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coupées de soupirs et de sanglots. La haute idée qu'elle avoit de la majesté de Dieu , lui faisoit regarder la moindre offense avec horreur , et quand il lui en étoit échappé quelqu’une, elle ne pouvoit se la pardonner.
Des vertus si marquées ne me permirent pas de lui refuser plus long-temps la permission qu’eile me demandoit instamment de faire sa première communion à la fête de Noël , qui approchoit. C’est une grâce qui ne s'accorde à ceux qui viennent de chez les roquois , qu'après bien des années et après beaucoup d'épreuves : mais la piété de Catherine la mettoit au-dessus des règles ordinaires. Elle participa, pour la première fois de sa.vie , à la sainte eucharistie avec une ferveur qui égaloit l'estime qu'elle faisoit de cette grâce , et les empressemens qu'elle avoit eus de l’obtenir. Toutes les autres fois qu’elle approcha de la sainte table, ce fut toujours avec les mêmes dispositions. Son simple extérieur inspiroit alors de la piété aux plus tièdes ; et lorsqu'il se faisoit une communion générale , les néophytes les plus vertueuses s’empressoient à l’envi de se mettre auprès d’elle ; parce que, disoient-elles , la seule vue de Catherine leur servoit d’une excellente préparation pour communier dignement.
Après les fêtes de Noël , la saison étant propre pour la chasse , elle ne put se dispenser de suivre dans les bois sa sœur et son beau-frère. Elle fit voir alors qu'on peut servir le Seigneur dans tous les lieux où sa providence nous conduit; elle ne relâcha rien de ses exercices ordinaires ; sa piété lui suggéra même de saintes pratiques pour suppléer à celles qui étoient incompatibles avec le séjour des forêts. Son temps étoit réglé pour toutes ses actions. Dès le matin, elle se mettoit en prières , et elle ne les finissoit qu'avec celles que les Sauvages font en commun selon leur coutume. Le soir elle les con-
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ii LETTRES
tinuoit bien avant dans la nuit. Quand tes Sauvages pronos leur repas pour se disposer à chasser tout e long du jour , elle se retiroit à l'écart pour faire quelque oraissn : c’étoit à peu près le temps qu’on a coutume d'entendre la messe dans la mission. Elle avoit placé une croix dans le tronc d’un arbre qui se trouvoit au bord d’un ruisseau : cet endroit solitaire lui tenoit lieu d’oratoire. LA , elle se mettoit en esprit au pied des autels ; elle unissoit son inten= tion à celle du prêtre ; elle prioit son ange gardien d'assister pour elle au saint sacrifice , et de lui en appliquer tout le fruit, Le reste de la journée , elle: s’occupoit du travail avec les autres personnes de son sexe; mais pour bannir les discours frivoles , etafire de s’entreienir dans l’union avec Dieu , elle entamoit toujours quelque ‘scours de piété , ou bien elle les. invitoit à chanter des byranes et des cantiques à la louange du Seigneur. Ses repas étoient très-sobres , et souvent elle ne inaageoït qu'à la fin du jour ; encore mêloit - elle secrètement de la cendre aux viandes qu’on lui servoit, pour ôter à son goût toute la pointe qui en fait le plaisir. C’est une mortification. qu’elle pratiqua toutes les fois qu'elle pouvoit n’être pss aperçue. Le séjour des bois ne lui plaisoit guère bien qu'il soit si agréable aux femmes des Sauvages, parce que , débarrassées des soins domestiques , elles. passent le temps dans les divertissemens et les fesüns. Elle Soupiroil sans cesse après la saison où l’on a coutume de retourner au village. L'église , la pré sence de Jésus-Christ dans l’auguste sacrement de nos autels, le saint sacrifice de la messe, les exhortations fréquentes , et les autres exercices de la mission dont on est privé tandis qu’on est occupé de la chasse, étoient les seuls objets qui la touchassent. Elle avoit du dégoût pour tout le reste. Ainsi, quand elle se vit une fois de retour à le mission , elle se fit une loi de n’en plus sortir. Elle
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