‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 23 sur 72 · ASSIS ME · texte numérisé non relu

ASSIS ME

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la Nouvelle-France, our s’informers’il étoit vrai u’en effet le Roi eût ainsi disposé d'un pays dont il n’étoit pas le maître, I1 ne fut pas diffici e de calmer leur inquiétude ; on ne fit que leur expliquer les articles du traité d'Utrecht, qui concernent les Sauva etils en parurent contens,

Vers ce temps-là , une vingtaine de Sauvages en-

trèrent dans une des habitations anglaises, ou pour

y trafiquer, ou pour s’y reposer. Il n'y avoit que peu de temps qu'ils ÿ étoient, lorsqu'ils virent la maison investie tout À cou Par une troupe de près de deux cents hommes armés. Nous sommes morts , cria l’un d'eux, vendons cher notre ete, Ils se préparoient déjà à se jeter sur cette troupe, lorsque les Anulais s'apercevant de leur résolution » et sachant d’ailleurs de ge le sn x est capable dans les premiers accès

e fureur, tâchèrent de les apaiser , en les assurant

qu'on n’avoit aucun mauvais dessein » et qu'on venoit seulement inviter uelques-uns d'eux à se rendre à Boston, pour y étnléret avec le gouverneur, sur les moyens d'entretenir la paix et la bonne intelli-

gence qui devoit régner entre les deux nations. Les

Sauvages, un peu trop crédules, députèrent quatre

de leurs compatriotes , qui se rendirent À Boston ;

mais quand ils y furent arrivés » la conférence dont

on les avoit amusés, aboutit À les retenir prisonniers.

Vous serez surpris, sans doute, qu’une si petite poignée de Sauvages ait prétendu tenir tête À une troupe aussi nombreuse qu'étoit celle des Anglais. Mais nos Sauvages ont fait une infinité d'actions qui sont beaucoup plus hardies. Je ne vous en rapporterai qu’une seule qui vous fera juger des autres. Pendant les dernières guerres, un parti de trente

auvages revenoit d’une expédition militaire contre les Anglais. Comme les Sauvages, et surtout les Abnakis, ne savent ce que c'est que de se mettre en

ges,

garde contre les surprises , ils s’'endormirent dès là première couchée, sans penser même à poser, pendant la nuit, une sentinelle. Un parti de six cents Anglais, commandé par un colonel, les poursuivit jusqu'à leur cabanage (1), et les trouvant plongés dans le sommeil, il les fit environner par sa troupe, se promettant bien qu'aucun d’eux ne lui échapperoit. Un des Sauvages s’étant éveillé, et ayant aperçu les troupes anglaises, avertitaussitôt ses compatriotes, en criant, selon la coutume : Nous sommes morts, sendons chèrement notre vie, La résolution fut bientôt prise ; ils formèrent à l'instant six pelotons de cinq hommes chacun ; puis la hache d’une main et Je couteau de l’autre, ils se jetèrent sur les Anglais avec tant d’impétuosité et de furie, qu'après avoir tué plus de soixante hommes, au nombre desquels étoit le colonel, ils mirent le reste en fuite.

Les Abnakis n’eurent pas plutôt appris de quelle manière on traitoit à Boston leurs compatriotes, qu'ils se plaignirent amèrement de ce qu’au milieu de la paix dont on jouissoit, on violoit de la sorte le droit des

ens. Les Anglais répondirent qu'ils ne retenoient Fe prisonniers que comme des otages du tort qu’on leur avoit fait en tuant quelques bestiaux qui leur appartenolent ; qu’aussitôt qu'un auroit réparé ce dommage, qui montoit à deux cents livres de castor, les prisonniers seroient relâchés. Bien que les Abuakis ne convinssent pas de ce prétendu dommage, ils ne laissèrent pas de payer les deux cenis livres de castor, ne voulant point, pour si peu de chose, qu'on püt leur reprocher d’avoir abandonné leurs frères. Cependant, nonobstant le payement de la

(1) Les Sauvages appellent ainsi le lieu où ils campent , quand ils vont à la guerre ou à la chasse ; leur premier soin enr arwivant au lieu où ils doivent se reposer, est d'y cons

truirerdés cabanes, ( Note de l'ancienne édition. )

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dette contestée, on refusa de rendre la liberté prisonniers.

Le gouverneur de Boston, craignant que ce refus

ne forçât les Sauvages d’en venir à un coup d'éclat, Proposa de traiter amiablement cette affaire dans une conférence : on convint du jour et du lieu où elle se tiendroit. Les Sauvages s’y rendirent avec le père Raflles, lenr missionnaire : le père de la Chasse, Supérieur-général de ces missions > Qui faisoit pour lors sa visite, s’y trouva aussi; mais le gouverneur ne parut point, Les Sauvages augurèrent mal de son absence. Ils prirent le parti de lui faire connoître leurs sentimens par une lettre écrite en sauvage, en anglais et en latin; et le père de la Chasse, qui possède ces trois langues , fut chargé de l'écrire. Il paroissoit inutile d’y employer d'autre langue que- la langue anglaise; mais le père étoit bien aise que , d’un côté , les Sauvages connussent par eux-mêmes que la lettre ne contenoit que ce qu'ils avoient dicté; et que, d’un autre côté, les Anglaisne pussent pas douter que la traduction anglaise ne fût fidèle, Le sens de cette lettre étoit : 1.0 que les Sauvages ne pouvoient comprendre qu'on retint dans les fers leurs compatriotes, après la parole qu’on avoit donnée de les rendre aussitôt que les deux cents livres de castor seroient payées; 2,0 qu'ils n’étoient pas moins surpris de voir qu'on s’emparât de leur pays sans leur agrément; $.° que les Anglais eussent à en sortir an plutôt, ei à élargir les prisonniers; qu'ils attendoient leur ré ponse dans deux mois, et que si, après ce temps-là, on refusoit de les satisfaire > Hs sauroïent bien se faire justice.

Ce fut au mois de juillet de l’année 1911, que cette lettre fut portée à Boston par quelques Anglais qui avoient assisté À la conférence. Comme les deux mois s’écoulèrent sans qu'il vint de réponse de Bosfun, et que d’ailleurs les Anglais eessèrent de vendre

aux

aux Abnakis la poudre, le plomb et les vivres, ainsi qu'ils faisoient avant cette contestation, nos Sauvages se disposèrent à user de représailles : il fallut tout le crédit que M. le marquis de Vaudreuil a sur leur esprit, pour leur faire suspendre encore quelque temps les voies de fait. Mais leur patience fut poussée à bout par deux actes d’hostilité que les Anglais exercèrent sur la fin de décembre 1721 , et au commencement de 1722. Le premier fut l'enlèvement de M. de Saint-Casteins. Cet officier est lieutenant dans nos troupes : sa mère étoit Abnakis, et il a toujours vécu avec nos Sauvages, dont il a mérité l'estime et la confiance, à un point qu’ils l'ont choisi pour leur commandant-général. En cette qualité, il ne pouvoit pas se dispenser d'assister à la conférence dont je viens de parler, où il s’agissoit de régler les intérêts des Abnakis, ses confrères. Les Anglais lui en firent un crime : ils dépêchèrent un petit bâtiment vers le lieu de sa demeure. Le capitaine eut soin de faire cacher srn monde, à la réserve de deux ou trois hommes qu’il laissa sur le pont. Il fit inviter M. de Saint-Casteins, dont il étoit connu, à venir sur son bord pour s’y rafraichir. M. de Saint-Casteins, qui n’avoit nulle raison de se tenir sur la défiance, s’y rendit seul et sans suite. Mais à peine eut-il paru, qu’on appareilla et qu’on le conduisit à Boston. Là, on le tint sur la sellette, et on l’interrogea comme un criminel, On lui demanda, entre autres choses, pourquoi et en quelle qualité il avoit assisté à la conférence qui s’étoit tenue avec les Sauvages; ce que signifioit l’habit d'ordonnance dont il étoit revêtu ; et s’il n’ayoit pas été député à cette assemblée par le gouverneur du Canada. M. de Saint- Casteins répondit qu'il étoit Abnakis par sa mère; qu’il passoit sa vie Larmi les Sauvages ; que ses compatriotes l'ayant établi le chef de leur nation, il étoit obligé d'entrer dans leurs assemblées pour y soutenir

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