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à la fureur de ce misérable , le père se je sur une grande glace qui flottoit sur l’eau. Le taillandier sauta après lui, et l’assomma de deux coups de hache qu’il lui déchargea sur la tête ; et, aprés avoir jeté son Corps sous la glace même sur laquelle le père s’étoit réfugié , il revint au fort, où les cinq autres arrivèrent bientôt après. Voilà ce que ce malheureux avoua lui-même pendant qu'on le tenoit dans les fers.
On avoit résolu de le sarder de la sorte jusqu’à l'arrivée des premiers vaisseaux , sur lesquels on devoit l’embarquer : mais avant qu'il pût venir du secours , les Anglais attaquèrent le fort. Ceux qui le gardoient avoient eu la précaution de tenir chargés tout ce qu’ils avoient de canons et de fusils » et parlà ils furent en état de faire une furieuse décharge sur les ennemis, lorsqu'ils voulurent faire leurs approches. Ce grand feu, qui leur tua et leur blessa plusieurs hommes , leur fit croire qu’il ÿ avoit encore bien du monde dans le fort. C’est pourquoi ils s’en retournèrent , mais dans la résolution de revenir bientôt avec de plus grandes forces. Ils revinrent, en effet , et se préparèrent à attaquer la place dans les formes. Les cinq Français qui la gardoient se voyant hors d'état de résister : se sauvèrent la nuit par une embrasure de canon , et gagnérent le bois , ayant laissé le taillandier seul et lié comme il étoit. On n’a point su ce que les Anglais en firent, ni ce qu'il leur dit. Mais des cin personnes sorties du fort, trois moururent en chémin, et deux seulement arrivèrent après bien des fatigues à Mont-Réal. C’est d'eux qu'on a appris tout ce que je viens de raconter.
L'accident arrivé au père Dalmas n’empêcha pas le père Sylvie de retourner quelque temps après à la baie d'Hudson pour y servir aussi d’aumônier ; mais en même temps à dessein de s'ouvrir un chemin
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6 LETTRES pour aller prêcher l'évangile aux Sauvages les plus Septentrionaux , qui Jusqu’ici ont été sans instruction. Ce père y fut tellement incommodé » qu'il se vit obligé de se rembarquer pour revenir à Quebec , où 1l ne s’est jamais bien remis des maladies qu'il avoit contractées à cette baie, Je fus destiné à la même fonction dès que j’arrivai en Canada, et je ne ne vous dissimulerai pas que ce fut contre mon inclination. Mon dessein en partant de France étoit de me consacrer le plutôt que je pourrois au service des Sauvages , et je m’en voyois par-là un peu éloigné. Feu M. d'Iberville , un des plus braves capitaines que nous ayons eus dans la Nouvelle-France > AVOI ordre de s'emparer de quelques postes que les Anglais. occupoient dans la baie d'Hudson. On avoit pour cela équipé deux vaisseaux de guerre, le Pol, qui devoit monter , et la Sa/omandre » commandée par M. de Serigny. I demanda à notre père supérieur un missionnaire qui pt servir d’aumônier aux deux vaisseaux. Le père supérieur jeta les yeux sur moi, apparemment parce qu'étant nouvellement arrivé , et ne sachant encore aucune langue sauvage , j'Éétois le moins nécessaire en Canada. Nous nous embarquämes donc le 10 d’août 1694 , et nous allämes mouiller vers le minuit proche la traverse du cap Tourmente (1). Nous le doublâmes le 12 sur les sept à huit heures du matin. Nous ne fimes guère de chemin le reste du jour, ni les trois jours suivans, parce que le vent nous étoit contraire. Je profitai de ce loisir pour engager une bonne partie de notre équipage à bien célébrer la fête de la sainte Vierge. Le 14 je distribuai dans le Pofi les images de Notre
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(:) Ce cap n’est éloigné que de huit lieues de Quebec. Ti. s'appelle T'ourmente , parce que pour peu qu'il y fasse de veut, l'eau ÿ paroît agitée comme en pleine mer. ( Note ds l'ancienne édition, )
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Tam” que m'avoit données à Quebec madame de Cha npigny, intendante du Canada , et je passai tout le soir et le lendemain matin à entendre les con fessions : plusieurs firent leurs dévotions le jour de la fête. Comme je finissois la messe , le vent changea, et on appareilla aussitôt, Le 20 , le vent ayant tout à fait cessé , je passai du PoZ à la Salamandre pour voir M. de Serigny , et pour dire la messe à soit bord. L'équipage en fut fort aise , et plusieurs profitèrent de cette occasion pour s'approcher des sacremens.
Le 21 nous dépassâmes Belle-Esle, Cette île , qui paroit de figure ronde , est par la hauteur de 52 degrés à 220 lieues de Quebec , au milieu d’un détroit que forme l'ile de Terre-Neuve , avec la terre ferme de Labrador. Nous commençimes dès-lors à apercevoir de ces grosses montagnes de glace qui flottent dans la mer ; nous en vimes peut-être une ingtaine. Elles paroissent de loin comme des montagnes de cristal , et quelques-unes eomme des. rochers hérissés de pointes. Le 23 nous eûmes le matin un grand calme , et l'après-midi un vent contraire et violent qui continua le 24 et le 25. Les deux jours suivans , un grand calme qui nous étoit
‘aussi préjudiciable que le vent contraire. La saison:
étoit avancée ; nous allions dans un pays où l'hiver vient avant l'automne ; nous n’étions que par la hauteur de 56 degrés ; il nous restoit encore beaucoup de chemin à faire par une mer dangereuse , à cause des grands bancs de glace qu'on à coutume d'y trouver , au milieu désquels 1l falloit se faire un passage jusque par le 63.9 degré. Le 28 , sur les huit heures du soir , il s’éleva un petit vent alisé,
qui, notis prenant ex poupe , nous fit faire beaucoup
de chemin pendant les deux ou trois jours qu'iè dura. Le 31 Le vent changea un peu, sans cesser néanmoins de nous être favorable ; mais il nous
amenoit une grosse brume, qui nous empéchoit de voir les terres dont nous estimions n'être pas éloignés, et dont nous étions en effet assez proches. Sur le midi le temps s’éclaircit, et nous vimes à l'aise la côte bordée d’une grande quantité de rochers qu’on nomme pains de sucre, parce qu'ils en ont la figure ; ils étoient encore tout couverts de neige. Sur le soir , nous reconnüûmes l'entrée du détroit qu’il faut passer pour aller à la bare d'Hudson.
Ce détroit , qu’on appelle le canal ou le détrort du Nord, est très-difficile à cause des glaces qui viennent continuellement des pays froids , et qui se déchargent dans la pleme mer par ce canal, Les terres 4 détroit courent ordinairement ouest-nord- Ouest et est-sud-est, Il y a au commencement et à la fin du détroit des îles situées du côté du sud, Les Îles qu’on trouve à l'entrée du détroit » du côté d'Europe , s'appellent les {es Boutons : elles sont vers le 6o.e degré quelques minutes. Celles qui sont à l’autre extrémité du même détroit, se nomment les êles Digues ; elles sont vers le 63.e degré. Il y en a, outre cela, plusieurs le long et au milieu du détroit, lequel a 1 35 lieues de longueur. Sa moindre largeur est d'environ sept ou huit lieues ; mais elle est ordinairement plus grande. On y voit de temps en temps de grandes baies , surtout après les îles Boutons. Il y en a une plus considérable que les autres ; par laquelle on prétend qu'on peut aller Jusqu'au fond de la baie d'Hudson, mais cela est fort incertain.
On est quelquefois fort long-temps à passer le détroit : nous le passämes en quatre jours fort heureusement. Nous y étions entrés À quatre heures du matin le re septembre, et nous en sortimes le 5 aussi le matin avec un vent qui n’étoit pas trop favorable , et qu s’augmenta beaucoup le 6. Le 7 le temps se calma , et donna à plus de cinquante
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personnes la facilité de faire leurs dévotions le lendemain , fête de la Nativité de la sainte Vierge.
Le calme continua le 8, le 9 et le 10, ce qui causa beaucoup de tristesse et d'inquiétude à tout l'équipage. J’exhortai nos Canadiens à implorer la protection de sainte Anne, qu’on regarde comme la patrone du pays , et qué les Canadiens honorent avec beaucoup de piété. Ma proposition fut reçue avec joie , et nous nous engageâmes à faire tous les jours , matin et soir , des prières publiques en l’honneur de la sainte. Dès la nuit suivante , le vent devint favorable.
Le 12 nous découvrimes la terre du Nord, mais au-dessous de l'endroit où nous voulions aller. Le vent étant encore devenu contraire, nous louvoyâmes inutilement pendant quelques jours, et nous fûmes obligés de jeter l’ancre. Cependant nous commencions à souffrir beaucoup ; le froid s’angmentoit, et nous manquions d’eau. Dans cette extrémité, nos Canadiens me vinrent proposer de faire un vœu à sainte Anne, et de lui promettre de consacrer en son honneur une partie du premier gain qu’ils feroient dans le pays. J’approuvai leur dessein , mais après en avoir parlé à M. d'Iberville. Je les avertis en même temps de travailler à leur sanctification, puisque c’étoit par la pureté des mœurs qu’on rendoit ses vœux agréables à Dieu. La plupart profitèrent de mon avis, et s’approchèrent des sacremens. Le lendemain les matelots voulurent imiter les Canadiens , et faire le même vœu qu’eux. M. d'Iberville et les autres officiers se mirent à leur tête. Dès la nuit suivante , qui étoit celle du 21 au 22 septembre, Dieu nous donna un vent favorable. Le 24 , sur les six heures du soir , nous entrâmes dans la rivière de Bourbon. La joie fut grande dans tout l'équipage. C’étoit un vendredi; nous chantâmes l'hymne Vexilla Regis, et surtout l'O crux ave, que nous répétâmes
plusieurs fois pour honorer la Croix adorable dw Sauveur , dans un Pays où elle est inconnue aux barbares , et où elle a été tant de fois profanée par les hérétiques , qui ÿ Ont abattu avec mépris toutes. les croix que nos Français y avoient autrefois élevées.
La rivière à laquelle les Français ont donné le nom de Bourbon , est appelée par les Anglais /e rivière de Pornetton, d'où vient que plusieurs Français nomment encore le pays des environs , /es terres de Pornetton. Cette #ivière est grande , large, et s'étend fort avant dans la profondeur des terres. Mais comme elle a plusieurs courans rapides , elle: est moins commode pour le commerce des Sauvages x c'est pour cela que les Anglais n'ont pas bâti leur fort sur le bord de cette rivière.
Au sud-est de la rivière de Bourbon, et dans la même anse, se décharge aussi une autre grande rivière, que les Français , qui ont été les premiers à la découvrir, appelèrent la rivière de Surnte-The rèse, parce que la femme de celui qui en fit la découverte portoit le nom de cette grande sainte, Ces deux rivières ne sont séparées l’une de l’autre que par une langue de terre fort basse, qui produit dans lune et dans l’autre de très-grandes battures, Leurs embouchures sont par le 57.e degré quelques minutes. Elles courent toutes deux le même rumbh de vent; et pendant un long espace, leurs lits ne sont éloignés l’un de l’antre que d’une ou de deux lieues, Les battures, dont ces deux rivières sont remplies, lesrendent dangereuses aux gros vaisseaux, Comme il Jen à Un peu moms dans celle de Bourbon, on se détermina à faire hiverner le Poli dans cette rivière, et la Salamandre dans celle de Sainte-Thérèse , sur le bord de. laquelle les Anglais ont bâti leur fort dans la langue de terre qui sépare les deux rivières.
Nous étions arrivés, comme je lai déjà dit, le 24 Septembre, dans la rivière de Bourbon, sur les
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six heures du soir, Cette nuit là même on mit quelques-uns de nos gens à terre; pour tâcher de surprendre quelques Anglais. Hs eurent bien de la peine à aborder, à cause des battures : il fallut se je x l'eau , ce qui les incommoda beaucoup, les boz la rivière étant déjà glacés. Un Sauvage iro( qu'on m’avoit dit de baptiser , lorsque je par Quebec, étoit du nombre de ceux qui furent env à terre. Voyant les périls auxquels il alloit être posé, je ne crus pas devoir différer plus long-temps son baptême que j'avois remis jusqu’à ce jour-là, afin qu'il fût mieux instruit. Un de nos Canadiens, qui parle fort bien la langue iroquoise, m'a beaucoup servi à l’instruire. Les gens que nous avions envoyés à terre ne purent surprendre aucun Anglais, parce que nous en avions été aperçus au moment de notre arrivée, et que sur le champ tous s’étoient retirés dans le fort; mais ils nous amenèrent le 25 deux Sauvages qu'ils avoient pris auprès du fort.
M. d'Tberville étoit allé le même jour sonder la rivière, et chercher un endroit où notre vaisseau püt être à l'abri pendant l'hiver, Il en avoit trouvé un fort commode. Après avoir visité ceux qu'il avoit fait débarquer , et leur avoir donné ses ordres, il chargea M. de Serigny de conduire le Poli à l’endroit marqué, et il passa le 27 dans la Salamandre, où je le suivis.
Nous arrivämes le soir du même jour à l'entrée de la rivière de Sainte-Thérèse : nous ne manquâmes pas en y entrant de nous mettre sous la protection de cette grande sainte, M. d'Iberville partit vers le milieu de la nuit pour aller sonder cette seconde rivière. Le 28 nous avançämes une lieue et demie dans la rivière à la faveur de la marée , le vent nqus étant contraire, On employa le reste du jour à sonder de tous côtés. Le 2y nous fimes encore une petite lieue, et M. d'Iberville alla à terre pour marquer son camp
et l'endroit où il feroit aborder le vaisseau, Ïl en trouva un à son gré, une demi-liene au-dessus du fort, Une grande pointe de terre assez haute qui s’avance dans la rivière , y forme une manière d’anse, où le vaisseau pouvoit être tout à fait à l'abri du refoulement des glaces, qui est fort à craindre au printemps. On donna ordre à ceux de nos gens qui étoient à terre de venir camper en cet Ar ls n'étoient pas plus de vingt; mais les Sauvages du pays avoient dit aux Anglais qu'ils étoient quarante ou Fr » Ce qui les a toujours empêchés de sorur du fort, Le 30 il nous fut impossible d'avancer, Le 1e" octobre nous fûmes dans le même état; toujours le vent contraire échéant à chaque basse marée . et nous mettant dans l'impossibilité de louvoyer. Ceendant le vent, le froid, les glaces croissoient tous k jours. Nous nous voyions à une lieue de l’endroit où nous devions débarquer, et nous étions en danger de n’y pouvoir arriver, Notre équipage en étoit alarmé, Je les exhortai à recourir à la protection de Dieu, qui ne nous avoit point encore manqué dans le voyage. On fit sur /4 Salamandre le même vœu qu’on avoit fait sur /e Pol : etce jourlà même le temps changea et devint fort serein. Sur les huit heures du soir, nous levämes l'ancre, la lune étant fort belle; et À la faveur de la marée notre chaloupe, armée de seize rames, remorqua le vaisseau , et le conduisit jusqu’à une portée de fusil de l'endroit où nous voulions aller, et où nous ne pûmes aborder, la marée nous ayant manqué. En passant vis-à-vis le fort, on nous tira trois ou quatre volées de canon, dont les boulets ne vinrent pas jusu’à nous. Nos Canadiens n’y répondirent que par 1 Sassa Koués : c’est le nom que les Sauvages donnent aux cris qu'ils font à la guerre en signe de réjouissance, Le 2, notre vaisseau pensa périr. Comme nous
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 15 appareillions dans l’espérance de nous rendre bien- . l'en L tôt au port que nous touchions , pour ainsi dire, un sus du gros tourbillon de neige nous cacha la terre, et un te qui j gros vent de nord-ouest nous jeta sur une batture, l'anse , 1 où nous échouâmes à marée haute, Nous y passâmes bri du 4 une triste nuit, Sur les dix heures du soir les glaces, dre au { emportées par les courans et poussées par les vents, ns qui À commencèrent à donner contre notre vaisseau avec it. Ils j une violence et un bruit si épouvantable , qu’on es du pouvoit l'entendre d’une lieue : ce fracas dura quatre arante À ou cinq heures. Les glaces heurtoient si rudement de sor- le navire, qu’elles percèrent le bois et en emporancer. tèrent jusqu'à trois ou quatre doigts en plusieurs en- L; tou- droits. M. d'Iberville, pour décharger le vaisseau, narée , fit jeter sur la batture douze pièces de canon et dir. Ce- verses autres choses, qui ne pouvoient pas se perdre ttous dans l’eau ni s’y gâter. Il fit depuis couvrir de l’en- sable ces pièces de canon, de peur qu’elles ne fussent ns en entrainées au printemps par le refoulement des glaces, ge en Le 3, le vent s'étant un peu calmé, M. d'Iberville rotec= prit le parti de faire décharger son vaisseau, qui man- étoit toujours en danger de périr. Nous ne pûmes tre le nous servir pour cela de la chaloupe, parce qu’il jour- n'étoit pas possible de la manier à travers les glaces LE qui couloient toujours en grande quantité : mais ncre, nous y employämes les canots d’écorce que nous narée avions apportés de Quebec , et que nos Canadiens ua le conduisoient au travers des glaces avec une adresse fusil admirable.
15 ne J'étois incommodé depuis quelques jours , et , En j'avois même eu la fièvre, M. d'Iberville me presuatre soit d'aller à terre; mais je ne pouvois me résoudre jus à quitter le vaisseau dans le péril où il étoit, et dans e par l'alarme où je voyois tout l'équipage. Je fus contraint ages de le faire par la triste nouvelle que nous apprîmes
1e de bientôt. M. de Chateauguai, jeune officier de dix-
neuf ans, et frère de M. d’Iberville , étoit allé faire nous
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le coup de fusil vers le fort des Anglais, pour les amuser et leur ôter la connoissance de notre embarras. S’étant trop avancé, il fut blessé d’une balle qui le perçoit de part en part, [me demandoit pour se confesser , et je m'y Wansportai sur le champ. Nous crûmes d'abord que la blessure n’étoit pas mortelle : nous fûmes bientôt détrompés, car il mourut le lendemain. Un moment auparavant, nous avions appris des nouvelles du Po; et nous avions su que ce vaisseau n’étoit pas moins en danger que le nôtre, Les vents, les glaces , les battures, tout lui avoit été contraire. Une fois qu'il étoit échoué, il étoit sorti un grand éclat de la quille : quatre pompes ne suflisoient pas pour vider l’eau qui entroit. Plusieurs barrils de poudre avoient été mouillés en déchargeant ce vaisseau. Il n’étoit point encore rendu , et il étoit en danger de ne Pouvoir se rendre à l’endroit où il devoit hiverner. Tant de tristes nouvelles n'abattirent pas le courage de M. d'Iberville : il étoit extraordinairement touché de Ja mort de son frère, qu'il avoit toujours aimé tendrement, Il en fit un sacrifice à Dieu, dans lequel il vouloit mettre toute Sa confiance. Prévoyant que le moindre signe d’inquiétude qui paroîtroit sur son visage , jetteroit tout le monde dans la Consternation , il se soutint tou-jours avec une fermeté merveilleuse, mettant tout le monde en action » agissant lui-même et donnant ses ordres avec autant de "présence d'esprit que jamais. Dieu le consola dès le même jour; une même marée mit les deux vaisseaux hors de danger, et les conduisit chacun dans les endroits qu'on avoit marqués. :
Le 5, je baptisai deux enfans d’un Sauvage, qui étoient malades depuis long-temps, et que je jugeois en danger. Je me pressai de les baptiser, parce que dès le lendemain, les Sauvages devoient partir pour aller passer l'hiver dans les bois fort loin de nous.
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