ES
deurs calumets : c’est, dit-on
pondit constamment que sa religion lui défendoit ces sortes d’excès. Enfin, étant venu avec un parti de guerriers vers Montréal, il se déroba secrètement à la vue de ses compagnons , et il se rendit à la mission du Sault, où il a vécu depuis avec beaucoup de piété,
Deux ans après, une femme de la même mission fit paroître une constance égale à celle d'Etienne : et finit comme lui sa vie dans les flammes. Elle s’anpeloit Françoise Gonannhatenha. Elle étoit d'Onnontagué , et avoit été baptisée par le père Fremin. Toute la mission étoit édifiée de sa piété, de sa modestie, et de la charité qu’elle exerçoit envers les pauvres. Comme elle étoit à son aise » elle partageoit ses biens à plusieurs familles qui se soutenoient de ses libéralités. Ayant perdu son premier mari , elle épousa un vertueux Chrétien qui étoit d'Onnontagué comme elle, et qui demeuroit depuis long-temps à Chasteau-Guay, village à trois lieues du Sault, Il passoit tous les étés à la pêche , et il y étoit actnellement, lorsqu'on apprit la nouvelle d'une incursion des ennemis. Aussitôt Françoise se mit en canot avec deux de ses amies pour alier chercher son mari, et le délivrer du péril où il se trouvoit. Elles ÿ arrivérent à temps, et cette petite troupe se croyoit en
sûreté, lorsqu'à un quart de lieue du Sault, elle fut prise À l’improviste par l’armée ennemie, qui étoit composée d'Onnontagués, de Tsonnontouans, et de Goïogoens. On coupa sur le champ la tête au mari, et les trois femmes furent emmenées captives.
La cruauté qu’on exérça sur elles, la première nuit qu’elles passèrent dans le Camp iroquois, leur fit juger qu'elles devoient s'attendre aux traitemens
les plus inhumains. Ces barbares se divertirent à leur
arracher les ongles, et à leur fumer les doigts dans > Un tourment très-
douloureux, Des avant-coureurs portèrent à Onnontagué la nouvelle de la prise qu’on venoit de faire. Les deux amies de Françoise furent aussitôt données à Onneïoutetà Tsonnontouan, et l’on donna Françoise à sa propre sœur, qui étoit fort considérée dans le village. Celle-ci se dépouillant de la tendresse que la nature et le sang devoient lui inspirer, l’abandonna à la discrétion des anciens et des guerriers, c’est-à-dire, qu’elle la destina au feu.
À peine les captives furent-elles arrivées à Onnontagué , qu’on fit monter Françoise sur un échafaud qui étoit dressé au milieu du village. Là, en présence de ses parens et de tous ceux de sa nation, elle déclara à haute voix qu’elle étoit Chrétienne de la mission du Sault, et qu’elle s’estimoit heureuse de mourir dans son pays et par la main de ses proches, à l’exemple de Jésus-Christ qui avoit été mis en croix par ceux mêmes de sa nation qu'il avoit comblés de bienfaits.
Un des parens de la néophyte, qui étoit présent, avoit fait un voyage au Sault, cinq ans auparavant, pour l'engager à retourner avec lui. Tous les artifices qu'il employa pour lui persuader de quitter la mission furent inutiles ; elle lui répondit constamment qu'elle estimoit plus sa foi que son pays et que sa vie, et qu’elle ne vouloit point risquer un si précieux dépôt. Le barbare entretenoit depuis longtemps dans son cœur l’indignation qu’il avoit conçue d’une pareille résistance; et piqué encore plus d'entendre les discours de Françoise, il sauta sur l'échafaud, il lui arracha un crucifix qu’elle portoit au cou, et d’un couteau qu’il tenoit à la main, il lui fit sur la poitrine une double incision en forme de croix. « Tiens, lui ditil, voilà la croix que tu es- » times tant, et qui t'empêcha d'abandonner le Sault, » lorsque je pris la peine de t'aller chercher. Je te remercie, mon frère, lui répondit Françoise, je
t à Onenoit de | aussitôt pn donna rt consiant de la t lui insns et des 1 feu.
es à Onun écha- , Là, en a nation , ienne de areuse de proches, en Croix
mblés de
présent , paravaut , s artifices r la mistamment et que sa n si préuis longvoit concore plus sauta sur le portoit ain , il lui forme de
ue tu esr le Sault, her. Je te içoise ; je
* pouvois perdre cette croix que tu m'as ôtée; mais » tu m'en donnes une que je ne perdrai qu’avec la » Vie, »
Elle continua ensuite à entretenir ses compatriotes des mystères de la foi, et elle en parla avec une véhémence et une onction qui étoient au-dessus de sa portée et de ses talens. « Enfin, dit-elle en » finissant, quelque affreux que soient les tourmens » auxquels vous me destinez, ne croyez pas que » mon sort soit à plaindre ; c’est le vôtre qui mé- » rite des pleurs et des gémissemens ; ce feu que » vous allumez pour mon supplice, ne durera que » quelques heures ; mais pour vous, un feu qui ne » finira jamais, vous est préparé dans les enfers. Il » est pourtant encore en votre pouvoir de l’éviter ; » suivez mon exemple, faites-vous Chrétiens, vivez » selon les règles d’une loi si sainte, et vous vous » déroberez aux flammes éternelles. Du reste, je » vous déclare que je ne veux aucun mal à ceux » que je vois tout prêts à m’arracher la vie; non- » seulement je leur pardonne ma mort; mais je prie » encore le souverain arbitre de la vie et de la mort » d'ouvrir leurs yeux à la vérité, de toucher leurs » Cœurs, de leur faire la grâce de se convertir et » de mourir Chrétiens comme moi. »
Ces paroles de Françoise, loin de fléchir ces cœurs barbares, ne firent qu’augmenter leur fureur. Ils la promenérent trois nuits de suite par toutes les ca banes, pour en faire le jouet d’une populace brutale. Le quatrième jour , ils l’attachèrent au poteau pour la brûler. Ces furieux lui appliquèrent à toutes les parties du corps des tisons ardens et des canons de fusil tout rouges. Ce supplice dura plusieurs heures , ‘sans que cette sainte victime poussät le
moindre cri : elle avoit les yeux sans cesse élevés. au ciel , et l’on eût dit qu’elle étoit insensible à des douleurs si cuisantes, M. de Saint-Michel , seigneur
de la côte de ce nom, qui étoit alors captif à Onnontagué, et qui s’échappa comme par muracle des mains des Iroquois, une heure avant le temps où ils devoient le brûler, nous raconta toutes ces circonstances dont il fut témoin. La curiosité attiroit Autour de lui tous les habitans de Montréal , et la simple exposition de ce qu'il avoit vu, tiroit des larmes de tout le monde. On ne pouvoit se lasser d'entendre parler d’un courage qui tenoit du prodige.
Quand les Iroquois se sont divertis long-temps à brûler peu à peu leurs captifs, ils leur enlèvent la chevelure, ils leur jettent sur la tête de la cendre chaude, et ils les détachent du poteau ; après quoi ils prennent un nouveau plaisir à les faire courir , à les poursuivre avec des huées horribles » et à les assommer à coups de pierres. Ilsen usèrent de la même sorte à l'égard de Françoise. M. de Saint-Michel nous rapporta que ce spectacle le fit frémir; mais qu'un moment après il fut attendri jusqu'aux larmes , lorsqu'il vit cette vertueuse néophyte se jeter à genoux , et levant les yeux au ciel, offrir à Dieu en sacrifice les derniers souflles de vie qui lui restoient, Elle fut accablée à l'instant d’une grèle de pierres que lui jetèrent les Iroquois, et elle mourut comme . elle avoit vécu, dans l'exercice de la prière, dans l'union avec Notre-Seigneur.
Une troisième victime de la mission du Sault fut sacrifiée l’année suivante à la fureur des Iroquois. Son sexe, sa grande jeunesse, et l'excès des tourmens qu'on lui fit souffrir , rendent sa constance mémorable, On la nommoit Marguerite Garongoüas : elle n'avoit que vingt-quatre ans; elle étoit d’'Onnontagué, et elle avoit recu le baptême à l’âge de treize ans. Elle se maria peu après, et Dieu bénit son mariage , en lui accordant quatre enfans qu’elle élevoit avec un grand soin dans la piété. Le plus jeune étoit encore à la mamelle, et elle le portoit entre ses bras
if à Onracle des emps où s ces Ciré attiroit al, et la tiroit des se lasser prodige.
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lorsqu'elle fut surprise, Ce fut vers l'automne de l'année 1693 , qu’étant allée visiter son champ à un
uart de lieue du fort, elle tomba entre les mains de dent Sauvages cpl : ils étoient de son pays, et il est même probable qu'ils étoient de ses parens. La joie qu’on avoit eue à Onnontagué de la prise des deux premiers Chrétiens du Sault, fit juger à ces Sauvages que cette nouvelle captive leur attirsroit de grands applaudissemens. Ils la menèrent donc en diligence à Onnontagué,
Au premier bruit de son arrivée, tous les Sauvages sortirent du village , et allèrent attendre la captive sur une éminence où elle devoit passer. Une fureur nouvelle s’étoit emparée de tous les esprits, Dès que Marguerite parut, elle fut reçue avec des cris affreux, et elle ne fut pas plutôt sur l’éminence, qu'elle se vit investie de tous ces barbares, au nombre de plus de quatre cents. On lui arracha d’abord son enfant, on la dépouilla de ses habits, ensuite tous se.jetèrent sur elle pêle - mêle, et ils l'ensanglantèrent à coups de couteaux : tout son Corps étoit devenu une seule plaie. Un de nos Français qui fut témoin d’un si effroyable spectacle , attribuoit à une espèce de miracle qu'elle n'ait pas expiré sur l'heure, Marguerite l’aperçut, et le nommant par son nom: « Hé bien! lui dit-elle, vous » voyez quel est mon sort; il n’y a plus que quel- » ques instans de vie pour moi. Dieu en soit béni ; » Je n’appréhende point là mort ; quelque cruelle » que soit celle qu'on me prépare , mes péchés en » méritent davantage; priez le Seigneur qu’il me les » pardonne, et qu'il me donne la force de souffrir. » Elle parloit à haute voix et dans sa langue. On ne pouvoit assez s'étonner que dans le triste état où elle étoit réduite , elle eût encore l'esprit si présent.
On la conduisit pour peu de temps dans Ja cabane d’une Française habitante de Montréal, qui
Loi
étoit aussi en captivité, La Française prit ce temps-là pour encourager Marguerite , et pour l’exhorter à souffrir avec constance un tourment passager, en vue des récompenses éternelles dont il seroit suivi. Marguerite la remercia des conseils charitables qu’elle lui donnoit, et elle lui répéta ce qu’elle avoit déjà dit, qu'elle n’avoit nulle appréhension de la mort, et qu'elle lacceptoit de bon cœur. Elle ajouta même que depuis son baptême, elle avoit demandé à Dieu Ja grâce de soulfrir pour son amour, et ve voyant son corps tout déchiré, elle ne pouvoit douter que Dieu n'eût exaucé sa prière: qu'elle mouroit contente, et qu'elle ne souhaitoit aucun mal à ses parens ni à ses compatriotes qui devenoient ses bourreaux; qu'au contraire, elle prioit Dieu de leur pardonner leur crime, et de leur faire la grâce de se convertir à la foi. C’est une chose remarquable, que les trois néophytes dont je parle, aient prié à la mort pour le salut de ceux qui les traitoient si cruel- Jement : c’est une preuve bien sensible de la charité qui règne dans la mission du Sault,
Les deux captives s’entretenoient encore des vérités éternelles, et du bonheur des saints dans le ciel, lorsqu'une troupe de Sauvages vinrent chercher Marguerite , pour la conduire au lieu où elle devoit être brûlée, Ils n’eurent nul égard ni à sa jeunesse, ni à son sexe, ni à sa patrie, ni à l'avantage qu’elle avoit d’être la fille d'un des plus distingués du village, qui en éloit comme le chef, et au nom duquel se faisaient toutes les affaires de la nation. Tout cela auroit infaïlliblement sauvé la vie à toute autre qu’à une Chrétienne de la mission du Sault. Marguerite fut donc liée au poteau , et on lui brüla tout le corps avec une cruauté qu'il n’est pas aisé de décrire. Elle souffroit ce long et rigoureux supplice sans donner aucun signe de douleur : on l’entendoit invoquer les saints noms de JESUS, de Marie et de Joseph, et les
mps-là orter à en vue il. Marelle lui jà dit, ort, et même à Dieu voyant ter que it con— es pas bourur pardé se le, que ié à la | cruelcharité
les vé— le ciel, er Marit être e, ni à le avoit illage , quel se ut cela re qu'à œuerite e Corps ‘e. Elle donner uer les ,etles
ÉDIFIANTES ET CURIAUSES, 73 prier de la scatenir dans ce rude combat, jusqu’à ce que son sacrifice fût consommé, Elle demandoit aussi de temps en temps un peu d'eau ; mais après quelques réflexions, elle pria qu'on lui en refusât, quand même elle en demanderoit, « Mon Sauveur, » dit-elle, eut soif en mourant pour moi sur la croix; » n'est-il pas juste que je soufre la même incom- » modité? » Les Iroquois la tourmentèrent depuis midi jusqu’au suleil couché, Dans l’impatience où ils étoient de lui voir rendre le dernier soupir, avant
ue la nuit les forçât de se retirer, ils la détac hèrent du poteau; ils lui arrachèrent la chevelure; ils lui couvrirent la tête de cendre chaude > et ils lui ordonnèrent de courir, Elle au contraire se mit à ge noux , et élevant les yeux et les mains au ciel, elle recommanda son âme au Seigneur. Ces barbares lui déchargèrent sur la tête plusieurs coups de bâton, sans qu'elle discontinuât de prier. Enfin, l'un d'eux s’écriant : Est-ce que cette chienne de Chrétienne ne Peut mourir , prit un couteau tout neuf » et le lui enfonça dans le bas-ventre. Le couteau, quoique poussé avec roideur, se brisa au grand étonnement des Sauvages, etles morceaux tombèrent à ses pieds. Un autre prit le poteau même où elle avoit été attachée, et lui en frappa violemment la tête : comme elle donnoit encore quelques signes de vie, ils mi rent le feu à un tas de bois sec qui étoit dans la place, etils y jetèrent son corps qui fut bientôt consumé, C’est de là que Marguerite alla sans doute recevoir au ciel la récompense que méritoit une sainte vie terminée par une mort si précieuse,
Il étoit naturel qu'on accordât la vie à son fils ; mais un Iroquois à qui il avoit été donné » voulut se venger sur lui de l’affront qu’il croyoit avoir reçu dès Français, On fut surpris trois jours après la mort de Marguerite , d'entendre au commencement de la nuit un cri de mort, À ce cri » tous les Sauvages
sortirent de leurs cabanes pour se rendre au lien d’où il partoit. L’habitante de Montré2l » dont j'ai parlé , y courut comme les autres. Là se trouva un feu allumé , et l'enfant près d’y être jeté. Les San vages ne purent s'empêcher d’être attendris à ce Spectacle ; mais ils le furent bien davantage, lorsque cet enfant qui n’avoit qu’un an , levant ses petites mains vers le ciel avec un doux sourire » appela par trois fois sa mère , témoignant par son geste qu'il vouloit l’embrasser. L'habitante de Montréal ne douta point que sa mère ne lui eût apparu : il est du moins probable qu’elle avoit demandé à Dieu que son fils lui fût réuni au plutôt, afir. de le préserver d’une éducation licencieuse qui l’auroit tout à fait éloigné du christianisme, Quoi qu'il en soit, l'enfant ne fut pas abandonné aux flammes; un des plus considérables du village l'en délivra , mais ce fut pour le faire mourir d’une mort qui n’étoit guère moins cruelle : il le prit par les pieds , et l’élevant en l'air, il lui fracassa la tête contre une pierre.
Je ne puis m'empêcher , mon révérend père, de Vous parler encore d’un quatrième néophyte de cette mission , lequel, bien qu'il ait échappé au feu qui lui étoit préparé , a eu pourtant le bonheur de donner sa vie pour ne pas s’exposer au danger de Ads sa foi. C’étoit un jeune Agnié nommé Haon-
orentsiontaouet. Il fut pris par un parti d'Agniés qui le menèrent esclave dans leur pays. Comme il y avoit beaucoup de parens, on lui accorda la vie, et on le donna à ceux de sa cabane, Ceux-ci le sollicitèrent fortement de vivre selon les coutumes de la nation, c’est-à-dire, de se livrer À tous les désordres d’une vie licencieuse, Etienne , loin de les écouter , leur opposoit les vérités du salut , qu'il leur expliquoit avec beaucoup de force et d’onction, et 1l les exhortoit sans cesse À venir avec lui à la mission du Sault pour y embrasser le christianisme.
au lieu ont j'ai uva un 5 Saus à ce lorsque petites appela 1 geste ontréal ru : il à Dieu le préit tout n Soit, un des als ce guère levant re.
re, de te de au feu eur de ver de Haon- \gniés name 1} a vie, le soles de > dé de les quil ction , 1 à la 1isme,
Il parloit à des gens nés et élevés dans le vice ; dont ils s’étoient fait une trop longue habitude pour se ré. soudré à le quitter. Ainsi les exemples et les exhortations du néophyte , ne servirent qu’à les rendre plus coupables devant Dieu. Comme il s’aperçut que son séjour à Agnié n’étoit d'aucune utilité pour ses parens, et qu'il devenoit même dangereux pour son salut , il prit la résolution de retourner au Sault ; 1l s’en ouvrit à ses proches, lesquels y consentirent d'autant plus volontiers qu’ils se voyoient délivrés par-là d'un censeur importun , qui reprenoit continuellement les vices de œ nation. HU quitta donc une seconde fois son pays et sa famille , pour conserver sa foi qui lui étoit plus chère que tout le reste. Mais à peine étoit-il en chemin, que le bruit de son départ se répandit dans toutes le: 1banes. On en parla surtout dans une, où de jeunes ivrognes faisoient dans ce moment la débanche : ils s’'échauffèrent contre Etienne, et après bien des invectives ils conclurent qu'il ne falloit pas souffrir qu’on préférât ainsi le village des Chrétiens à leur pays ; que c’étoit un affront qui rejaillissoit sur toute la nation , qu'ils devoient contraindre ce chien de Chrétien de reyenir au village , ou lui casser la tête , afin d’intimider ceux qui seroient tentés de suivre son exemple. Aussitôt trois d’entre eux s’armèrent de leurs haches , et coururent après Etienne : ils l’eurent bientôt atteint, et l’abordant la hache levée : «Re- » ivurne sur tes pas, lui dirent - ils brusquement , » et suis-nous ; Lu es mort si tu résistes ; nous avons » ordre des anciens de te casser la tête. » Etienne leur répondit, avec sa douceur ordinaire , qu'ils étoient les maîtres de sa vie , Mais qu'il aimoit micux la perdre que de risquer sa foi et son salut dans leur village ; qu'il alloit à la mission du Sault, et que c'étoit à qu'il étoit résolu de vivre et de mourir, Et comme il vit qu'après une déclaration si précise
de ses sentimens, ces brutaux se mettoient en devoir de le tuer , il les pria de lui accorder quelques instans pour prier Dieu : ils eurent cette condescendance tout ivres qu’ils étoient, et Etienne s'étant mis à genoux, fit tranquillement sa prière, où il remercia Dieu de la grâce qu’il lui faisoit de mourir chrétien; 1l pria pour ses parens infidèles , et en particulier pour ses bourreaux qui, dans le moment, ‘levèrent leurs haches et lui fendirent la tête. Nous F apprimes une mort si généreuse et. si chrétienne, par quelques Agniés qui vinrent dans la suite fixer leur demeure à la mission. du Sault.
Je finirai cette lettre par l’histoire d’une autre Chrétienne de cette mission, dont la vie a été un modèle de patience et de piété. C’est la première coms pagne de Catherine Tegahkouïta, ei la plus fidèle imitatrice de ses vertus. Jeanne Goüastahra, c’est Son nom , étoit Onneiout de nation. Elle fut mariée à un jeune Agnié , dans la mission de Notre-Dame de Lorette. La douceur de son naturel , et sa rare vertu, devoient lui attirer toute la tendresse de son mari; mais ce jeune homme s’abandonna aux vices ordinaires de sa nation , je veux dire , à l'ivrognerie et à limpureté , et son libertinage fut pour la néophyte une source continuelle de mauvais traitemens. Il quitta bientôt le village de Lorette , et devint erfant et vagabond. Sa vertueuse femme ne voulut jamais le quitter; elle le suivit partout dans l’espérance de le faire enfin rentrer en lui-même , et de le gagner à Jésus- Christ; elle supportoit ses débauches et ses brutalités, avec une patience inaltérable ; elle pratiquoit même en secret de fréquentes austérités, pour obtenir de Dieu sa conversion. Ce malheureux s’avisa de venir au Sault où il avoit des parens ; elle l'y accompagna ; elle eut pour lui des complaisances et des attentions capables d’amollir le cœur le plus dur. Enfin, après bien des courses ,
OR EE ne on es
n devoir quelques condes- > s'étant , Où il mourir , ten oment, , Nous tienne , te fixer
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devint voulut l’espé- , et de es dé— e inaluentes on. Ce oit des lui des olir le TseS ;
et toujours plongé dans le libertinage et la dissolution , il renonça à sa foi , et il retourna chez les Agniés, Ce fx : anique endroit où la néophyte refusa de le suivre. lle eut cependant la prudence d'aller demeurer à Lorette chez les parens d’un si indigne mari, se flattant que ce dernier trait de complaisance le feroit revenir de ses débauches ; mais elle n’y fut pas un an, qu’elle apprit que cet apostat avoit été tué par des Sauvages , dont il attaquoit la cabane au sortir d’une débauche qu’il avoit poussée au dernier excès.
Une mort si funeste la toucha vivement ; quoiqu'elle fût encore à la fleur de son âge, elle renonça pour jamais à l’état du mariage, et elle prit le parti d’aller passer le reste de ses jours auprès du tombeau de Catherine, où elle vécut en veuve Chrétienne , et où elle acheva de se sanctifier par la pratique de toutes les vertus, et par de continuelles austérités. Elle mourut peu après en odeur de sainteté, Une seule chose lui fit de la peine dans sa dernière maladie : elle laissoit deux enfans dans un âge encore tendre ; l’un n’avoit que six ans , et l’autre n’en avoit que quatre; elle appréhendoit qu'ils ne se pervertissent dans la suite , et qu’ils ne marchassent sur les traces de leur malheureux père ; elle eut recours à Notre-Seigneur avec cette ferveur et cette confiance dont elle animoit toutes ses prières ; et elle lui demanda la grâce de ne point séparer les enfans de la mére, Sa prière fut exaucée : quoique ces deux enfans. fussent alors dans une santé parfaite , l’un tomba aussitôt malade, et mourut avant la mère; l'autre la suivit huit jours après qu'elie fut décédée.
Je serois infini , mon révérend père , si je vous parlois encore de plusieurs autres néophytes dont la vertu et la foi ont été pareillement éprouvées : ce que j'ai l'honneur de vous écrire, suffit pour vous donner une idée de la ferveur qui règne dans
EE RER nan rer ce”
78 LETTRES la mission de saint François - Xavier du Sault, M. l’évêque de Quebec, qui a visité nos néophytes , a rendu un témoignage public à leur vertu ; c’est ainsi u’en parle ce grand prélat dans une relation qu’il it de l’état de la Nouvelle-France , et qu'il rendit publique en 1688. « La vie commune de tous les » Chrétiens de cette mission n’a rien de commun, » et lon prendroit leur village pour un véritable » monastère. Comme ils n’ont quitté les commo- » dités de leur pays que pour assurer leur salnt » auprès des Français, on les voit tous portés à » la pratique du plus parfait détachement , et ils » gardent parmi eux un si bel ordre pour leur sanc- » üfication qu’il seroit difficile d’y ajouter quelque » chose. »
J'espère, mon révérend père , que votre zèle vous portera à prier souvent le Dieu des miséricordes pour ces nouveaux fidèles, afin qu'il les conserve daus cet état de ferveur où il les a mis par sa grâce. Je suis avec bien du respect , etc.
Du père Sébastien Rafles , missionnaire de la Compagnie de Jésus dans la Nouvelle-France, à M. son neveu.
À Nanrantsouak, ce 15 octobre 1722.
MONSIEUR MON CHER NEVEU, La paix de N.S.
Depuis plus de trente ans que je vis au milieu des forêts avec les Sauvages , je suis si occupé à les insiruire et à les former aux vertus chrétiennes , que
u Sault, phytes , a est ainsi ion qu’il il rendit tous les ommun , véritable commo— ‘ur salut portés à t, et ils eur SanC=
quelque :
tre zèle ; miséri-- | les conis par Sa
re de La France,
lieu des les ins-- CS » que
je n’ai guère le loisir d'écrire de fré uentes lettres aux .personnes mêmes qui me sont le plus chères. Je ne puis cependant vous refuser le petit détail que vous me demandez de mes occupations. Je le Fire par reconnoissance de l’amitié qui vous fait si fort vous intéresser à ce qui me touche,
Je suis dans un canton de cette vaste étendue de terre qui est entre l’Acadie et la Nouvelle-Angleterre. Deux autres missionnaires y sont occupés comme moi auprès des Sauvages Abnakis ; mais nous sommes fort éloignés les uns des autres. Les sauvages Abnakis, outre les deux villages qu’ils ont au milieu de la colonie Française , en ont encore trois autres considérables, situés sur le bord d’une rivière. Les trois rivières se jettent dans la mer au sud du Canada , entre la Nouvelle-Angleterre et l’Acadie,
Le village où je demeure se nomme Nanrantsouak ; il est situé sur le bord d’un fleuve » qui se décharge dans la mer à trente lieues de là. J'y ai bâti une église qui est propre et très-ornée. J'ai cru ne devoir rien épargner , ni pour sa décoration , nigpour la beauté des ornemens qui servent à nos saintes cérémonies : paremens , chasubles > Chapes , vases sacrés + tout y est propre, et seroit estimé dans nos églises d'Europe. Je me suis fait un petit clergé d’environ quarante jeunes Sauvages qui assistent au service divin en soutanes et en surplis : ils ont chacun leurs fonctions , tant pour servir au saint sacrifice de la messe , que ou le chant de l'office divin > pour la bénédiction du saint sacrement » et pour les processions qui se font avec un grand concours de Sauvages , lesquels viennent souvent de fort loin pour
S'y trouver, Vous seriez édifié du bel ordre qu'ils y gardent , et de la piété qu'ils font paroître.
On à bâti deux chapelles à trois cents pas environ du village ; l’une , qui est dédiée à la très - sainte Vierge , et où l'on voit sa statue en relief, est au
80 LETTRES haut de la rivière ; l’autre, qui est dédiée à l’ange gardien, est au bas de la même rivière. Comme elles sont l’une et l’autre sur le chemin qui conduit ou dans les bois ou dans les campagnes , les Sauvages n’y passent jamais qu'ils n’y fassent leur prière. Il y a une sainte émulation entre les femmes du village , à qui ornera mieux la chapelle dont elles ont soin , lorsque la procession doit s’y rendre : tout ce welles ont de bijoux , de pièces de soie ou d'in- Abe et d’autres choses de cette nature , est employé à la parer.
Le grand luminaire ne contribue pas peu à la décoration de l'église et des chapelles : je n’ai pas lieu de ménager la cire , car ce pays-ci m'en fournit abondamment. Les îles de la mer sont bordées de lauriers sauvages qui portent en automne des graines à peu près semblables à celles que portent les genevriers. On en remplit des chaudières , et on les fait bouillir dans l’eau. À mesure que l’eau bout, la cire verte surnage et se tient au-dessus de l'eau. D'un minote cette graine on tire près de quatre livres de cire; elle est très-pure et très-belle, mais elle m'est ni douce ni maniable. Après quelques épreuves, j'ai trouvé qu’en y mélant autant de suif, ou de bœuf, ou de mouton, ou d’orignac, on en fait des cierges beaux , fermes , et d’un très-bon usage. Avec vingt-quatre livres de cire et autant de suif, on fera deux cents bougies longues de plus d'un pied de roi. On trouve une infinité de ces lauriers dans les îles et sur les bords de la mer : une seule personne cueilleroit aisément quatre minots de graine par jour. Cette graine pend par grappes aux branches de l'arbre. J’en ai envoyé une branche à Quebec avec un pain de cire : elle a été trouvée excellente.
Tous mes néophytes ne manquent pas de se rendre deux fois chaque jour à l'église , dès le grand
matin pour y entendre la messe , et le soir pour assister
: à l'ange
Comme ñ conduit
les Sauur prière.
es du vilelles ont : tout ce ou d’in- , est em-
peu à la > nai pas en fournit brdées de es graines les geneon les fait it, la cire au. D'un tre livres mais elle Épreuves ; f, ou de n en fait on usage.
. de suif, plus d’un s lauriers une seule de graine branches à Quebec xcellente.
pas de se s le grand soir pour assister
| ÉDIFIANTES ET CÜRIEUSES, &t
ve à la prière que je fais au coucher du soleil, étre il est nécessaire de fixer l'imagination des auvages , trop aisés à se distraire, j'ai composé deg prières propres à les faire entrer dans l'esprit de l'au
guste sacrifice de nos autels : ils les chantent ou 0 ,
bien ils les récitent à haute voix pendant la messe Outre les prédications que je leur fais les dimanches et les fêtes, je ne passe guère de jours ouvrables sans leur faire une courte exhortation pour leur ins+ are horreur des vices auxquels ils ont le plus ds nchant, ou pou rare Éa En r les afférmir dans la pratique Après la messe , je fais le catéchisme aux enfans et aux Jeunes gens : grand nombre de personneg âgées y assistent et répondent avec docilité a duestions que je leur fais. Le reste de la mati ée Jusqu'à midi, est destiné À entendre tous ou i ont à me parler. C’est alors qu'ils viennent en "AN ime faire part de leurs peines et de leurs inquiétudes , Qu me communiquer les sujets qu’ils ont de se lain< dre de leurs COmpatriotes , ou me consulter u leu s mariages et sur leurs autres affaires particulières Il me faut instruire ies uns , consoler les autres , r À blir la paix dans les familles désunies talon Lee consciences troublées , corriger quelques autres . pe réprimandes mêlées de douceur et de chats À ?
pos d ne qu'il est possible , les renvoyer tous L’après-midi , je visite les malades e les cabanes de ceux qui ont besoin de truction particulière. S'ils tiennent un conseil qui arrive souvent parmi les Sauvages, ils me du putent un des principaux de l'assemblée Our Prier d'assister au résultat de leurs délibéralions de me rends aussitôt au lieu où se tient le conseil; & 4 juge qu ils prennent un sage parti, je l'approuve ; Ë c n 0 Q à . ?
Ontraire je trouve à dire à leur es » je leu
t je parcours quelque ins-
déclare mon sentiment que j'appuie de quelques raisons solides , et ils s’y conforment. Mon avis fixe toujours leurs résolutions. 11 n’y a pas jusqu’à leurs festins où je ne sois appelé. Les invités apportent chacun un plat de bois ou d’écorce ; je 1 La Ja bénédiction aux viandes ; on met dans chaque plat le morceau préparé. La distribution étant aite , je dis les grâces, et chacun se retire ; car tel est l’ordre et l'usage de leurs festins. Au milieu de ces continuelles occupations , vous ne sauriez croire avec quelle rapidité les jours s’écoulent. Il a été un temps qu'à peine avois-je le loisir de réciter mon oflice, et de prendre un peu de repos pendant la nuit : car la discrétion n’est pas la vertu des Sauvages. Mais depuis quelques années, je me suis fait une loi de ne parler à personne depuis la prière du soir jusqu'après la messe du lendemain, et je leur at défendu de m'interrompre pendant ce temps-là , à moins que ce ne fût pour quelque raison importante, comme, par exemple, pour assister un moribond , ou pour quelqu'autre affaire qui ne pût pas se différer, Je jouis de ee temps-là pour vaquer à la prière et me reposer des fatigues de la journée.
Quand les Sauvages vont à la mer pour ÿ passer quelques mois à la chasse des canards, des outardes et des autres oiseaux qui s'y trouvent en quantité , ils bâtissent dans une île une église qu'ils couvrent d’écorce, auprès de laquelle ils dressent une petite cabane pour ma demeure. J'ai soin d'y transporter une partie des ornemens , et le service s’y fait avec la même décence et le même concours de peuple qu'au village.
Voilà, mon cher neveu, quelles sont mes occupations. Pour ce qui me regarde personnellement, je vous dirai que je ne vois, que je n’entends , que je ne parle que sauvage. Mes alimens sont simples et-légers :-je nai jamais pu prendre goût à la viande
HF CUNNIRE MP OMTER NET
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSESs, 83
et au .isson boucané des Sauvages; ma Nourriture n'est que de blé de Turquie qu’on pile , et dont je me fais chaque jour une espèce de bouillie que Je cuis dans de l’eau, Le seul adoucissement que j'y apporte, c'est d'y mêler un peu de sucre pour en Corriger la fadeur. On n’en nanque point dans ces forêts. Au printemps , les érables renferment une liqueur assez semblable à celle que Contiennent les
Cannes des îles, Les femmes s'occupent à la recevoir dans des vases d'écorce, lorsque ces arbres la distillent ; elles la font bouillir, et elles en tirent un assez bon sucre, Le Premier qui se tire est toujours le plus beau.
Toute la nation Abnakise est chré
zélée pour conserver sa religion. Cet attachement à
ka foi Catholique , lui a fait préférer a te notre alliance aux avantages qu’elle eût retirés de l'alliance des Anglais s
tienne, et très-
ndises qui leur Conviennent, L] , L L L] 9 rien n'étoit plus Capable de les attirer, Au lieu qu’en
allant à Quebec > il leur faut plus de quinze Jours
doivent se munir de vivres 2e L 1 LA L] °1
> Qu'ils ont différentes rivières à Passer , et de fréquens Portages (1) à faire. Ils sentent ces incommodités, et ils ne Sont point indif. férens sur leurs intérêts ; mais leur foi leur est infi-
(1) Faire portage gage d'une rivière à € Communication.
sieurs lieues »etc’
son canot et son ba une autre, avec laquelle il n'y à point Ces portages sont quelquefois de pluinci On qui pousse les Saud'écorce, car ils sont fort légers
néienne édition, )
niment plus chère; et ils conçoivent que s'ils se détachoiïent de notre alliance , ils se trouveroient bientôt sans missionnaire , sans sacremens ; Sans sacrifice , sans presque aucun exercice de religion , et dans un danger manifeste d’être replongés dans leurs premières infidélités. C'est là le lien qui les unit aux Français. On s’est efforcé vainement de le rompre , soit par des piéges qu'on a tendus à leur simplicité , soit par des voies de fait qui ne peuvent manquer d'irriter une nation infiniment jalouse de ses droits et de sa liberté. Ces commencemens de mésintelligence ne laissent pas de m'alarmer et de me faire craindre la dispersion du troupeau que la Providence a confié à mes soins depuis tant d'années, et pour lequel je sacrifierois volontiers ce qui me reste de vie. Voici les divers artifices auxquels on a recours pour les détacher de notre alliance.
Le gouverneur général de la Nouvelle-Angleterre envoya , il y a quelques années, au bas de la rivière , le plus habile des ministres de Boston , afin d'y tenir une école , d’y instruire les enfans des Sauvages , et de les entretenir aux frais du gonvernement. Comme la pension du ministre devoit croître à proportion du nombre de ses écoliers , il n’oublia rien pour se les attirer ; il les alloit chercher ; il les caressoit; il leur faisoit de petits présens ; il les pressoit de venir le voir; enfin, il se donna bien des mouvemens inutiles pendant deux mois, sans pouvoir gagner un seul enfant. Le mépris qu'on fit de ses caresses et de ses invitations ne le rebuta point. Il s'adressa aux Sauvages mêmes ; 1l leur fit diverses. questions touchant leur créance ; et sur les réponses qui lui étoient faites , il tournoit en risée les sacremens, le purgatoire, l’invocation des saints, le cha-
elet , les croix et les images , le luminaire de nos églises, et toutes les pratiques de piété si saintement observées dans la religion catholique. Je crus devoir
s'ils se eroient
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ÉDIFIANTES ET CÜRIEUSES, 85 m'opposer à ces premières semences de séduction ;
j'écrivis une lettre honnête au ministre > Où je lui marquuis que mes Chrétiens savoient croire les vérités que la foi catholique enseigne , mais qu'ils ne savoient pas en disputer ; a n'étant pas ass6z habiles pour résoudre les difficultés qu’il proposoit, il avoit apparemment dessein qu’elles me fussent communiquées ; ue je saisissois avec plaisir cette occasion qu'il m’ofdoit d’en conférer avec lui » Ou de vive voix, ou par lettres ; que je lui envoyois sur cela un mémoire , et que je le suppliois de le lire avec une attention sérieuse, Dans ce mémoire » Qui étoit d'environ cent pages , je prouvois par l'Ecriture, par la tradition et par des raisonnemens théolop:i ues , les vérités qu’il avoit attaquées par d'assez fades plaisanteries. J’ajoutois, en finissant ma lettre, que s’il n’étoit pas satisfait de mes preuves, j'attendois de lui une réfutation précise et appuyée sur des raisons théologiques , et non pas des raisonnemens vagues qui ne prouvent rien , encore moins des réflexions injurieuses , qui ne Convenoient, ni à notre profession , ni à l'importance des matières dont il s'agissoit.
Deux jours après avoir reçu ma lettre, il partit pour s'en retourner à Boston ; et il m'envoya une courte réponse qu’il me fallut lire plusieurs fois pour en comprendre le sens, tant le Style en étoit obscur , et la latinité extraordinaire. Je compris néanmoins ; à force d’y rêver, qu’il se plaignoit que je l'attaquois sans raison ; que le zèle pour le salut des
âmes l’avoit porté à enseigner le chemin du ciel aux
Sauvages ; que du reste mes preuves étoient ridicules et enfantines. Lui ayant envoyé à Boston une seconde lettre, où je relevois les) défauts de la sienne , il me répondit au bout de deux ans, sans jamais entrer en matière, que j'avois l'esprit Chagrin et critique , et que c’étoit la marque d’un tempérament enclin à la colère, Ainsi se termina notre dis-
pute qui écarta le ministre , et qui fit avorter lé projet q "il «voit formé de séduire mes néophytes.
Ceu. remière tentative agant eu si peu de suctds, on eut recours à gn autre artifice. Un Anglais demanda permission aux Sauvages de bâtir es rivière une espèce de magasin, pour y faire la traite avec eux, et 1] leur promit de vendre ses marchandises à beaucoup meilleur marché qu'ils ne les achetolent à Boston même. Les Sanvages qui y trouvoient leur profit, et qui s'épargnoïent Îa peine du voyage de Boston, y consentirent volontiers. Un autre Anglais Lena À peu après la même permission, offrant des conditions encore plus avantageuses que le premier, Elle lui fut également accordée: Cette facilité des Sauvages enhardit les Anglais à s'établir le long de la rivière , sans en demander l'agrément : ils ÿ bâtirent des maisons, et y élevèrent des forts dont trois sont de pierre,
Cette proximité des Anglais fit d’abord assez de plaisir aux Sauvages, qui ne s’apercevoient pas du piége qu’on leur tendoit, et qui ne faisoient attention qu'à l’agrément qu’ils avoient de trouver chez leurs nouveaux hôtes tout ce qu’ils pouvoient désirer, Mais enfin se voyant insensiblement comme environnés d'habitations anglaises , ils commencèrent à ouvrir les yeux et à entrer en défiance. Ils demandèrent aux Anglais par quel droit ils s’établissoient ainsi sur leurs terres, et ÿ construisoient même des forts. La réponse qu'on leur fit, savoir, que le roi de France avoit cédé leur pays au roi d'Angleterre, les jeta dans de plus grandes alarmes; car il n’y a aucune nation sauvage qui ne souffre impatiemine nt qu'on la regarde comme assujettie à quelque purs sance que ce soit : elle se dira bien son alliée, mais rien de plus. C’est pourquoi les Sauvages députèren! sur-le-champ quelques-uns des leurs vers M. le :. rqnis de Vaudreuil, gouverneur général de