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entre la vieetla mort; et ce qu’il ya encore de bien surprenant, c'est que nous avions mouillé sans le savoir au milieu de deux grandes roches, que nous. n'aperçûmes que lorsqu'il fit jour. Après avoir’remercié Dieu & nous avoir si visiblement protégés , nous résolûmes de gagner le rivu: afin de radouber* notre canot, s’il se pouvoit, ou d’en trouver un autre dans les habitations voisines, ou, au pis aller, de nous rendre par terre à Cayenne. Mais voici un nouvel accident; comme l’on ôtoit le grand mât , et
ue nous étions foibles d'équipage ,, on le laissa aller. s à côté opposé à celui où il devoit naturellemeut tomber ; nous crûmes tous qu'il avoit écrasé M. de: la Landerie , mais heureusement il n’eut qu'une légère contusion.
Nous primes pour lors une pagaye le sergent et moi, pour gouverner ; les autres s’armèrent chacun de la leur pour ramer , et aidés partie par le vent (car nous portions notre misaine pour nous soutenir contre les brisans ), partie par la marée qui commençoit à monter , mais surtout conduits par la divine Providence qui nous guidoit , nous entrâmes le 26. au matin dans la petite rivière de Macouria , dont j'ai déjà tant parlé , sans qu'aucun de nous en connût le chenal ; en sorte que les Anglais eux - mêmes. avouèrent hautement que c’étoit Dieu qui nous avoit conduits là sains et saufs , à travers tant de dangers.
Nous songeâmes ensuite aux moyens de nous rendre à Cayenne , mais la chose ne fut pas aisée.
Outre que nous ne trouvâmes point de canot , ni
de quoi raccommoder le nôtre , les Nègres qui étoient restésseulssur leshabitationsétoient sieffrayés, qu'ils ne vouloient pas nous reconnoître, Comme il avoit déjà transpiré que j'étois prisonnier , ils appréhendoient que les Anglois ne m’eusseut mis à terre par feinte, afin d'attraper desesclaves par mon moyen, Cependant après bien des protestations, des prières T, IV. 34
Là
et des sollicitations , j'en rassurai quelques-uns qui, plus hardis que les autres , osèrent s'approcher , e ce fut par leur moyen que nous eûmes un peu de rafraîchissement dont nous avions assurément grand besoin; moi surtout qui ne peux presque point rendre de nourriture , et qui pour cette raison étois si foible, qu'à peine pouvois-je me soutenir, Lorsque chacun se fut un peu refait , je consignai aux Nègres mêmes le canot que nous laissions avec tous ses agrès et apparaux , et nous primes le chemin de Cayenne par les bords de la mer. Je ne voulois pas aller par l'intérieur des terres, de peur de donner à nos ennemis des connoissanc:s qui pourroient dans la suite nous être préjudiciables. La nuit qui survint favorisa mon dessein , et je puis dire avec vérité que les cinq Anglais que je menois avec moi , n’ont rien vu qui puisse jamais leur servir , si l'envie leur prenoit quelque jour de venir nous revoir dans le cours de cette güerre.
Il me seroit difficile , pour ne pas dire impossible , d'exprimer ce que nous eûmes à souffrir dans ce trajet qui n’est pourtant que de trois ou quatre lieues.
Comme la mer montc:t, et que par cette raison nous étions obligés de tes: :: haut de l’anse, où le sable est extrêmement mouvant, nous enfoncions consi-
dérablement , et la plupart de nous avoient toutes les peines du monde à se trainer, en sorte que je vis plusieurs fois le moment où la moitié de ma troupe resteroit en chemin. Les Anglais surtout peu accoutumés à marcher, trouvoient la promenade longue, et auroient bien voulu être encore dans leur vaisseau; mais c’étoit leur faute s'ils se trouvoient dans un tel embarras. En nous embarquant, ils savoient euxmêmes que le canot dans lequel on nous avoit mis, ne valoit rien; ils auroïient dû m'en avertir à temps, ‘et j'en aurois demandé un autre au capitaine.
E nous vière être tatio conr maît:
cueil que :
Ion ur nous tant rable Angl malt
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qui À aussi bayo arme:
Tous tertre monc TOgUE
Enfin, à force de les encourager et de les animer, nous arrivâmes tout proche de a pointe que la rivière forme, et qui done dans la rade, Il pouvoit être environ minuit, Nous nous arrêtâmes à l’habitation de Madame de haranville , où les esclaves Connoissant le bon cœur et la générosité de leur maîtresse , quoique seuls, nous firent le meilleur accueil qu'ils purent, pour nous dédommager de ce que nous venions de souffrir, J’avois eu la précauon d'envoyer avant nous un Nègre de notre suite pour les rassurer sur notre arrivée : car sans ce! nous aurions couru grand risque de n’être pas r' tant la frayeur avoit saisi partout ces pauvres : rables. Une si bonne réception fit grand plaisi Auglais qui craisnoient eux-mêmes d’être tué: ou maltreités par les Nègres, ce qui infailliblement se-
it urivé si je n’avois pas été avec eux; aussi ne
quittoient-ils po: Enfin après avoir pris un peu
de repos, nous nous mimes dès qu'il fut jour dans
une pirogue que nous trouvâmes, et nous fimes route pour Cayenne.
Du plus loin qu’on nous aperçut, on connut bien
à notre pavillon blanc que nous étions des députés qui venoient faire des propositions, et on envoya aussitôt un détachement au port, qui nous reçut la bayonnette au bout du fusil,-en présentant les armes, comme c’est l'usage en pareille occasion,
Tous les remparts qui donnent sur la rade, et le tertre sur lequel le fort estsitué, étoient remplis de
monde. J’ordonnai au sergent de rester dans la pi-
rogue avec toute la troupe, jusqu’à ce que j'eusse parlé au commandant, et je mis pied à terre. Le
frère Pittet m’avoit reconnu avec une lunette à
Jongue vue : il accourut pour me donnér lui-même
la main.
Ce fut un spectacle bien consolant de voir tont
Cayenne vénir au devant de moi, Une grande foule V4
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me suivit même jusque dans l’église, où je fus d’abord rendre grâces à Dieu de tant de faveurs qu'il venoit de me faire.
Nos pères et nos frères se distinguèrernt dans cette occasion, et poussèrent la charité à mon égard aussi Join qu’elle puisse aller. Comme toutes mes .hardes étoient dans un pitoyable état, on m’apporta avec empressement tout ce qui in'étoit nécessaire; de sorte que j'éprouvai à la lettre cette parole du Sauveur : Quiconque guittera son père, sa mère, ses Jrères ; pour l'amour de mot, recevra le centuple en ce monde. Nous nous entretenons quelquefois ensemble des malheurs qui pourroient encore nous arriver : et je suis toujours extrêmement édifié de voir leur sainte émulation, chacun voulant se sacrifier pour secourir les blessés en cas d'attaque; mais je pense qu'ayant déjà vu le feu, et ne pouvant plus être fait prisonnier dans le cours de cette guerre, je dois avoir la préférence et commencer à servir pour les fonctions de notre ministère. Il faut néanmoins espérer que nous ne serons pas obligés d’en venir là ni les uns ni les autres, et que les armes victorieuses du Roi procureront bientôt une paix solide et durable.
D'abord que j'eus fait mon rappport, et remis mes lettres à M. d'Orvilliers qui s’étoit retiré dans notre maison , à l’occasion de la mort de son épouse, il donna ses ordres pour que les cinq Anglais venus avec moi, fussent conduits les a suivant l'usage en pareil cas, au grand corps-de-garde qui devoit leur servir de prison : après quoi ï prit les arrangemens nécessaires pour lès renvoyer à leur vaisséau avec les sept autres prisonniers dont nous avons déjà parlé, et qu’il voulut bien élargir tous, en grande partie à ma considération. Dès P lendemain 28 , ils partirent pendant la nuit dans leur chaloupe, avec jous les agrès et vivres nécessaires.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. 533 fus À mon arrivée À Cayenne J'ai trouvé l'officier qui u'il étoit à Ouyapoc quentlce fort fut pris , et s’étoit déjà
rendu ici avec le chirurgien-major et une partie des ette soldats. Depuis ce temps-là le commandant lui-même US | est revenu avec le reste du détachement pour atdes h tendre les ordres que la cour donnera touchant vec 1
1 Ouyapoc. Ce fort que nous venons de perdre fut de L Construit en 1725, sous feu M. d'Orvilliers, gou-
au- verneur de cette colonie ; ainsi il n’a existé que dixses À neuf ans : on ne sait si da cour jugera à propos de
‘en . le faire rétablir,
en- L Je viens d'apprendre avec beaucoup de consola-
ar- | tion que nos deux missionnaires, les pères d’Au-
oir | . üllac et d'Huberlant, étaient retournés chacun à son
fier | poste, après avoir essuyé bien des fatigues avant de
je s’y rendre, Ils ÿ auront encore beaucoup à souffrir,
lus jusqu’à ce que nous puissions leur fournir dusecours.
, je On me mande aussi que les Indiens qui avoient été
Dur d'abord extrémement effrayés, commencent À se ras- L ins 1 surer , ét qu'ils continuent à r ndre tous les services r là Ÿ dont ils sont capables aux habitans, qui restent dans
to—
le quartier jusqu’à nouvel ordre.
ide Voilà, mon révérend père, une lettre bien longue, el peut-être un peu op. Je m’estimerois heureux
si elle pouvoit vous faire quelque plaisir, car je n’ai ans pas eu d’autre vue en l’écrivant. Je suis av
ec respect, , Di se, en l’union de vos saints sacrifices, etc. \l aus ant ui