la tombe?.. Oui, Alfred, oui, habitants du Grand-Rocher et de Bellevue, vous partagez ma douleur, et qu'elle est amère, puisque c'est le bonheur de ce pauvre enfant, qui est détruit à jamais! Je venais de vous, expédier ma dernière lettre ; j'étais rempli de joie et je me berçais dans les plans les plus fortunés pour nn avenir qui ne devait pas se réaliser. Le cœur encore plein d'émotion, je reçois votre pli et je m'écrie ; Voici qui vient meure le comble au plaisir que. j'ai

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éprouvé dans ce jour fortuné, je romps presque avec précipitation ce cachet; mais déjà vos premières lignes ont changé toutes les fibres de mu figure. Les ombres fugitives du bonheur disparaissent bien plus vile qu'elles n'arrivèrent, et il ne me reste plus qu'une conviction terrible, c'est que James et moi nous sommes nés pour le malheur.

» Vous le cacberai-je, Alfred? je vous ai accusé de cruauté, de barbarie ; que sais-je tout ce que j'ai prononcé contre vous, au premier moment?... Un quart d'heure a suffi pour me faire rougir démon injustice; je vous ai pressé idéalement dans mes bras et je vous ai fait agréer la réparation de mes tons. Vous fuies mon appui, mon soutien, ma consolation ; ne me retirez pas votre assistance au moment où j'en ai le plus urgent besoin. Portez un coup que ma main trop émue et mal assurée ne saurait frapper. Alfred, détruisez tout espoir dans le cœur de James. Oui, je compte sur vos tendres consolations, pour adoucir celle profonde, et douloureuse blessure.

» Infor mué Oning! voilà pourquoi lu voilais avec tant de soins les démarches. Ce mystère est donc éclaire!, Vingt-cinq ans d'une venu exemplaire, vingtcinq années d'une conduite digne de servir de modèle et de travaux marqués au coin de la plus sévère probité, tout cela n'est rien auprès de la faute d'un instant... Tant de bienfaits, tant de générosité, lanl de bénédictions, ne sauraient effacerce moment, ce souvenir révoltant... Oh! malheureuses suites d'une première faute!

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» -Mon -ami, le fils d'un comte et pair' d'Angleterre ; le seul rejeton d'une famille aussi ancienne que noble, à qui l'honneur fui toujours lé bien lé plus précieux et l'héritage le plus désirable, pourrait à la vérité épouser la petite- tille d'un paysan, mais jamais la fille d'un homme condamné à l'échafâud.' Celte idée me fait frémir, et ce mol que je ne puis entendre prononcer me soulève et me révolte. Alfred, l'honneur est le premier de tous les biens, on doit lui sacrifier les plus chères inclinations; j'espère que mon fils ne différera pas d'opinion avec son père, avec l'auteur de ses jours, lui qui se réjouissait de son bonheur, lui qui eut tout fait pour obtenir l'agrément du roi, si Espérance eôtété la fille d'un attire père. Le croiriez j vous, Alfred? mon vigilant Fritz est sur les traces de cette famille. J'ai deux lettres de lui, une de Paris, une de Luxembourg, oit il l'a atteinte. Là, il loge dans le même, hôtel, se disposant à la suivre plus loin jusqu'à ce qu'il reçoive des ordres. Il ne tarit pas en louanges surles manières extérieures de ces personnes. Ah ! que James est à plaindre! Je rappelle Fritz par le courrier d'aujourd'hui.

■a La douleur que j'éprouve anéantit tout autre sujet de joie et de satisfaction; elle efface lotis mes plans et détruit tous mes projets. L'avenir, si serein et si gracieux pour moi, vient de se couvrir de nuages les plus noirs. Les orages semblent s'accumuler ; Dieu!' que j'y sois seul exposé, mais que mon James en soit à l'abri ! puisse-l-il ne vivre que pour le bonheur! Au moins, mon ami, s'il perd l'épouse que son cœur

nvail choisie, un imposteur ne ravira pas sa fortune, et je vais, si j'ai l'esprit assez présent pour cela, vous faire part d'un événement aussi singulier qu'inattendu. Quelques heures avant la réception de voire lettre, j'avais fait une promenade à cheval. Me sentant altéré, j'entrai dans no café pour y prendre quelque boisson. la première personne que je remarquai fut ma partit adverse, en compagnie de jeunes gens de son Age, qui faisaient beaucoup de bruit. Je ne lardai pas à m'y percevoir que j'étais devenu l'objet de leurs railleries ; mais en bavant mon punch, je m'occupais peu de cette jeunesse. Une gazette se trouvant à ma portée, je jetai les yeux dessus, et j'y lusja répétition d'un certain article que je vous ai transcrit en entier..., j'étais livré a une agréable rêverie, même javais pror longé le temps au-delà de ce que je m'étais proposé. de rçsler... Cependant j'allais remonter à cheval, lorsque j'aperçus des agents de police occupés à fermer les issues de la maison. Un constante entra, le silence régna aussitôt, et je vis ma partie adverse rougir et pilir successivement; elle avait ses raisons pour cela* puisque ce jeune homme fut saisi malgré quelque résistance. Il fallut se rendre, ce jeune homme fut emmené sans que jeusse pu en connaître les motifs. Je me rendis directement chei mon avocat pour l'informer de ce que j'avais vu... Je sais tout, Milord, puisque c'est moi... El je vous en félicite de tout mon cœur! Je ne comprenais rien à cela, mais enfin il quitta la style cuigniaiique pour m'apprendre que l'Américain en question était clerc chez un respectable notaire a

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ttosïon ; qu'ayant parcouru les minutas, il avait pensé pouvoir jouer le râle d'héritier de Lord F, ; que nonseulement il avait contrefait tes papiers nécessaires, mais encore qu'il s'était enfui avec les minutes mêmes,, ce qui avait jeté le brave notaire dans les anxiétés les plus cruelles. Plus sensible à l'honneur qu'aux liens de la nature, 11 avait abandonné une femme mou» rante pour courir après le traître. Arrivé a Londres, continua l'avocat , on m'a recommandé le notaire, et d'après le portrait qu'il m'a fait du fugitif, j'ai reconnu les traits du faux fils de Milord F. J'ai engagé mon plaignant à se tranquilliser, l'assurant qu'en deux heures nous aurions l'oiseau en cage... et le voilà pris. La première confrontation aura lien dans demiheure ; si vous avez la curiosité d'y assister, cela ne dépend que de vous. J'acceptai, l'Américain arriva, nous nous rendîmes tous chea le juge. L'accusé ne pqt soutenir la vue de l'homme qu'il avait si indignement trompé. Heureusement que les minutes existaient encore ; on les envoya chercher. Qui n'a pas vu la joie et le ravissement du brave notaire, n'a rien vu ; noua les partagions tous bieu sincèrement avec lui. Mon avocat ne laissa point échapper ce moment, pour terminer aussi mon procès. On fit appeler l'avocat de ma part» adverse et deux autres hommes do loi. ' Le jeune homme, après avoir confessé devant les assistants sa scélératesse, noua délivra uue pièce éqriie et signée de sa main qui commence ainsi, t

«Mot, Pierre-ErançoisK., qui me suis faussement déclaré fils de feu Milord F. et qui ai cherché de Le

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prouver au moyen de papiers conlrouvés, je déclaré que je suis un calomniateur, et par conséquent que je n'eus, que je n'ai et que je n'aurai jamais aucun droit à l'héritage dudit seigneur; endn a que l'action intentée contre Milord B. doit être considérée comme nulle, fausse et non avenue ; que je demande pardon à Dieu, an roi et à la justice, etc. etc. La présenté déclaration pour faire foi en temps requis est signée : » Pierre-François K.

» Nous, témoins et assistants, déclarons avoir entendu la confession verbale et qui a été écrite cidessus, puis insérée au procès-verbal du juge Lord N.,pour la plus grande authenticité de laquelle nous nous sommes tous signés. Londres les mêmes jour, mois et an que dessus.

» Chacun de nous se trouvant satisfait de l'issue de la chose, nous renonçâmes a livrer cet infâme jeune homme à la vindicte publique. J'ai appris que les autorités supérieures n'ont donné que huit jours à ce malheureux pour sortir de l'Angleterre , et seulement viogt-quaire heures pour s'éloigner de Londres, ce qu'il a fait , se trouvant fort heureux d'en être quitte à si bon marché. Mon avocat, nanti de la pièce ci-dessus, n'a pas eu de peine pour mettre à néant le procès. Quant à l'avocat de ma partie adverse, ayant reçu unesigiiilicaiionpouravoiràrembourser mes cinq cents guidées, il l'a fait de suite, ce qui me persuade dfl plus en plus que, soupçonnant la vérité, il s'était fait couvrir à l'avance. Toute cette affaire a produit ici une'

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grande sensation. J'ai éié accablé de visites, mais je n'ai voulu voir personne. Tous ceux qui m'avaient, hautement condamné, se trouvaient être justement,; après l'issue, ceux qui avaient le moins douté de mon droit.

« Les personnes qui ont eu la folie d'accepter l'héritage comme hypothèque et qui ont avancé de grosses sommes au fourbe , sont vraiment les mieux punies. Jugez , mon Alfred , après une journée où à chaque pas que je faisais le bonheur semblait me sourire, combien peu j'étais préparé a recevoir votre lettre! Il est des situations où le chagrin qui oppresse, êmousse la violenee de celui qui lui succède.... mais, du faite de la joie, tomber d'un saut dans un profond abtme de douleur, voilà de quoi mourir sous le coup... Si au moins j'avais été auprès de vous, vous dont les consolations ont le pouvoir de cicatriser les blessures les pins envenimées, je serais bien moins ttajbeweui.... Mais je me trouve entouré de cœurs Brides, portés par- des personnes qui se parent du nom d'amis, sans que dans leur nombre il y en ait un seul dé véritable. Encore, si le malheur ne s'appesantissait que sur moi seul, je lui opposerais cette fermeté qui jusqu'ici m'a fait braver toutes ses atteintes, mais c'est sur mon fils qu'il vient fondre ; ail! ne puis-je pas me nommer un père infortuné! »

Tout le reste de la lettre de Milord est rempli de tristesse. Il est dans une situation excessivement pénible, aussi, pour bien des choses, voudrions-nous qu'il fui ici, ou que nous fussions auprès de lui. Je vais,

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dans ma répoase, chercher par toutes les considérations possibles, à le ramenée auprès de nous. Je crains beaucoup de ne pas réussir a le persuader. Mou ami, si nous partageons la douleur de Mi tord, si les coups qui déchirent son cœur Tout gémir les noires, ne me resie-t-il pas la lâche la plus difficile, la plus cruelle à accomplir?... L'absence de mes enfants dans cet instant, est une occasion favorable... Je te quitte, Charles, pour faire un malheureux, à peine ai je la force de me lever pour sonner.... Dieu ! que je suis cruellement agité!... J'entends qu'il vient....

La présence de James m'a rendu touto ma fermeté, et moi-même je lu) ai trouvé plus de courage et de résignation que je n'aurais osé l'espérer.... Vous m'avez fait appeler, bon ami, m'a- l-il dit en entrant : auriez-vous qualqu'intéressanle nouvelle à me communiquer? Oui , James, j'en ai une, mais, mon enfant, l'homme voit rarement ses désirs accomplis... alors, sa plus grande vertu, c'est la soumission la plus aveugle aux décrets du Ciel, qui mieux que nous-mêmes connaît ce qui nous convient... Cher James, voire félicité nous est tout aussi chère que la noire, et vous avez pu vous convaincre, que Milord, votre respectable père, mettait plus de zèle à retrouver Espérance qu'à gagner son procès. Fritz, ce fidèle serviteur, attachait une gloire toute particulière à découvrir cette demoiselle, il esl vraisemblable que sou activité' ne fût pas demeurée sans succès. Mes amis Charles et Théodore, ma maison de Gènes, n'ont laissé aucun de leurs correspondants sans réclamer leur coopération,

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pour obtenir des informations, des îcbircissemeols j moi-même j'ai écrit partout oh je le croyais utile... Ne croyes-pas, mou ami, que ee soit pour vous instruire de vos obligations que je vous répète ceci ; vous n'en arez contracté aucune, parce qu'en cherchant a roui rendre heureux, cous aurions partagé votre bonheur... Mais Espérance est perdue pour véas.... Comment! l'infidèle sérail mariée?... Non, James, non, elle ne l'est pas, au moins je ne le crois pas; vous parles l'ai. lemand comme votre propre langue, lisez cette let. tre... Son trouble était si grand, qu'il ne savait ce qu'il faisait... il demeura près d'une heure a parcourir celte funeste missive.. . Ses traits s'altéraient à chaque ligne, el lorsqu'il en fut a l'endroit fatal, il jeta un cri douloureux, laissa échapper la lettre et tomba dans mes bras, sanglottant sur ma poitrine. . . Charles, pardonne ma .réflexion, mais il faut être père, pour sentir tout ce que cet instant avait de déchirant.... Mes larmes coulèrent avec les siennes, il se trouva moins

malheureux Et mon père, mon excellent père,

connaît-il toute retendue de mes chagrins, et de ma perte?... Oui, mon ami, et son cœur n'est pas moins affligé que le vôtre ; lisez sa lettre que j'ai reçue hier, au soir. Vous me trouviez un air de tristesse, ditesle-moi, en (nt-il jamais de plus juste?... Après un moment de silence, il s'écria : je veux partir... je vena aller consoler mon père.... Non, James, votre pré-, seucc ne ferait qu'augmenter votre douleur mutuelle. Je n'attendais ni moins die courage, ni moins de tendresse filiale de voire part ; prouvez à Milord qua

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vous éics digne 3e lui , que ce soit tle tous qu'il reçoive la première consolation, que votre main essuie' ses larmes.... Un jour, je l'espère, vous connaîtrez combien tes consolations d'un fils sont précieuses pour un père, et quelle puissance elles exercent sur son cœur. Plus j'élevais son ame, en lui faisant goùler les délices attachées au devoir, plus j'émoussais la donleur. J'avais mis aux prises l'amour filial et celui d'Espé* rimec, l'nn n'offrait qu'on résultat déshonorant, l'autre l'élevait à ses yeux. La victoire, il est vrai, était achetée par un sacrifice si douloureux. La défaite n'offrait aucun espoir, au contraire elle entraînait la honte à sa suite... Oh, mon père ! s'écria-l-il, je serai digne de vous et de l'ami que je pressé dans mes bras. Mon cœur est brisé, cependant je ne puis anéantir l'image de cette innocente, de cette vertueuse Espérance* Non, elle ne me quittera jamais, elle embellira chacun de mes instants. Je fais le serment qu'aucune Outré ne la remplacera» Il avait prononcé ces derniers mots avec ane dignité imposante, et un sang-froid qui ne pouvait être de durée. Ne prenez pas d'engagement téméraire, James, vous êtes jeune, le temps

effacé et détruit les sensations les plus profondes

Non, digne ami, il ne me restera plus que lé souvenir du passé, il plonge le présent dans l'amertume, puisse-l-il s'adoucir pour l'avenir!,... J'entrevis qu'il allait revenir sur sa perte, je l'en détournai en lui disant que j'allais écrire à Miiord ; il rappela de nouveau son courage et sortit. J'étais presque inquiet du sflence qui régnait dons sa chambre', lorsqu'un quart

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d'heure après je le vis reparaître avec toute la joie' de l'espoir peinte sur sa figure. Oh, mon digne ami! elle esl protestante, cinquante fois je l'ai vue au temple, et M. Ouing le Bavarois doit èlre catholique!...' Cette objection inattendue, que les veux perçants de l'amour avaient trouvée, m'interdît au premier instant; mais, me remettant : James, lui dis-je', ceci est un bien faible sujet d'espoir, parce que M™* Otiing étant Anglaise, le contrat de mariage aura parte que les garçons seraient élevés dans la religion de leur père, et les filles dans là communion de leur mère. C'est sans doute pour cela que M*" Ouing, en femme prudente, aura éloigné sa fille du toit paternel, afin d'éviter à cet enfant unique le chagrin d'ouïr les discussions que de pareilles alliances entraînent à leur suite; la différence des croyances, finissant presque toujours par désunir des familles faites pour s'aimer et pour vivre heureuses sous tous les autres rapports. Il reprit sa tristesse et rentra lentement dans son appartement. Deux heures après, il m'apporta sa lettre ouverte. Chaque ligne portait l'empreinte de ses combats, les traces de son agitation et les signes de sa douleur.... mais il avait remporté la victoire, son ame pure et généreuse se peignait à chacun de ses mots. L'affligé. donnait des consolations, celte lettre enfin demeure la preuve irrécusable de la noblesse de ses sentiments, de la solidité de ses principes et de l'empire qu'il exerce sur lui-même.

Charles, si tu voyais quelles suites ces combats ont bissées après eux ! James est désormais morneei

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silencieux, tout ce qui l'entoure lui est es quelque aorte indifférent. La musique semble seule avoir conservé quelque attrait pour lui. Mes enfants attribuent lu situation d'âme de leur ami à l'absence de Milord- James sourit à leurs consolations et se détourne pour essuyer une larme. Voilà, mon ami, coin, ment nos jours s'écoulent dans la tristesse. Que n'arons-noos la perspeslive de voir ces douleurs se modérer! mais le temps seul, dans sa course lente, pourra cicatriser de si profondes blessures... Oh! mon ami et mon refuge! mon coeur a bien besoin du lien pour soulager les cuisantes peines qu'il endure.

3Ufrrt à Cjurlrs.

Le temps écoulé dans la douleur semble s'allonger, cependant il la calme et finit par la transformer en une douce mélancolie. Il n'est pas de remède plus efficace pour les manx de l'âme,- qu'use vie agissante et laborieuse; c'est la raison pour laquelle le journalier paraît plus insensible aux perles douloureuses que l'homme riche qui n'a pas de distraction active. Je nte suis donc empressé d'occuper considérablement

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nos jeunes gens et James en particulier, afin de lui filer tout loisir à la réflexion ■ Déjà je vois mes soins se couronner de quelque succès. Ce serait manquer absolument son but, que de présenter des objets. riants à un' être malheureux. Il faut à l'âme malade des remèdes analogues à ses souffrances. J'ai donc cherché d'offrir du soulagement à James, en lui mon* trant des créatures encore pins souffrantes que lui. A cet effet, j'ai obtenu de nos magistrats la permission de visiter les prisons. Nous avons pénétré dans cet asile du crime, quelquefois de l'innocence opprimée, souvent de l'infortune dénuée de secours et en proie à la barbarie de créanciers sans miséricorde* Nous ne pûmes nous défendre d'un frémissement involontaire, en voyant refermer sur nous ces portes énormes. Le bruit des clefs, le cri des verrous, la ligure sinistre du guichetier, le peu de jour, le silence qui règne et qui n'est interrompit que par des exclamations dures, ou des refus brusques du geôlier, tout cet ensemble nous remplit d'une profonde émotion . J'ignore ce qui nous donnait de Ja pâleur, j'ignore si l'air que respire le crime est pestilentiel, mais nous étiont presque comme des coupables. Voilà done ces matsons de force, ces habitations des criminels livrés à la. douleur et au désespoir.... refuges devenus nécessaires à la société et dépôts indispensables aux Emts !

Nous visitâmes d'abord les prisonniers en chambre libre ; nous distinguâmes bientôt ceux que leur triste, situation rendait misérables.. Leur confusion, leur soin à fuir les regard? en s 'eifeçaal dans rendrait le-,

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plus sombre, annonçaient suffisamment des hommes qui n'étaient pas nés pour habiter de pareils lieux.

D'autres prisonniers, chez qui tout sentiment d'honneur est éteint, que la honte ni le remords ne sauraient plus atteindre, jouaient à la faible clarté d'une fenêtre grillée, tout aussi tranquillement qu'au cabaret. D'au; très, réunis en groupes, raillaient leurs alentours par des rires outrageants, ils tenaient des propos cyniques, ou critiquaient le gouvernement en bafouant la justice. C'est ainsi que, sans pudeur et pour comble d'infamie, leur situation était encore riante pour eux... Nous ne pâmes pénétrer dans les chambres closes, en nous conduisit dans les cachots.. ..Quel son que celui de ces êtres enterrés de leur vivant! . . Ces chaînes, cette privation de lumière, celle humidité, celte nourriture suffisante pour ne pas mourir, cette paille. . Nous ne voulûmes pas en voir davantage, après être restés une heure à l'Evéché; nous ne commençâmes à respirer a l'aise, que quaod nous nous retrouva- mes sous la voûte immédiate des cïeux.

L'homme est-il donc né si féroce et si indomptable? médirent mes fils, qu'il faille tant de précautions et de soins pour le retenir prisonnier, et qu'à son égard on emploie plus de force et de moyens que polir les animaux les plus cruels.... Mes amis, plaignons la société de nourrir des membres qui, par toute absence de surveillance, ou par suite du plus entier abandon dans leur bas âge, enfin, par l'exemple ou la séduction, se formèrent un naturel si terrible et si dangereux, que les tribunaux se trouvent

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Jans l'obligation de sévir contre eus en les soumettant à un traitement pareil. Sans doute qu'à cet aspect tous les cœurs sensibles sont oppressés, mais la tranquillité générale, mais la sûreté individuelle, exigent des mesures aussi sévères et aussi précises.... Tous avez pu vous convaincre qu'encore elles sont trop douces vis-à-vis de quelques-uns de ces individus, qui, reclus dans ces prisons, semblent y jouir d'un essor d'esprit , d'une aisance naturelle el d'un bienêtre qui porteraient à croire qu'ils s'y trouvent comme en pleine liberté.

Au reste, la sagesse et la justice des lois, l'humanité des juges el la douceur du gouvernement, sont de suffisantes garanties pour être convaincu que personne ne revêt à tort cet asile du coupable. Celui qui y est provisoirement conduit, subit sans délai un interrogatoire qui l'instruit de la cause qui le prive de sa liberté jusqu'à prononcé du jugement.

Dans tous les cas, que le détenu soit innocent ou coupable, il est à désirer avant tout qu'on voie en lui un homme, et qu'on le traite sous ce point de vue unique. Béni soit le souverain dont l'humanité active et bienfaisante s'étend sur la retraite du coupable ! que toujours il veuille que l'infortuné, ayant perdu sa liberté, habite des prisons aussi saines el aussi supportables qu'un local de cette nature le permet! que dans ces retraites, souvent très-ré trécîes, l'aïr joue librement; que les aliments, quoique grossiers, soient naturels et non corrompus. On ne saurait nier qu'il' exîstedes catégories de criminels pour lesquelles la ré-

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çlusion la plus terrible et les irai le ai émis les plus sévères soin encore doux. Mais qu'il soil permis d'implorer l'humanité en faveur de tous ceux qui, moins coupables ou plus repentants, subissent l'agonie d'une longue détention. Le Maître leur tiendra compte un jour de cette noble bienfaisance.

Une chose qui nous chagrina beaucoup, fut de rencontrer dte débiteurs insolvables dans la compagnie de voleurs et de filous. Il nous a semblé qu'il devrait y avoir des prisons, ou tout au' moins des quartiers bien distincts dans la prison pour ces classes-là. It est vrai que ees débiteurs sont fort coupables dé n'avoir pas satisfait leurs créanciers; cependant, à quelques exceptions près, on trouve que la plupart furent plus imprudents ou plus malheureux, que criminels. Au moins n'esl-il pas à présumer qu'il existe un homme suffisamment avili pour supporter de gaké de cœur la perle de sa liberté et la lâche qui s'imprime à ceux qui revêtent tes prisons, enfin de venir y éprouver tous les dégoûts que l'on y rencontre, pour peu qu'il se trouvât en position de faire autrement.

On nous dit aussi qu'il y avait des prisonniers auxquels le geôlier loue des chambres agréables et commodes. Nous ne saurions voir là qu'un abus criant. Ce richard est-il moins criminel, parce qu'il possède des trésors? Pourquoi jouirait- il d'une faveur dans sa punition, puisque la loi le confond avec le misérable ? S'il ue voulait pas être avili par un traitement semblable, il n'eût pas dû se rendre coupable. • Doux ca» seul» me sembleraient susceptibles de nié-

Hier quelque allégement, En première ligne, les débiteurs ayant été véritablement malheureux, et qui sont sans, reproche; ensuite ceux qui revêtent les prisons pour délits de vivacité, de légèreté ou d'imprudence.' Ces deux catégories ne sauraient être considérées comme de vils criminels, bien qne punissables aux yeux de la loi. D'une part le créancier éprouve un dommage, de l'autre l'individu a été offensé, les deux délits exigent une réparation ; la société fait droit, la loi prononce une détention de quelque durée au premier cas, dans l'autre, des excuses et quelques jours de prison... Cette privation de la liberté -est un châtiment à-la fois doux et sévère... Doux, parce que les insultes conduisent aux animrosités, qui troublent les sociétés et peuvent avoir des suites les plus graves, les r4ns funestes ; sévère , parce que la liberté est le premier, le plus grand des biens que possède l'homme ; et qu'en perdre l'usage, ne fut- ne que pour quelques jours, c'est «se privation qui doit faire surgir de profonds regrets.

Nous ne nous sommes point bornés a visiter la prison. Nous avons assisté aux plaidoiries de deux causes. La première a été le triomphe de l'avocat et de l'innocence. Le prévenu, accusé de délits qu'il ne commit jamais, a été défendu par nn homme fort habile. Quelle beauté d'organe, quel feu, quelle éloquence mate «t persuasive! Pas «ne phrase, pas nn mot, qui n'eAl un but a atteindre et qui le manquât. Les preuves se succédaient avec ordre; la clarté naissait, en fin la vérité brilla de tout son éclat... Les accusations mises

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