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érent tout :
gs ee autour de la cabane, s’asseyant ou sur 2 - 1€ ; Où sur des nattes. Alors le chef se lèva Lt Cor M ne sa harangue. Je vous avoue que j'adne on flux de paroles , la justesse et la force des on qu'il exposa, le tour éloquentqu’il leur donna € Choix et la délicatesse des expressions dont il | son discours. Je suis persuadé que, si jeu te ont 1 Par écrit ce que ce Sauvage nous dit no ou e ; [2 . . . m à AL Préparalon , vous conviendriez sans peine . ne plus st à + a > après beaucoup de se lation et d'étude 1 es M ne je Pourroient guère composer 1e et mieux tourné. L a « La harangue finie , deux Sauvages 1 faisoi dt ui faisoient la 1 daube dt 5es » q a fonction » stribuèrent les plats à à à toute l’assemblé etchaque toi | nn Me jui ; Let pour deux conviés : ils mangèrent a enant ensemble de choses indiflérentes a e repas fut fini, ils se retirèrent, emportant . à on a coutume, ce qu'il y avoit de reste dite fi Die à à P ats ss les Illinois ne donnent point ces ès 1 SOnt en usage chez pl a us ; i sauvages , où l’on “+ obligé se ne #: ne AUVAGES où r tout ce qui É: ui is dût-on en crever, Lorsqu'il s'y + au L fi e n'a pas la force d'observer cette loi ri ule , 11 s adresse à celui d 1é :
ù es Conviés. qu’il sai Eu pes Qu'il sait être M eu appéut : « Mon frère, lui dit-il ay Piué de moi; je suis mort si tu ne me donne cs » ne AL ce qui me reste, je te ferai ed de » e chose, » C’est l’uni l i ue moye "ils ai Sortir d’embarras. ” ee rem ss Hlinois ne se couvrent que vers Ja ceint 4 u reste ils vont tout nus; divers comparti sé € toutes sortes de figures, qu’il ie
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fu ik ne mA a que dans les VISILCS qu’ils font Éane b S ui à l'église, qu'ils s’envelop bnp Couverture de peau passée, pendant l'été: $ rant l'hiver, d’une Peau passée avec le poil qu’ in
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laissent , pour se tenir plus chaudement. Ils s’ornent la tête de plunes de diverses couleurs, dont ils font des guirlandes et des couronnes u’ils ajustent assez proprement: ils ont soin surtout de se peindre le visage de diverses couleurs, mais surtout de vermillon ; ils portent des colliers et des pendans d'oreilles faits de petites pierres, qu'ils taillent en forme de pierres précieuses : il y en a de bleues, de rouges, et de blanches comme dé l’albâtre ; à quoi il faut ajouter une plaque de porcelaine qui termine le collier. Les Hlinois se persuadent que ces bizarres ornemens leur donnént de la grâce , et leur attirent du respect.
Lorsqu'ils ne sont point occupés à la guerre ou à la chasse , leur temps se passe ou en jeux, où dans les festins , ou à la danse. Îls ont de deux sortes de danses ; les unes qui se font en signe de réjouissance , et auxquelles 1ls invitent les femmes et les filles les plus distinguées ; les autres, pour marquer leur tristesse à la mort des plus considérables de leur nation. C’est par ces danses qu'ils prétendent honorer le défunt, et essuyer les lames de ses parens. Fous ont
droit de faire pleurer de la sorte la mort de leurs proches , pourvu qu’ils fassent des présens à cette intention. Les danses durent plus ou moins de temps, à proportion du prix et dela valeur des présens , et ensuite on les distribue aux danseurs. Leur coutume n’est Lis d’enterrer les morts; ils les enveloppent
dans des peaux , et les attachent par les pieds et par la tête au haut des arbres. Hors le temps des jeux ;, des festins et des danses, les hommes demeurent tranquilles sur leurs nattes , et passent le temps ou à dormir ou à faire des arcs, des flèches , des calumets et autres choses de cette nature. Pour ce qui est des femmes , elles travaillent depuis le matin jusqu’au soir comme des esclaves. C’est à elles à cultiver la terre, et à semer le blé d'inde pendant l'été ; et dès que l'hiver commence , elles sont occupées à
s'ornent Lils font nt assez re le vivermill'oreilles orme de uges ; € aut ajou- » collier.
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er le dé- Fous ont leurs pro+ tte intentemps ; à 1, et encoutume veloppent ds et par des jeux ;, emeurent 'MpS ou à des caluur ce qui matin juSà cultiver L l'été ; et ccupées à
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, Iti
faire des nattes, À passer des peaux , et à beaucou d'autres sortes d'ouvrages : car leur premier soin est de pourvoi: ‘a cabane de tout te qui y est nécessaire, De toutes les nations du Canada > il n’y en à point qui vivent dans une si grande abondance de toutes choses que les Hlinois. Leurs rivières sont couvertes
Cygnes , d’outardes, de canards et de sarcelles, A peine fait-on une lieue , qu'on trouve une multitude Prodigieuse de coqs d'Inde #jui vont par troupes, quelquefois au nombre de deux cents. Ils sont plus r0S Que ceux qu'on voit en France. J'ai eu la curiosité d’en peser qui étoient du poids de trente-six livres. Ils ont au cou une espèce de barbe de crin ; longue d’un demi-pied, Les ours et les cerfs y sont en très-grande quantité ; on Y VOIt aussi une infinité de bœufs et de chevreuils : il n'y à ppint d'années qu'on ne tue plus de mille Chevreuils, et plus de deux mille bœufs : on voit dans des prairies à perte de vue des quatre à cinq mille bœufs qui ÿ paissent. Ils ontune bosse sur le dos > €t la tête extrémement grosse, Leur poil, excepté celui de la tête, est frisé et doux comme de la laine ; la chair en est naturellement salée , et elle.est si légère, que bien qu’on la mange toute crue, elle ne cause aucune indigestion. Lorsqu'ils ont tué un bœuf qui leur paroît trop maigre , ils se contentent d'en prendre la langue, et en vont chercher un plus gras.
Les flèches sont les principales armes dont ils se servent à la guerre et à la chasse. Ces flèches sont armées par le bout d’une pierre taillée et aflilée en forme de langue de serpent ; faute de Couteau, ils s'en servent aussi pour habiller les animaux qu'ils tuent, [ls sont si adroits À tirer de l'arc, qu'ils ne manquent presque jamais leur Coup , et ils le font avec tant de vitesse , qu'ils auront plrtôt décoché cent flèches qu’un antre n’auroit chargé son fusil. Ils se méllent peu en peine de travailler À des filets
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2 ft > pme.
propres à pêcher dans les rivières, parce que l'abondance des bêtes de toutes sortes qu'ils trouvent pour leur subsistance , les rend assez indiflérens pour le poisson. Cependant, quand il leur prend fantaisie d'en avoir, ils s’embarquent dans un canot avec leurs arcs et leurs flèches ; ils s'y tiennent debout pour mieux découvrir le poisson, et aussitôt qu'ils l'ont aperçu, ils le percent d’une flèche.
L'unique moyen pañi les Hlinois de s’attirer l’estime et la vénération publique , c’est, comme chez les autres Sauvages , de se faire la réputation d’habile chasseur, et encore plus de bon guerrier ; c’est en cela principalement qu'ils font consister leur mérite , et c'est ce qu'ils appellent être véritablement homme. Ils sont si passionnés pour cette gloire, qu'on les voit entreprendre des voyages de quatre cents lieues au milieu des forêts, pour faire un esclave, ou pour enlever la chevelure d’un homme qu’ils auront tué. Hs comptent pour rien les fatigues et le long jeûne
wils ont à supporter , surtout lorsqu'ils approchent se terres ennemies ,. parce qu’alors ils n’osent plus chasser, de crainte que les bêtes, n'étant que blessées, ne s’enfuient avec la flèche dans le corps, et n’avertissent leur ennemi de se mettre en état de défense. Car leur manière de faire la guerre, de même que parmi tous les Sauvages, est de surprendre leurs ennemis ; c’est pourquoi ils envoient à la découverte, pour observer leur nombre et leur marche, ou pour examiner s'ils sont sur leurs gardes. Selon le rapport qui leur est fait, ou ils se mettent en embuscade , ouils font irruption dans les cabanes , le cassetête en main, et ils ne manquent pas d’en tuer quelques-uns avant qu’ils aient pu songer à se défendre,
Ce casse-tête est fait d’une corne de cerf, ou d’un bois en forme de coutelas , terminé par une grosse boule. Ils tiennent le casse-tête d’une main, et un couteau de l’autre, Aussitôt qu'ils ont assené leur coup
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l'abonnt pour pour le antaisie ec leurs ut pour ils l’ont
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ÉDIFIANTES ET CURIÉUSES, t13
leur coup à la tête de leur ennemi » ils la lui cernent avec leur Couteau , et lui enlèvent la chevelure avec une promptitude surprenante,
Lorsqu'un Sauvage revient dans son Pays chargé de plusieurs chevelures, il est reçu avec de grands honneurs ; mais c’est pour lui le comble de la gloire , lorsqu'il fait des prisonniers et qu’il les amène vifs, Dès qu'il arrive, tout le village s’assemble et se range en haie sur le chemin où les prisonniers doivent passer. Cette réception est bien cruelle; les uns leur arrachent les ongles, d’autres leur coupent les doigts ou les oreilles; quelques autres les chargent de coups de bâton, Après ce Premier accueil, les anciens s’assemblent pour délibérer sils accorderont la vie à leurs prisonniers, ou s'ils les feront mourir, Lorsqu'il y a quelque mort à ressusciler , c'est-à-dire , si quel-
u' un de leurs guerriers a été tué, et qu'ils jugent sas le remplacer dans sa cabane » ils donnent À cette Cabane un de leurs Prisonniers , qui tient la Place du défunt, et c’est ce qu'ils appellent ressusciter le mort, Mais quand le prisonnier est condamné à ia mort, ils plantent aussitôt en terre un gros pieu, auquel ils l’attachent par le; deux mains; on lui fait chanter la chanson de mort; et tous les Sauvages s'étant assis autour du poteau, on allume à quelques pas de là un grand feu, oùils font rougir des haches, des canons de fusil êt d’autres ferremens. Ensuite ils viennent les uns après les autres, et les lui appliquent tout rouges sur les diverses parties du corps; il yen a qui les brûlent avec des tisons ardens ; quelques-uns leur déchiquètentle Corps avec leurs couteaux; d’autres leur coupent un morceau de chair déjà rôtie , et la mangent en sa présence ; on en voit qui remplis= sent ses plaies de poudre , et lui en frottent tout le Corps ; après quoi ils y mettent le fen, Enfin, cha= cun le tourmente selon son caprice , et cela pendant
quatre ou cinq heures, quelquefois même pendant T. IV. Fe À
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deux ou trois jours. Plus les cris qne la violence de ces tourmens fui fait jeter sont aigus et perçans , plus le spectacle est agréable et divertissant pour ces Le. bares, Ce sont les Iroquois qui ont inventé cet affreux genre de mort, et ce n'est que par droit de représailles que les Elinoiïs à leur tour traitent leurs prisonniers Iroquois avec une égale cruauté.
Ce que nous entendons par le mot de christianisme , n’est connu parmi tous les Sauvages que sous le nom de prière. Ainsi , quand je vous dirai dans la suite de cette lettre, que telle nation sauvage a embrassé la prière , il faut entendre qu’elle est devenue chrétienne , ou qu’elle se dispose à l'être. On auroit bien moins de peine à convertir les Illinois , si la prière leur permettoit la polygamie : ils avouent que la prière est bonne, et ils sont charmés qu'on l'enseigne à leurs femmes et à leurs enfans ; mais quand on leur en parle à eux-mêmes, on éprouve combien il est difficile de fixer leur inconstance naturelle , et de les résoudre à n’avoir qu’une femme , et à lavoir pour toujours.
A l'heure qu'on s'assemble le matin et le soir pour prier , tous se rendent dans la chapelle. I n’y a pas jusqu'aux plus grands jongleurs , c'est-à-dire, aux plus grands ennemis de la religion, qui n’envoient Jeurs enfans pour être instruits et baptisés. C’est là le plus grand fruit qu’on fait d’abord parmi ces Sauvages , et duquel on est le lus assuré : car , dans le
rand nombre d’enfans qu'on baptise , il ne se passe point d'année que plusieurs ne meuent avant l'usage de la raison ; et, parmi les adultes, la plupart sont si fervens et si aflectionnés à la prière, qu'ils soutfriroient la mort la plus cruelle plutôt que de l'abandonner.
C’est un bonheur pour les Illinois d’être extrêmement éloignés de Quebec : car on ne peut pas leur porter de Peau-de-vic , comme on fait ailleurs,
lence de ns, plus ces bart affreux e représ prison-
christiages que ous dirai tion saue qu’elle e à l'être, r les Hilimie : ils charmés , enfans ; mes, on r inconsr qu'une
t le soir lle. I n’y t-à-dire , envoient , C'est là i ces Sau- , dans le e se passe nt l'usage part sont vils souf-
de l’aban-
tre extrêpeui pas t ailleurs,
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 115 Cette boisson est parmi les Sauvages le plus grand obstacle au christianisme » €t la source d'une infinité de crimes les plus énormes, On sait qu'ils n’en achètent que pour se plonger dans la plus furieuse ivresse : les désordres et les morts funestes dont on est témoin chaque jour, devroient bien l'emporter sur le gain que peut Procurer le commerce d’une liqueur si fatale,
Il y avoit deux ans que je demeurois chez les Illi.. nois , lorsque je fus rappelé Pour consacrer le reste de mes jours chez la nation Abnakise, C’étoit la première mission À laquelle J'avois été destiné à mon arrivée en Canada , et c’est celle apparemment où je finirai ma vie, Il fallut donc me rendre à Quebec, pour aller de ]à rejoindre mes chers Sauvages, Je Vous ai déjà entretenu de Ja longueur et des diflicultés de ce Voyage ; ainsi, je vous parlerai seulement d’une aventure bien consolante , qui m'arriva à quarante lieues de Quebec, Je me trouvai dans une espèce de village, où il ÿ à vingt-cinq maisons fran.
caises , et un curé qui en a soin, Près de ce village ,
on voyoit une cabane de Sauvages , où se irouvoit une fille âgée de seize ans , qu'une maladie de plusieurs années avoit enfin 14 lite à l'extrémité, Le curé, qui n’entendoit : la langue de ces Sauvages . me pria d'aller confesser Ja malade , et me conduisit üi-même à la cabane. Dans l'entretien (que j’eus avec celte jeune fille , su> les vérités de la religion , j'appris qu'elle avoit été fort bien instruite par un de nos missionnaires , mais qu’elle n’avoit pas encore reçu le baptéme, Après avoir passé deux jours à Jui aire toutes les questions Propres à m’assurer de ses ISpositions : « Ne me refuse pas , je t'en conjure, me » dit-elle, la grâce du baptême que je te demande; tu vois combien jai la poitrine oppressée , et qu'il me reste très-peu de temps à vivre: quel malheur seroitce pour moi, et quels reproches n’aurois-tu pas à te
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an”
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» faire si je venoisà mourirsans recevoir cette grâce!» Je lui répondis qu’elle s’y préparât pour le lendemain, et je me retirai. La joie que lui causa ma réponse fit en elle un si prompt changement , qu’elle fut en état de se rendre de grand man à la chapelle. Je fus extraordinairement surpris de son arrivée , et aussitôt je lui administrai solennellement le baptême ; après quoi elle s’en retourna dans sa cabane , où elle ne cessa de remercier la divine miséricorde d’un si grand bienfait, et de soupirer après l’heureux moment qui devoit l’unir à Dieu pour toute l'éternité. Ses désirs furent exaucés, et j'eus le bonheur de l’assister à la mort. Quel coup de Providence pour cette pauvre fille , et quelle consolation pour moi d’avoir été l'instrument dont Dieu ait bien voulu se servir pour la placer dans le ciel !
Vous n’exigez pas de moi, mon cher frère , que j'entre dans le détail de tout ce qui m’est arrivé depuis plusieurs années que je suis dans cette mission ; mes occupations sont toujours les mêmes, et je m'exposerois à des redites ennuyeuses : je me contenterai de vous rapporter certains faits qui me paroîtront mériter le plus votre attention. Je puis vous dire en général que vous auriez de la peine à retenir vos larmes , si vous vous trouviez dans mon église avec nos Sauvages assemblés, et si vous étiez témoin de la piété avec laquelle ils récitent leurs prières , chantent les offices divins, et participent aux sacremens de la pénitence et de l’eucharistie. Quand ils ont été éclairés des lumières de la foi , et qu'ils Pont sincèrement embrassée, ce ne sont plus les mêmes hommes, edla plupart conservent l'innocence qu'ils ont reçue au baptême. C’est ce qui me remplit de la plus douce joie , lorsque re leurs confessions, qui sont fréquentes ; quelques interrogations que je leur fasse , à peine souvent puis-je trouver matière
à les absoudre. Mes occupations avec eux sont con-.
\ce!n nain, fit en tat de raorje lui quoi cessa grand at qui désirs ) d à la auvre l’insur la
, que lepuis ,; mes exponterai itront ire en ir Vos » avec oin de ières »
sacreind ils s l'ont nêmes qu'ils t de la sions , que je natière at con
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, tinuelles, Comme ils n’attende leur missionnaire > et qu'ils on confiance , il ne me suffit
nt de secours que de t en lui une entière pas de remplir les fonc
mnent me consulter,
» C'est-à-dire, émon , et les désordres e, ne fissent impression
‘mais, grâce
À 5 . noS Capitaines , Célèbre dans cette contrée Par Sa valeur , ayant été tué par les Anglais
que commença nt Sacrement. Elle se fit
de piété, et bien qu’au
milieu de ces forêts, avec plus de pompe et de magnificence que vous ne pouvez vous l’imaginer. Ce spectacle, qui étoit nouveau pour les Amalingans , les attendrit et les frappa d’admiration. Je crus devoir profiter des favorables dispositions où ils étoient , et après les avoir assemblés , je leur fis le discours suivant en style sauvage.
« Il y a long-temps, mes enfans , que je souhaite de vous voir : maintenant que j'ai ce bonheur, peu s’en faut que mon cœur n’éclate. Pensez à la joie qu'a un père qui aime tendrement ses enfans , lorsqu'il les revoit après une longue absence où ils ont couru les plus grands dangers, et vous concevrez une partie de la mienne : car , quoique vous ne priiez pas encore , je ne laisse pas de vous regarder comme mes enfans , et d’avoir pour vous une tendresse de père, parce que vous êtes les enfans du Grand Génie , qui vous a donné l'être aussi bien qu'à ceux qui prient, qui a fait le ciel pour vous aussi bien que pour eux , qui pense de vous comme il pense d'eux et de moi, et qui veut qu'ils jouissent tous d’un bonheur éternel. Ce qui fait ma peine , et qui diminue la joie que j'ai de vous voir, c’est la réflexion que je fais actuelle-
ment , qu'un jour je serai séparé d’une partie de .
mesenfans, dont le sortsera éternellement malheureux, parce qu'ils ne prient pas ; tandis que les autres qui prient , seront dans la joie qui ne finira jamais. Lorsque je pense à cette funeste séparation , puis-je avoir le cœur content ? Le bonheur des uns ne me fait pas tant de joie , que le malheur des autres m'afllige. Si vous aviez des obstacles insurmontables à la prière , et si, demeurant dans l'état où vous êtes, je pouvois vous faire entrer dans le ciel , je n’épargnerois rien pour vous procurer ce bonheur. Je vous y pousserois ; je vous y ferois tous entrer, tant je vous aime, et
pre Sea,
et de aginer.
malin- Je crus où ils ir fis le
ouhaite nheur , sez à la enfans, nce où et vous quoique de vous ur vous , êtes les 16 l’être t le ciel ense de qui veut . Ce qui e j'ai de ctuelleartie de.
malheuque les ne finira séparabonheur malheur bbstacles ant dans e entrer ous pro- , je vous ime, et
» tant Je souhaite que vous soyez heureux ÿ Mais c’est » ce qui n’est pas possible. Il faut prier, 1] faut être » baptisé, pour pouvoir entrer dans ce lieu de dé- » lices. » Après ce préambule , je leur expliquai fort au long les principaux articles dela foi , et je Continuai ainsi : « Toutes les paroles que je viens de » Vous expliquer ne sont point des paroles humaines; » ce sont les paroles du Grand Génie : elles ne sont » point écrites comme les paroles des hommes sur » un collier, auquel on fait dire tout ce qu’on veut ; mais elles sont écrites dans le livre du Grand Génie , où le mensonge ne peut avoir d'accès, » Pour vous faire entendre cette expression sauvage, 1l faut remarquer , mon cher frère, que la coutume de ces peuples, lorsqu'ils écrivent à quelque nation, est d'envoyer un collier ou une large ceinture , sur laquelle ils font diverses figures avec des grains de » :rcelaine de différentes couleurs. On instruit c£.u: qui porte le collier > en lui disant : Voilà ce que dit le collier à telle nation , à telle personne , et on le fait partir. Nos Sauvages auroicnt de la peine à comprendre ce qu’on leur dit , etils y Seroient peu attentifs , si l’on ne se conformoit pas à leur manière de penser et de s'exprimer, Je pour- SULVIS ainsi :
« Courage, mes enfans , écoutez la voix du Grand Génie qui vous parle par ma bouche ; il vous aime , et son amour pour vous est si grand, qu'il a donné sa vie pour vous procurer une vie éter-nelle. Hélas! peut-être n’a-t-il permis la mort d’un de vos capitaines , que pour vous attirer dans le lieu de la prière , et vous faire entendre sa VOIX, Faites réflexion que vous n'êtes pas immortels. Un jour viendra qu’on essuyera pareillement les larmes pour votre mor : que vous servira - t-il d’avoir été en cette vie de grands capitaines , si, après votre mort, vous êtes jetés dans les flammes
éternelles ? Celui que vous venez pleurer avec nous, s’est félicité mille fois d’avoir écouté la voix du Grand Génie, et d’avoir été fidèle à la prière. Priez comme lui, et vous vivrez éternellement. Courage , mes enfans , ne nous séparons point , que les uns n’aillent pas d’un côté , et les autres d'un autre : Allons tous dans le ciel, c’est notre patrie , c’est à quoi vous exhorte le seul maître de la vie , dont je ne suis que l'interprète. Pensez-y sérieusement. »
Aussitôt que j'eus achevé de parler , ils s’entre-
tinrent ensemble pendant quelque temps; ensuite leur orateur me fit cette réponse de leur part: « Mon
père, je suis ravi de t'entendre. Ta voix a pénétré jusque dans mon cœur , mais mon cœur est encore fermé , et je ne puis pas l'ouvrir présentement , pour te faire connoître ce qui y est, ou de quel côté 1l se tournera : il faut que j'attende plusieurs capitaines et autres gens considérables de notre nation , qui arriveront l’automne prochaine ; c’estalors que je te découvrirai mon cœur, Voilà, mon cher père , tout ce que j'ai à te dire présentement,
» Mon cœur est content , leur répliquai-je ; je suis bien aise que ma parole vous ait fait plaisir, et que vous demandiez du temps pour y penser; vous n’en serez que plus fermes dans votre attachement à la prière , quand vous laurez une fois embrassée, Cependant je ne cesserai de m'adresser au Grand Génie , et de lui demander qu'il vous regarde avec des yeux de miséricorde, et qu'il fortifie vos pensées , afin qu’elles se tournent du côté de la prière. » Après quoi je quittai leur
assemblée , et ils s’en retournèrent à leur village.
Quaud l’automne fut venue, jappris qu’un de
nos Sauvages devoit aller chercher du blé chez les
Amalingans pour ensemencer ses terres. Je le fis
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er avec outé la èle à la iterneléparons ,etles 1, c’est le seul erprète.
s’entreensuite:
: « Mon x a pénn Cœur rir pré- 1yest, Le j'atonsidéutomne rai mon Le j'ai à
1-je ; je plaisir , penser ; re attaune fois adresser il vous et qu'il nent du tai leur Ilage.
u’un de chez les
Je le fis
venir, et je le chargeai de leur dire de ma part que J'étois dans l'impatience de revoir mes enfans , que Je les avois toujours présens à l'esprit, et que je les priois de se souvenir de la parole qu'ils m’avoient donnée, Le Sauvage s’acquitta fidèlement de sa commission, Voici la réponse que lui firent les Amalingans :
« Nous sommes bien obligés à notre père de ” penser sans cesse à nous. De notre côté > nous » avons bien pensé à ce qu'il nous a dit, Nous ne » pouvons oublier ses paroles , tandis que nous » avons un Cœur ; Car elles y ont été si profondé- » ment gravées , que rien ne les peut effacer, Nous » Sommes persuadés qu’il nous aime; nous voulons » l'écouter et lui obéir en ce qu'il souhaite de nous. » Nous agréons la prière qu'il nous propose , et » nous n'y VOyons rien que de bon et de louable ; » nous sommes tous résolus de l’'embrasser, et nous » serions déjà allés trouver notre père dans son vil- » lage, s’il y avoit des vivres suffisans pour notre » subsistance, pendant le temps œx’il consacreroit » à notre instruction, Mais comment Pourrions- »” nous y en trouver ? Nous savons que la faim est » dans la cabane de notre père , et c’est ce qui nous » afllige doublement, que notre père ait im » et » que nous ne puissions pas aller le voir pour nous » faire instruire, Si notre père pouvoit venir passer » ici quelque temps avec nous , il vivroit et nous » instruiroit, Voilà ce que tu diras à notre père, » Cette réponse des Amalingans me fut rendue dans une favorable conjoncture : la plus grande partie de mes Sauvages étoient allés pour quelques jours chercher de quoi vivre jusqu’à la récolte du blé d'Inde : leur absence me donna le loisir de visiter les Amalingans, et dès le lendemain je m’embarquai dans Un canot pour me rendre à leur village, Je n’avois plus qu'une lieue à faire pour arriver , lorsqu'ils
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sn ri et aussitôt ils me saluèrent par des
décharges continuelles de fusils , qui ne cessèrent
qu'à la descente du canot. Cet honneur qu'ils me
rendoient , me répondoit déjà de leurs dispositions
présentes. Je ne perdis point de temps ; et, dès que
je fus arrivé , je fis planter une Croix , et ceux qui
m'accompagnoient élevèrent au plutôt une chapelle qu'ils firent d’écorces, de la même manière que se
font leurs cabanes, et y dressèrent un autel. Tandis
qu’ils étoient occupés de ce travail , je visitai toutes
les cabanes des Amalingans , pour les préparer aux
instructions que je devois leur faire, Dès que je les commença , ils se rendirent très- assidus à les en-
tendre, Je les rassemblois trois fois par jour dans la
chapelle : le matin après la messe, à midi, et le soir
après la prière. Le reste de la journée je parcourois
les cabanes, où je faisois encore des instructions
particulières. Lorsqu’après plusieurs jours d’un travail continuel , je jugeai qu'ils étoient suffisamment instruits, je fixai le jour auquel ils viendroient se faire régénérer dans les eaux du saint baptême. Les
premiers qui se rendirent à la chapelle , furent le
Capitaine , l’orateur , trois des plus considérables de
la nation , avec deux femmes. Aussitôt après leur
baptême , deux autres bandes , chacune de vingt
Sauvages, se succédèrent , et reçurent la même
grâce. Enfin , tous les autres continuèrent d’y venir ce jour-là et le lendemain.
Vous jugez assez, mon cher frère, que quelques travaux qu'essuie un missionnaire , il est bien dédommagé de ses fatigues par la douce consolation
wil ressent d’avoir fait entrer une nation entière d Sauvages dans la voie du salut. Je me disposois à les quitter et à retourner dans mon village , lorsqu’un député vint me dire de leur part qu'ils s’étoient tous réunis dans un même lieu , et qu'ils me prioient de me rendre à leur assemblée, Aussitôt que je parus
t par des cessèrent qu’ils .me spositions » dès que ceux qui > chapelle re que se 1, Tandis tai toutes parer aux que je les à les enar dans la et le soir arcourois structions d’un traisamment roient se ême. Les furent le rables de près leur de vingt la même d'y venir
quelques bien dénsolation 1 entière disposois ge , lorss'étoient prioient je parus
au milieu d’eux, l’orateur m’adressant la parole au nom de tous les autres : « Notre père , me dit-il À ” nous n'avons point de termes pour te témoigner » la joie inexprimable que nous ressentons tous d'avoir reçu le baptême. Il nous semble maintenant que nous avons un autre cœur; tout ce qui nous faisoit de la peine est entièrement dissipé ; nos pensées ne sont plus chancelantes ; le baptême nous fortifie intérieurement , et nous sommes bien résolus de l’honorer tout le temps de notre vie, Voilà ce que nous te disons avant que tu nous quittes. » Je leur répondis par un peut discours , où je les exhortois à persévérer dans la grâce singulière qu'ils avoient reçue , et À ne rien faire d'indigne de la qualité d’enfans de Dieu, dont ils avoient été honorés par le saint baptême. Comme ils se préparoient À partir pour la mer je leur ajoutai qu'à leur retour nous déterminerions ce qui seroit le plus à propos, ou que nous allassions demeurer avec eux, ou qu'ils vinssent former avec nous un seul et même viliage,
Le village où je demeure s’appelle Nanrantsouack ; et est placé dans un continent, qui est entre l’Acadie et la Nouvelle-Angleterre. Cette mission est à environ quatre-vingts lieues de Pentagouet , et lon compte cent lieues de Pentagouet au Port- Royal. Le fleuve de ma mission est le plus grand de tous ceux qui arrosent les terres des Sauvages. Il doit être marqué sur la carte , sous le nom de Kinibeki, ce qui à porté les Français à donner À ces Sauvages le nom de K'anibals. Ce fleuve se Jette dans la mer à Sankderank > Qui n’est qu’à cinq ou six lieues de Pemquit. Après l'avoir remonté quarante lieues depuis Sankderank » On arrive à mon village , qui est sur la hauteur d’une pointe de terre, Nous ne sommes éloignés que de deux Journées tout au plus des habitations anglaises ; mais il nous faut plus de
quinze jours pour nous rendre à Quebec, et ce voyage est très-pénible et très-incommode. Il étoit naturel que nos Sauvages fissent leur traite avec les Anglais , et il n’y a pas d'avantages que ceux-ci ne leur aient proposés pour les attirer et agner leur amitié ; mais tous leurs efforts ont été inutiles , et rien n'a pu les détacher de l'alliance des Français. Le seul lien qui nous les a si étroitement unis est leur ferme attachement à la foi catholique. Ils sont convaincus que s'ils se livroient aux Anglais , ils se trouveroient bientôt sans missionnaires , sans sacri-fice , sans sacremens , et presque sans aucun exercice de religion, et que peu à peu ils se replongeroient dans leurs premières infidélités., Cette fermeté de nos Sauvages a été mise à toutes sortes d'épreuves de la part de ces redoutables voisins , sans que jamais ils aient pu rien obtenir.
Dans le temps que la guerre étoit sur le point de s’allumer entre les puissances de l'Europe , le gouverneur anglais, nouvellement arrivé à Boston, demanda à nos Sauvages une entrevue sur la mer, dans une ile qu’il désigna, Ils y consentirent , et me prièrent de les y accompagner , pour me consulter sur les propositions arüficieuses qui leur seroient faites , afin de s’assurer que leurs réponses n’auroient rien de contraire, ni à la religion , ni aux intérêts du service du Roi. Je les suivis, et mon intention étoit de me tenir simplement dans leur quartier pour les aider de mes conseils , sans paroître devant le gouverneur. Comme nous approchions de l'ile, au nombre de plus de deux cents canots , les Anglais nous saluèrent par une décharge de tous les canons de leurs vaisseaux, et les Sauvages répondirent à ce salut par une décharge pareille de tous leurs fusils. Ensuite le gouverneur paroissant dans l’île , les Sauvages y abordèrent avec précipitation ; ainsi, je me trouvai où je ne souhaitois pas être , et où le gou-
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 125 vérneur ne souhaitoit pas que je .sse. Dès qu'il m'aperçut, il vint quelques pas au-devant de moi; et après les complimens ordinaires » il retourna au milieu de ses gens, et moi avec les Sauvages. « C’est » par ordre La notre Reine , leur dit-il » que je » viens vous voir : elle souhaite que nous vivions » €n paix. Si quelque Anglais étoit assez imprudent » Pour vous faire du tort, ne songez pas à vous en » venger, mais adressez-moi aussitôt votre plainte, » et je vous rendrai une prompte justice, S'il arri- * Voit que nous eussions la guerre avec les Français, » demeurez neutres, et ne vous mêlez point de nos » différends : les Français sont aussi forts que nous; » ainsi, laissez-nous vider ensemble nos querelles. » Nous fournirons à tous vos besoins, nous pren- » drons vos pelletcries, et nous vous donnerons » nos marchandises à un prix modique. » Ma présence l’empécha de dire tout ce qu'il prétendoit : car ce n’étoit pas sans dessein qu’il avoit amené un ministre avec lui.
Quand il eut cessé de parler, les Sauvages se reürèrent pour délibérer ensemble sur la réponse qu'ils avoient à faire. Pendant ce tem s-là le gouverneur me tirant À part : « Je vous prie, Monsieur , me » dit-il, de ne point porter vos Indiens À nous faire » la guerre.» Je lui répondis que ma religion et mon caractère de prêtre, m'engageoient à ne leur donner que des conseils de paix. Je parlois encore lorsque je me vis tout à Coup environné d’une Vingtaine de jeunes guerriers , qui craignoient que le gouverneur ne voulût me faire enlever. Cependant les Sauvages s’avancèrent, et l’un d'eux fit au gou= vérneur la réponse suivante : « Grand Capitaine, tu » nous dis de ne point nous joindre au Français, » supposé que tu lui déclares la guerre ; sache » que le Français est mon frère; nous avons une ». même prière lui et moi » ét nous sommes dans une
» même cabane à deux feux; il a un feu, et moi » l'autre, Si je te vois entrer dans la cabane du côté » du feu où est assis mon frère le Français, je t'ob- » serve de dessus ma natte, où je suis à l’autre feu,
Si, en l'observant, je m'aperçois que tu portes » une hache, j'aurai la pensée : Que prétend faire » l'Anglais de cette hache ? Je me lève pour lors » sur ma nalte, pour considérer ce qu’il fera. S'il » lève la hache pour frapper mon frère le Français, » je prends la mienne, et je cours à l'Anglais pour
e frapper. Est-ce que je pourrois voir frapper » mon fière dans ma cabane, et demeurer tran- » quille sur ma natte? Non, non, j'aime trop mon » frère dé ne pas le défendre. Ainsi je te dis : » Grand Capitaine , ne fais rien à mon frère, et je » ne te ferai rien; demeure tranquille sur ta natte, » et je demeurerai en repos sur la mienne. »
C’est aïnsi que finit cette conférence. Peu de temps après, quelques-uns de nos Sauvages arrivèrent de Quebec, et publièrent qu’un vaisseau français ÿ avoit apporté la nouvelle de la guerre allumée entre la France et l'Angleterre. Aussitôt nos Sauvages, après avoir délibéré selon leur coutume , ordonnèrent aux jeunes gens de tuer les chiens , pour faire le festin de guerre, et y connoître ceux qui voudroient s’y engager. Le festin se fit, on leva la chaudière , on dansa , et 1l se trouva deux ce’ cinquante guerriers. Après le festin, ils déterminèrent un joùr pour venir se confesser. Je les exhortai à être aussi attachés à leur prière que s'ils étoient au village, à bien observer les lois de la guerre , à n’exercer aucune cruauté , à ne tuer personne que dans la chaleur du combat , à traiter humainement ceux qui se rendroient prisonniers, etc.
La manière dont ces peuples font la guerre, rend une poignée de leurs guerriers plus redoutables que ne le seroit un corps de deux ou trois mille soldats
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européens, Dès qu’ils sont entrés dans le pays ennemi, ils se divisent en différens parus, l’un de. trente guerriers, l’autre de , sr etc. Ils disent AUX UNS : à vous on donne ce hameau À manger ( c’est leur expression); à vous autres on donne ce village, etc. Ensuite le signal se donne pour frapper tous ensemble et en même temps dans les diverses contrées, Nos deux cent cinquante guerriers se répandirent à plus de vingt lieues de pays où il y avoit des villages, des hameaux et des maisons, Au jour marqué , ils donnèrent tous ensemble dès le grand matin ; en un seul jour ils défirent tout ce qu'il y avoit d'Anglais; ils en tuèrent plus de deux cents, firent cent Cinquante prisonniers , et n’eurent de leur part que quelques ouerriers blessés assez légèrement. Ils revinrent de cette expédition au village , ayant chacun deux canots chargés du butin qu'ils avoient fait. Pendant tout le temps que dura la guerre , ils portèrent la désolation dans toutes les terres qui appartiennent aux Anglais; ils ravagérent leurs vil. lages, leurs forts » leurs métairies, enlevèrent une infinité de bestiaux > €t firent plus de six cents pri- Sonniers. Aussi ces Messieurs » persuadés avec raison qu’en maintenant mes Sauvages dans leur attachement à la foi catholique, Je resserre de plus en plus les liens qui les unissent aux Français , ont-ils mis en œuvre toutes sortes de ruses et d'artifices pour les détacher de moi, Il n'y a point d'offres ni de promesses qu'ils ne leur aient faites, s'ils vouloient me livrer entre leurs mains » Où du moins me renvoyer uebec, et prendre en ma place un de leurs ministres. Îls ont fait plusieurs tentatives pour me sur-rendre et pour me faire enlever; ils en sont venus même jusqu’à promettre mille livres Sterlings à celui qui leur porteroit ma tête, Vous croyez bien, mon cher frère , que ces menaces ne sont Pas capables de m'intimider , ni de ralentir mon zèle ; trop heureux si j'en
devenois la victime, et si Dieu me jugeoit digne d'être chargé de fers, et de verser mon sang pour le
salut de mes chers Sauvages.
Aux premières nouvelles qui vinrent de la paix faite en Europe, le gouverneur de Boston fit dire à nos Sauvages que , s'ils vouloient bien s’assembler dans un lieu qu’il leur désignoit, il conféreroit avec eux sur la conjoncture + hop des affaires. Tous les Sauvages se rendirent au lieu marqué, et le gouverneur leur parla ainsi : « Toi homme Naranhous, » je l’apprends que la paix est faite entre le Roi de » Fa et notre Reine , et que, par le traité de » paix, le Roi de France cède à notre Reine , Plai- » sance et Portrail, avec toutes les terres adjacentes. » Ainsi, si tu veux ; nous vivrons en paix toi et moi, » Nous y étions autrefois; mais les suggestions des » Français te l'ont fait rompre, et c'est pour lui » plaire qué tu es venu nous tuer. Oublions toutes » ces méchantes affaires, et jetons-les dans la mer, » afin qu’elles ne paroissent plus, et que nous soyons » bons amis.
» Cela est bien, répondit l’orateur au nom des » Sauvages , que les rois soient en paix; j'en suis » bien aise, et je n’ai pas de peine non plus à la » faire avec toi. Ce n’est point moi qui te frappe de+ » puis douze ans; c’est le Français qui s’est servi de » mon bras pour te frapper. Nous étions en paix , » il est vrai, j’avois même jeté ma hache je ne sais » où; et comme j'étois en repos Sur ma natte, ne » pensant à rien, des jeunes gens m'apportèrent » une parole, que le gouverneur de Canada m'en- » voyoit, par laquelle il me disoit: mon fils, PAn- »glais m’a frappé, aide-moi à m'en venger, prends » ta hache, et frappe l'Anglais. Moi, qui ai toujours ». écouté la parole du gouverneur français, je cherche » ma hache, je la trouve toute rouillée; je l'accom- » mode, je la pends à ma ceinture pour te venir » frapper.
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frapper.
» frapper, Maintenant le Français me dit de la mettre » bas; je la jette bien loin, pour hr ne voie plus » le sang dont elle est rougie. Ainsi, vivons en » paix, j'y consens, Mais tu dis que le Français t'a » doau Plaisonce et Portrail, qui est dans mon voi- »sinage, avec toutes les terres adjacentes : il te don » nera tout ce qu'il voudra; Pour moi j'ai ma terre » que le Grand Génie m’a donnée Pôur vivre : tant » qu'il y aura un enfant de ma nation , il combattre » pour la conserver, » Tout se termina ainsi à l'amiable; le gouverneur fit un grand festin aux Sau« Vages; après quoi chacun se retira, | Le heureuses conjonctures de la paix , et la tranquillité dont on Commençoit de jcxir, firent naître la pensée à nos Sauvages de r2bitir notre église, qui avoit été ruinée dans une sul it trup'ion que firent les Anglais, pendant qu'ils étoivnt #+:ens du village. Comme nous sommes fort éloignés de Quebec » et beaucoup plus près de Boston > ls y députèrent quelues-uns des principaux de la nation , pour deman- ; des ouvriers, avec promesse de payer libéralement leurs travaux, Le Bouverneur les reçut avec de grandes démonstrations d'amitié, et leur fit toutes sortes de caresses, «Je veux moi-même rétablir votre » église, leur dit-il, et j'en userai mieux avec vous » que n’a fait le gouverneur français, que vous ap- » pelez votre père, Ce seroit À ui à la rebâtir, » puisque c’est lui, en quelque sorte, qui l’a rui- » née, en vous portant à me frapper ; car pour moi » je me défends comme je puis, au lieu que lui, » après s'être servi de vous pour sa défense, il vous » abandonne, J’agirai bien mieux avec vous: car , » non-Seulement je vous accorde des ouvriers, je » veux encore les payer moi-même, et faire tous » les frais de l'édifice que vous voulez construire. » Mais comme il n’est pas raisonnable que moi, qui ” suis Anglais, je fasse bâtir une église sans y mettre
un ministre anglais pour la garder et pour y enseigner la prière, je vous en donnerai un dont vous serez contens, et vous renverrez à Quebec le ministre français qui est dans votre village. » « Ta parole m'étonne, répondit le député des Sauvages, et je l’admire dans la proposition que tu me fais. Quand tu es venu ici, tu m'as vu longtemps avant les gouverneurs français ; ni ceux qui t'ont précédé, ni tes ministres, ne m'ont jamais parlé de prière, ni du Grand Génie. Ils ont vu mes pelleteries, mes peaux de castor et d’orignal, et c’est à quoi uniquement ils ont pensé; c’est ce qu'ils ont recherché avec empressement; je ne pouvois leur en fournir assez, et quand j'en apportois beaucoup , j'étois leur grand ami, et voilà tout. Au contraire, mon canot s'étant un jour égaré, je perdis ma route, et j’errai à l'aventure , jusqu’à ce qu’enfin j’abordui près de Quebec, dans un grand village d'Algonkins, que les Robes noires (les Jésuites) enseignoïient, À peine fus-je arrivé u’une Robe noire vint me voir. J’étois chargé de pelleteries , la Robe noire française ne daigna pas seulementlesregarder :ikne parla d’abord du Grand Génie, du paradis, de l'enfer ; et de la prière qux est la seule voie d'arriver au ciel. Je l’écoutai avec plaisir, et je goûtois si fort ses entretiens, que je restai long-temps dans ce village pour l’entendre. Enfin, la prière me plut, et je l'engageai à m’instruire; je demandai le baptême et je Le reçus. Fn< suite je retourne dans mon pays , et je raconte ce qui m'est arrivé : on porte envie à mon bonheur; on veut y participer, on part pour aller trouver la Robe noire et lui demander le baptême. ps que le Français en a usé envers moi, Si, dès que in m'as vu, tu m’avois parlé de la prière ; j'aurois eu le malheur de prier comme toi; car je n'étoi5 pas capable de démêler si ta prière
ur y enun dont uebec le puté des uonr. que vu longceux qui it Jamais s ont vu orignal , , C’est € t; je ne jen apet voilà un jour veniure ; ec, dans es noires je arrivé hargé de igna pas Gr rière qui utai avec , que je ntendre.
à m'insçus, Fn< raconte on bonour aller aptèmes ers Mol lé de la mime toi; ta prière
cinquante mille barrique
ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 137 » étoit bonne, Ainsi, Je te dis que je tiens la prière » du Français; je l’agrée, et je la conserverai jus- » qu'à ce que la terre brûle et finisse. Garde donc » es ouvriers, ton argent et ton ministre , je ne t’en » parle plus : je dirai au Souverneur français, mon » père, de m'en envoyer. »
En effet, M. le gouverneur n’eut pas plutôt appris la ruine de notre église, qu’il nous envoya des Ouvriers pour la rebâtir. Elle est d’une beauté qui la feroit estimer en Europe, et je n’ai rien épargné pour là décorer. Vous avez pu voir par le détail que je vous ai fait dans ma lettre à mou neveu , qu’au fond de ces forêts, et parmi ces nations sauvages, le service divin se fait avec beaucoup de décence et de dignité. C'est à quoi je suis très-attentif , non-seulement lorsque les Sauvages demeurent dans le village, mais encore tout le temps qu’ils sont obligés d’habiter les bords de la mer > OÙ ils vont deux fois chaque année, pour y trouver de quoi vivre. Nos Sauvages ont si fort dépeuplé leur pays de bêtes, que depuis dix ans on n’y trouve rlus ni orignaux , ni chevreuils. Les ours et les Castors y sont devenus très-. rares. On n’a guère pour vivre que du blé de Tur-. quie, des fèves et des citrouilles. Ils écrasent le: blé entre deux pierres pour le réduire en farine ; ensuite ils en font de la bouillie > qu'ils assaisonnent quelquefois avec de la graisse, où avec du poisson sec. Lorsque le blé leur manque , 1ls cherchent dans les champs labourés , des pommes de terre , Ou bien du gland, qu’ils estiment autant que du blé ; après l'avoir fait sécher, ils le font cuire dans une chaudière avec de la cendre > Pour en ôter l’amertume. Pour moi, je le mange sec , et il me tient lieu de pain. n un Certain temps , ils se rendent À une rivière peu éloignée , où, pendant un mois, les poissons montent en si grande quantité, qu’on en rempliroit s en un Jour, si l’on pou-
Dee
192 LETTRES voit suflire à ce travail. Ce sont des espèces de gros harengs fort agréables au goût quand ils sont frais; ils sont pressés les uns sur les autres à un pied d'épaisseur , et on les puise comme de l’eau. Les Sauvages les font sécher pendant huit ou dix jours, et ils en vivent pendant tout le temps qu’ils ensemencent leurs terres, Ce n’est qu’au printemps qu’il sèment le blé, et ils ne lui donnent la dernière façon que vers la de : Après quoi , ils délihèrent vers quel endroit de la mer ils iront chercher de quoi vivre jusqu’# la récolte , qui ne se fait ordinairement qu'un peu après l’Assomption. Après avoir délibéré , ils m’envoient prier de me rendre à leur assemblée. Aussitôt que j'y suis arrivé , l’un d'eux me parle ainsi au nom de tousles autres: « Notre » père, ce que je te dis , C’est ce que te disent tous » ceux que tu vois 1C1; tu nous Connois, tu sais que » nous manquons de vivres; à peine avons-nous pu » donner la dernière façon à nos champs , et nous » n'avons d'autre ressource jusqu’à la récolte, que » d'aller chercher des alimens sur le bord de la mer. » Îlseroit dur pour nous d'abandonner notre prière; » c’est. pourquoi, nous espérons que tu voudras
» bien nous accompagner , afin qu’en cherchant de.
» quoi vivre , nous n'interrompions point notre » prière. Tels et tels tembarqueront , et ce que tu ” auras à porter, sera dispersé dans les autres ca- » nots. Voilà ce que j'ai à te dire. » Je ne leur ai pas plutôt répondu #ekikberba (c’est un terme sauvage qui veut dire, je vous écoute, mes enfans, j’accorde ce que vous demandez) , que tous crient ensemble 8ri8rie , qui est un terme de remerciment. Aussitôt après on part du village.
Dès qu’on est arrivé à l'endroit uù l’on doit passer la nuit, on plante des perches d’espace en espace, de la forme d’une chapelle ; on l’entoure d’une grande tente de coutl , et elle n’est ouverte que par
de gros nt frais ; in pied au. Les X jJOUrS ; ls enseaps qu’il ère fadélihèit chere se fait 1. Après endre à
vé , l’un
«Notre ent tous sais que nous pu et nous te , que la mer.
> prière; voudras hant de t notre > que tu tres Ca-— leur ai me sau- IS, j'ac— lent enciment.
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espace , L]
> d’une
que par
devant, Tout est dressé en un quart-d’heure. Je fais toujours porter avec moi une belle planche de cèdre, longue de quatre pieds, avec ce qui doit la soutenir: c'est ce qui sert d’autel, au-dessus duquel on place un dais fort propre. J’orne le dedans de la chapelle de très -belles étoffes de soie ; une natte de jonc teinte et bien travaillée , ou bien une grande peau d'ours sert de tapis. On porte celgtout préparé , et il n’y a qu'à le placer dès que fa chapelle est dressée. La nuit je prends mon repoë sur un tapis ; les Sauvages dorment à l'air en pleine campagne, s’il ne pleut pas ; s’il tombe de la pluie ou de la neige , 1ls se couvrent des écorces qu’ils portent avec eux , et qui sont roulées comme de la toile. Si la course se fait en hiver, on ôte la neige de l’espace que doit occuper la chapelle , et on la dresse à l'ordinaire, On fait chaque jour la prière du soir et du matin »>etjy offre lé saint sacrifice de la messe.
Quand les Sauvages sont arrivés au terme de ? :+ voyage , ils s’occupent dès le lendemain à élever à.» église , qu'ils dressent avec leurs écorces. Je porte avec moi ma chapelle, et tout ce qui est nécessaire pour orner le chœur, que je fais tapisser d’étoffes de soie et de belles indiennes. Le service divin S'y fait comme au Village ; et en effet, ils forment une espèce de village de toutes leurs cabanes faites d’écorce , qu'ils dressent en moins d’une heure. Après l’Assomption , ils quittent la mer et retournent au village pour faire leur récolte. Ils y ont de quoi vivre fort pauvrement jusqu’après la Toussaint , qu'ils retournent une seconde fois à la mer. C’est dans cette saison-là qu'ils font bonne chère, Outre les grands poissons, les coquillages et les fruits, ils trouvent des outardes, des canards , et toute sorte de gibier , dont la mer est toute couverte dans l’endroit où ils cabanent , qui est partagé par un grand
nombre de petites iles. Les chasseurs qui partent le
matin pour la chasse des canards et autres espèces de gibier , en tuent quelquefois une vingtaine d’un seul coup de fusil. Vers la Purification » Où au plus tard vers le mercredi des Cendres » On retourne au village ; il n’y a que les chasseurs ; à se dispersent pour aller à la chasse des ours, des orignaux , des chevreuils et des castors.
Ces bons Sauvagesm’ontsouventdonné des preuves du plus sincère attachement, surtout en deux occasion, Où me trouvant avec eux sur les bords de la mer, ils prirent vivement l’alarme à mon sujet. Un jour qu’ils étoient occupés de leur chasse, le bruit se répandit tout à coup, qu’un parti anglais avoit fait irruption dans mon quartier, etm’avoitenlevé. A l'heure même ils s’assemblèrent, et le résultat de leur délibération fut qu'ils Poursuivroient ce parti jusqu’à ce qu'ils l’eussent atteint, et qu'ils m’arrachexoient de ses mains, dût-il leur en coûter la vie. Ils députèrent au même instant deux jeunes Sauvages vers mon quartier, assez avant dans la nuit. Lorsqu'ils entrèrent da:s ma cabane, j'étois occupé à composer la vie d’un saint en langue sauvage. & Ah! notre pére, s’écrièrent-ils, que nous sommes » aises de te voir! -- J'ai pareillement bien de la » joie de vous voir, leur répondis-je ; mais » qu'est-ce qui vous amène ici par un temps si af- » freux? —— C’est vainement que nous sommes ve- » nus, me dirent-ils; on nous avoit assuré que des » Anglais t’avoient enlevé : nous venions pour ob- » server leurs traces, et nos guerriers ne tarderont » guère à venir pour les poursuivre et Pour atta- » quer le fort, où, si la nouvelle eût été vraie , les » Anglais t'auroient sans doute renfermé. -- Vous » voyez, mes enfans, leur répondis-je , que vos » craintes sont mal fondées; mais l'amitié que mes » enfans me témoignent, me remplit le cœur de > joie; car c’est une preuve de leur attachement à
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