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bâtir jusque dans l’enceinte de son palais une église auDieu que nous adorons, il étoit indigne , sur une fausse délicatesse, de refuser au prince son fils une bagatelle, Ensuite ajoutant les menaces aux reproches , il nous exposa les suites fâcheuses que notre désobéissance pourroit avoir.
Nous répondîmes que l'Empereur étoit le maître de nos vies; que nous étions pénétrés de reconnoissance pour tous ses bienfaits; surtout ; Que nous lui étions infiniment obligés de la protection qu’il accordoit à notre sainte loi ; qu’en toute autre UCCasion nous étions prêts à lui obéir, comme nous av:ons fait jusqu'alors , quelque chose qu’il nous dût coûter ° que nous nous esüimions même trop honorés qu'il voulût bien agréer nos services; mais que quand il faudroit encourir sa disgrâce , et nous exposer aux plus affreux châtimers, on ne rious e"gageroit jamais à rien faire contre la pureté de notre «eligion.
Après une déclaration si nette, l'eunuque s’efforça par toutes les voies d’honnêteté de vaincre notre ré sistance, Il dit au père Bouvet que nous pouvions nous fier à sa parole, et que le pren, dont il s’agis— soit, n’avoit aucun rapport ni à Fo ni aux autres idoles. Un de ceux qui l'accompagnoiïent, m’assura la même chose en particulier , et me dit que l’Empereur lui-même en avoit un semblable,
Comme nous savons jusqu'où les mandarins portent leur complaisance pour l'Empereur et pour le prince , nous ne crûmes pas encore devoir nous en rapporter à leur témoignage. Je pris donc la parole, et je dis que, puisque le pren appartenoit au prince, personne n’en devoit mieux savoir l'usage que lui; qu'il lui étoit aisé de lever ie doute qui nous arrétoit ; que s’il youloit bien nous expliquer lui-même l'usage qu’il souhaite faire de cette arme » et nous assurer que ni lui ni les Chinois n’y reconnoissent aucune vertu particulière , sur le champ il seroit obéi. Nous
étions en effet assez convaincus de la sincérité du prince pour ne devoir plus avoir lieu de douter , après le témoignuge qw'il nous auroit rendu.
Vous êtes bien téméraires , reprit l’eunuque, de faire une pareille demande! En même temps il nous quitta pour aller faire son rapport au prince. Tous ceux qui furent témoins de cet entretien > NOUS regardèrent comme des gens perdus. Quelque temps après, on vint nous avertir d'aller au palais rendre raison de notre conduite. Les traitemens que nous reçüûmes sur la route , de la plupart des officiers, nous firent juger que nous n’en devions pas recevoir Un trop favorable du prince même, J’arrivai le premier. Dès que je fus en sa présence, je me prosternai selon la coutume, Il étoit an milieu de toute Sa cour, à l'entrée de son appartement, et me regardant d’un air plein d'indignation et de colère : « Faut-il donc, me dit-il, que j'intime moi-même » mes ordres pour être obéi? Savez-vous les châti- ” mens que votre désobéissonce mérite selon la » rigueur des lois? Ensuite adressant la parole au père » Bouvet qui me suivoit de près : Connoissez-vous ” celte arme, ajouta-t-il? c’est le pier dont je me >» sers, et qui est fait uniquement pour mon usage ; » il n’est ni pour Fo ni pour aucun génie , et per- » Sonne n'attribue à ce p{er aucune vertu particu- » lière : en faut-il davantage pour vous rassurer » Contre vos craintes mal fondées? »
Le père Bouvet crnt pouvoir, sans manquer au respect dû au prince, lui exposer les raisons qu'il avoit eues de douter. Mais le prince, se persuadant qu'il faisoit encore difficulté de se rendre à son té moigynage, Jui parla d’une manière qui marquoit sa colère et son indignation, Il l’'envoya dans la salle de la comédie, pour y voir des sceptres pareils au sien entre les mains des comédiens qui étoient sur le point de jouer : « Qu'il voie, dit-il, si c’est à un instru-