TRE RAS
qui servoit à l’autel. Vous avez beau nier le fait ; me répondit pour lors l'interprète par l’ordre de l'officier , nous sommes certains , à n’en pouvoir douter , que vous avez beaucoup d'argent, car les soldats qui sont à bord prisonniers nous l'ont dit, et cependant nous n’en avons trouvé que fort peu dans votre armoire, Il faut donc que vous l’ayez caché , et si vous ne le donnez pas au plus vite, prenez garde à vous, vous savez que mon pistolet n'est pas mal chargé. Je me jetai pour lors À genoux, en disant qu’ils étoient les maîtres de m’ôter la vie puisque j'étois entre leurs mains et à leur discrétion ; que cependant, s'ils vouloient en venir Jà, je les suppliois de me donner un moment pour faire ma prière : que du reste , je n’avois pas d'autre argent que celui qu'ils avoient déjà pris. Enfin, après m'avoir laissé quelque temps dans cette situation i en se regardant l’un l’autre , ils me dirent de me lever et de les suivre,
Ils me menèrent sous la galerie de la maison qui donnoit sur un petit plantage de cacaoyers , que Javois fait en forme de verger ; et, m'ayant fait asseoir , le lieutenant se mit aussi sur une chaise ; après quoi , prenant un air gai, il me fit dire que je ne devois pas avoir peur , qu'il ne prétendoit pas me faire aucun mal; mais qu'il étoit impossible que je n’eusse rien caché, puisque j'en avois eu le temps , les ayant vus passer devant ma porte, lors-
us alloient prendre le fort. Je lui répétai ce que J'avois déjà dit si souvent, que la frayeur nous avoit si fort saisis au brüit qu'ils firent dans là nuit par Jeurs huées , par leurs cris et par la quantité de coups qu’ils tirèrent , que nous n'avions songé d'abord qu'à nous mettre à couvert de la mort par une
prompte fuite , d'autant plus que nous nous IMAgI- -
nions qu'ils se répandoient en même temps dans toutes les maisons, :
Ta
Co
Mais enfin , répliqua-t-il , les Français prisons hiers connoissent Lies vos facultés: pourquoi nous äuroient-ils avertis que vous aviez beaucoup d’ar-
ent, s1 cela n’étoit pas vrai? Ne voyez-vous pas, fi dis-je ; qu'ils ont voulu vous flatter, et vous faire leur cour à mes dépens ? Non , non , contintta-t-il , c'est que vous ne voulez pas vous dessaisir de votre trésor. Je vous assure pot ot. ci jé vous donne ma parole d'honneur , que vous aurez votre liberté, et que nous vous laissérons ici sans brûler vos maisons , si vous voulez enfin découvrir votre trésor, C’est bien inutilement, lui répundis-je , ennuyé de tous ces discours, que vous me faite. de si vives instances. Encore ane fois , je n’ai pas autre chose à vous dire , que ce que je vous ai déjà si sohvent répété. IL parla alors au matelot qui servoit d’interprète, et qui n’avoit pas cessé de me regarder pen: dant tout cet entretien, pout voir de quel côté je jetois les yeux ; après quoi , celui-ci alla visiter tous mes cacaoÿers.
Je me rappelai pour lors un petit entretien que j'avois eu avec le capitaine , quélques jours aupa— ravant. Je lui disois que si les sentinelles avoient fait leur devoir , et qu’elles nous eussent avertis de l’arrivée dé l’ennemi , nous aurions câché nos meilleurs effets. Dans quel endroit, mé dit-il, auriéz = vous mis tout cela? L’auriez-vous enfoui dans la terre Non, répondis-je, fous nous serions contentés de transporter tout dans le bois, et de le couvrir de feuillages. C’est donc là - ‘essus que ce, rusés coraires , qui pésoient et combinoient toutes nos paroles, s'imaginant que je n’avois pas eu le temps de porter bien loin ce que j'avois de précieux , voulurent par un dernier effet de leur cupidité et de teur défisnce, parcourir le dessous des arbres de mon jardin. Mais il étoit impossible qu'ii y t uvassent ce qui n’y avoit pas été mis : aussi l m lot s’en-
nou
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nr NP. = Fe QUE
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nuya-t-il bientôt de chercher ; et, étant revenu, nous reprimes tous ensemble le chemin du fort, eux sans aucun butin , moi avec le peu de piers que j'avois ramassés.
Alors ils conférèrent ensemble pendant quelque temps ; et, vers les trois heures , ils allèrent mettre le feu chez moi, Je les priai d’épargner au moins l'église , et ils me le promirent. Elle brûla pourtant; et comme je m’en plaignois , ils me dirent que le vent, qui étoit ce jour-là très-grand , avoit emporté sans doute quelques étincelles qui l’avoient embrasée. 11 fallut se contenter de cette réponse , et laisser à Dieu le temps , le soin et la manière de venger l'in sulte faite à sa maison, Pour moi, voyant les flammes s'élever jusqu'aux nues , et ayant le cœur percé de la plus vive douleur, je me mis à réciter le psaume LXXVIIT, Deus, venerunt gentes , etc.
Enfin, lorsque tout fut transpc.té aux canots, nous nous embarquâmes nous - mêmes. Il étoit un peu plus de cinq heures ; et les matelots, qui devoient nous suivre dans deux petits canots, achevèrent d'incendier toutes les maisons du fort; ensuite s'étant retirés un peu au large dans la rivière , et se laissant dériver tout doucement au courant , ils
rièrent plusieurs lois : Houra , qui est leur Vzve le Roi, et leur eri de joie. Ils n’avoient pas néanmoins grand sujet de 5° oplandir de leur expédition , qui ne leur étoit ni rieuse, puisque, sans la noire trahison qui nous à livrés entre leurs mains, elle ne leur eût jamais réussi; ni utile, puisqu'en nous faisant à la vérité beaucoup de tort, ils en tiroient très-peu de profit.
Je m’attendois à tronver le vaisseau où je l’avois laissé , mais il avoit déjà pris le lerse ; en sorte que nous n°; arrivimes que bien avant dans la nuit, ce qui fit qu'on ne déchargea le butin que le lendemain matin 19 du mois. On n’avanca guère de toute
cette journée , quoiqu'on se servit d'avirons , ne pouvant pas faire voile faute de vent. Cette lenteur m'inquiétoit beaucoup , parce que j'aurois voulu savoir au plutôt quel seroit mon sort. Me laisserontils à Cayenne , me disois-je en moi- même ? me mèneront - ils à Surinam? me conduiront - ils à la Barbade , ou même jusqu’à la Nouvelle-Angleterre ? Et comme je m'entretenois dans ces pensées , couché dans ma cabane, v. je ne pouvois quitter à cause de mon extrême fuiblesse et du mal de mer qui m'incommodoit infiniment, quelqu'un me vint dire qu'on avoit renvoyé à terre trois à nos soldats avec une vieille Indienne prise dans lecanotd’Arotüas, dont j'ai déjà parlé. J'en fus uu peu surpris; et en ayant demandé la raison an capitaine, il me dit que c’étoient autant de bouches inutiles de moins. Et pourquoi , lui dis-je , ne faites-vous pas de même envers tous les autres prisonniers ? C’est que j'attends une bonne rançon de vous autres, répliqua-t-il, Il auroit accusé plus juste , s’il eût dit que, voulant faire des descertes à Cayenne , il appréhendoit que quelqu'un des siens n'y fût pris , et qu'en ce cas , 1l vouloit avoir de quoi faire un échange ; ce qui est arrivé en elfet , comme on le verra dans la suite,
Le vent ayant un peu fraîchi sur le soir, nous fimes route toute la nuit ; et dès avant midi > on nous aperçut de Cayenne, à la hauteur d’un gros rocher qu’on nomme Connétable » et qui est à cin ou six lieues au large. On y étoit instruit déjà du désastre arrivé à Ouyapoc , soit par un billet qu'avoit écrit un jeune Sauvage, soit par quelques habitans d'Aproakac, qui étoient venus se réfugier à Cayenne: mais On en ignoroit toutes les circonstances ; et le public , comme il arrive ordinairement en pareil cas, faisoit courir plusieurs bruits plus fâcheux les uns que les autres. Les uns disoient que tout avoit été massacré à Ouyapoc , et que moi, en particulier ,
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j'avois souffert mille cruautés. Les autres publioient qu'il y avoit plusieurs vaisseaux , ét que Cayenne pourroit bien avoir le même sort. Ce qui paroissoit un peu accréditer cette dernière nouvelle , c'est que le navire qui nous avoit pris, emmenoit avec lui trois Canots , qui, avec Sa chaloupe , faisoient cinq bâtimens , lesquels ayant des voiles et étant bien au large , ne laissoient pas de paroître quelque chose de considérable à ceux qui étoient à terre.
Pour moi, dans la persuasion où j'étois que nos pères que j'avois laissés dans le bois , ou quelquesuns des Français qui avoient fui , n’avoient pas manqué d’aller au plus vite à Cayenne donner par eux-mêmes des nouvelles sûres de notre triste sort, ou tout au moins d'y envoyer d’amples instractions là-dessus , je m'imaginois qu'on enverroit quelqu'un pour me réclamer ; mais je me trompois , et l’on ignoroit parfaitement tout ce qui m'étoit arrivé. Cependant le vendredi se passa , et le lendemain nous mouillâmes tout proche de /'Enfant - Perdu : c’est un écueil éloigné de terre de six mille treize toises ; ce qui a été exactement mesuré par M. de la Condamine , membre de l’Académie royale des Sciences, à son retour du Pérou.
Vers les neuf heures du matin, après de grands mouvemens dans le navire, je vis démarrer deux grands canots qui alloïent à une petite rivière nom mée Macouria, pour y ravager spécialement l’'habitation d’une certaine dame , en revanche , disoientils, de quelques sujets de mécontentement qu’elle avoit donnés autrefois à des Anglais qui avoient été chez elle prendre des syrops : car vous savez, mon révérend père , qu’en temps de paix , cette nation commerce ici, principalement pour fournir des chevaux aux sucreries. Comme je ne remarquai que treize hommes dans chaque pirogue , y compris deux Français qui devoient leur servir de guides, je com-
mençai dès-lors à concevoir quelque espérance de ma liberté , parce que je m’imaginois bien que le temps élant fort serein , on s’aperceyroit à terre de celle manœuvre, et qu'on ne manqueroit pas de courir sus. Je m’entretenois ainsi dans cette douce pensée, lorsqu'on vint me dire que ces canots de- Voientaller premièrement à Kourou qui n’est éloigné de Macouria que d’enyiron quatre lieues , pour y prendre, s'ils pouvoient , le père Lombard, ce missionnaire qui trayaille avec tant de succès et depuis si long-temps dans la Guyane à la conversion des Sauvages, afin d'exiger de lui une rançon convenable à son âge et à son mérite,
Quel coup de foudre ce fut pour moi qu’une nouvelle de cette nature ! Je voyois par moi-même que , si ce digne missionnaire étoit conduit à notre bord, il succomberoit infailliblement à la fatigue. Mais la Providence , qui ne vouloit pas aflliger jusqu’à ce point nos missions , déconcerta leur projet. Ils échouèrent en chemin , et furent obligés de s’en tenir à leur premier dessein, qui étoit d’insulter seulement Macouria, Ils y eutrèrent en effet le dimanche matin ; ils pillèrent et ravagèrent pendant tout le Jour et toute la nuit l'habitation qui étoit l’objet de Jeur haine ; et, après avoir mis le feu aux maisons le lundi matin , ils retournèrent à bord » Sans que personne fit la moindre opposition. Les Nègres étoient si fort effrayés, qu'ils n’osoient paroitre , et les Français qu'on avoit envoyés de Cayenne, dès le dimanche matin » N’avoient pu encore arriver,
Pendant cette expédition , ceux qui étoient restés avec moi dans le vaisseau , raisonnoient chacun suivant ses désirs ou ses craintes. Les uns appréhendoient un heureux succès de cette entreprise , et les autres le désiroient : enfin , comme chacun se repaissoit ainsi de ses propres idées , je vis encore sur notre bord une grande agitation vers les trois heures
aprèsvif, Ï homn une d faisan parce Potte:
qu'on qui al je fus plus c clavag troupi fallib Les d tation ct ent et ser soldat pauvr il n'ai doute maitre tout | me re
No quelle rienn lorsqu assez un flu sivem qu'ils le sie aperct noien
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. SEL après-midi : c’étoit le maître de l'équipage, homme vif, hardi et déterminé , qui, à la tête de neuf hommes seulement , alloit dans la chaloupe tenter une descente à la côte , tout proche de Cayenne , se faisant conduire par mon Nègre qui connoit le pays, parce qu’il est créole. Peut - être aussi que le sieur Potter vouloit faire diversion, et empêcher par-là qu’on n’envoyât de Cayenne après ceux de ses gens qui alloient à Macouria. Quoi qu'il en soit, lorsque je fus averti du départ de la chaloupe , je ne doutai plus que le Seigneur ne voulût me tirer de mon esclavage , persuadé que j'étois , que si la première troupe n’étoit pas attaquée, la seconde le seroit infailliblement. Ce que je prévoyois arriva en effet. Les dix Anglais, après avoir pillé une de nos habitations , furent rencontrés par une troupe française , et entièrement défaits. Trois restèrent sur la place, et sept furent pris: de notre côté il n’y eut qu'un soldat blessé à l’épanle d’un coup de fusil. Pour mon pauvre Nègre , il est surprenant que dans ce combat il n'ait pas même été blessé. Le Seigneur a sans doute voulu le récompenser de sa fidélité envers son maître : ce fut par lui qu’on apprit enfin à Cayenne tout le détail de la prise d'Ouyapoc , et tout ce qui me regardoit personnellement.
Nous étions sur notre bord fort impatiens de savoir quelle réussite auroient toutes ces expéditions ; mais rien ne venoit ni de la côte , ni de Macouria. Enfin, lorsque le soleil commença à paroître , et qu'il fit assez clair pour pouvoir découvrir au large , c’étoit un flux et reflux de matelots qui montoient successivement à la hune , et qui rapportoient toujours qu'ils ne voyoient rien ; mais vers les neuf heures le sieur Potter vint me dire lui - même qu'il avoit aperçu trois chaloupes , qui partant de Cayenne prenoient le chemin de Macouria , et alloient sans doute tronver ses gens. Pour le tranquilliser un peu, je
lui répondis que ce pouvoient être des canots d’habitans qui, après avoir entendu la messe , retournoient à leurs habitations. Non » non, répliqua-t-il , ce sont des chaloupes où il y a beaucoup de monde ; je les découvre parfaitement bien avec ma: lunette à longue vue. Vos gens, ajoutai-je, seront peut-être sortis de la rivière avant que les nôtres y arrivent, et dès-lors il n’y aura point de choc. Tout cela ne m'inquiète point, me répondit-il , mon monde est bien armé et plein de courage. Le sort de la guerre en décidera si les deux troupes en viennent aux mains, Mais, que pensez-vous de votre chaloupe , lui demandai-je ? Je la crois prise , me dit-il, Aussi, soufirez que je vous représente , ajoutai-je , qu’il ÿ a un peu de témérité en vous d’avoir hasardé une descente avec si peu de monde. Vous imaginiez-vous donc que Cayenne étoit un Ouyapoc ? Ce n’étoit pas non plus mon sentiment , me répondit-il ; mais c'est la trop grande ardeur et l'excessive vivacité du maitre de l'équipage qui en est la canse ; tant pis pour lui, s’il lui est arrivé quelque malheur. J’en serois pourtant fâché, continua-t-il, car je l’estime beaucoup , et il m’est très - nécessaire. Il aura sans doute passé mes ordres, car je lui avois recommandé de ne pas mettre à terre , mais seulement d'examiner de près l'endroit le plus commode pour débarquer. Après nous être ainsi entretenus un peu de temps, il fit lever l'ancre , et s’approcha le plus qu'il put de terre et de Macouria , tant pour couper chemin à nos chaloupes , que pour couvrir ses gens et leur abréger le retour.
Cependant tout le dimanche se passa dans de grandes inquiétudes. Nos ennemis étoient avertis qu'il y avoit trois vaisseaux en rade , parce que les canots allant à Macouria , s’étoient assez approchés du port pour les découvrir, et qu'ils avoient fait les signaux convenus avec le capitaine Potter, Or,
quelq attaqu
sept h nêtres sur le étoit préhe contr:
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Enfir vint. du ct doute dame de lac J'en press haut qui ] c’éto Angl le co leva S'app les a la ca dien:
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES. b23
quelques-uns craignoient que ces navires ne vinssent attaquer le vaisseau pendant Ja nuit, Aussi vers les
sept heures du soir murent-ils deux pierriers aux fe-
nêtres de la chambre , outre les donze qui étoient sur le bord le long du bâtiment. Mais le capitaine étoit fort tranquille ; ; il me dit que bien loin d’ apa préhender qu’on vint l'attaquer , il le soubaitoit at
contraire , espérant de se rendre maître de ceux qui
oseroient l'approcher, Il étoit effectivement bien
armé en corsaire : sabres , pistolets , fusils , lances,
grenades , boulets garnis ‘de goudron et de soufre ,
mitraille , rien ne manquoit.
Je crois que personne ne dormit cette nuit - là ; rien pourtant ne parut » ni de Macouria , ni de Cayenne , ce qui nous inquiétoit tous infiniment. Enfin, vers les huit heures du matin , le capitaine vint me dire qu’on découvroit beaucoup de fumée du côté de Macouria , et que c’étoient ses gens sans doute qui avoient mis le feu aux maisons de madame Gislet. ( C’est le nom de la dame à l’habitation de laquelle les Anglais en vouloient singulièrement). J'en suis fâché , ajouta-t-il, car j'avois défendu expressément de rien brüler. Peu après on aperçut du haut de la hune cinq canots ou chaloupes en mer, qui paroissoient se poursuivre les uns les auires ; c'étoient nos Français qui donnoient la chasse aux Anglais. Le sieur Potter, en homme fait au métier, le connut bientôt , et agit en conséquence ; car 1l leva Pancre , fit encore un petit mouvement pour
s’approcher, et ordonna à tont son monde de prendre les armes , ayant fait descendre en même temps dans la cale tous les prisonniers, soit Français , soit Indiens. Je voulus y aller moi-même ; mais il me dit que je pouvois rester dans la chambre , et qu’il m'avertiroit quand il en seroit temps.
Pendant toute cette agitation , un des canots qui étoit allé à Macouria, s'approchoit de nous à force
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de rames; et pour s'assurer que c’étoient des Anglais, on arbora la flamme et le pavillon’, et l’on tira un coup de canon, auquel le canot ayant répondu par un coup de mousquet , signal dont ils étoient convenus , la tranquillité succéda à ce premier mouvement-de crainte. Mais il restoit encore un canot en arrière, qui venoit fort doucement avec la pagaye (espèce de pelle ou d’aviron, dont les Sauvages se servent pour tirer à la rame leurs canots ), et l’on appréhendoit quil ne fût pris par nos chaloupes. Aussi, à peine l’officier, qui. avoit conduit le premier , eut-il fait décharger à la hâte le peu qu’il avoit apporté , qu'il courut au-devant pour le convoyer , et l'ayant enfin conduit à bon port, et tout le petit butin étant embarqué dans le vaisseau , chacun pensa à se délasser de son mieux des fatigues de la maraude, Le punch, la limonade , le vin, l'eau-de-vie , le sucre : rien n’étoit épargné. Ainsi se passa le reste du jour et la nuit du lundi au mardi. Parmi tous ces succès, qui, quelque peu considérables qu'ils fussent en soi, étoient pour eux autant de sujets de triomphe, il leur restoit un grand chagrin; c’étoit la prise de leur chaloupe et des dix hommes qui l'avoient conduite à terre. H fallut donc penser sérieusement aux moyens de les ravoir; c’est pourquoi, dès le mardi matin, après avoir conféré entr'eux et tenu conseil sur conseil, ils vinrent me trouver et me dire que le vaisseau chassant considérablement, soit à cause des courans, qui sont en effet très-forts dans ces parages , soit parce qu’il ne leur restoit plus qu’une petite ancre, ils ne pouvoient plus tenir la mer, et qu’ils “ungeolent à aller à Surinam , colonie ñollandaise , à quatre-vingts lieues ou environ de Cayenne ; qu’ils voudroient pourtant bien auparavant avoir des nouvelles de leur chaloupe et de leurs gens qui étoient allés à terre le samedi, Je leur répondis que cela étoit très-aisé: qu'ils n'avoieat
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ÉDIFIANTÉS ET CURIEUSES. 525
pour cela qu’à armer un des canots qu'ils nous avoient pris, et l'envoyer à Cayenne proposer un échange de prisonniers. Mais voudra-t-on nous recevoir , me dirent-ils? Ne nous fera-t-on aucun mal? Nous serat-il permis de revenir, etc. ? Il me fut aisé de résoudre des doutes si mal fondés, en leur disant, comme il est vrai, que le droit des gens est de toutes les nations; que les Français ne se piquent pas moins que les Anglais de l’observer; qu'il n’y avoit rien de si ordinaire parmi les peuples civilisés que de voir des générauxs’envoyermutuellementdeshérauts d'armes, trompettes ou tambours, porter des paroles d'accommodement, et qu’ainsi ils n’avoient rien à craindre pour ceux de leur équipage qu’ils enverrotent à terre.
Après de nouveaux entretiens qu’ils eurent entr'eux , ils commencèrent à faire leurs propositions, dont je trouvai quelques-unes tout à fait déraisonnables: par exemple, ils vouloient qu’on leur rendit leur chaloupe avec toutes les armes, et qu'on leur relâchât tous leurs prisonniers, en quelque nombre qu'ils fussent, pour quatre Français seulement que nous étions. Je leur répondis que je ne croyois pas qu’on leur passât l’article des armes; que pour ce qui est des hommes, l’usage est de changer tête pour tête, Mais vous seul, ne valez-vous pas trente matelots, me dit un de l’assemblée ? Non certainement , Jui dis-je : un homme de mon état en fait de guerre ne doit être compté pour rien.
Tout cela est bon pour la raillerie , dit le capitaine , et puisque vous le prenez sur ce ton, je m’en vais mettre à la voile; je puis fort aisément me passer de dix hommes. Il me reste encore assez d'équipage pour continuer ma course. Sur le champ il sort de la chambre, donne des ordres; on commence à manœuvrer , etc. Mas à travers tout c° manéce, je m'aper-
cevois bien que ce n'étoi que feinte de leur part pour m'intimider et pour mengager à leur offrir
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deux mille piastres qu’ils m’avoient déjà demandées pour ma rançon.
Cependant comme j’avois grande envie de me tirer de leurs mains, quoique je ne le fisse point paroitre à l'extérieur , Je fis appeler le sieur Potter , et Je lui dis qu’il ne devoit pas s’en tenir à mon sentiment; qu'il pouvoit toujours envoyer un canot à Cayenne faire les propositions qu’il Jugeroit à propos, sauf à M. le commandant de les accepter ou de les rejeter. Il prit ce parti, et me pria de dicter moimême la lettre qu’il vouloit écrire, ce que je fis en. suivant exactement ce qu'il me faisoit dire par son secrétaire.
J'écrivis moi-même un mot à M. d’Orvilliers et au père de Villeconte, notre supérieur - général , priant le premier de stipuler dans les articles de la négociation, si elie avoit lieu, qu'on me rendroit tout ce qui avoit appartenu À mon église, m'offrant à payer autant d'argent pesant que pesoit l’argenterie , etune certaine somme dont nous étions convenus pour les meubles, ornemens et linges ; je priois en même temps nos pères, si l'affaire réussissoit, de m'envoyer de l'argent et des balances par le retour du canot, à l’endroit où devoit se faire l'échange des prisonniers, c’est-à-dire en pléine mer, à mi-chemin du vaisseau et de la terre.
Toutes ces lettres étant finies, le canot fut expédié, et on y mit pour porter les paquets un sergent fait prisonnier à Ouyapoc. Il avoit ordre de faire beauconp de diligence, et comme c’étoit un homme expédiuf, nous aurions eu une réponse prompte ; mais le vent et le courant étoit si contraires , qu'il ne put gagner Cayenne. Nous en fûmes tous extrêmement fâchés ; les Arglais parce qu'iis commençoient à manquer d'eau , et que leur vaisseau dérivoit encore considérablement , W'ayant plus, comme je l'ai du, qu'ure fort petite ancre qu'ils étoient obligés de
moui parce Jour!
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à mo lui d quitt avez rend usur( pas « lieu, eftet.
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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, b27
mouiller avec un grapin; et nous autres Francais, parce que nous souhaitions d’être libres. Il fallut ponts prendre patience , et se résigner à la voonté de Dieu jusqu’à ce qu’il nous fit naître une nouvelle ressource.
Enfin, le mercredi matin m’étant avisé de demander au Capit:'ne quel paru il étoit déterminé à prendre, je fus agréablement surpris de lui entenûre
ire que , si je voulois aller à Cayenne moi-même, j'en étois le maître , avec cette condition que je ferois renvoyer tous les Anglais qui étoient prisonniers. Cela ne dépend pas de moi, lui dis-je; mais je vous promets de faire tous mes efforts auprès de M. le commandant pour l'obtenir. Après quelques légères difficultés, que je levai aisément, nous écrivimes à M. d'Orvilliers une nouvelle lettre, dont je devois être le porteur; et tout étant prêt, nous nous embarquâmes quatre Français et cinq Anglais pour venir à Cayenne.
En prenant congé du capitaine, je luis dis que si la guerre continuoit, et que lui ou d’autres de sa nation vinssent à Cayenne , je ne pourrois plus être fait prisonnier, Il me répoudit qu'il le savoit déjà ; l'usage étant de ne pas faire deux fois prisonnier une même personne dans le cours d’une même guerre , à moius qu'il ne soit trouvé les armes à La man
Je le remerciai ensuite de ses manière: ionnêtes à mon égard, et en lui serrant la main: Monsieur 7 hu dis-je, deux choses me font de la peine sn vous quittant. Ce n’est pas précisément le pillage que vous avez fait à Ouyapoc, parce que les Français vous rendent peut-être actuellement la pareille avec usure; mais c’esl en premier lieu , que nous ue soyons pas de la même religion vous et moi; et en second lieu, que vos gens n'aient pas voulu me rendre les ellets de mon église, aux conditions que je vous ai proposées , quelque raisonnables qu'elles soient ,
parce que j'appréhende que la profanation de ce qui appartient au temple du Seigneur n'attire sa colère sur vous. Je vous conseille, ajoutai-je en l’embrassant , de prier Dieu chaque jour de vous éclairer sur le véritable chemin du ciel. Car comme il n’y a qu’un Dieu, il ne peut y avoir.qu’une véritable religion, Après quoi je descendis dans le canot qui devoit nous conduire , et aussitôt je vis tout le monde montet sur le gaillard ; la flamme et le pavillon furent arborés, le tambour battit une diane, le canon tira, et nous fûmes salués de plusieurs kouras , auxquels nous répondimes par autant de vive le Roi.
À peine eümes-nous fait un quart de lieue de chemin , que le vaisseau appareilla, et nous le perdimes de vue vers les cinq heures. Cependant la mer étoit très-rude et nous n’avions que de mauvaises pagayes pour ramer; mais par surcroît de malheur notre gouvernail manqua, c’est-à-dire qu’un gens de porte qui tenoit lieu de vis inférieure , sortit
e sa place et tomba dans la mer. Nous primes alors le parti, ne pouvant faire mieux , d’attacher la boucle du gouvernail à la planche qui ferme les derrières des canots ; mais le fer eut bientôt rongé la corde , et nous nous trouvâmes dans un très-grand danger. Ce qui augmentoit nos craintes, c’est que la nuit devenoit fort obscure, et que nous étions très-éloignés de la terre. Nous nous déterminâmes donc à mouiller jusqu’au lendemain matin, pour savoir comment nous pourrions nous tirer de ce mauvais pas; et comme les Anglais connoissoient mieux que nous le péril où nous étions, l’un d'eux me proposa de hisser un fanal au haut d’un des mâts pour demander du secours. Mais je lui en représentai l'inutilité , parce que nous étions trop au large pour être aperçus, et que d’ailleurs personne n’auroit osé venir à nous dans l'incertitude si nous étions amis ou enne-
mis. Nous passâmes donc ainsi cette cruelle nuut entre
ce qui olère 1braser sur |L' Igion.
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e dé pernt la mau— malqu'un sortit alors Ducle ières rde, nger.
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