Æ IX
ce prince
xviij PRÉFACE.
Je reviens à l’empereur Kang-hi : sa vénération pour notre sainte religion, son affection Cowstante pour les Missionnaires, méritent bien que nous transcrivions ici l'éloge qu'on en fait dans l'épitre préliminäire du tome XVII de l’ancienne édition.
Ce grand prince, digne &e tous nos regrets, ne fut pas seulement pour les peuples de l'Asie un objet d’admiration; son mérite extraordinaire, et la gloire de son règne, ont pénétré au-delà de ces vastes mers qui nous séparent de son Empire, et lui ont attiré l'attention et l’estime de toute l'Europe. Aussi est-il vrai de dire qu'il possédoit souverainement l’art de régner, et qu'il réunissoit en lui toutes les qualités qui font l'honnête homme et le grand monarque.
Son port, sa taille, les traits de son visage, certain air de majesté tempéré de bonté et de douceur, inspiroient d’abord l'amour et le respect pour sa personne, et annonçolent , dès la première vue, le maître d'un des plus grands empires de l’univers.
Les qualités de son âme le rendoient beaucoup plus respectable. Il avoit un génie vaste, élevé, et d’une pénétration que le
déguisemsat qu la dissimulation ne purent
LA ee FRERE AE PR PRET ER À Pen krse À
jam et f évé soli fixa égal jam et ] aux mer moi, min ou ses tout
A qu'il pres perc n’us.
des et «d d'ége enye des misè en r
sa vé-
, Son aires, ns 1ci rélimiition.
os res peu- ; son le son vastes re, et toute 1] poser, et és qui arque.
e son ré de ‘abord ie, et maitre ivers.
beaugénie
que le
)urent.
PRÉFACE. xix jamais surprendre; une mémoire heureuse et fidèle , une fermeté d’ime à l'épreuve des événemens, un sens droit et un Jugement solide, qui dans les affaires douteuses le fixa toujours au parti le plus sage. Toujours égal et maître de lui-même , il ne donna jamais à entrevoir ses vues ni ses desseins, et il eut l’art de se rendre impénétrable aux yeux les plus perçans. Capable de former de grandes entreprises, il ne fut pas moins habile à les conduire et à les terminer. Loin de se reposer sur des favoris ou sur des ministres, du Bouvernement de ses vastes états , il prenoit connoissance de tout, et régloit tout par lui-même.
Avec cette autorité suprême et absolue qu'il exerçoit sur des peuples soumis et presque idolâtres de leur prince, il ne perdit point de vue l'équité et la justice , n'usant de son autorité que dépendamment des lois, et dans la distribution des emplois et des dignités, n’ayant presque jamais d'égard qu’à la probité et au mérite. Tendre envers ses sujets, on le vit souvent, dans des calamités publiques, compatir à leur misère , en se privant de tout divertissement, eh remettant à des provinces entières le
xx PRÉFACE.
tribut annuel, qui montoit quelquefois à trente ou quarante millions, en ouvrant les greniers publics, et fournissant libéralement aux besoins d'un grand peuple affligé.
Il se regarda toujours comme le père de son peuple, et cette idée qu'il se forma presque aussitôt qu'il monta sur le trône, le rendit affable et populaire; c'est ce qu’on remarquoit surtout lorsqu'il faisoit la visite des provinces; les grands de sa cour étoient surpris de voir avec quelle bonté il permettoit à la plus vile populace de l’approcher, et de lui porter ses plaintes.
Quoique la puissance et les richesses d'un empereur de la Chine soient presque immenses, il étoit frugal dans ses repas, et éloigné de tout luxe pour sa personne; mais aussi 1] devenoit magnifique dans les dépenses de l'état, et libéral jusqu’à la prodigalité , lorsqu'il s’agissoit de l'utilité publique et des besoins de l'Empire.
La mollesse qui règne dans les cours des princes asiatiques, ne fut jamais de son goût. Loin des délices de son palais, il passoit un certain temps de l’année dans les montagnes de Tartarie : là, presque toujours à cheval, il s’exerçoit dans ces longues et pénibles
: 14 ‘4 Hs » 4 # à
fois à int les ement
ère de forma trône , qu'on visite toient | per-
1pPpro-
hesses resque as, et ; Mais )enses alité , et des
rs des goù t.
it un
agnes 1eval, nibles
% de
“4 es
De.
PRÉFACE. xx;
chasses qui endurcissent à la fatigue, sans néanmoins rien relâcher de son application ordinaire aux affaires de l'état, tenant ses conseils sous une tente, et dérobant même à son sommeil le temps nécessaire pour écouter ses ministres et donner ses ordres.
Partagé entre tant de soins différens , il trouva encore le loisir de cultiver les sciences et les beaux arts; on peut dire même que ce fut sa passion favorite, et il est vraisemblable qu'il s’y appliqua autant par politique que par goût , ayant à gouverner une nation où ce n'est que par les lettres qu'on parvient aux honneurs et aux emplois.
Quelque habile qu'il fût dans tous les genres de littérature chinoise, il n’eut pas plutôt connoïissance de nos sciences et de nos arts d'Europe, qu'il voulut les étudier et les approfondir : la géométrie, la physique, l'astronomie, la médecine , l'anatomie furent successivement l'objet de son application , et la matière de ses études. Ce fut cet amour des sciences qui donna aux Mlissionnaires ce libre accès auprès de sa personne, qui ne s'accorde ni aux grands de l'Empire, ni même aux princes du sang.
Dans ces fréquens entretiens ) Où ce grand
xxij PRÉFACE.
prince sembloit oublier la majesté du trône pour se familiariser avec les Missionnaires, le discours tomba souvent sur les vérités du christianisme. Instruit de notre sainte religion , il l'estima , il en goûta la morale et les maximes , il en fit souvent des éloges en présence de toute sa cour , il en protégea les ministres par un édit public, il en permit le libre exercice dans son Empire; il donna même quelque lueur d'espérance qu'il pourroit l'embrasser. Heureux si son cœur eût été aussi docile que son esprit fut éclairé, et s’il eût su rompre les liens formés depuis long-temps, ou par la politique, ou par les passions, qui l'ont retenu jusqu’à sa mort dans l'infidélité !
Elle arriva le 20 décembre de l’année 1722. Il étoit allé au parc du Haïtse, accompagné de ses Tartares, pour y prendre le divertissement de la chasse du tigre. Le froid le saisit, et se sentant frappé, il ordonna tout à coup qu’on retournât à Tchangchun- Yven (1). Un tel ordre , auquel on ne devoit pas s'attendre, étonna d’abord toute
(1) Maison de plaisance de l'Empereur, à deux lieues de Pekin.
| trône aires, tés du e relirale et éloges otégea h per re ; 1l e qu'il
cœur lairé, depuis ar les , mort
année 2e, aCendre e. Le il orhangon ne toute
à deux
- titions et l'idolitrie même
PRÉFACE. xxiij sa suite; mais on apprit bientôt le sujet d'un retour si subit. Son sang s'étoit coagulé, et quelques remèdes qu'on lui donnât, on ne put le soulager. Il se vit mourir, et le jour même qu'il mourut, il assembla tous les grands, et leur déclara qu'il nommoit Son quatrième fils pour lui succéder à l'Empire : tous acquiescèrent à ses volontés, Il expira sur les huit heures du soir, et la même nuit son corps fut transporté à Pekin.
Le lendemain, à cinq heures du matin ; le Prince s’assit sur le trône, et prit le nom de Vong-tching ; il fut reconnu de tous les princes, de tous les grands, et des mandarins qui composent les tribunaux. On donna aux Européens une pièce de toile blanche
Pour porter le deuil, et ils eurent permis-
sion de venir frapper de la tête contre terre
devant le Corps, avec les princes du sang et les grands seigneurs de l'Empire.
Nous ne parlerons pas ici de l’ancienneté de l'empire de la Chine, de la manière dont il s’est peuplé, de son
culte, qui n’est que la loi naturelle, altérée
par les supersqui s’ÿ sont introduites ; des usages, des mœurs, du caractère des Chinois; des obstacles que les