‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 29 sur 72 · PATENT D · texte numérisé non relu

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» la prière. Demain , vous partirez d’abord après la » messe , pour détromper au plutôt nos braves guer- » riers, et les délivrer de toute inquiétude. »

Une autre alarme , également fausse , me jeta dans de grands embarras, et m’exposa à périr de faim et de misère. Deux Sauvages vinrent en hâte dans mon quartier, pour m’avertir qu'ils avoient yu les Anglais à une demi-journée : « Notre père , me dirent- » ils, il n’y a point de temps à perdre; il faut que » tu te retres, tu risquerois trop de demeurer ici; » pour nous, nous les attendons , et peut-être irons- » nous au-devant d'eux. Les coureurs partent en ce » moment pour les observer : mais pour toi, il faut » que tu ailles au village avec ces gens-ci que nous » amenons pour t'y conduire. Quand nous te sau- » rons en lieu de sûreté, nous serons tranquilles, » Je partis dès la point: du jour avec dix Sauvages qui me servoient de guides; mais après quelques jours de marche, nous nous trouvâmes à la fin de nos petites provisions. Mes conducteurs tuèrent un chien qui les suivoit, etlemangèrent; ils en vinrentensuite à des sacs de loups marins, qu’ils mangèrentpareillement. C’est à quoi il ne m’étoit pas possible de tâter. Tantôt je vivois d’une espèce de bois qu’on faisoit bouillir, et qui étant cuit est aussi tendre que des raves à moitié cuites, à la réserve du cœur qui est très-dur, et qu’on jette : ce bois n’avoit pas mauvais goût, mais j’avois une peine extrême à l’avaler; tantôt on trouvoit attachées aux arbres,.de ces excroissances de boisqui sont blanches comme de gros champignons : on faisoit cuire, et on les réduisoit en une espèce de bouillie; mais il s’en falloit bien qu’elles en eussent le goût. D’autres fois on faisoit sécher au feu de l'écorce de chêne vert, on la piloit ensuite, et on en faisoit de la bouillie, ou bien l’on faisoit sécher ces feuilles qui poussent dans les fentes des rochers , et qu’on nomme tripes de

136 LETTRES roche ; quand elles sont cuites, on en fait une bouillie fort noire et désagréable, Je mangeai de tout cela, car ilnyasen que la faim ne dévore.

Avec de pareils alimens , nous ne pouvions faire que de fort petites journées. Nous arrivâmes cepen- . dant à un lac qui commencoit à dégeler , et où il y avoit déjà quatre doigts d’eau sur la glace. H fallu: le traverser avec nos raquettes; mais comme ces ra queues sont faites d’aiguillettes de peau, dès qu’elles furent mouillées, elles devinrent fort pesantes , et rendirent notre marche bien plus difficile. Quoiqu’un de nws gens marchât à notre tête pour sonder le che. min, jenfonçai tout à COUP jusqu'aux genoux ; un autre qui marchoit à côté de moi, enfonça aussitôt Jusqu'à la ceiniure, en s’écriant : Mon père, je suis mort. Comme je m'apnrochois de Jui pour lui tendre la main, j'enfonç:i moi-même encore plus avant. Enfin , ce ne fui pas sans beaucoup de peine que mous nous iirämes de ce danger , par l'embarras que HONS CausOlent nos raquettes, dont nous ne pouvions pas nous défaire. Néanmoins, je courus encore moins de risques de me noyer , que de mourir de froid au xubieu de ce Hac à demi-placé,

De nouveaux dangers nous attendoient le lende-. inain , au passage d’une rivière qu'il nous fallut traverser sur des glaces flottantes. Nous nous en tirâmes heureusement, et enfin nous arrivâmes au village. Je is d'abord déterrer un peu de blé d'Inde que j’avois laissé dans ma maison, et j'en mangeai, tout cru qu'il étoit, pour apaiser la première faim, tandis que ces pauvres Sauvages se donñoient toute sorte de

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