Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]
Cu Mémoires sur le Tunquin, la Cochinchine et la Chine, ont de quoi intéresser et instruire ceux qui daigneront les lire.
Sont plus des sauvages ou des nations dans une déplorable servitude, dont nous allons offrir le tableau à nos Lecteurs. Ce sont des peuples depuis long-temps réunis en société, et jouissant des avantages d’une législation sage et d’un gouvernement OCCUPÉ à maintenir l'ordre et la police.
Îls n’en étoiert peut-être que plus diffciles à éclairer des lumières de l'Evangile.
Une longue habitude de culte Superstitieux, un respect immodéré pour d'anciens usages, la fierté et la foiblesse de la raison » des pré-
jugés invétérés, des passions qu'on étoit accoutumé à suivre
Ce ne
Sans contrainte et sans
remords , étoient autant d'ennemis de notre ES
i PRÉFACE.
sainte loi. Aussi n’ont-ils cessé de s'opposer aux travaux des Missionnaires, de les traverser, de les persécuter.
Le Tunquin et la Cochinchine, par où nous commençons ces Mémoires, nous offrent une peinture effrayante de tout ce qu’avoient à souffrir ces hommes apostoliques. Ils nous en rendent compte avec la simplicité des fidèles des premiers siècles du christianisme, et mêlent à leurs relations des observations sur les usages, les mœurs, les lois, les productions du pays qu'ils parcouroient , et qu'ils arrosoient de leurs sueurs et même de leur sang: car plusieurs d’entr'eux ont eu le bonheur et la gloire de le répandre pour la défense de la foi. Ils nous ont aussi donné des cartes géographiques et une notice très-étendue sur l'histoire du Tunquin et de la Cochinchine.
Ces deux royaumes firent long-temps partie du grand empire de la Chine; mais les peuples mécontens de leurs gouverneurs, qui loin de leur souverain abusotent souvent de l’autorité qui leur étoit confiée, se révoltèrent, prirent les armes, choisirent un roi de leur nation, et secouèrent le joug des
Chinois.
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Ce n’est que depuis environ troi
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Il ya beaucoup d'apparence que le nom de Chine nous est venu des Arabes, qui
appeloient cet Empire Sr;
2, du nom qu'il Porta sous la famille on dynastie des Tsin,
fondée par Che-hoangti, deux cent cin- Quante-cinq ans avant Jésus-Christ.
Vers la fin du xr.e siècle, Gengis-kan, empereur des Tartares-Mogols occidentaux, fut appelé par l'Empereur de Ja Chine pour l'aider à se défendre des Tartares orientaux.
Gengis-kan se rendit maître lui-même du Pays qui imploroit son Secours, et étendit ses conquêtes dans un espace de plus de huit cents lieues de l’est à l'ouest, et de plus de mille du nord au midi. Ses quatre fils
régnèrent successivement sur ce vaste Empire, et le dernier avoit donné à sa famille le nom d’}, ven.
Une famille chinoise chassa ces Tartares- Mogols, monta sur le trône, et prit le nom
régné jusqu’en 1644, que
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iv PRÉFACE.
les Tartares-Mantcheoux ou orientaux se rendirent maîtres de la Chine. Îls y règnent aujourd’hui sous le nom Tsing. C'est la vingt-deuxième des familles ou dynasties qui ont successivement occupé le trône impérial de la Chine.
Jean Carpin, polonais, de l’ordre de saint François, est le premier connu, qui, dans le x. siècle, pénétra dans la Chine; il nous a donné une relation de son voyage, ainsi que Rubruquis, capucin et français, qui ne dit pas y avoir pénétré après Carpin, mais qui raconte comme lui des choses merveilleuses de la Chine, qu'il appelle le royaume de Katay, et qui nous parle de ses richesses, des arts, des manufactures et des sciences qui y fleurissoient. ;
Marc Paole, vénitien, et après lui Nicolas et Matthieu Paole, de la même famille, y ont fait deux voyages. On les regarde comme les pères des découvertes modernes ; Henri IIL, prince de Portugal,
d’un génie haräi et éclairé, aperçut à travers
les notions obscures qu'ils nous donnoient, qu’il seroit possible de pénétrer en Asie par une voie plus courte et plus sûre que celle qu’on connoissoit. En 1418, ilexpédia deux
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PRÉFACE. v vaisseaux pour reconnoitre la mer, ses caps et ses promontoires, [ls lui ouvrirent la route des Indes.
Le vice-roi de ces parties découvertes et conquises , Lopez Zouza, portugais, s’occupa du soin d'établir une branche de commerce avec la Chine.
IL fit partir de Goa, en 1517, une escadre de huit vaisseaux chargés de marchandises, sous le commandement de Fernand d’Andrada , avec Thomas Pereira , revêtu du caractère d’ambassadeur du roi de Portugal vers l'Empereur de la Chine. D'Andrada ” d'un caractère doux et liant, gagna l'amitié du vice-roi de Canton, qui fit avec lui un traité de commerce avantageux.
Pereira partit pour se rendre à Pekin ; mais dans cet intervalle, les Portugais qui étoient restés au bas de la rivière de Canton, usèrent de violence envers les Chinois, les forcèrent à prendre les armes, et les irritérent au point qu’on tenta d'arrêter tous ces étrangers. L'Empereur, promptement
informé de ces excès, reçut fort mal Pereira, le fit charger de chaînes et reconduire à Canton, où il mourut en prison.
Cependant, quelques années après ce
vj PRÉFACE.
voyage de d’Andrada, les Portugais eurent occasion de bien mériter des Chinois, et réparèrent la faute qu'ils avoient commise.
Ils enveloppèrent et prirent un pirate qui infestoit les mers de la Chine , et en désoloit les côtes. C’est en reconnoissance de ce service, que l'Empereur leur accorda la permission de s'établir à Macao > Mais avec des restrictions qui annoncent la prudence ou
la défiance naturelle anx Chinois.
Quelques Missionnaires , enflammés par l'exemple de saint F rançois-Xavier, arrivèrent dans cette place avec le projet de pénétrer à la Chine. Le père Ricci, jésuite, très-habile mathématicien > élève de Clavius, : ] Parvint, après mille dangers, à s'y établir en 1582; il fut même mandé à Pekin, où il mourut en 1610, à l'âge de 88 ans. ù Pendant la conquête des Tartares orien-
QUx, qui se fit, comme nous l’avons déjà
observé, en 1644, les Missionnaires furent
1 obligés de se disperser et de se cacher dans t
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alors très-peu de progrès, et ne commença L
ï à refleurir que lorsque les troubles furent ù € | calmés. |
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PRÉFACE. vi} des arts et des sciences de l'Europe, fut très-favorable aux Missionnaires; il les honora publiquement de sa protection ; il les employa avec succès, leur accorda par un édit solennel, daté du mois de mars 1692, la permission de prêcher leur loi, qu'il avoit étudiée et qu'il estimoit, en occupa plusieurs dans son palais, et surtout dans le tribunal des mathématiques.
Le nombre des Missionnaires augmenta ; il en vint de différens ordres religieux. Les Jésuites, charmés de cette augmentation d'ouvriers évangéliques, les vire. arriver avec une vraie consolation, les aidèrent, les soutinrent dans les établissemens qu'ils avoient formés, et Parurent, quoiqu'on en dise, fort éloignés de vouloir être les seuls à travailler à la conversion des Chinois. On en peut juger par les premiers témoignages que rendirent à leur zèle et à leur charité ces nouveaux débarqués. Bien loin de les traverser comme 1ls en avoient la facilité, ils les reçurent comme leurs frères , et leur rendirent tous les services qu'ils pouvoient en attendre.
Les esprits ne s’a!iénèrent qu'au bout de quelques années ; et ne seroit-ce point à la
—— | SRE
viij PRÉFACE.
faveur du prince pour les premiers venus, qu'il faut attribuer en partie les troubles qui désolèrent cette Église naissante ? elle excita la rivalité, la jalousie peut-être de quelques autres Missionnaires.
On accusa de complaisance criminelle ceux que l'Empereur honoroit de sa bienveillance. Le zèle de la pureté du culte que nous devons rendre à Dieu en fut alarmé.
De là tant de clameurs, tant d’accusations bien ou mal fondées. Nous n’entreprenons ni de les discuter, ni de les réfuter : nous nous contenterons d'observer que les Jésuites n'ont point attaqué les premiers; qu'ils n'ont pas cru devoir repousser la main bienfaisante d’un Empereur qui se déclaroit leur protecteur et celui de la religion; qu'ils n'ont jamais refusé d'employer leur crédit pour tous les ouvriers indistinctement qui travailloient dans la vigne du Seigneur; que dans leurs lettres ils ne se plaignent de qui que ce soit, et paroissent: se faire un plaisir de rendre justice aux vertus et aux talens, sans acception de personne, et qu'enfin lorsque Rome a parlé, ils se sont soumis avec respect à tous les décrets qui en sont émanés.
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