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ces belles gravures recueillies dans ces grands livres
ui ont été mis au jour, pour faire connoître à tout
l'univers la magnificence de la cour de France, Les
Chinois considèrent tout cela avec une extrême
Curiosité,
C'est au bout de cette cour qu'est bâtie l'église.
Elle a soixante-quinze pieds de longueur , trente. trois de largeur et trente de hauteur, L'intérieur de l'église est composé de deux ordres d'architecture : chaque ordre a seize demi-colonnes couvertes d’un vernis vert; les piédestaux de l'ordre inférieur sont de marbre; ceux de l’ordre supérieur sont dorés , aussi bien que les chapiteaux , les filets de la corniche , ceux de la frise, et de l’architrave. La frise paroît chargée d’ornemens qui ne sont que peintss les autres membres de tout le couronnement sont vernissés avec des teintes et des dégradations selon leurs différentes saillies, L'ordre supérieur est percé de douze grandes fenêtres en forme d'arc , six de chaque côté, qui éclairent parfaitement l'église.
Le plafond est tout à fait peint. Il est divisé en trois parties : le milieu représente un dôme tout ouvert, d’une riche architecture ; ce sont des colonnes de marbre qui portent un rang d’arcades surmonté d'une belle balustrade ; les colonnes sont elles-mêmes enchassées dans une autre balustrade d’un beau dessein » avec des vases à fleurs fort bien placés ; on voit au-dessus le Père éternel assis dans les nues sur un groupe d'Anges, et tenant le monde en sa main,
Nous avons beau dire aux Chinois que tout cela est peint sur un plan uni, ils ne peuvent se persuader que ces colonnes ne soient pas droites, comme elles le paroïssent : il est vrai que les jours y sont si bien ménagés à travers les arcades et les balustres, qu'il
est aisé de s’y tromper. Cette pièce est de la main de M. Gerardini ( peintre italien ).
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Aux deux côtés du dôme, sont deux ovales dont les peintures sont très-riantes, Le retable est peint de même que le plafond; les côtés du retable sont une continuation de l'architecture de l'église en perspective. C’est un plaisir de voir les Chinois s’avancer pour visiter cette partie de l’église qu’ils disent être derrière l’autel, Quand ils y sont arrivés, ils s'arrêtent, ils reculent un peu , ils reviennent sur leurs pas , ils y appliquent les mains, pour découvrir si véritablement il n’y a ni élévations ni enfoncemens.
L'autel a une juste proportion, Quand il est orné des riches présens de la libéralité du Roi , que vous nous avez apportés d'Europe, il paroît alors un autel érigé par un grand Roi au seul Maître des rois,
Quelques soins que nous nous soyons donnés, l'église ne put s'ouvrir qu'au commencement de décembre de l’année dernière, On choisit un dimanche
our la cérémonie, Le père Grimaldi, visiteur de a Compagnie dans cette partie de l'Orient, accompagné de plusieurs autres Missionnaires de diffé rentes nations, vint bénir solennellement la nouvelle église. Douze catéchistes en surplis portoient la croix, les chandeliers, l'encensoir, etc. Deux prêtres
avec l’étole et le surplis marchoient à côté de l'offi-
ciant : les autres Missionnaires suivoient deux à deux , et ensuite venoient en foule les fidèles que la dévotion avoit attirés.
La bénédiction achevée, tout le monde se prosterna devant l'autel ; les pères rangés dans le sanctuaire, et tous les fidèles dans la nef, frappèrent plusieurs fois la terre du front. La messe fut ensuite célébrée avec diacre et sous-diacre par le père Gerbillon , qu'on peut regarder comme le fondateur de celte nouvelle église, Un grand nombre de fidèles commumiérent; on pria pour le Roi très-Chrétien à notre insigne bienfaiteur , et le père Grimaldi fit à
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la fin de la messe un discours très-touchant. Enfin, la fête se termina par le baptême d’un grand nombre de catéchumènes, La messe se célébra la nuit de Noël avec la même solennité » etavec le même concours de fidèles. Si les instrumens chinois » qui avoient je ne sais quoi de champêtre , ne m’eussent fait ressouvenir que j’étois dans une mission étran-
ère , j'aurois cru me trouver dans le cœur de la Fiense » Où la religion jouit de toute sa liberté, Vous ne sauriez croire la multitude de personnes de distinction qui sont venues voir cet édifice ; tous s’ Prosternent à plusieurs reprises devant l'autel ; plusieurs même s'instruisent de notre religion , s’y affectionnent, et donnent lieu de croire qu'ils l’embrasseront dans la suite,
Quelle douleur pour nous, si nous avions le malheur de voir détruire un ouvrage qui fait triompher la religion jusque dans le palais d’un prince infidèle! nous en avons couru le risque deux mois après qu'il a été achevé : voici comment la chose se passa.
Le 12 de février de cette année 1704, le frère Brocard qui travaille à des instrumens de mathématiques chez le prince héritier, avec toute l'amertume de la croix de Jésus-Christ, reçut ordre de donner la couleur bleue à quelques ouvrages d'acier. Le premicr avoit la figure d’un anneau » le second :epré.. sentoit une garde d'épée tout à fait ronde , le troisième avoit la forme d’nn pommeau d'épée , et le quatrième étoit une pointe quadrangulaire fort émoussée, Tout cela est nécessaire Pour ce que je dois dire.
Je me trouvois alors dans l'appartement où travailloit le frère Brocard , pour l'aider à perfectionner quelques ouvrages. Le père Bouvet, qui nous sert d'interprète | y fut aussi appelé, et après avoir observé ces morceaux d'acier , il me dit qu'il craignoit
fort que ce ne fussent les pièces d’un instrument idolâtrique. Je lui demandai plusieurs fois sur quoi il fondoit ce soupçon ; mais il ne put me répondre autre chose, sinon qu’elles lui paroissoient être les pièces d’un sceptre d’idole : je les examinai de mon côté avec attention, et je n’ÿ pus rien apercevoir que quelques fleurs assez mal gravées.
Cependant le premier eunuque du prince héritier vint nous ordonner de sa part de mettre au plutôt cet acier en couleur. Nous le conjurâmes de vouloir bien représenter au prince la peine où nous étions de ne pouvoir lui obéir, jusqu'à ce qu’on nous eût éclairei sur le doute qne nous avions touchant l'usage du pen qu'il nous avoit envoyé (c’est ainsi qu on appelle cette espèce de sceptre ); que nous craignions que ce ne fût le pren de Fo , ou de quelque autre idole ; et que dans ce doute , il ne nous étoit pas permis d'y travailler, L'eunuque protesta que le pten étoit uniquement destiné à l'usage du prince, €t nullement à celui des idoles. Permettez-moi néanmoins de vous représenter , répliqua le père Bouvet, que ce pren ressemble fort à cette espèce d'arme qu'on donne à certains génies supérieurs aux autres, et à laquelle il me semble que le peuple attribue le pouvoir de défendre des malins esprits. Or , selon les principes de notre religion , nous ne pourrions travailler à de pareils ouvrages, sans nous rendre coupables devant Dieu d’un très-grand crime , et le prince est trop équitable pour l'exiger de nous.
L'ennuque pen instruit des devoirs de notre religion, et choqué de notre résistance , au lieu de répondre au dinte du père Bouvet, nous traita d'opimâtreset d’ingrats; ils’efforca même de nous prouver avec chaleur , que quand il s’agiroit du p'en de Fo, nous n’en devions pas moins obéir au prince ; qu'après les grâces dont l'Empereur nous avoit comblés, et dans le temps qu’il venoit de nous permettre de