‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 2)Chapitre 4 sur 35 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

vent blessés et presque dévorés par les bètes qui les trouvent exposés ; mais il est malheureusement vrai qu'on n’en expose que trop ; il l'est aussi qu'on ne recherche pas les auteurs de ces infanticides ; il l'est encore que le gouvernement, par de très-beaux établissemens, a cherché à remédier à cette affreuse barbarie, en adoptant en quelque sorte les enfans rejetés et abandonnés par les auteurs de leurs jours.

Sur cet article, comme sur beaucoup d'autres, l'avantage de l'Europe sur la Chine, vient de ce que l'Europe est chrétienne, que la charité est plus industrieuse et plus vigilante que l'humanité, et que dans un gouvernement chrétien les précautions contre le mal sont et doivent être plus efficaces que dans celui qui ne se conduit que par une horreur naturelle et toute humaine du crime.

La langue chinoise, selon le père Lecomte et tous les autres Missionnaires, n’a aucune analogie avec toutes celles qui ont cours dans le monde. Rien de commun ni dans le son des paroles, ni dans la prononciation des mots, ni dans l’arrangement des idées.

Tout est mystérieux dans cette langue : on

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PRÉFACE. XV peut en apprsdre les termes dans deux heures , quoiqu'il faille plusieurs années d'étude pour la parler, On peut savoir lire tous les livres, et les bien entendre, sans y rien comprendre si un autre en fait la lecture. Un docteur Pourra composer des ouvrages avec beaucoup d'élégance et de politesse, et le même docteur n’en saura

pas toujours assez pour s'expliquer dans les

Conversations ordinaires. Un muet instruit

dans les caractères, Pourra avec les doigts, sans écriture, se faire entendre assez rapidement pour ne Pas ennuÿer ses auditeurs, ou plutôt ses spectateurs. Enfin les mêmes mots signifient souvent des choses opposées et de deux personnes qui les prononcent, ce Sera un compliment dans la bouche de

l'un, et des injures atroces dans la bouche de l’autre.

Ces paradoxes , quelque sarprenans qu'ils paroïissent, ne laissent pas d’être véritables ; mais il faut avoir long-temps vécu à la Chine, pour se persuader qu’une langue si pauvre en apparence ( car elle n’a qu'environ trois cents mots, tous d’une syllabe ), devient cependant féconde, abon--

dante, harmonieuse dans la bouche et sous

xv) PRÉFACE.

le pinceau de ceux qui se sont appliqués à l’étudier.

Les Européens ont trouvé les sciences et les arts cultivés à la Chine, mais on s'y bornoit à une sorte de routine ; le respect des Chinois pour leurs pères, leur faisoit croire qu’on ne pouvoit rien trouver au-delà de ce qu'ils avoient inventé ; 1l éteignoit dans eux tout désir de mieux faire ; il étouffoit cette activité que donnent le gémie et l'amour de la perfection.

Les Missionnaires la réveillèrent, surtout dans l'Empereur Kang-hi, prince né avec un esprit vaste, sage et curieux. IL sut apprécier leurs connoissances, et tout occupé qu'il étoit du gouvernement de ses états, il trouva le temps de satisfaire le goût singulier qu'il avoit pour les sciences d'Europe ; il s’appliqua aux mathématiques, et surtout à l'algèbre, à la géomètrie et à l'astronomie ; il fit traduire les livres européens où il y avoit quelque nouveau système, et quelque invention utile et nouvelle ; il plaça des Missionnaires dans les tribupaux des mathématiques; il les employa à lever des cartes de son Empire, à construire

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PRÉFACE. Xvij des machines, à Orner ses palais; ils crurent pouvoir et devoir se prêter à son goût dans tout ce qu'il avoit d'indifférent, d'utile et de louable ; leur complaisance rendit extrémement favorable à la religion chrétienne ; elle fit de très-grands progrès sous son règne; on y élevoit Par-tout des églises, on la préchoit publiquement, on la goûtoit, on l’embrassoit sans crainte » et ses progrès aurolent encore été plus rapides, si l’homme ennemi n'avoit pas semé Ja zizanie dans ce champ du Père de famille. Nous ne parlerons ni de l'origine, ni des suites de ces malheureuses Contestations, et nous nous bornons à désirer qu'on en parle sans partialité, et que tous ceux qui écriront sur ces matières se défient ou de leurs passions, ou de la passion de ceux qui ont écrit avant eux. Quand il s’agit de Personnes de mœurs irréprochables , qui ont tout quitté pour Dieu, qui se sont dévonées à la vie la plus triste et la plus pénible , et qui n’attendent

que du Ciel la récompense de leurs fatigues ct de leurs travaux, 1] faut des preuves bien claires et bien évidentes pour oser les

accuser de rebellion, d'idolâtrie » de poison

et de tant d’autres crimes odieux.

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