‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 72 · CA · texte numérisé non relu

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attirèrentavec eux plusieurs de leurs compatriotes, et en peu d'années la mission de saint François-Xavierdu-Sault ( c’est ainsi qu'elle s'appelle), devint célèbre par le grand nombre et par la ferveur extraordinaire des néophytes. Pour peu qu'un ve ie \ eût fait de séjour , quoiqu'il n’eût d'autre dessein que de visiter ses parens et ses amis, il perdoit aussitôt le désir de retourner dans sa patrie. La charité des néophytes alloit jusqu’à partager avec les nouveaux venus , les champs qu'ils n’avoient défrichés qu'avec beaucoup de peine ; mais où elle éclatoit davantage , c'étoit dans l’empressemeni qu'ils faisoient paroïtre pour les instruire des vérités de la foi : ils y employoient les jours entiers, et souvent une partie de la nuit. Leurs discours , pleins d’onction et de piété , faisoient de vives impressions sur les cœurs de leurs hôtes , et les transformoient ,

‘pour ainsi dire , en d’autres hommes. Tel qui, peu

auparavant , ne respiroit que le sang et la guerre, devenoit doux, humble , docile et capable de se conformer aux plus grandes maximes de la religion, Ce zèle ne se bornoit pas à ceux qui venoïient les trouver , il les portoit encore à faire des excursions dans les différentes bourgades de leur nation, etils revenoient toujours accompagnés d’un grand nombre de leurs compatriotes. Le jour que Catherine reçut le baptême , le plus considérable des Agniez , après une excursion semblable , retourna à la mission du Sault en compagnie de trente Iroquois de sa nation qu’il avoit gagnés à Jésus-Christ. La néophite eût bien voulu le suivre ; mais elle dépendoit | comme je l'ai dit, d’un oncle qui ne voyoit qu'à regret le dépeuplement de sa bourgade, et qui se déclaroit ouvertement l'ennemi de ceux qui pensoient à aller demeurer parmi les Français.

Ce ne fut que l’année suivante qu’elle trouva les facilités qu’elle souhaitoit pour l’exécution de son

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desseni, Elle avoit une sœur adoptive qui s’étoit

retirée avec son mari à la mission du Sault. Le zèle.

qu'avoient les nouveaux fidèles pour attirer leurs Pparens et leurs amis dans la nouvelle colonie , lui inspira la même pensée à l'égard de Catherine : elle s'en ouvrit à son mari, qui y donna les mains. Celui-ci se joignit aussitôt à un Sauvage de Lorette et à plusieurs autres néophytes , qui, sous prétexte d'aller faire la traite des castors avec les Anglais, parcouroient les bourgades iroquoises , à dessein d'engager ceux de leur connoissance à les suivre " et à participer au bonheur de leur conversion. À peine fut-il arrivé dans la bourgade de Catherine, qu'il l'avertit secrètement du sujet de son voyage, et du désir que sa femme avoit de l'avoir auprès, d'elle dans la mission du Sault, dont il lui fit l'éloge en peu de paroles. Comme la néophyte parnt transportée de joie à ce discours , il l’avertit de se tenir prête à partir aussitôt qu’il seroit de retour d’un voyage qu'il ne faisoit chez les Anglais que pour ne. point donner d’ombrage à son oncle. Cet oncle de Catherine étoit alors absent , et n’avoit garde d’entrer dans aucun soupçon du dessein de sa nièce. Cathe-. rine alla sur le champ prendre congé du missionnaire, et le prier de la recommander aux pères qui gouvernoient la mission du Sault. Le missionnaire à de son côté, qui ne pouvoit manquer d'approuver la résolution de la néophyte, lexhorta à mettre sa confiance en Dieu, et lui donna les conseils qu'il jugea luiêtre nécessaires dans la conjoncture présente.

Comme le voyage du beau -frère n’étoit qu'un prétexte pour mieux cacher son dessein, il fut bientôt de retour à la bourgade ;. et dès le lendemain de son arrivée , il partit avec Catherine et avec le Sauvage de Lorette qui lui avoit tenu compagnie, On ne fut pas long - temps à s’apercevoir dans le

village que la néophyte avoit disparu, et l'on se

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s’étoit douta qu’elle avoit suivi les deux Sauvages. On dé- | £ zèle. 3 pêcha aussitôt un exprès vers son oncle pour lui NE leurs 4 en donner avis. Ce vieux capitaine , jaloux de Pac- î > , lut | croissement de sa nation , frémit de colèré à cette | + elle nouvelle. À Pinstant il chargea son fusil de trois | su. Ce- balles , et courut après ceux qui emmenoient sa tte et nièce. El ft tant de diligence, qu’il les joignit en étexte peu de temps. Les deux Sauvages qui avolent prévu glais , qu'on ne pe pas de les poursuivre , avoient essein caché la néophyte dans un bois épais , et s’étoient uvre , arrêtés comme s'ils eussent voulu prendre un peu »n. À de repos. Le vieillard fut bien étonné de ne pas erine , trouver sa nièce avec ces Sauvages : après un moment yage, ! d'entretien qu’il eut avec eux ; il se persuada qu’il ; uprès, ! avoit cru trop légèrement un premier bruit qui | éloge : s'étoit répandu , et il retourna sur ses pas vers le | trans- : village. Catherine regarda cette retraite subite de tenir 1 son onele , comme un effet de la protection de Dieu d’un. Â sur elle ; et conunuani sa route, elle arriva à la misur ne. 4 sion du Sault sur la fin de l'automne de l’année le de. j 1677. Ce fut chez son beau-frère qu'elle alla L or. ntrer À La cabane appartenoit à une Chrétienne des p'us athe- | ferventes de ce lieu, nomimée Anastasie | dont le SIon- : soin étoit d'instruire les personnes de son sexe qui > qui } aspiroient à la grâce du baptême. Le zèle avec lequel aire , 1 elle remplissoit les devoirs de cet emploi , ses entre- JUvVer i tiens et ses exemples charmèrent Catherine 3 MAIS. ettre ï ce qui l’édifia infiniment , ce fut la piété de tous les qu’il ; fidèles qui composoient cette nombreuse mission. ee ente. è Elle étoit surtout frappée de voir des hommes dequ'un venus si différens de ce qu'ils avoient été lo:squ'ils L fut : demeuroient dans son pays ; elle comparoit leur vie main : exemplaire avec la vie licencieuse qu'elle leur avoit ec le vu mener; et reconnoissant le doigt de Dieu dans gnie, $ un changement si extraordinaire , elle le remercioit. ns le sans cesse de l'avoir conduite dans cette terre de

Mn se bénédiction,

Pour répondre à cette faveur du Ciel » elle crut qu’elle devoit se donner toute entière à Dieu , sans user d'aucune réserve , et sans se permettre le moindre retour sur elle - même. Le lieu saint fit dès-lors toutes ses délices : elle s’y rendoit dès les quatre heures du matin ; elle entendoit la messe du point du jour , et assistoit ensuite à celle des Sanvages, qui se dit au lever du soleil. Pendant le cours de la journée , elle interrompoit de temps en temps son travail pour aller s’entretenir avec Jésus-Christ aux pieds des autels. Le soir elle revenoit encore à l’église e\ n’en sortoit que bien avant dans la nuit. Quand elle étoit en prières , elle paroissoit toute renfermée au-dedans d'elle-même ; le Saint-Esprit l’éleva en peu de temps à un don si sublime d’oraison , qu’elle passoit souvent plusieurs heures de suite dans des communications intimes avec Dieu. À cet attrait pour la prière , elle joignit une application presque continuelle au travail » et elle se soutenoit dans le travail par de pieux discours qu’elle tenoit avec Anastasie, cette fervente Chrétenne , dont j'ai parlé et avec qui elle avoit lié une amitié très-étroite, Leurs entretiens rouloient d'ordinaire sur la douceur qu’on goûte au service de Dieu , sur les moyens de Jui plaire et d'avancer

ans la vertu , sur quelque trait de la vie des saints ” sur l’horreur qu’on doit avoir du péché , et sur le soin d’expier par la pénitence ceux qu’on a eu le malheur de commettre. Elle finissoit la semaine par une recherche exacte de ses fautes et de ses imperfections , pour les effacer dans le sacrement de pénitence, dont elle approchoit tous les samedis au soir : elle s’y disposoit par diverses macérations dont elle aflligeoit son corps , et quand elle s’accusoit des fautes même les plus légères , c’étoit avec des sentimens si vifs de componction , qu’elle fondoit en larmes, et que ses paroles étoient entre-

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