‹ Lettres écrites en 1786 et 1787Chapitre 4 sur 11 · LETTRE D'UNE DAME · texte numérisé non relu

LETTRE D'UNE DAME

^1' * '^[^^ 'est moi , monsieur, qui viens frap- ^i i^ "^ï P^'' ^ ï^ porte de votre solitude bre- ^^:^ ^ "^îtît tonne : allez-vous me bien recevoir , ; OU bien crierez-vous à l'importunitë ? i\ importe, j'entre et je m'asseois paisiblement en attendant que vous soyez prêt à me donner audience.

Aujourd'hui j'ai à vous dire que j'ai lu de délicieuses lettres que M. Ballanche m'a enfin prêtées, et c'est pour en causer que je prends la plume. M'excuserez-vous maintenant? oh oui ! car j'en suis sûre, ces lettres remuent encore par le souvenir

' Le nom de la personne , dont la modestie s'en offenserait peut-être , ne sera pas indiqué à la fin de cette lettre , qui a déjà été insérée dans la première édition, et qui a inspiré ^t un écrivain de grand renom cette si juste parole :

« C'est madame de Sévigné , avec de l'ame. »

xij LETTRE D'UNE DAME

toutes les Fibres les plus délicates et les plus tendres de votre cœur.

Il y a eu dans voire vie un moment où le ciel s'est ouvert à vos regards, et vous a laissé voir un de ses anges souriant et doux. De telles visions ne s'oublient pas et se payent bien cher; le cœur en demeure troublé pour long-temps, pour toujours peut-être. Pourtant c'est quelque chose dans la vie qu'un doux souvenir; on sait où réfugier sa pensée quand le présent est amer, quand on s'est brisé le cœur contre l'aride et dure réalité. C'est un trésor que de pareilles lettres ; je les ai lues avec un intérêt tout particulier, et je me suis senti le besoin de vous dire tout ce qu'elles m'ont fait éprouver de tendre admiration pour celle qui les a écrites.

Quel sens élevé ! quelle sagacité possédait à son insu cette personne si complètement ignorante d'elle-même! elle devait avoir bien du charme, il me semble que je l'aurais beaucoup aimée! Vous le dirai-je pourtant? la lettre de rupture m'aurait paru cruelle si la vie d'une carmélite n'était venue me l'expliquer : sacrifier soi et celui qu'on aime à Dieu est sublime; les sacrifier au monde serait lâche. Il ne faut avoir là-dessus aucun doute, et le voile de la religieuse qui vient plus tard envelopper toute cette vie d'ange, n'en

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