‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 35 · ES C · texte numérisé non relu

ES C

grands , nous obligent à ne pas refuser certains honneurs qu'on rend ici aux savans. Il n'ignoroit pas les malignes interprétations qu'on a données si souvent en Europe à cette conduite ; mais il disoit ; que de savoir se laisser juger et condatiner sans sujet , est une des principales vertus d’un homme aposto= lique, Quoiqu'il vécüt d'une manière très - pauvre et très-austère , il prétendoit pousser bien plus loin la pratique de la mortification chrétienne ; dans l’éspérance qu'il avoit de se trouver seul un jour, il s’étoit tracé un plan de vie, qui ne différoit presque en rien pour l’austérité de celle des anciens pères du désert,

Son application à l'étude des livres Chinois étoit infatigable , et il ÿ avoit déjà fait de grands progrès ; F'aurait particulier qu’il avoit pour l’oraison ne le décourna jamais d’un travail si pénible et si rebutant ; il étoit convaincu que pour plaire à Dieu , il ne devoit rien négliger de tout ce qui pouvoit le rendre plus utile aux peuples auxquels il étoit envoyé,

IE avoit une dévotion tendre envers l'adorable Sacrement de nôs autels ; c'est ce qui entreténoit cette union si intime qu’il avoit avec le Sauveur. Ses lettres étoient pleines des sentimens les plus propres à augmenter le nombre des fervens adorateurs du sacré Cœur de Jésus. Son amour pour le Sauveur le rendoït ingénieux à inventer mille moyens pour le faire aimer des autres, et il ne trouvoit rien de difficile quand il s’agissoit de Ini gagner une seule âme. 11 se persuadoit même que la pratique du vœu qu'il avoit fait , pouvoit devenir commune parmi les fidèles , tant il la croyoit justé et raisonnable.

C'étoit sa coutume d'attribuer à ses péchés et à ses infidélités , les événemens et les contradictions qui empêchoient ou qui retardoient l’œuvre de Dien. Alors il se punissoit lui-même par de longs jeûnes au riz et à l’eau, ou bien il faisoit quelques jours

# À Hi L 1 5 3 pe

SR nine

äins honoroit pas es si sousoit ; que ns sujet, è aposto= - pauvre plus loin e ; dans un jour, L presque us pères

ois étoit progrès ; on ne le si rebuu ,ilne e rendre YÉ.

Morable tretenoit Sauveur.

les plus s adorapour le moyens joit rien ne seule du vœu é parmi able.

és et à dictions le Dieu.

jeûnes es jours

de retraite, afin, disoit - il » de se purifier devant Dieu , et de Pouvoir ensuite lui offrir des prières capables de fléchir sa colère. Dieu a souvent fait Counoître combien cette conduite lui étoit agréable ; C'est ce qui parut singulièrement dans l'établissement de Nimpo. Des gens mal intentionnés avoient déféré au grand tribunal des ri

nous avions de bâtir da s cette ville

jetoient alors dans des in extrémement souffrir. Il n'entreprenoit rien qu'il neût recours au jeûne et à la prière ; cependant maloré cette sage et sainte précaution. il voyoit sou= vent ses projets renversés par des Contre-temmps aux quels 1 étoit très-sensible; mais Dieu le co Jui faisant connoître que ces

probité mondaine > Il seroit peut-êt ce que j'ai l’honneur de vous mar Saintes dispositions du père de Broissia ; mais j'étois trop de ses amis, Monsieur , pour n'avoir pas su de lui ce que vous êtes, et la grâce que Dieu vons a faite d’être dans le monde et au milieu des honneurs

u monde , sans Cependant vous régler sur les idées et sur les maximes Corrompues du monde, Ainsi J'espère qu’étant rempli, comme vous l'êtes, des

mn] de

re peu touché de quer des vertus et des

+ D. OUT un Ta

RS

a( . LETTRES

sentimens du christianisme , Vous bénirez le Seigneur avec nous , de ce qu’il avoit Communiqué à un frère qui vous étoit si cher s tout l’esprit et tout le zèle des hommes aposloliques ; et je m’assure que vous adorerez comme nous les ordres souverains qui nous ont enlevé ce zélé Missionnaire, lorsqu'il pouvoit rendre de si grands services à cette mission,

Je sais peu de particularités de sa mort ; elle est arrivée le 18 Septembre de cette année » à deux journées de Pekin , après sept jours d'une fièvre maligne. Je ne l'ai apprise que la veille de saint Charles Borromée , son illustre patron , dont il a si parfaitement imité le zèle et les autres vertus. Le révérend père Posateri de notre Compagnie , que le saint Siége a honoré du titre de ycaire apostolique dans le Chan-Si, l’avoit demandé Pour être le com- Pagnon de ses travaux : selon les apparences il le destinoit à être un Jour son successeur, Ils devoient aller ensemble à la Cour avant que de se rendre dans la province confiée À leurs soins; mais le mal qui le saisit en chemin fut d’abord si violent ; qu'on n’osa risquer de le transporter hors de la barque où la fiévre l’avoit pris. Îl reçut les sacre mens de l'Eglise , avec les sentimens de piété et de confiance qu'on devoit attendre d’une âme si pure et si étroitement unie à son Dieu. Son corps a été porté à Pekin, pour être mis dans le lieu de la sépulture de nos pères. Le père Gerbillon > notre Supérieur-général , alla le recevoir à deux lieues de celle g'inde ville ; il me mande qu'il a versé bien des larmes sur le cercueil de ce cher défunt , et qu'il ressentira long-temps la perte que la Chine a faite d’un si saint et si fervent Missionnaire,

Voilà, Monsieur, une lettre bien différente de celles que vous aviez la consolation de recevoir , lorsqu'il vous rendoit Compte chaque année des fruits que produisent ici vos libéralités, Je puis vous

Eh RD 3 pe mms MS ES DS ESP SAR RTE RER SR nn ae en RU re PAR EU

A ie

Bande 0

le Seigneur s à un frère out le zèle

‘que vous crains qui ‘qu’il poumission.

t; elle est deux jourièvre ma nt Charles si parfairévérend e le saint ique dans le comnces 1l le , Ils deue de se ins; Mais violent, rs de la es sacreété et de e si pure ps à été eu de la n, notre ieues de rsé bien et qu'il e a faite

ente de cevoir , 1iée des ais VOUS

£ D dr © ae Sn Eee "RON AND AUS Re Po

Ro

fi

eus

assurer qu’il nes’en regardoit que comme l'économe 5 mais économe si Scrupuleux , que des voleurs lui ayant enlevé l’année passée quelques - unes de vos aumônes, il me manda qu’il les avoit remplacées en vendant plusieurs choses qui étoient à son usage , afin que les pauvres n’en souffrissent point , et que la perte retombät uniquement sur lui, Ce qu'il me laissa en partant d'ici des charités qu'il avoit reçues de vous cette année , a déjà contribué, depuis quelques mois , à la conversion de vingt-cinq personnes. IL est à croire qu’il en a converti un bien plus grand nombre dans les courses qu'il s’est vu obligé de faire. 11 semble qu'il eût un pressentiment de sa fin prochaine : car il ÿ a quelque temps qu'il m’écrivit ; qu'en cas de mort, il avoit permission du père supérieur de me laisser le peut fonds qu’il avoit amassé de vos libéralités.

Comme je suis convaincu > Monsieur, que dans le bien que vous faisiez à votre cher frère > Vous aviez encore plus en vue Ja gloire de Dieu et le salut des âmes, que le plaisir de lui donner des marques de votre affection , J'espère que sa mort n’arrétera pas l'effet de vos bontés pour cette mission : j'aurai l'honneur de vous écrire tous les ans comme lui, l'usage que nous aurons fait de ce que vous voudrez bien consacrer à ja Conversion des Chinois.

Permettez-moi de présenter mes respects à toute votre sainte et illustre famille ; et s'il m'est permis de prendre encore ici la place de celui que je pleure avec eux, j'ose leur recommander ce que je sais qu'il leur recommandoit dans toutes ses lettres , en leur faisant le récit des Conversions que Dieu opéroit par son moyen ; l'obligation de travailler eux mêmes à leur propre salut et à leur sanctification.. Permettez-moi de leur rappeler le souvenir de tout ce qu'il leur a écrit d'édifiant sur ce sujet : rien ne doit être plus eflicace pour les engager à la pratique

Cela ne

de tontes les vertus propres à leur état. Tont passe , Monsieur , et tout passe sans retour. Heureux ceux qui, à l'exemple du père de Broissia , travaillent à amasser ici-bas des trésors pour l'éternité. Je suisavec un zèle plein de respect et de reconnaissance , etc,

CREER RESSUE

Du père Gerbillon, Supérieur-Général des missions de la Chine.

À Pekin , en l’année 1705.

À QUELQUES lieues de Pekin , en tirant vers lorient et vers l’occident, on rencontre deux rivières qui ne sont n1 profondes ni larges , mais qui ne laissent pas de faire de grands dégâts quand elles viennent à se déborder. Elles ont leurs sources au pied des montagnes de Tartarie , et vont se rendre l’une dans l'autre en un lieu qu’on appelie Ten - Tsin - ouer , à quinze lieues environ an - dessous de la capitale , pour s’aller décharger ensemble , après plusieurs circuits , dans la mer Orientale.

Tout le pays d’entre ces deux rivières est uni * bien cultivé, planté d'arbres , rempli de gros et de menu gibier , et si agréable, que les empereurs se le réservoient pour leurs plaisirs ; mais les inondations l’ont tellement ravagé , que, quelques digues qu'on ait faites pour retenir ce deux rivières dans leur lit, on ne voit presque plus que les débris et les ruines des châteaux , des maisons de plaisance , des bourgs et des villes qui y étoient auparavant,

L'Empereur chargea les Jésuites d’aller faire sur les lieux un plan exact de tout le pays qui est renfermé entre ces deux rivières, afin que l'ayant tou

ns Re LE

LA ee

LS A PENSE Sn

PT ne

rase

Bed Pons 2 des nu

nt passe , eux ceux vaillent à ° suisavec € » eic.

s lorient ières qui e laissent viennent pied des une dans n-ouet ; capitale , leurs Cir-

est uni, ros et de ereurs se inondas digues ‘res dans débris et laisance , ravant.

faire sur est renjant Lol

« < PET EME PA ee Paris # * ARR RP Te es

ie OU

jours devant les yeux, il pût penser aux moyens de rétablir ce qui a été ruiné , en faisant de nouvelles digues d’espace en espace , et en creusant par intervalle de grands fossés pour l'écoulement des eaux, Le soin de ce plan fut donné par ordre de l’Empereur aux pères Thomas, Bouvet » Regis et Parennin, Sa Majesté leur fit fournir tout ce qu’il falloit pour cette entreprise , et donna ordre à deux mandarins, dont l’un est du palais, et l’autre président des mathématiques, d'en presser l'exécution , et de trouver de bons arpenteurs , d’habiles dessinateurs , et des gens qui eussent une parfaite connaissance du pays. Tout cela s'exécuta avec tant d'ordre et de diligence, que ce plan, le plus grand peut-être qu’on ait vu en Europe , fut tiré en soixante-dix jours. On l'a perfectionné À loisir » t on l'a enrichi de taillesdouces , afin que rien n'y manquêt.

On a dessiné premièrement la capitale de l’'Empire avec l'enceinte des murailles, non suivant ‘opinion commune du peuple, mais conformément aux règles de la plus exacte géométrie, On y voit en second lieu là maison de plaisance des anciens empereurs. Elle est d'une étendue prodigieuse : car elle a bien de tour dix lieues communes de France ; mais elle est fort différente des maisons royales d'Europe. I] nya nimarbres, ni jets d'eau, ni murailles de pierre : quatre petites rivières d’une belle eau l’arrosent ; leurs bords sont plantés d'arbres, Cn ÿ voit trois édifices fort Propres et bien entendus. 11 y a plusieurs étangs, des pâturages pour les cerfs, les chevreuils, les mulets sauvages et autres bêtes fauves ; des étables pour les troupeaux, des jardins Potagers, des gazons, des vergers, et même quelques pièces de terre ensemencées; en un mot tout ce que la vie champôtre à d'agrément s’y trouve, C’est là qu’autrefois les empereurs, se déchargeant du poids des affaires, et quittant pour un temps cet air

À La.

de majesté qui gène, alloient goûter les douceurs d'une vie privée, Enfin ce plan contient dix-sept cents, tant villes ; que bourgs et châteaux , sans compter plusieurs hameaux, et une infinité de maisons de paysans semées de tous côtés. De ce pays si peuplé , tout exposé qu'il est aux inondations , on peut juger quelle prodigieuse quantité de monde il y a dans les autres provinces de la Chine,

Les Missionnaires chargés par l'Empereur de dresser le plan dont je viens de parler, prirent occasion, en exécutant ses ordres > de prêcher Jésus-. Christ dans tous les bourgs et villages par où ils passèrent. Quand ils arrivoient dans le lieu où ils devoient faire quelque séjour, ils faisoient venir le plus considérable des habitans:; ils lui faisoient toutes sortes d'amitiés, beaucoup plus qu'on n’a coutume d’en faire à ces sortes de gens à la Chine, ensuite ils Pinstruisoient des vérités de la religion ; celui-ci étant une fois gagné, ne manquoit pas d'amener les autres aux Missionnaires, qui passoient une bonne parte de la nuit à les instruire. En sortant des villages , 1ls laissoient plusieurs livres d'instructions et de prières ; ils en distribuèrent une si grande quantité, qu'il fallut en faire venir de Pekin, Nous eñmes le plaisir d'apprendre que les plus âgés et les plus distingués, qui ne s’étoient pas trouvés À nos discours, ne fasoient nulle difficulté de se faire instruire, par leurs enfans et par leurs serviteurs, des principes de la foi qu’on leur avoit enseignés. C’est ainsi que les quatre Missionnaires s’acquittèrent de la commission dont l'Empereur les avoit honorés : l’on peut dire que te fut moins un plan qu'ils allérent tirer, qu'une mission qu'ils firent en plein hiver aux frais de Sa Majesté.

Parmi les nouveaux fidèles À qui nous avons conféré depuis peu le baptême, quelques-uns ont donné des exemples d’une rare vertu, et d’autres ont été

DS rer enr pen

nr RES He

ds is ui ant

> douceurs L dix-sept aux , sans té de maice pays si ations , on monde il pereur de rirent ocher Jésus par où ils ieu où ils t venir le ent toutes coutume *, ensuite ; celui-ci mener les ne bonne des vil- Ictions et de quan- AS eumes les plus nos disaire ins- ‘urs, des és. C'est èrent de 1onorés :

an qu'ils en plein

ons con= it donné ont été

CS Ti DO EN ES STE

convertis par des voies assez extraordinaires. Je vais vous en rapporter quelques exemples.

Un barbier qui étoit chrétien allant par les rues, selon la coutume du pays, avec un instrument de cordes nouées, qui S’entrechoquant font du bruit, pour'avertir ceux qui veulent se faire raser , trouva une bourse, où il y avoit vingt pièces d’or. Il regarde autour de lui si personne ne la réclame , et jugeant qu'elle pouvoit appartenir à un cavalier qui marchoit quelques pas devant, il court, l'appelle , et le joint: N’avez-vous rien perdu, Monsieur , lui dit-il? Le cavalier fouille dans sa poche, et n’y trouvant plus de bourse : j'ai perdu, répondit-il tout interdit, vingt pièces d’or dans une bourse, N'en soyez point en peine, répond le barbier, la voici, rien ny manque. Le cavalier la prit, et s'étant un peu remis de sa peur, il admira une si belle action dans un homme de la lie du peuple. Mais, qui êtes-vous ; demanda le cavalier? Comment vous appelez-vous ? D'où êtes-vous? Il importe peu, reprit le barbier , ’ que vous sachiez qui je suis, comment je m’appelle, et d'où je suis; il suffit de vous dire que je suis Chrétien, et un de ceux qui font profession de la sainte loi. Elle défend non -seulement de voler ce qui se cache dans la maison , mais même de retenir ce que l'on trouve par hasard , quand on peut savoir à qui il appartient, Le cavalier fut si touché de la pureté de cette morale, qu’il alla sur le champ à l’église des Chrétiens pour se faire instruire des mystères de la religion. Un des pères qui sont à la cour , raconta à l'Empereur cette histoire dans toutes ses circonstances, et prit de là occasion de faire sentir à ce prince la sainteté de la loi chrétienne.

Ce qui est arrivé à une dame chinoise est encore plus merveilleux. Elle étoit fort âgée, et tourmentée d’un violent flux de Sang , qui la mit enfin à l’extrémité, Un Chrétien l’alla voir par hasard, et fit

tomber insensiblement la conversation sur la religion chrétienne. Dieu lui donna si bien le don de la toucher, qu’elle demanda instamment le baptême, Elle obtint ce qu’elle demandoit, et même ce qu'elle ne demandoit pas : car le jour qu’elle reçut le baptême, elle fut en même temps parfaitement guérie de son mal.

Sa bru , qui fut témoin de ce prodige, prit aussi la résolution de se faire chrétienne. Elle étoit étique depuis long-temps, et sa phthisie augmentoit tous les jours. Elle se fit instruire , apprit par cœur les prières ordinaires, et fut baptisée, La nuit suivante, sur les onze heures, elle sort du lit, fait lever son mari et les serviteurs , leur ordonne d'exposer sur la table les saintes images dont on lui avoit fait présent quand on la baptisa, d'allumer des cierges, et de rendre de très-humbles actions de grâces à Dieu qui l’appeloit au ciel. A peine achevoit-elle de donner ses ordres, qu’elle expira.

Une mort si prévue et si douce donna de la joie à toute la famille , et exeita dans sa belle-mère un ardent désir de faire une fin semblable. Quelques mois après, ses souhaits furent exaucés : car ayant été re prise de son flux de sang et sentant peu à peu diminuer ses forces, elle fit venir son fils, et Jui ordonna de courir à l'église, pour avertir un des pères de la venir voir. Aussitôt après, elle fit mettre son lit sur le carreau de sa chambre par esprit d’humilité et de pénitence chrétienne, et là les yeux et les mains levés au ciel, déclarant qu'elle ne vouloit servir que le seul vrai Dien , elle rendit le dernier soupir. La mort de la mère et celle de la bru touchèrent extrêmement toute la famille , qui renonça aussitôt à l’idolâtrie et se disposa à recevoir le baptême,

La même grâce se communiqua bientôt au voisi= nage. Une fille idolâtre, qui étoit à la veille de se

RSR Pa SRE Le

Page 1