‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 35 · TL S · texte numérisé non relu

TL S

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marier , fut prise tout à coup d’un mal, où les médecins épuisèrent inutilement tout leur art, On prétendoit que c’étoit une obsession du malin esprit, Un de ses v sisins qui venoit d’être baptisé, prit un ancien Chrétien avec lui, et ils allèrent ensemble consoler la famille afligée. Comme ils étoient persuadés du pouvoir que le caractère de Chrétien donne sur ies démons, ils récitèrent d'abord quelques prières ; ensuite entrant dans la chambre de la Salade , Son accès lui prit devant eux avec d'étranges convulsions. Mais sitôt qu’ils lui eurent parlé de la religion sainte qu’ils professoient, elle revint à elle et parut tranquille. La mère en fut surprise , et eut envie de se faire baptiser; mais son envie passa bientôt, car elle retourna à ses premières superstitions. Le mal reprit aussitôt à sa fille, et elle en fut plus tourmentée que jamais. La mère ne s’en prenant qu'à elle-même, envoie chercher les Missionnaires, brise en leur présence toutes ses idoles, et les jette par la fenêtre. Après s'être fait instruire des vérités de la religion, elle a été baptisée , elle, sa fille et toute sa maison.

Les remèdes qu’on nous a envoyés d'Europe, et que nous donnons à ces pauvres idolâtres pour le soulagement de leurs corps, servent encore plus à la guérison de leurs âmes. Nous éprouvons tous les jours que Dieu bénit nos soins, surtout À Pekin, où l'on vient en foule nous demander de ces remèdes.

Je ne dois pas oublier ici les services importans que rendent à la religion nos frères Bernard Rhodes et Pierre Frapperie, qui, par le moyen des mêmes remèdes qu’ils distribuent, ont eu occasion de baptiser deux enfans moribonds de la famille impériale. L'un étoit petit-fils de l'Empereur par son troisième fils, et l’autre sa petite-fille par un petit roi tartare. Lun et l’autre sont maintenant au ci-l,

Nous avons perdu vers les frontières de Tartaric

le père Charles Dolzé, homme d'esprit, d’un excel lent naturel, et d’une piété rare, Pour se faire à la fatigue des missions auxquelles il se sentoit destiné, il en avoit entrepris plusieurs en différentes villes de France, où il avoit fait beaucoup de fruit. Dès qu’il mit le pied dans la Chine, sa santé s’affoiblit peu à peu, et le travail de Missionnaire joint à l'étude de la langue et des caractères du pays, où il s’étoit rendu très-habile malgré les diflicultés qu'y trouvent les étrangers, lui cansa une hydropisie, dont il avoit déjà eu quelques attaques dans sa jeunesse, Son mal se déclara à Pekin. On lui donna de nos remèdes d'Europe : l'Empereur même qui le considéroit, lui en envoya de son palais, et ordonna à ses médecins de le visiter, Tout cela le soulagea, mais ne le guérit pas. Les médecins Jugèrent que l'air de Tartarie lui seroit meilleur que celui de la Chine : dernier remède qu'ils conseillent aux malades de langueur, dont quelques - uns se trouvent bien. Le père Dolzé changea d'air, et ne s’en trouva pas mieux, Il fit paroître une patience héroïque durant le cours de sa maladie, et ne garda jamais le lit, toujours s’occupant de la prière ou s’employant aux exercices de la charité, Et c’est ainsi qu'il a consommé une vie pleine de vertus et de bonnes œuvres,

Du père Bouvet , Missionnaire.

En l’année 1706,

NE continue de répandre ses bénédictions sur la nouvelle confrérie de la Charité > que nous avons érigée à Pekin, sous le titre du saint Sacrement. Je

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ne doute point que vous n’approuviez le plan de cette institution, dont la fin rincipale est d'étendre de plus en plus le royaume de Jésus-Christ dans ces terres idolâtres.

Le Pape nous ayant accordé tous les pouvoirs né cessaires avec des indulgences considérables pour les vivans et pour les morts, en faveur de tous les confrères, nous ouvrimes notre première assemblée par une messe solennelle , à la fin de laquelle le père Gerbillon fit un discours fort touchant, Pour faire estimer davantage le bonheur de ceux qui sont agrégés dans cette confrérie, on à jugé qu'il n’étoit pas à propos d'y admettre indifféremment tous ceux qu se présenteroient. Ainsi nous avons fait entendre aux Chinois, que cette grâce ne seroit accordée qu'à ceux qui joindroient à une vie exemplaire , un zèle ardent. pour le salut des âmes, et qui auroient assez de loisir pour vaquer aux diverses actions de charité qui y sont recommandées. On s’est donc contenté d’abord d’y recevoir seulement vingt-six des Chrétiens les plus fervens : vingt-six autres leur ont été associés, pour les aider dans leurs fonctions, et pour se disposer à être reçus dans le corps de la confrérie, quand ils auront donné des preuves de leur piété et de leur zèle.

Afin de n'omettre aucune des actions de charité qui sont ici les plus nécessaires , et pour se conformer en même temps aux pieuses intentions du souverain Pontife, on a cru devoir partager cette confrérie en quatre classes différentes » Selon les quatre sortes de personnes qui ont le plus de besoin de secours; et on a choisi un patron pour chaque classe,

La première, est de ceux qui doivent s’employer auprès des fidèles adultes. Leur patron est saint Ignace. Ils sont chargés d'instruire les néophytes , soit par eux-mêmes , soit par le moyen des caté-

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chistes; de ramener dans la voie du salut ceux qui s’en séroient écartés , ou par lâcheté , ou par quelque déréglement de vie ; enfin de veiller sur les Chrétiens à qui Dieu’ donne des enfans, pour s'assurer qu'ils ne manquent point à leur procurer de bonne heure la grâce du baptème,

Dans la seconde , sont ceux qui doivent veiller à l'instruction des enfans adultes des Chrétiens, etles cor: luire tous les dimanches à l’église pour y être instruits des devoirs du christianisme. Et comme il s'expose tous les jeurs un nombre incroyable d’enfans dans cette grande ville, qu’on laisse mourir impitoyablement dans les rues , ceux qui composent cette classe , sont chargés du soin de leur administrer le saint baptême. Ils sont sous la protection des saints Anges gardiens.

Dans la troisième classe, sont compris ceux dont la charge est de procurer aux malades et aux moribonds tous les secours spirituels qui leur sont nécessaires pour les préparer à une sainte mort. Leur fonction est d’avertir les Missionnaires, lorsque quelqu’un des fidèles est dangereusement malade; d’assister les moribonds à l’agonie et lorsqu'on leur administre les derniers sacremens ; de les ensevelir quand ils sont décédés ; de présider à leur enterrement et de les secourir de leurs prières ; enfin, d’avoir un grand soin qu’on ne fasse aucune cérémonie superstitieuse à leurs obsèques. Saint Joseph est le patron de cette classe.

Enfin ceux de la quatrième classe, sont princi-

alement destinés à procurer la conversion des infidèles. Ils doivent par conséquent être mieux instruits que le commun des Chrétiens , et se faire une étude plus particulière des points de la religion. Et pour cela ils sont obligés de s'appliquer à la lecture des livres qui en traitent, d’être assidus aux instructions qui se font dans nos églises, pour jeter ensuite

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les premières semences de la foi dans le cœur des idolâtres, et les amener aux Missionnaires quand ils les trouvent disposés à se convertir, On a mis cette dernière classe sous la protection de saint François Xavier,

Tous les confrères de chaque classe se distribuent en divers quartiers de la vilie qu'on leur assigne, et ÿ vaquent séparément à leurs fonctions. Ils ont trois principaux officiers à leur tête; on a donné le nom de Préfet au premier, et aux deux autres le nom d’{ssistans, L'élection s’en fait tous les ans, afin que ces charges soient moins onéreuses , et que ceux qui les possèdent soient excités, par le peu de durée, à les remplir avec une plus grande exactitude. Ils sont aidés dans leurs emplois par quelques officiers subalternes, qui sont choisis aussi à la pluralité des voix. Les aunônes que font les fidèles, sont administrées par les principaux officiers, qui les emploient à l’assistance des pauvres , aux frais des funérailles de ceux qui n’ont pas laissé de quoi fournir à cette dépense, et enfin à l’achat des livres sur la religion, qu’on distribue aux gentils qui veulent s’instruiré,

Il y a deux sortes d’assemblées, les unes générales, et les autres particulières, Les assemblées générales se tiennent une fois le mo: > outre les quatre principales , qui se tiennent quatre fois l’année >Oùilya Communion générale , et indulgence plénière. Les assemblées particulières se tiennent aussi tous les mois , ou plus souvent quand quelque raison y oblige. C'est dans celles-ci que les confrères rendent compte des œuvres de charité qu'ils ont faites 1 dent, et qu'ils Propusent celles qu’on peut faire le mois suivant. Ce qu'il y a de plus considérable s'écrit sur unie grande feuille de Papier, eu le jour de l assemblée générale , le préfet, au nom de tous les confrères, en fait l offrande à Notre-Seigneur , par une courte Oraisun qui a été Composée exprès, On en fait ensuite

e mois précé-

la lecture dans la conférence, pour l'édification des confrères, et afin de les animer de plus en plus à la pratique de la charité chrétienne.

Dans la salle des conférences, on a dressé une bibliothèque des principaux livres de la religion. Il y a plusieurs exemplaires de ceux qui sont d’un plus grand usage; tous les confrères peuvent emprunter celui qui leur plaît, et par ce moyen ils sont pourvus de tous les livres propres à leur instruction, et à celle des fidèles et des gentils.

Quand nous aurons bâti une église particulière pour les femmes, nous espérons ériger une confrérie à peu près semblable pour elles, suivant les pouvoirs que nous en avons du saint Siége, Elle aura des règlemens différens, afin de se conformer à ce que les coutumes chinoises permettent à ce sexe. Mais il ÿ a lieu de croire que la religion en tirera pareillement de grands avantages.

Du père d'Entrecolles, Missionnatre de la Compagnie de Jésus, au père Procureur-Général des missions des Indes et de la Chine.

À Jao-tcheou, ce 17 juillet 1707.

Mon RÉVÉREND PÈRE, La païx de N. S.

JE profite de quelques momens de loisir, et du départ d’un vaisseau qui retourne en Europe, pour apprendre à votre révérence un événement des plus singuliers qu’on ait peut-être vus à la Chine. L'Empereur, qui n’étoit pas encore consolé de la

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 49 mort du jeune prince, fils de cetie fameuse chinoise

qu'il aime Passionnément , vient de finir son voyage de Tartarie Par Un coup d'autorité, dont les suites ne lui ont pas été moins sensibles, On avoit tronvé moyen de lui rendre suspecte la fidélité du prince éritier , et les SOupçons dont on avoit prévenn son esprit, parurent si bien fondés, qu'il fit arrêter sur le champ ce malheureux prince, Ce fut un Spectacle bien triste de voir chargé de fers, celui qui peu au- Paravant marchoit presque de pair avec l'Empereur. Ses enfans, ses Principaux officiers, tout fut enveloppé dans sa disgrâce. Un faiseur d'horoscopes qui avoit souvent prédit au prince qu’il ne seroit Jamais empereur, s'il ne l’étoit à une certaine année qu’il lui marquoit, fut condamné À être Coupé en mille pièces; ce qui est parmi les Chinois le dernier supplice, Mais comme rien n’est plus extraordinaire à Ja Chine que la déposition d'un prince héritier , l'Empereur crut devoir informer ses sujets des raisons qui l'avoient porté à faire un si grand éclat, Les gazettes Publiques furent bientôt remplies de manifestes et ‘invectives contre la conduite du prince. Sa vie y

aîné de l Empereur, que nous nommons premier Biegulo, étoit le seul de tous ses enfans qui fût dans ses bonnes grâces; on fit son éloge dans un des manifestes dont j'ai parlé, et il se flattnit déjà de se voir bientôt élevé sur la ruine de son frère.

cence du prince déposé, et les artifices qui avoient été employés pour le perdre, Il sut que pour y réussir , le Regulo avoit eu recours à la magie et à divers

prestiges ; et que par Finstigation de Certains amas 4, X,

$o LETTRES

fort expérimentés dans l'usage des sortiléges , il avoit fait enterrer une statue en Tartarie, en accompagnant cette cérémonie de plusieurs opérations magiques. L'Empereur envoya sur le champ saisir ces lamas, ét déterrer la statue: le Regulo eut son palais pour prison, et fut condamné à un châtiment qui marquoit assez l'indignation de l'Empereur.

Vous pouvéz juger, mon révérend père, quel fut ke chagrin qué causèrent à l'Empereur ces dissensions domestiques ; elles le vlongèrent dans une mélancolie profonde, accompägnée de palpitations de cœur si violentes, qu'on eut tout à craindre pour sa vie. Dans cette extrémité il voulut voir le prince déposé. On le tira de prison, et il fut conduit chez l'Empereur, mais toujours dans l'équipage de criminel. Les cris que jeta ce prince infortuné ,’attendrirent le cœur du père , jusqu’à lui tirer des lirmes ; il demanda plusieurs fois aux grands de l'Empire, s’il n’avoit pas le pouvoir de rendre la liberté à un fils dont l’mnocence venoit d’être hautement reconnue. Lä plupart des seigneurs lui répondirent assez froidement qu'il étoit le maître, et qu’il pouvoit en ordonner tout ce qu’il lui plairoit. Quelquesüns même ,; comptant sur la mort prochaine de l’Empereur , lui insinuèrent qu’il étoit temps de mettre ordre au repos de l’état, en se nommant un successeur, et ils lur proposèrent son huitième fils, pour qui ils témoignoient beaucoup d’estime ; c’étoit donner l'exclusion au prince héritier : ils craignoient sans douté qu'ayant contribué de leurs conseils À sa déposition , 1l ne fit éclater son ressentiment, quand il seroit une fois rétabli, Mais cette résistance leur coûta cher. L'Empereur outré du peu de déférence que ses ministres avoient à ses volontés, cassa les principaux d’entr'eux ; et éloigna les favoris qui avoient été le plus opposés au rétablissement du prince,

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s lamas, ais pour qui mar-

quel fut dissenune métions de > pour sa ‘ince déuit chez e de cris,'attenlarmes ; Empire , rté à un ient reondirent a’il pouuelquesde l’'Eme mettre 1 SUCCES— Îs, pour Loit donignoient seils À sa t, quand nce leur éférence cassa les oris qui nent du

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 5t

La chute de ces seigneurs , loin de révolter les ponte comme il ÿ avoit lieu de l'apptéhéndér si € Coup avoit été prévu avant qu'il fût porté, jeta au Contraire la constérnation dans tous les esprits ; Chacun à l’envi dpplaudit À Ja résolution de l’'Em- pereur. Le prince fut rétabli dans sa dignité, avec toutes les formalités qu’on a coutume d'observer dans l'Empire. On donna partout des marques dé l’alégresse publique, et là comédie qui se joue encore maintenant, est tirée d’un trait de ] histoire ähcienne, qui a beaucoup dé rapport à ée qui vient d’arrivèr. L'Empereur de son côté à aécordé une indulgencé impériale , c’est-à-dire qu'il a remis toutés és tailles dont les particuliers étoient én artière » et pour les quelles ils ont ici beaucoup à souffrir: cetté indul. gencé porte éncore diminütion des peines imposées aux criminels, en sorte qué les moins coupables sont renvoyés sans châtiment, ,

La puni: du Régulo suivit de près lé rétablissement dt ::.ace hétitiér, Il fut condamné à une Prison perpétuelle , et on fit mourir les lamas avec sept des officiers du Regulo qui l’ävoient aidé dans ses préstigés, C'est ainsi qué cé pfincé est tombé dans lé précipice qu’il avoit creusé à un frèré, que sa qualité de fils d’une Impératrice légitime mettoit au-dessus de lui, quoiqu'il fût Paînié,

Voilà, mon Hédrénd père, quel est l’état présentde Ïa cour. Jamais » Comme vous voyez, l'Empereur n'a fait éclater davantage le prodigieux ascéndant que la nature , l'expérience, le politique, ét un règne deg plus te et dés plus heureux lui Ont donné sur ses sujets, Mais après tout, ceux que le Seigneur, dans Ecriture , veut bien appeler du noïn dé dieux : Ego

dixi : Di éstis, ,.., et sicut homines moriemnini

(Ps, 81), sont souvent forcés dé reconnoître » dans

l'exércicé mêmé le plus étendu de leur puissance,

qu'ils sont hommes et mortels comme les autres, Je 4e

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b2 LETTRES

me persuade que l'Empereur , éclairé comme il est, sera entré, dans ce sentiment au fort de sa douleur ; et comme je sais que le temps des disgrâces est plus propre à nous faire réfléchir sur nous-mêmes, que celui des grandes prospérités, jai exhorté tous les Missionnaires à offrir le saint sacrifice » et à renouveler leurs prières pour la conversion de ce grand prince. | Voici ane réflexion qu'il a déjà faite , et qui, aidée de la grâce, pourroit l’approcher du royaume de Dieu. À yant appelé à son palais ceux à qui il avoit confié l’éducation des princes, il s’est plaint amèrement de ce qu’ils souffroient que ses enfans s’adonnassent à la magie et à des Superstitions qui mettoient le trouble et la division dans sa famille. Heureux s’il approfondissoit un peu plus cette pensée, et s’il venoit à couper jusqu’à la racine d’un tel désordre , en bannissant de son Empire les fausses sectes , et en y établissant la seule religion , qui est la véritable. Cependant la maladie de l'Empereur, qui aug mentoit chaque jour , l’avoittréduit dans un état de foiblesse qui ne laissoit plus d'espérance aux médecins chinois. Ils étoient au bout de leur art, lorsqu'ils eurent recours aux Européens. Ils avoient ou: dire que le frère Rhodès entendoit bien la pharmacie, et ils jugèrent qu'il pourroit soulager l'Empereur. Ce frère a en effet de l’habileté et de l'expérience ; et je vous dirai en passant, que comme il est d’un âge assez avancé, nous. souhaitons fort qu'on nous en envoie quelqu'un d'Europe qui puisse le remplacer quand nous viendrons à le perdre. Ses services ne contribueront pas peu à l’avancement de la religion. Dieu qui a ses desseins » et qui, dans les tristes conjonctures où nous nous trouvons, a peut-être ménagé cette occasion de nous aflectionner davantage l'Empereur pour le bien du christianisme » bénit les remèdes que le frère Rhodès employa pour sa

mme il est, sa douleur ; ces est plus nèmes , que rté tous les et à renou-— e ce grand

qui , aidée )'yaume de qui il avoit int amèreins s’'adon- | mettoient Heureux ée, et s'il désordre , sectes , et véritable, qui aug an état de ux médelorsqu'ils oui dire larmacie , ereur. Ce ice ; et je d'un âge nous en emplacer vices ne religion.

es tristes eut-être r davane, bénit pour sa

guérison, Ce fut par’ le moyen de la confection d'alkermès | qu’ii fit d’abord cesser ces palpitations violentes de cœur qui l’agitoient extraordinairement : il lui conseilla ensuite l'usage du vin dé Cariarie. Les Missionnaires, à qui on en envoie tous lés ans de Manille pour leurs messes » eurent soin de le fournir ; en peu de temps ses forces se rétablirent, d'une santé parfaite. Il en a voulu conva sujets, en paroissant pour la seconde foi règne dans les rues sans faire retirerle peuple c'est la coutume de l'Empire; coutume qui inspire pour la Majesté royale un respect presque religieux, C'est à cette occasion que | Empereur a voulu faire connoître , par un acte authentique , l’idée qu'il avoit des Missionnaires. L'éloge qu’il y fait de leur conduite, et de leur attach

et il jouit incre ses s de son ; Comme

aire. Bien des Chinois se défient de vous ; maïs POUT moi qui ai fait soigneusement observer loutes > Cl QUI NY di Jariais rien trouvé qu ne fit dans l'ordre; Je Suis si convaincu de votre droïture et de votre bonne OÙ, que je dis hau-

lement qu'il faut se fier à vous et Fous croire, Il parle

par

ensuite de la manière dont sa santé a été rétablie le soin des Européens, Ces paroles de l'Empereur, exprimées dans un acte public, ne semblent-elles pas donner quelques lueurs d'espérance de sa conversion ? Peut-être me flatté-je d’un vain espoir ; il me semble pourtant qu'il est naturel d'écouter des gens en faveur de qui on est ainsi prévenu; ce que dit ce prince, qu'on doit se fier à NOUS, qu'on doit ROUS croire , a déjà servi à la conversion de plusieurs de ses sujets,

Avant que cet acte impérial parût, le père Pa-

54 LETTRES rennin m’avoit ayerti qu'on avoit donné des ordres secrets aux vice-rois de Canton et de Kiang-Si, de recevoir le vin et les autres choses que les Européeps leur apportéroient pour l'usage de l'Empereur , et de les envoyer incessamment à la cour , Pourvu que tout ce qui seroit envoyé, fût scellé du cachet de l’Européen : car cette circonstance étoit expressément recommandée , ce qui est une nouvelle preuve de la confiance dont l'Empereur veut bien nous honorer. Ne soyez pas surpris, mon révérend père, si je compte pour beaucoup tons ces petits avantages. Comme nous n'avons traversé tant de mers, que pour faire connoître Jésus-Christ à un grand peuple qui l’'ignore , et que c’est Jà l'unique fin de tous nos travaux, nous faisons attention jusqu'aux moindres choses qui sont capables de favoriser un si grand dessein,

Mais ce qui vous intéresse le plus, et ce que sans doute vous exigez de moi préférablement à tout le reste, c'est que je vous instruise de l’état présent de nos églises. Je regrette de ne pouvoir vous contenter que dans irois ou quatre mois , qui est le temps que les Missionnaires ont accoutumé de m'écrire. Tout ce que je puis faire maintenant, c’est de vous communiquer ce que j'ai appris par trois ou quatre lettres particulières , qui m'ont été rendues il y a environ deux mois.

La première est du père facquemin. Il me mande qu'il a parcouru pendant le carême, les diverses chrétientés dont il a soin , pour leur faire gagner le Jubilé accordé par N.S. P. le Pape, afin d'obtenir la paix entre les princes chrétiens, et que durant ce temps-là 1l a baptisé quatre-vingts infidèles, et entendu les confessions de plas de dix-sept cents Chrétiens, pleins de ferveur et de piété.

La seconde est du père Noëlas, qui écrit de Ngan-lo , que dès le mois d'avril il avoit conféré le

des ordres ng-Si, de les Euro- > l'Empela cour , . scellé du ance étoit une nou- 2reur veut , mon ré- > fous ces versé tant hristà un à l’unique ntion jus- ; de favo-

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 55 baptême à cent idolâtres, en parcourant ce qw’il appelle sa mission de Hollande » C'est-à-dire, un grand nombre de familles de pêcheurs dispersées de côté et d'autre sur de petites éminences, au milieu d'un plat pays qui est souvent inondé, 1

Le père Melon marque, dans la troisième , qu'il a baptisé quatre-vingt-dix personnes à Vousi, lieu de sa résidence ; qu'il étoit sur le point de faire la visite de ses chrétientés, et qu'il commencera par un endroit où il trouvera trente Catéchumènes qui l'attendent , et qui sont disposés à recevoir le ban. tême. Il ne sait en quels termes exprimer la joie qu'il ressentit le jour du vendredi-saint , lorsqu'on vint lui dire que trois cents barques de pêcheurs chrétiens venoient d'arriver, et avoient débarqué leurs femmes près de Vousi ,» dans une église qu’ilsavoient eux-mêmes construite, et où ils l'attendoient pour s'acquitter de leur devoir pascal. 11 m'ajonte, en finissant sa lettre, que si le démon venoit À bout de ruiner une mission aussi florissante que celle de la

Chine , il pleureroit toute sa vie ses pauvres pêcheurs

de Vousi. Certainement la Chine estun champ propre

à rapporter au centuple , pourvu qu'il y ait des ou-

vriers qui le cultivent; mais si ces ouvriers n’ont

précisément que ce qui est nécessaire à leur subsistance, et s’ils n’ont pas de quoi fournir à l'entretien des catéchistes, et aux frais indispensables des courses qu'ils sont obligés de faire, rien n’est plus triste

Pour eux, que de voir péri

ir une si riche moisson faute de pouvoir la recueillir. Je vous conjure donc :

mon révérend père, par les entrailles de Jésus-Christ j sil n’a pas rejeté la Chine, de procurer à tant de zélés Missionnaires , ces Secours sans lesquels je puis vous assurer qu ils seroient ici assez peu utiles.

La quatrième lettre est du père de Chavagnac, Le détail qu'il me fait de quelques actions édifiantes

de ses néophytes, est une preuve de la ferveur qui

règne dans son église, Je vous le rapporte de snite, mon révérend père, afin que vous m’aidiez à remercier le Seigneur des fruits de bénédiction quil opére dans le cœur de ces nouveaux fidèles.

Un Chrétien, âgé de quarante ans, avoit amassé avec bien de la peine de quoi se marier. ( Vous n’ignorez pas que se marier à la Chine, c’est acheter une femme ), Il ÿ avoit déjà quelque temps que le mariage étoit conclu , lorsqu'on lui apprit que sa prétendue femme , qu'on lui avoit dit être veuve, avoit encore son mari, qui, étoit plein de santé, L'embarras pour le Chrétien ne fut pas tant de la renvoyer , que de retirer l'argent qu'elle lui avoit coûté. L'indigence et le désespoir avoient porté le mari à la vendre, etil avoit dépensé toute la somme qu’il avoit reçue.

Les parens du Chrétien qui étoient infidèles , firent tous leurs efforts pour l'engager , ou à la garder, où du moins à la revendre à quelqu’autre ; car le véritable mari refusoit de la recevoir , à moins qu'on ne lui donnût de quoi la nourrir. La tentation étoit délicate pour un Chinois. Cependant le Chrétien tint ferme; et comme l’unique ressource qu'il avoit, étoit de s'adresser au mandarin, il alla le trouver , et après lui avoir exposé le fait , il lui déclara qu'étant disciple de Jésus-Christ , il ne pouvoit ni ne vouloit garder la femme d'un autre ; qu'il étoit pourtant de la justice qu’il fût remboursé > OU par le mari qui avoit reçu son argent, ou par les entremetteurs qui avoient trempé dans une semblable supercherie ; mais que si cela ne se pouvuit, parce que l'un étoit pauvre , et que les autres, ou étoient morts, Où avoient pris la fuite, il le supplioit d’ordonner au mari légitime de reprendre sa femme.

Le mandarin, autant surpris qu'édifié de cette proposition, fit de grands éloges d’une religion qui inspire de pareils sentimens ; et.ayant fait chercher

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le seul des entremetteurs qui restoit, il le fit châtier sévèrement, Cependant le Chrétien n’a point de femme , et a perdu toute espérance de pouvoir jamais amasser de quoi en avoir une, Pour peu qu'on connoisse la Chine , et qu'on sache ce que c’est pour un Chinois que de r° pouvoir se marier , cette action paroïtra héroïque ; pour moi » Je la regarde ainsi.

Un autre Chrétien fort jeune s’étoit oublié dans un emportement , jusqu’à dire à sa mère quelques paroles offensantes, qui avoient scandalisé tout le

voisinage. Dès que , revenu à soi » il fit réflexion à

ce qui lui étoit échappé , il assembla ses voisins > ct se mettant à genoux en leur présence, il demanda pardon à sa mère ; ensuite , pour expier sa faute , il s’imposa lui-même une pénitence pénible et humiliante, Puis adressant la parole à tons ceux qui étoient présens: « Un Chrétien > leur dit-il, peut bien s’écar- » ter de’son devoir dans un premier mouvement de » Colère, mais sa religion lui apprend à réparer » aussitôt sa faute ; et c’est pour vous en convaincre » que je vous ai priés d’être témoins de tout ce qui » vient de se passer. »

Un lettré cassé de vieillesse, ayant demandé et reçu le baptême, ne vécut plus qu'environ un mois : il passa tout ce temps-là dans les plus grands sentimens dé piété, ne perdant point de vue un crucifix que je lui avois laissé, et s'entretenant continuellement avec Notre-Seigneur attaché à la croix. Comme il s’aperçut qu'il touchoit à sa dernière heure sil ra- Massa Lout ce qui lui restoit de force pour m'écrire, Sa lettre n’est point venue jusqu’à moi, parce que n'étant pas du goût de ses parens infidèles, à qui il l'avoit confiée, ils jJugèrent à propos de la supprimer. Quelques fragmens qu'on m'en à apportés, me font regretter infiniment de ne l'avoir pas reçue. C’est

ainsi qu'il signoit cette lettre: N, N. Par naïssance

enfant du rebelle Adam, par miséricorde frère adop= tif de Jésus-Christ, et fils adoptif de Dieu, sur le point d'aller au ciel réparer, Par un amour éternel, d'indifférence que j'ai eue sur la terre pour celui à qui je me devois tout entier.

Le père de Chavagnac m'ajoute que le mandarin du lieu où il réside , est si convaincu de la vérité de notre religion, qu’il s'efforce d'engager tous ses amis à l’embrasser, bien que par des raisons d'intérêt et de fortune, il soit malheureusement retenu lui-même dans les ténèbres de l'infidélité. Sa mére, sa femme, ses enfans, les femmes de ses enfans, et la plupart de ses domestiques, font une profession ouverte du christianisme, Ce que ce Père me raconte de cette petite église, renfermée dans le palais du mandarin me remplit de la plus douce consolation.

La chrétienté de Hien, me dit-il » est, grâces à Dieu, dans un très-bon état. On ne peut avoir lus d'ardeur pour entendre parler des a de Dieu, plus d'estime pour la qualité de chrétien, plus de tendresse pour le Sauveur du monde » plus de délicatesse de conscience pour s'abstenir des plus légères fautes. Je me suis attaché principalement à leur expliquer les rapports que Jésus-Christ a avec nous, le fond du mystère de l’Incarnation, et les conséquences que nous devons en tirer, Depuis quelque temps, je leur ai fait six entretiens sur ce mystère, et chaque entretien duroit an moins trois

heures; mais je n’ai rien dit à ces dames nouvellement chrétiennes, qu’elles n'aient conçu, qu’elles n'aient goûté, qu’elles n’aient répété plusieurs fois le jour , et dont elles n’aient profité pour la pratique. Je l'ai connu à certains mots qui leur échappoient, tantôt à l’une, tantôt à l'autre, quand quelque point de l'instruction les ayoient frappées, tels que sont ceux-ci, par exemple : c’ess quelque chose de grand que d'être Chrétien. Des Chrétiens qui se méprisené

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ont grand tort; leur estime doit aller jusqu'au respect. Un Chrétien qui n'aime Dieu qu'à demi, est un monstre. Comment des Chrétiens peuvent-ils ne se pas aïmer mutuellement ! Que les infidèles ne sasent-ils notre sainte religion, il n'y en auroit pas un qui ne l'embrassät !

Il y a peu de jours qu’à la fin d’un de ces entreuens, la mère du mandarin se leva, et adressant la parole à toute l'assemblée : Ce que je conclus de tout ceci, ditelle, c'est qu'il n'y à qu'une seule chose qui doive nous être chère ‘et précieuse, savoir la

rdce sanctifiante ; qu'on ne doit rien omettre pour obtenir quand on ne d'a pas encore, pour la conserver quand on l’a obtenue, et pour la recouvrer quand on a eu le malheur de la perdre. Ensuite, jetant des regards pleins de tendresse sur huit petits enfans chrétiens qui étoient présens, elle les baisa tous l’un après l’autre, respectant en eux la grâce d'adoption qu’ils avoient reçue à leur baptême.

Peu après, la veuve du fils aîné du mandarin, conduisant au pied d’un oratoire sa fille unique, âgée d'environ quatre ans, j'entendis qu’elle lui disoit ces paroles : « Je l'aime, Dieu le sait, ma chère » enfant; eh! comment ne te pas aimer, puisque tu » es le seul gage qe ton père en mourant, m’ait » laissé de sa tendresse ! Cependant, si je croyois » Que tu dusses jamais abandonner J ésus-Christ, ou » perdre l'innocence de ton baptéme, je prierois le » Seigneur de te tirer au plutôt de ce monde. Oui, » (répéta-t-elle trois ou quatre fois, regardant une » image de Notre-Seigneur , et croyant n'être point » entendue ); oui, mon Dieu , elle est à vous ; vous » pouvez la reprendre; bien loin de la pleurer, je » vous remercierai de la grâce que vous lui aurez » faite. » Autant que je pus juger nar le ton dent elle prononçoit ces dernières paroles, elle versoit des

larmes, C'est par ce dernier trait que le père de Chavagnac finit sa lettre. | Le père de Mailla , qui a eu cette année trois rudes persécutions à souffrir, m'a raconté une sainte saillie d'un enfant de huit à neuf ans, qui m'a paru admirable ; je crois que vous serez surpris comme moi, de voir une foi si vive dans un âge si tendre, Il ve noït de perdre deux de ses frères qui étoient morts de la petite vérole, lorsqu'il en fut lui-même dange- TCusement attaqué à son tour. Sa mère s'échappa jusqu'à dire dans un mouvement d'impatience : {lé quoi! faut-il donc perdre tous nos enfans, faute

‘avoir recours à la déesse de la petite vérole ?

(C'est une divinité fort célèbre à la Chine). L’enfant quientendit ces paroles , en fut tellement offensé : qu'il ne voulut jamais souffrir, pendant le peu de temps qui lui restoit à vivre , que sa mère parut en sa présence, Tout son plaisir étoit de voir des Chrétiens, et de s’entretenir avec eux du bonheur dont il alloit jouir dans le ciel, La fermeté du fils produisit dans la mère un prompt et sincère repentir de sa faute, qu’elle expia aussitôt par les larmes de la pénitence.

Vous serez bien aise + mon révérend père, d’apprendre encore de quelle manière un jeune Chinois, qui vient d'être baptisé, à été converti au christianisme, Sa conversion a quelque chose de singulier, je dirois presque de miraculeux, Ses parens l’avoient mis parmi les bonzes, et lni avoient fait porter, dès sa plus tendre enfance, l’habit de cette sorte de religieux chinois. Il n'avoit guère que seize ans, lorsqu'il tomba dans un étang fort profond , où il devoit “noyer sans ressource. Mais à peine fut-il au fond de l’eau, qu'il se sentit soutenu par un homme in- Connu, qui le porta sur le bord de l'étang, et qui disparut aussitôt, après lui avoir ordonné d'aller de ce pas à l’église de Kieou-kiang, pour s’y faire ins-

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