‹ Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères [microforme] (volume 3)Chapitre 9 sur 72 · PAS TA D ENS · texte numérisé non relu

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ÉDIFIANTES ET CURIEUSES, 33 plus à lui administrer le baptême, qu’elle demandoit avec une sainte impatience. Elle le reçut le jour de Pâques de l’année 1676, et elle fut nommée Catherine; c’est ainsi que je l’appellerai dans la suite de cette lettre.

La jeune néophyte ne songea plus qu’à remplir les engagemens qu’elle venoit de contracter, Elle ne voulut pas se borner à l'observation des pratiques communes ; elle se sentoit appelée à une vie plus parfaite. Outre les instructions publiques auxquelles elle assistoit régulièrement, elle en demanda de particulières pour sa conduite intérieure. Ses prières, ses dévotions, ses pénitences furent réglées, et elle fut si docile à se former selon le plan de perfection qui lui avoit été tracé, qu’en peu de temps elle devint un modèle de vertu. Elle passa de la sorte quel-ques mois assez paisiblement. Ses parens mêmes ne parurent pas désapprouver le nouveau genre de vie qu’elle menoit. Mais le Saint-Esprit nous avertit par la bouche du Sage, que l’âme fidèle qui commence à s'unir à Dieu, doit se préparer à la tentation; et c'est ce qui se vérifia en la personne de Catherine. Sa vertu extraordinaire lui attira des persécutions de ceux mêmes qui l’admiroient. Ils regardoient une vie si pure comme un reproche tacite de leurs dérèglemens; et dans le dessein de la décréditer, ils s’eflor cèrent, par divers artifices, de donner atteinte À sa

ureté, La confiance que la néophite avoit en Dieu , A défiance qu’elle avoit d'elle-même ,» Son assiduité à la prière, sa délicatesse de conscience qui lui faisoit appréhender jusqu’à l’ombre même du péché, lui donnèrent une victoire entière sur les ennemis de sa pudeur.

L'exactitude avec laquelle elle se trouvoit tous les jours de fête à la chapelle, fut la source d'un autre orage qui vint fondre sur elle du côté de ses proches. Le chapelet récité à deux chœurs est un

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des exercices de ces saints jours : cette espèce de

salmodie réveille l'attention des néophytes, et anime eur dévotion. On y méle des hymnes et des cantiques spirituels, que nos Sauvages chantent avec beaucoup de justesse et d'agrément : ils ont l'oreille fine, la voix belle, et un goût rare pour la musique. Catherine ne se dispensoit jamais de cet exercice. On trouva mauvais dans la cabane qu’elle s’abstint ces jours-là d'aller travailler comme les autres à la came pagne; on en vint à des paroles aigres; on lui re= procha que le christianisme l’ayoit amollie et l’accou= tumoit à une vie fainéante; on ne lui laissa même rien à manger, pour la contraindre, du moins par la faim, à suivre ses parens, et à les aider dans leur travail. La néophite supporta constamment leurs re+ proches et leurs mépris, et elle aima mieux se passer ces jours-là de nourriture , que de violer la loi qui ordonne la sanctification des fêtes, et de manquer à ses pratiques ordinaires de piété. Cette fermeté

ue rien n'ébranloit, irrita de plus en plus ses parens infidèles. Quand elle alloit à la chapelle, ils la faisoient poursuivre à coups de pierre par des gens ivres, ou qui faisoient semblant de l'être; en sorte

ue, pour se mettre à couvert de leurs insultes, elle étoit souvent obligée de prendre des chemins détournés. Enfin tous, jusqu'aux enfans, la montroient au doig*, crioient après elle et l’appeloient, par dérision , la Chrétienne. Un jour qu'elle étoit retirée dans sa cabane, un jeune homme y entra brusquement les yeux étincelans de colère, et la hache à la main qu'il leva comme pour la frapper : peut-être n’avoit-il d'autre dessein que de l’effrayer. Quoi qu’il en soit des intentions de ce barbare, Catherine se contenta de baisser modestement la tête , sans faire paroître la moindre émotion. Une intrépidité si peu attendue étonna si fort le Sauvage , qu’il prit aussitôt la fuite, comme s’il avoit été épouvanté lui-même par quelque puissance invisible,

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Ce fut dans ces exercices de Patience et de piété que Gatherine passa l'été et l'auto qui suivirent son baptême. L'hiver lui procura un peu plus de tranquillité : ellL ne laissa Pas néanmoins d’avoir À souffrir quelques traverses, surtout de la EP d’une de ses tantes, C’étoit un esprit double et dangereux, qui ne pouvoit souffrir la vie régulière de sa nièce, et qui censuroit jusqu'à ses actions et À ses paroles même les plus indifférentes, C’est un usage parmi les Sauvages, que les oncles donnent le nom de file à leurs nièces, et que réciproquement les nièces an pellent leurs oncles du nom de père : de là vient que les cousins-germains s'appellent communément frères, Il échappa une ou deux fois à Catherine d’appeler de son nom propre, et non pas de celui de père, le mari de sa tante : c’étoit tout au plus une méprise ou un manque de réflexion. Il n’en fallut pas davantage à cet esprit mal fait pour fonder une calomnie des plus atroces. Elle jugea que cette manière de s'exprimer qui lui paroissoit trop familière, étoit l'in dice d’une liaison criminelle, et à l’instant elle alla trouver le missionnaire pour la décrier dans son es-

prit, et lui faire perdre les sentimens d'estime qu'il

avoit pour la néophyte, «Hé bien » lui divelle'en, » labordant, Catherine, dont vous estimez tant la » vertu, est pourtant une hypocrite qui vous trompe; » elle vient, en ma présence, de solliciter mon mari » au péché. » Le missionnaire , qui connoissoit cette femme pour un mauvais esprit, voulut savoir sur quel fondement elle formoit une accusation de cetté nature ; et aÿant appris ce qu avoit donné lieu à un Soupçon si odieux, il lui fit une sévère réprimande , et la renvoya bien confuse, Quand il en parla ensuite à la néophyte, elle lui répondit avec une candeur et une assurance quine s'emprunte guère du mensonge. Ce fut en cette occasion qu’elle déclara ce qu'on auroit peut-être ignoré, si élle n'avoit pas été mise À

cette épreuve, que, par la miséricorde du Seigneur, elle ne se souvenoit pas d’avoir jamais terni la pureté de son corps, et qu’elle n’appréhendoit point de recevoir aucun reproche sur cet article au jour du jugement,

Il étoit triste pour Catherine d’avoir tant de combats à soutenir, et de voir son innocence exposée sans cesse aux outrages et aux railleries de ses compatriotes; d’ailleurs elle avoit tout à craindre dans un pays où si peu de gens goûtoient encore les maximes de l’évaugile. Elle souhaitoit passionnément de se transplanter dans une autre mission, où elle pût servir Dieu en paix et en liberté; c'étoit le sujet de ses prières les plus ferventes; c'étoit aussi l'avis du missionnaire : mais la chose n’étoit pas facile à exécuter. Elle étoit sous la puissance d’un oncle attentif à toutes ses démarches, et incapable de goûter sa résolution par l’aversion qu'il portoit aux Chrétiens. Dieu, qui exauce jusqu'aux simples désirs de ceux qui mettent en lui toute leur confiance, dispu toutes choses pour le repos et la consolation de a néophyte.

Il s'étoit formé depuis peu parmi les Français une colonie d’Iroquois. La paix qui étoit entre les deux nations, donnoit la liberté à ces sauvages de venir chasser sur nos terres ; plusieurs d’entr’eux s'étoient arrêtés vers la prairie de la Magdelaine. Des missionnaires de notre Compagnie qui y demeuroient les rencontrèrent, et les entretinrent à diverses fois de la necessité du salut; Dieu agit en même temps sur leurs cœurs par l'impression de sa grâce; ces barbares se trouvèrent tout-à-coup changés, et ils se rendirent sans peine à la proposition qu’on leur fit de renoncer à lear patrie et de demeurer parmi nous. Is reçurent le baptème après les instructions et les épreuves accoutumées,

: L'eyemple et la piété de ces nouveaux fidèles

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