‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 2)Chapitre 33 sur 35 · DU PÈRE BOUVET · texte numérisé non relu

DU PÈRE BOUVET

À Pekin, le 10 juillet 1710.

LA conversion et la mort bienheureuse d’une dame tartare , alliée à la maison impériale, ont queique chose d'assez singulier pour que je vous en fasse le récit , et je me ff: atte qu'il ne vous sera pas désagréable.

Lorsque les ‘Ÿartares Mantcheoux se rendirent maitres de la Chi ae , le jeune conquérant , voulant

. gagner le cœur de ses nouveaux sujets , adopta un

nom chinois, pour lui et pour toute la maison 1npériale. FE choisit pour cela le nom de Tchao ( qui

est à la tête de Pekiu-Sing ), c'est-à-dire , du cata-

logue des cent noms qui partagent toutes les familles

de l'Empire.

La dame, dont j ai à vous entretenir , avoit épousé

un seigneur du sang royal , qui pour marque de sa

haute extraction, portoit une ceinture rouge. Cette dame s’appeloit Pahdo= taï-taï, du nom de son époux , nom qui est commun à toute la famille de l'Empereur. Il y a quelques années qu’accablée de chagrin de voir son mari livré à des concubines qu'il aimoit uniquement , elle prit la résolution d’attenter sur sa propre vie, et de terminer ses ennuis par une prompte mort; C’est une coutume assez ordinaire. pour les dames de la Chine qui se croient malheureuses. Abandonnée à son désespoir , ele &ioit

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ères de

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ndirent roulant pta un on lin ) ( qui u Cataamilles

épousé > de sa , Cette de son famille )lée de ubines n d’atennuis SeZ Or— rojent = elle

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a foi, et les prières ordin elle n’eut pas la force de

étoit sur le point de se donner le Coup mortel, lorsqu’elle crut voir entrer dans sa chambre , ainsi qu’elle me l’a raconté elle-même , une daine qui sembloit descendre du ciel, Sa tête étoit couverte d’un voile qui traînoit jusqu’à terre ; sa démarce étoit majeslueuse , et avoit je ne sais quoi au - dessus de l’hu- Main ; elle étoit suivie de deux autres dames qui se tenoient dans la posture la plus respectueuse,

Elle s’approcha de la dame Tchao » €t la frappant

doucement de la main : Me Craignez rien, ma lle,

lui dit-elle | ‘2 vrens VOUS délivrer dsombres, qui vous { après ces mots elle se retira.

duisit sa bienfhitrice jusqu’à ment, et à l'instant elle se

tranquille , et dans un calme Point encore éprouvé, Elle

tienne , elle s’imagina que tion de quelque divinité du pagaveillé à sa Conservation. Elle ne cinq ans après, dans une visite e deses Parentes , qui étoit chré-

qu'elle avoit toujours présente à l'esprit,

elle se prosterna sur le champ , et frappant la terre du front : J’orto » S’écria-t-e]l

Je dois la vie : et d brasser le Christianisme.

€”, vorlà celle à qu£ ; EL és-lors elle prit le dessein d'em- Elle eut bientôt appris les Principaux articles de aires des Chrétiens ; mais Surmonter le seul obstacle

ui lui restoit à vaincre. J1 s'agissoit non-seulement de renoncer aux idoles , mais encore d’en briser deux qui étoient regardées comme les divinités protectrices de sa maison: et c’est à quoi elle ne put se résoudre , craignant d’encourir par-là l’indignation de sa famille.

Malgré cette infidélité à la grâce , Dieu lui inspira encore de nouveanx désirs de conversion par le moyen de cette dame chrétienne sa parente , dont je vous ai parlé. Une petite fille que la dame Tchao avoit adoptée , et qu’elle aimoit tendrement , tomba dangereusement malade, La dame qui étoit chrétienne lui procura le bonheur de recevoir le baptême; l'enfant mourut peu de jours après avoir élé baptisée, sans que la mort eût tant soit peu défiguré son visage. À cette vue, la dame Tchao sentit redoubler toute sa tendresse, et dans le premier transport de sa douleur : HéZas ! dit-elle, Je me consolerois , si j'avois quelque espérance de la revoir après ma mort, Rien de plus aisé , répondit la fervente chrétienne ; cet enfant a reçu le baptême , et son âme purifiée par cette eau salutaire » CSÉ certainement montée au ciel: il ne tient qu'à vous d'avoir de même avantage : dès - lors la porte du cicl vous sera ouverte, et vous verrez éternellement celle qui. fait aujourd'hui le sujet de votre affiction.

Ges paroles dites à propos rappelèrent à l'esprit de. la dame aflligée , le souvenir de la grâce qu’elle avoit reçue de la Mère de Dieu, et de la résolution qu’elle avoit prise de se faire chrétienne. Elle commença d’abord par renoncer au culte de son idole favorite , et pour ne l'avoir plus devant les yeux , elle l’envoya à une dame de ses amies.

Peu de temps après, se voyant dans un état de langueur que lui avoit causé une assez longue maladie , elle demanda avec instance le baptême , qu’on lui avoit différé pour de bonnes raisons. Elle s'y

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esprit de Île avoit n qu'elle mmençÇa avorite, envoya

état de ue ma- >, qu'on

Elle s’y

ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 6 étoit disposée Par une foi vive noncement à toutes les supe Cependant le Missionnaire lu chtmènes, en renonçant aux ni les garder » ni les donner à aussitôt chercher celle qu'elle mit en pièces , aussi bien

» et par un parfait re.

rstitions des idolâtres.

i fit dire que les catéidoles, ne Pouvoient d’autres; elle envoya avoit donnée , et la

que les deux autres > que des considérations humaines lu

dans sa maison.

Comme ses forces diminuoient C que lon commençoit À craindre p 1

i avoient fait retenir

ierge , qu’elle plaça aussitôt dans le lieu

honorable de son ‘Fpartément, Elle promit même que si' Dieu lui rendoit la santé, elle l’emploieroit uniquement à lire les livres de Ja religion , et À

» OU Sur qui mbrasser le chris-

le plus

elle avoit quelque autorité, d’e tianisme,

Dieu se contenta des saints désirs de la néophyte, Elle tomba tout à Coup dans un état qui fit désespérer de sa vie. Comme elle s'aperçut la première

que sa fin approchoit , elle demanda les derniers sacremens , et elle reçut Notre-Seigneur avec de grands endemain elle envoya prier

Pporter l'extrême - onction ; mais quelque diligence qu'il fit, il apprit à son ar-

sus et de Marie.

uelque temps avant que de mourir , elle avoit appelé son fils , et Jui avoit recommandé deux

choses : la première, d’avoir soin qu’on ne mélât rien de superstitieux dans l'appareil de ses obsèques , et que le soin de cette cérémonie fût abandonné aux Chrétiens ; la seconde , de songer sérieusement à renvoyer au plutôt ses concubines pour se disposer à recevoir le baptême. Elle mourant assistée de plu-

sieurs fervens Chrétie;3, ni récitoient les prières orginaires pour les; m:londs , et qui furent très-

touchés des actes de fo , d'espérance et de charité qu’elle répéta sans cesse jusqu’au dernier soupir. Ils recueillirent avec soin les trois dernières paroles qu’elle prononça ; les voici: Sainte Mère de Dieu , secourez-moi: Jésus, mon Sauveur , pardonneznot : Mon Dieu, mon Jésus , sauvez-mor. En prononçant nne quatrième parole qu’on ne putentendre, elle s’'endormit doucement dans le Seigneur.

Du père Parennin, missionnaire.

A Pekin, en l’année 1710.

J E ne doute point que vous ne soyez touché du zèle qu'ont fait paroître cette année quelques-uns de nos Chrétiens pour la conversion de leurs compatriotes. Je me contenteraide vousen rapporter deux exemples, Un des néophytes que jebuptisai dans lune des quatre missions que jouvris avant que l'Empereur m’eût ordonné de le suivre dans ses voyages , s’étoit établi à Yung-ping-fou, Là, ce fervent Chrétien a fait la fonction de missionnaire avec un zèle admirable : il a assemblé quantité d’idolâtre À qui il à annoncé les vérités chrétiennes avec tant d su ès, que la plupart ont demandé le baptême. Il est venu aussitôt

les

mai plu, I r'

» le

ne mélât bsèques , onné aux sement à disposer e de plu- $ prières ent trese charité upir, Ils

paroles le Dieu, donnez- En prontendre,

[1 RE SEE ne

du zèle s de nos atriotes.

emples, s quatre r m’eût it établi à fait la able : il nncé les la pluaussitôt

me chercher à Pekin ; mais comme . £tois allé au Sud avec | Empereur , le père de Turtre a pris ma place , et est parti sur le champ pour Yung-ping-fou , où il a baptisé quatre - vingts adultes. Dés que j'ai été de retour, jai envoyé dans cette ville un catéchiste, qui fortifiera ces nouveaux fidèles dans la foi, et qui,

comme je l'espère, gagnera encore plusieurs gentils à Jésus-Christ,

Un autre Chrétien est venu me donner avis qu'il avoit fait connoît-e l'excellence de notre religion à plusieurs soldats chinois qui demeurent vers le passage de la grande muraille » et que touchés de ses discours , ils ne soupiroient qu'après la grâce du baptême, Je fis partir aussitôt un Catéchiste afin de les aller instruire , et Pour n'a oir plus moi-même qu'à les baptiser , lorsque je passerois par cet endroit-là à la suite de l'Empereur. Le jour donc que ce prince devoit passer la muraille je pris le devant dès le point dn jour ; je trouvai en effet quarante de ces soldats biex instruits et très — fermes dans la foi , qüi me Conjurèrent avec larwnes de les admettre au nombre des Chrétiens. Je les baptisai tous, et ne les quitta que le soir pour aller rejoindre l’'Empe-

Teur ÿ Mais Je leur laissai le catéchiste » avec plusieurs livres sur la r ‘igion , que j'avois apportés.

Un mois “ 5, ces nouveanx fidèles me députèrent un d’entre à Ge-ho-ell , où j'étois alors, Pour m avertir qu’un de leurs mandarins avoit pris la résolution de Jes faire tous renoncer à la loi sainte qu'ils avoient embrassée ; QUE 505 caresses et ses me naces ayant été inutiles, il en étoit venu à des traitemens très-inhumains ; qu'il pouvoit impunément les meurtrir de COUPS, puisqu'il étoit lenr Capitaine ; MaIs que quand on devroit les fair «pirer davs les plus cruels tourmens , Ils ent tous résolus de perdre la vie plutôt que Îa foi. « Ce ne point » les mauvais traitemens que 1 Craisnon jou

70 LETTRES » toient-ils dans la lettre qu'ils m’écrivoient ; mais

» ce qui nous fait une peine que nous ne pouvons | » VOus exprimer , c’est que nos Compaÿnons , en- L

» core infidèles , ne a 2 plus entendre nos ex- vil

» hortations , de peur d'être traités comme nous le » sommes. Nous vous conjurons donc de parler au » fils du Ma - li - tou, notre général , afin qu'il » adoncisse cet ennemi déclaré de notre sainte re- » ligion. »

J'allai les revoir à mon retour : tous se confes- La sèrent avec une ferveur digne des plus anciens Chrétiens ; je leur fis une longue exhortation , à la fin de laquelle ils me présentérent vingt de leurs comagnons, qui étoient bien instruits et que je baptisai. Ïls me prièrent ensuite d'établir parmi eux une confrérie , et de mettre à la tête ceux que je jugerois les plus capables de les instruire , et de veiller sur leur conduite. Ils avoient déjà écrit chacun leurs suffrages dans de petits billets cachetés séparément. J'ouvris ces billets et je trouvai que leur choix étoit fort sage : car ils nommoient les trois plus fervens, qui étoient les mieux instruits, et qui avoient le plus de loisir pour vaquer à cette bonne œuvre. Je confirmai leur choix, et comme ils'sont fort resserrés dans la petite maison où ils s’assemblent » ils me proposérent d'en acheter une autre > Où ils ussent tenir plus commodément leurs assemblées. Le leur donnai pour cela cinquante taëls ; ils fourniront le reste , et j'espère que dans peu de temps il ÿ aura une chrétienté nombreuse.

Pendant environ trois mois que nous demeurâmes $

à Ge-ho-ell , je rassemblai les Chrétiens de difté- j la rentes provinces , qui s’y étoient rendus pour le ; qu commerce, Îls se confessèrent tous jusqu’à trois ; fois, mais je ne pus Jamais trouver d’endroit propre à leur dire la messe, Je baptisai là environ seize personnes ; voilà ce qu’il y a eu pour moi de cons +

bn, Pme bands 9 nd hs Gus .

ent ; mais pouvons ons , en- 6 nos ex e nous le parler au fin qu'il ainte re

confesns Chré- , à la fin Lr$ combaptisai.

une conjugerois …1ller sur un leurs rément.

O1x étoit fervens , oient le uvre. Je ort reslent , ils

où ils mblées.

ls foure temps

‘urâmes e diftépour le à trois propre n seize le con .

ÉDIFIANTES KT CURIEUSES. 71 solant dans mon voyage , qui d’ailleurs n’avoit rien que de pénible,

On a baptisé cette année dans notre église cent trente-neuf adultes, et huit cent vingt-neuf petits enfans , dont la plupart étoient exposés dans les rues. Les pères du collége, qui sont auprès des portes de la ville où l’on expose un plus grand nombre de ces enfans , en ont baptisé "of de trois mille, Ce que j'ai l'honneur de vous mander doit vous faire comprendre le bien solide que procurent les personnes charitables d'Europe, qui entretiennent

ici des catéchistes employés uniquement à cette fonction.

mms LETTRE

Du père Jartoux | missionnaire de la Compagnie de Jésus, au père Procureur - Général des missions des Indes et de la Chine.

À Pekin, le 12 d'avril 1711,

MoN RÉVÉREND PÈRE, La paix de N, S.

LA carte de Tartarie, que nous faisons par ordre de l'Empereur de la Chine, nous a procuré l’occasion de voir la fameuse plante de gin-séng , si estimée à la Chine, et Peu connue en Europe, Vers la fin de juillet 1709 ; nous arrivâmes à un Village qui n’est éloigné que de quatre petites lieues du royaume de Corée , et qui est habité par les Tar-

tarés qu’on nomme Ca/ca-tatze. Un de ces Tartares

alla cherchersurles montagnes voisines quatre plantes de gin-seng, qu'il nous apporta bien entières dans

un panier. J'en pris une au hasard que je dessinai dans toutes ses dimensions , le mieux qu'il me fut possible, Je vous en envoie la figure que j'expliquerai à la fin de cette lettre.

Les plus habiles médecins de la Chine ont fait des volumes entiers sur les Propriétés de cette plante ; ils la font entrer dans presque tous les remèdes qu'ils donnent aux grands Seigneurs ; car elle est d’un trop grand prix pour le commun du peuple. Is prétendent que c’est un remède souverain pour les épuisemens causés par des travaux excessifs de Corps ou d'esprit, qu’elle dissout les flegmes, qu’elle guérit la foiblesse des poumons et la pleurésie, qu'elle arrête les vomissemens » qu'elle fortifie l’orifice de l'estomac et ouvre l'appétit, qu’elle dissipe les vapeurs , remédie à la respiration foible et précipitée en fortifiant la poitrine, qu’elle fortifie les esprits vitaux , et produit de la lymphe dans le sang ; enfin qu'elle est bonne Pour les vertiges et les éblouissemens , et qu'elle prolonge la vie aux vieillards.

On ne peut guère s’hnaginer que les Chinois et les Tartares fissent un si grand cas de cette racine ; si elle ne produisoit constamment de bons effets. Ceux mêmes qui se portent bien, en usent souvent pour se rendre plus robustes. Pour moi je suis persuadé qu'entre les mains des Européens qui entendent la pharmacie, ce seroit un excellent remède, s’ils en avoient assez pour en faire les épreuves né cessaires , pour en examiner la nature par la voie de la chimie, et pour l'appliquer , dans la quantité convenable , suivant la nature du mal auquel elle peut être salutaire,

Ce qui est certain, c’est qu'elle snbtilise le sang , qu'elle le met en mouvement, qu’elle l'échauite , qu'elle aide la digestion , et qu'elle fortifie d’une meaière sensible, Après avoir dessiné celle que je décrirai dans la suite, je me tâtai le pouls pour

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dessinai l me fut — j'expli

t fait des > plante ; remèdes elle est | peuple.

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la prépare : on coupe

Savoir en quelle situation il étoit : je pris ensuite la moitié de cette racine toule crue, sans aucune Préparation , et une heure après je me trouvai le pouls beaucoup plus plein et plus vif: jeus de l'appétit ; je me sentis beaucoup plus de vigueur , et une facilité pour le travail que je n’avois pas auparavant, Cependant je ne fis pas grand fond sur cette épreuve , persuadé que ce changement pouvoit venir du repos que nous primes ce jour-l}. Mais quatre jours après, me trouvant si fatigué et si épuisé de travail qu’à peine Pouvois-je me tenir À cheval, un mandarin de notre troupe qui s'en aperçut, me donna une de ces racines : j'en pris sur le champ la moitié , et une heure après je ne ressentis plus de foiblesse, J'en ai usé ains: plusieurs fois depuis ce temps-là , et toujours avec le même succès. J’ai remarqué encore que la feuille toute fraiche > et surtout les fibres que je mâchois, produisoient à peu près le même effet.

Nous nous sommes Souvent servis de feuilles de g'n-seng à la place de thé, ainsi que font les Tartares , et je m’en trouvois si bien , que je préférerois , sans difficulté » CeUte feuille à celle du meilleur thé, La couleur en est aussi agréable , et quand on en à pris deux ou trois fois, on lui trouve une odeur et un goût qui font plaisir.

Pour ce qui est de la racine, il faut la faire bouillir un peu plus que le thé, afin de donner le temps aux esprits de sortir ; c’est la pratique des Chinois quand ils en donnent aux malades , et ils ne passent guère la cinquième Partie d’une once de racine sèche, A l'égard de ceux qui sont en santé, et qui n'en usent que par précaution , ou Pour quelque légère incommodité, je ne voudrois pas que d’une once ils en fissent moins de dix prises, et je ne leur conseillerois pas d’en

prendre tous les jours, Voici de quelle manière on

la racine en petites tranches

74 LETTRES qu'on met dans un pot de terre bien vernissé , où

l'on a versé un demi-setier d’eau, I] faut avoir soin que le pot soit bien fermé : on fait cuire le tout à peut feu; et quand de l’eau qu'on y a mis, il ne reste que la valeur d’un gobelet , il faut ÿ jeter un peu de sucre, et la boire sur le champ. On remet ensuite autant d’eau sur le marc , On le fait cuire de la même manière, pour achever de tirer tout le suc, et ce qui reste des parties spiritueuses de la racine. Ces deux doses se prennent, l’une le matin, et l’autre le soir.

À l'égard des lieux où croît cette racine , en attendant qu’on les voie marqués sur la carte de Tartarie \ dont nous enverrons une copie en France , on peut dire en général que c’est entre le 39. et le 47.8 degré de latitude boréale » étentre le 10.° et le 20.8 degré de longitude orientale , em comptant depuis le méridien de Pekin, Là se découvre une longue suite de montagnes , que d’épaisses forêts , dont elles sont couvertes et environnées , rendent comme impénétrables. C’est sur le penchant de ces montagnes et dans ces forêts épaisses , sur le bord des ravines ou autour des rochers, au pied des arbres et au milieu de toutes sortes d'herbes que se trouve la plante de gin-seng. On ne la trouve point dans les plaines , dans les vallées , dans les marécages , dans le fond des ravines, ni dans les lieux trop découverts. Si le feu prend à la forêt et la consume , cette plante n'y reparoît que trois ou quatre ans après l'incendie , ce qui prouve qu'elle est ennemie de la chaleur ; aussi se cache-t-elle du soleil le plus qu’elle peut. Tout cela me fait croire, que s’il s'en trouve en quelque autre pays du monde, ce doit être principalement en Canada (1) , dont les forêts et les

(1) On en a effectivement découvert dans les forêts du Canada , dont on fit d’abord beaucoup de bruits mais cette Première vogue ne s'est pas soutenue.

uissé , où voir soin le tout à is,il ne jeter un )n remet cuire de it le suc, à racine.

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSRS. 75 montagnes , au rapport de ceux qui y ont demeuré, ressemblent assez à celles-ci.

Les endroits où croît le gtn-seng , sont tout à fait séparés de la province de Canton, appelée Leaotong dans nos anciennes cartes, par une barrière de pieux de bois qui renferme toute cette province, et aux environs de laquelle des gardes rôdent con tinuellement pour empêcher les Chinois d’en sortir, et d'aller chercher cette racine. Cependant, quelque vigilance qu'on y apporte , l’avidité du gain inspire aux Chinois le secret de se glisser dans ces déserts, quelquefois jusqu’au nombre de deux ou trois mille, au risque de perdre la liberté et le fruit de leurs peines, s’ils sont surpris en sortant de la province ou en ÿ rentrant, L'Empereur souhaitant que les Tartares profitassent de ce gain, préférablement aux Chinois, avoit donné ordre, cette même année 1 709, à dix mille Turtares , d'aller ramasser eux - mêmes tout ce qu'ils pourroïent de g'a-seng , à condition que chacun d'eux en donneroit À Sa Majesté deux onces du meilleur , et que le reste seroit payé au poide d'argent An. Pur ce moyen, on comptoit que l'Empereur en auroit cette année environ vingt mille livres chinoises , qui ne li coûteroient guère que la quatrième partie de ce qu'elles valent. Nous rencontrâmes par hasard quelques-uns de ces Tartares au milieu de ces affreux déserts, Leurs mandarins qui n’étoient pas éloignés de notre route > Vinrent les uns après les autres , nous offrir des bœufs pour notre nourriture , selon le commandement qu'ils en avoient reçu de l'Empereur.

Voici l’ordre que garde cette armée d’herboristes. Après s'être partagé le terrain, selon leurs étendards , chaque troupe , au nombre de cent, s'étend sur une même ligne jusqu’à un terme marqué , en gardant de dix en dix une certaine distance ; ils cherchent ensuite avec soin ja plante dont il s’agi:,

€n avançant insensiblement sur un même rumb ; et, de cette manière , ils Parcourent, durant un certain nombre de jours , l'espace qui leur a été marqué, Dès que le terme est expiré , les mandarins placés avec leurs tentes dans des lieux propres à faire paître les chevaux, envoient visiter chaque troupe pour lui intimer leurs ordres » €t pour s'informer si le nombre est complet, En cas que quelqu'un manque, comme il arrive assez souvent > OU pour s'être égaré, OU pour avoir été dévoré par les bêtes » On le cherche un Jour ou deux, après quoi on recommence de même qu'anparavant,

Ces pauvres gens ont beaucoup à souffrir dans cette expédition: ils ne portent ni tentes, ni lits, chacun d'eux étant assez chargé de sa provision de millet rôu au four, dont il se doit nourrir tout le temps du voyage. Ainsi ils sont contraints de prendre leur sommeil sous quelque arbre, se couvrant de branches, ou de quelques écorces qu'ils trouvent, Les mandarins leur envoient de temps en temps quelques pièces de bœuf ou de gibier qu’ils dévorent, après les avoir montrées un moment au feu. C'est ainsi que ces dix mille hommes ont passé six mois de l’année: ils ne laissent pas, malgré ces fatisues , d’être robustes, et de paroître bons soldats. Les Tartares qui nous escortoient, n’étoient guère mieux traités , n'ayant que les restes d'un bœuf qu’on tuoit chaque jour, et qui devoit servir auparavant à la nourriture de Cinquante personnes.

Pour vous donner maintenant quelque idée de cette plante, dont les Ta: :es et les Chinois font un si grand cas, je vais expliquer Ja figure de celle que je Vous envoie,

A. représente la racine dans sa grosseur naturelle. Quand je l’eus lavée , lle étoit blanche et un peu raboteuse, comme le sont d'ordinaire les racines des autres plantes.

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B.C.C.D. représentent la tige dans toute sa longueur et son épaisseur : elle est toute unie, et assez ronde ; sa couleur est d'un rouge un peu foncé, excepté vers le commencement B, où elle est plus blanche , à cause du voisinage de la terre,

Le point D. est une espèce de nœud formé par la naissance de quatre branches qui en sortent comme d’un centre , et qui s’écartent ensuite également l’une de l’autre, sans sortir d’un même plan. Le dessous de la branche est d’un vert tempéré de blanc: le dessus est assez semblable à la uge, c’est-à-dire, d’un rouge foncé, tirant sur la couleur de müre. Les deux couleurs s'unissent ensuite par les côtés avec leur dégradation naturelle, Chaque branche a cinq feuilles de la grandeur et de la figure qui se voit dans la planche. Il est à remarquer que ces branches s’écartent également l’une de l'autre > AUSsi bien que de l'horizon, pour remplir avec leurs feuilles un espace rond à peu près parallèle au plan du sol,

Quoique :? n’aie dessiné exactement que la moitié d’une de ces feuilles #, on peut aisément concevoir et achever toutes les autres sur le plan de cette partie, Je ne Sache point avoir jamais vu des feuilles de cetie grandeur, si minces et si fines : les fibres en sont très-bien distinguées ; elles ont par-dessus quelques petits poils un peu blancs. La pellicule qui est entre les fibres, s'élève un peu vers le milieu au-dessus du plan des mêmes fibres, La couleur de la feuille est d’un vert obscur pardessus, et pardessous d’un vert blanchâtre et un peu luisant, Toutes les feuilles sont dentelée

et les denticules en sont assez fines,

Du centre D, des branches de cette plante, s’élevoit une seconde tige D, Æ, fort droite et fort unie, tirant sur le blanc depuis le bas lusqu'en haut, dont l'extrémiLÉ portoit un bouquet de fruits fort rond et d'un beau rouge. Ce bouque: éloit composé de vingt-quatre fruits : j’en ai seulement dessiné deux dans leur gran-

= ee,

78 VETTRES

deur naturelle, que j’ai marqués dans ces deux chiffres 9-9. La peau rouge qui enveloppe ce fruit, est fort mince et très-unie : elle couvre une chair blanche et un peu molle. Comme ces fruits étoient doubles, (car il s’en trouve de simples) ils avoient chacun deux noyaux mal polis, de la grosseur et de la tigure de nos lentilles ordinaires, séparés néanmoins l’un de l'autre , quoique posés sur le même plan (1). Chaque fruit étoit porté par un filet uni, égal de tous côtés, assez fin, et de la couleur de celui de nos petites cerises rouges. Tous ces filets sortoient d’un même centre, et s’écartant en tous sens comme les rayons d'une sphère, ils formoient le bouquet rond des fruits qu'ils portoient, Ce fruit n’est pas bon à manger: le noyau ressemble aux noyaux ordinaires: il est dur, et renferme le germe, 11 est toujours posé dans le même plan que le filet qui porte le fruit. De là vient que ce fruit n’est pas rond, etqu’il estun peu applati des deux côtés. S'il est double > 1l a une espèce d’enfoncement au milieu dans l’union des deux parties qui le composent: il a aussi une petite barbe diamétralement opposée au filet auquel il est suspendu. Quand le fruit est sec, il n’y reste que la peau toute ridée qui se colle sur les noyaux : elle devient alors d’un rouge obscur et presque noir.

Au reste cette plante tombe et renaît tous les ans. On connoît le nombre de ses années par ie nombre des tiges qu’elle a déjà poussées, dont il reste toujours quelque trace , comme on le voit marqué dans la figure par les petits caractères 4. 4. 4. Par-là on voit que la racine 4. étoit dans sa septième année , et que la racine A. étoit dans sa quinzième,

À l'égard de la fleur, comme Je ne l'ai pas vue, je ne puis en faire la descripüon: quelques-uns m’ont

mm

(1) Ce noyan n'a pas le bord tranchant comme nos leu. tilies ; dl est presque partout également épais,

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