‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 1 sur 72 · Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] · texte numérisé non relu

Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme]

be mémoires de l'Amérique offrent à la curiosité du lecteur des objets bien différens de ceux des missions du Levant. Les iles de l’Archipel, Constantinople, la Syrie, les provinces adjacentes, le royaume de Perse et celui d'Égypte conserventencore destraces de leur ancienne splendeur, et dans ces contrées dégradées pour ainsi dire, tout rappelle cependant l’industrie ; la richesse et la magnificence de ses premiers habitans.

L'Amérique au contraire, ne nous présente presque autre chose que des lacs, des forêts, des terres incultes, des rivières et des Sauvages. | La cupidité et une sorte d'inquiétude firent découvrir cette quatrième partie du monde.

Nous ne parleronsfici ni des voyages, ni des conquêtes de ces premiers navigateurs. Assez d'autres écrivains nous ont dépeint la har

vj + PRÉFACE. 1 diesse de leurs entreprises, et les trop funestes succès de ces modernes argonautes.

Des régions immenses découvertes, dépeuplées, dévustées ; des millions d'hommes libres et tranquilles dans leurs possessions , anéantis, immolés à l'avarice, aux caprices même de leurs nouveaux hôtes, Pourroient peut-être intéresser, mais ils affigeroient encore plus,

La France n’a point à se reprocher de pareilles et de si cruelles usurpations. Elle à laissé long-temps ses voisins courir les mers, et n'a cédé qu’assez tard à l'impulsion qu’avoit donné à toute l'Europe le génie de Christophe Colomb et de ses imitateurs.

Forcée enfin de songer, à l'exemple des autres puissances, à étendre son commerce, elle s'est ébranlée. Mais nous n'avois cherché à nous établir que l'olive à la main; nous n'avons jamais usé de violence envers les anciens colons. C’est avec leur permission que nous avons bâti, cultivé, défriché ; c’est en leur offrant notre alhance, en faisant avec eux des traités de commerce; c’est en respectant les droits toujoë#s sacrés de la Liberté et de la propriété, que nous avons occupé de vastes terrains, qu'on nous aban-

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Nos souverains touchés de ce qu'on leur rapportoit de la barbarie, de l'ignorance et de la superstition de leurs nouveaux alliés, songèrent aux moyens non de les subjuguer , mais de les éclairer, de les civiliser. Hs leur envoyèrent des missionnaires, et c’est parmi les Iroquois, les Hurons, les Illinois, etc. J que par les ordres et sous les auspices de nos rois, les Jésuites français allèrent arborer l’étendard de la croix et précher le saint évangile. Ces terres glaciales ont été arrosées de leurs sueurs , et quelquefois abrenvées de leur sang. Plusieurs ont péri dans des tourmens dont le souvenir seal fait frémir la nature, et tous ont souffert des peines et des fatigues incroyables, Obligés en quelque sorte de devenir sauvages avec ces barbares, pour en faire d’abord des hommes et ensuite des Chrétiens, ils nprenoïent leurs langnes, vivoient comme eux, couroierit les bois avec eux, se prétoient enfin à tout ce qui n'étoit pas mal, pour les porter à écoùter, à aimer, à estimer, à pratiquer ce qui étoit bien.

Dieu a béni leurs travaux ; ils ont réussi

vii PRÉFACE.

avec sa grâce à faire suivre sa sainte loi par des nations qui n’en connoissoient presque aucune , et à les plier sous le joug de la foi et de la morale, malgré l'habitude et le goût de l'indépendance la plus absolue. Mais combien ont été victimes de leur attachement et de leur zèle pour la religion, et quelquefois aussi de l'honneur qu'ils avoient d'être Français, et du soin qu'ils prenoient de maintenir leurs néophytes dans l'alliance de la France!

Cette partie des mémoires de l'Amérique contiendra deux volumes. Nous commencerons par les lettres des missionnaires de la Nouvelle-France; elles présenteront quelques détails assez satisfaisans sur les mœurs des Canadiens, sur la nature du climat, sur ses productions, sur le commerce qu’on pouvoit y faire, et sur les ressources qu'une bonne administration ÿ auroit pu trouver.

Nous passerons ensuite chez les Illinois et à la Louisiane, colonie plus récente, pays excellent, fertile, tempéré, et d’une étendue prodigieuse, dont nous n'avons pas su profiter; et après quelques lettres de Saint-Domingue, dans lesquelles on trouve une excellente histoire de la conquéte de cette ile,

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nous en viendror.s à celles qui ont été écrites de Cayenne et de la Guyane, vaste çontinent qui s'étend depuis cette dernière Île jusqu'au fleuve des Amazones, et qui est peuplé de nations vagabondes, paresseuses et bare bares. |

Les missionnaires commencent à les fixer, à les réunir en peuplades, à les accoutumer au travail, à les former à la piété; et par la suite ils pourroient, dans un terrain propre aux productions les plus recherchées, procurer à la France de grandes richesses, et lui donner un nombre prodigieux de sujets fidèles et laborieux. |

En suivant toujours notre marche du nord au midi, nous parlerons des missions espagnoles situées le long du Maragnon, dans la Californie, le Mexique , le Pérou et le Paraguay.

Nous ne nous étendrons point ici sur cette dernière mission, pour ne pas anticiper sur le plaisir que causeront, à ce que nous espérons, les relations que nous avons recueillies. Elles portent, ainsi que toutes les autres lettres de cet ouvrage, un caractère de simplicité et de vérité qui touche et qui persuade.

Le lecteur verra partout une grande atten-

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tion à ne rien hasarder, à ne parler que de ce qu'on sait, que de ce qu'on a examiné avec une sorte de Scrupulc; un goût d’observation qui se porte à tout , un désir de sinstruire et de Communiquer ses connoissances, fruit peut-être d’une bonne éducation, d’une émulation louable » d'un sentiment heureux et profond, qui sans faire oublier aux missionnaires tout ce qu'exige le zèle le plus pur et le plus ardent, leur faisoit trouver le secret de concilier avec

l'amour des sciences utiles, les travaux les -

plus suivis, les plus constans , les plus pénibles de leur saint ministère.

Nous ajoutons ici , Pour servir de supplé.

Bent au mémoire du père Picolo sur la Ca Lfornie , une histoire abrégée des différentes tentatives qu’on a faites pour s'y établir. Ce que nous dirons n’est Pas nouveau, et servira cependant à éclaircir ce qu'avance un historien très-estimable et pour l'ordinaire trés-impartial. I] affirme dans sa nouvelle histoire de l'Amérique , que Ix Californie n'est bien connue que depuis la retraite des missionnaires Jésuites , qui abusant de la confiance de leur Souverain, cachoient avec des soins infinis les richesses de ce vaste

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PRÉFACE. x royaume; mais on sait, dit-il, à présent (1) que la côte est excellente pour la pêche des perles, etc. On savoit tout cela depuis longtemps : il en est parlé dans le cinquième recueil des Lettres édifiantes imprimées à Paris dès le commencement de ce siècle; et don Fernand Cortez, marquis de] Vallé, si fameux par ses exploits, ayant achevé sa première entreprise de la conquête du Mexique , équipa une flotte pour en faire une secoude, en s’emparant d'un pays qui passoit pour l’un des plus riches €: monde. Le projet étoit noble, et n’auroit pu avoir que des suites très-avantageuses, s'il eût eu le honheur de l'exécuter; mais le temps lui manqua. Ce grand homme fut obligé de revenir promptement au Mexique, où sa présence étoit nécessaire pour prévenir les troubles dont cet état étoit menacé. Il ne pensa done plus à la Californie, quoiqu'il y fût attiré, surtout par les grands trésors qu’on lui faisoit espérer de la pêche des perles, qui est très-abondante le long de ces côtes.

Depuis ce temps-là, les Espagnols ont sou-

- (r) Histoire d'Amérique, t. 3, p. 108 de la traduction,

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vent essayé de s’en rendre les maîtres : mais soit qu'ils n’eussent Pas pris des mesures assez justes pour Y faire des établissemens solides, soit qu'après les avoir faits » ils eussent manqué de constance ou de secours pour les Soutenir, il est certain que toutes leurs entreprises avoient échoué, et qu'ils avoiènt entièrement abandonné ce nouveau royaume, lorsque le roi d'Espagne Charles IL, animé d’un saint zèle, donna ordre d'y en- Voyer des missionnaires Pour travailler à la Conversion de ces peuples, et établir, si l'on Pouvoit, un Commerce solide avec eux.

Le Marquis de la Laguna, alors vice-roi du Mexique, y fit passer l'amiral don Isidoro d'Atondo, avec deux frégates, une corvette, et tout ce qui étoit nécéssaire pour y établir une colonie, Cette Petite armée partit du port de Chalaca dans la Nouvelle-Galice, le 18 janvier 1683, et arriva au port de Notre-Dame de 1a Paix, dans la Californie, le 30 mars de Ja même année, On y bâtit un fort, et les pères Matthias Gogni et Eusèbe-François Kino, tous deux Jésuites, commencèrent à y prêcher Jésus-Christ, et à y exercer leur ministère Mais cet établissement dont on avoit Conçu de si grandes

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lifornie, et de se retirer dans les provinces de Cinaloa et de Sonora, où la foi faisoit depuis quelques années de merveilleux progrès.

Le retour des pères Gogni et Kino affligea sensiblement le père Jean-Marie de Salyatierra, Jésuite milanais, qui travailloit avec un grand zèle à la conversion des Indiens de la province de Taraumara, que les Espagnols appellent la Nouvelle-Biscaye. Un jour qu'il gémissoit en la présence de Notre- Seigneur sur cette multitude innombrable de peuples qui périssoient tous les jours dans ces vastes pays, faute d'instruction et de secours , 1l se sentit fortement inspiré de se consacrer à la mission de la Californie, et d'y porter de nouveau l'évangile. Quelque envie qu'il eût de suivre la voix qui l'appedoit, il ne le put faire alors, parce que ses supérieurs le retirèrent des missions pour lui confier la conduite du collége de Guadalaxara, et ensuite celle du collége de Te.

potzotlan , et la direction des novices de ia province du Mexique. Quoique ces différens

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xiv PRÉFACE.

emplois semblassent l'éloigner du dessein que Dieu lui avoit inspiré, il ne le perdit point de vue; au contraire , 1l ménagea pendant ce temps-là tout ce qu'il jugeoit être nécessaire pour venir à bout l’une entreprise si difficile. Il eut l'honneur d’en conférer souvent avec la duchesse de Sessa et avec le comte de Montezuma son époux, qui avoit succédé au marquis de la Laguna dans la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne.

Ce comte, que le Roi catholique à nommé duc d’Atrisco, et grand d'Espagne de la première classe, pour les services importans qu'il a rendus à la religion et à l’état, loua le dessein du père de Salvatierra , et Jui promit de le faire approuver par le roi d'Espagne. Sur ces assurances le père commença d'agir, sans s’effrayer des obstacles qu'il avoit à vaincre. Ils étoient grands : car pour réussir dans une entreprise qui avoit si souvent échoué, non-seulement il étoit nécessaire d'établir une nouvelle colonie espagnole dans la Californie, de l'y entretenir et de l'y faire subsister ; mais il falloit encore se procurer des vaisseaux pour y aller, pour y porter les provisions nécessaires, et

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